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Liszt et la princesse Carolyn zu Sayn-Wittgenstein : religion, musique, arts et politique à Rome dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Liszt et la princesse Carolyn zu Sayn-Wittgenstein : religion, musique, arts et politique à Rome dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Nicolas Dufetel)

Rome, Institut français Centre Saint-Louis

22-23 octobre 2026

Alors que Franz Liszt (1811-1886) et la princesse Carolyn zu Sayn-Wittgenstein (1819-1887), née Iwanowska, ont été des figures centrales de la vie intellectuelle et mondaine à Rome pendant plus de 25 ans, aucune recherche coordonnée ni réflexion collective n’ont encore été engagées sur le sujet, pas plus que sur leur relation. Révéler et étudier de nouvelles sources, renouveler les connaissances à leur appui, comprendre le contexte de façon interdisciplinaire, analyser l’agentivité de Liszt et de la princesse sur Rome à une période clef de son histoire politique et religieuse, et, inversement, la façon dont la ville a influencé leur œuvre, est l’objet de ce colloque, qui vise aussi à révéler la place centrale que la princesse Wittgenstein a occupée dans l’Europe intellectuelle de la deuxième moitié du siècle.

Liszt découvre Rome en 1839 avec la comtesse Marie d’Agoult, alors qu’il est encore imprégné du romantisme parisien de sa jeunesse. Perméable aux idées du saint-simonisme et au sentiment religieux romantique, il est nourri par la pensée sociale et catholique de Lacordaire, Montalembert, Lamartine et Lamennais, dont il met quelques textes en musique. Influencé par les Paroles d’un croyant et la doctrine sociale de l’Église, il développe une pensée artistique, sociale et spirituelle dont témoignent sa musique mais aussi plusieurs articles sur l’art, la situation et le rôle des artistes dans la société. Mais c’est surtout après 1861 et son retour dans le giron de l’Église, que Rome prend de l’importance dans sa vie, son œuvre et son chemin spirituel. Il s’y installe pour rejoindre et épouser Carolyn zu Sayn-Wittgenstein, princesse polonaise catholique d’Ukraine (Podolie), mariée d’un prince russe protestant, dont elle fut séparée puis veuve, mais jamais divorcée. Le mariage qui devait avoir lieu à San Carlo sur le Corso est finalement interdit au tout dernier moment. Liszt reste pourtant à Rome et décide de se consacrer à la « régénération » de la musique catholique, en composant par exemple deux oratorios (Die Legende von der Heiligen Elisabeth, sur un livret allemand d’Otto Roquette, inspiré de Montalembert, et Christus). En 1865, il reçoit, au Vatican, les Ordres mineurs. Proche de nombreux prélats et protégé par le cardinal Gustav zu Hohenlohe-Schillingsfürst, grand aumônier de Pie IX, l’ « Abbé Liszt » redouble d’efforts pour établir, en vue du Concile, un plan de réforme de la musique d’Église. Pie IX, qu’il rencontre plusieurs fois, l’encourage dans sa vocation d’artiste catholique, et reçoit la dédicace de son Hymne du pape « Tu es Petrus ». Plus tard, il composera également un Pro Papa pour Léon XIII, qu’il rencontrera aussi.

À une période de mutations politiques et sociales pour Rome, Liszt et la princesse Wittgenstein fréquentent les cercles et les salons cosmopolites, par exemple les communautés allemandes, austro-hongroises, anglaises, polonaises, ukrainiennes, russes et françaises (notamment à la Villa Médicis). Ils affichent leur ultramontanisme, leur francophilie et leur soutien sans faille au Second Empire. Leur vie romaine traverse et s’adapte aux bouleversements politiques de 1870 et à ce qu’ils décrivent, dans leur correspondance, comme « le double cérémonial entre le Quirinal et le Vatican ». Ils entretiennent des liens privilégiés avec des prélats et des artistes (les Nazaréens, Hébert, Filippo Bigioli, dont les tableaux de la Divine Comédie servent de décor à une exécution de la Dante-Symphonie de Liszt, etc.). 

On ne peut comprendre Liszt sans son engagement auprès de la princesse Wittgenstein, à qui il dédicace ainsi ses poèmes symphoniques : « À celle qui a accompli sa foi par l'amour, agrandi son espérance à travers les douleurs, édifié son bonheur par le sacrifice ! À celle qui demeure la compagne de ma vie, le firmament de ma pensée, la prière vivante et le Ciel de mon âme ». Leur couple est indissociable de Rome, ce dont témoigne une correspondance de 25 ans (encore en partie inédite), véritable vitrine sur la ville éternelle, ses salons, ses débats politiques, diplomatiques et religieux. La princesse publie, sous son propre nom et parfois de façon anonyme, un grand nombre d’articles et de livres sur l’art, la religion, l’histoire de l’Église : une étude sur la chapelle Sixtine (1867), Simplicité des colombes, prudence des serpents — Quelques réflexions suggérées par les femmes et les temps actuels, Bouddhisme et christianisme (1868), L’Église attaquée par la médisance (1869), Entretiens pratiques à l’usage des femmes du monde. Religion et monde (1875). Elle est, comme Liszt, au centre d’un réseau romain cosmopolite, tient un salon très prisé, collectionne les dessins anciens et contemporains, et entretient une correspondance avec une multitude de figures artistiques, religieuses, intellectuelles et politiques du monde entier : Hippolyte Flandrin, Ernest Hébert (qui fait son portrait et qu’elle visite souvent à la Villa Médicis), Eduard Bendemann, Armand Baschet, les familles Bonaparte et Caetani, Emile Ollivier, Ernest Renan, Félix Dupanloup, Louis-Ernest-Romain Isoard, Hyacinthe Loyson dit « Père Hyacinthe », Charles Gay, Ludovico Altieri, Fanny Lewald, Malwida Meysenburg, Charles de Montalembert, la marquise de Blocqueville, etc. 

Gregorovius note qu’elle « déborde d’esprit », et Louis Teste observe qu’ « il est peu d’esprits aussi vigoureux, aussi chercheurs que celui de la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein […]. Elle est remontée aux origines de toutes les religions. Elle discuterait au besoin avec Confucius, Bouddha ou Mahomet. […] Ne lui faites pas une objection ! Elle la réfute par cent arguments philosophiques, théologiques ou historiques, entremêlés de citations grecques, latines, russes, allemandes, italiennes qui vous ébouriffent […]. Le Vatican lui envoie des bouquets. […] Il n’est membre du Sacré-Collège ni Prélat domestique de Sa Sainteté qui n’ait passé dans ses salons ». Pourtant, ses Causes intérieures de la faiblesse extérieure de l’Église en 1870, publiées à l’occasion du Concile, sont partiellement mises à l’Index en 1877. Un des deux consulteurs de la Congrégation de l’Index, Michael Haringer, écrit qu’il est pris de « nausée » face à ses commentaires, car elle « veut réformer toute l’Église et se pose en juge du Souverain Pontife, d’un concile œcuménique, de toute l’Église ». Elle représente selon lui le parti de femmes qui ont animé de « grandes tempêtes » à l’occasion du Concile. Emile Ollivier, gendre de Liszt, l’avait prévenue : « c’est du catholicisme mennaisien. Vous serez mise à l’Index ». Quant à Liszt, qui vient à Rome chaque année jusqu’à sa mort pour la voir, il essaie de la consoler, tout en réaffirmant, de son côté, sa soumission à l’Eglise : « Malheureusement l’Index a désapprouvé votre immense ouvrage — j’eusse fait couper mes 2 mains, afin que cela n’arrivât pas ! Peut-être se trouvera-t-il plus tard un moyen pour que l’Index se ravise en votre honneur ». Pourtant, la princesse continue à publier de nouveaux volumes jusqu’à sa mort, huit mois après Liszt, et repose au Campo Santo Teutonico, à l’ombre de la coupole de Saint-Pierre.

 

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Le comité scientifique sera particulièrement vigilant aux propositions de contributions permettant de renouveler le sujet et d’apporter un renouveau des connaissances, soit par des problématiques inédites, soit par l’exploitation de sources rares et inédites. Les contributions, sous forme de présentations (20 min), peuvent explorer des questions liées à, mais non limitées à :

 

1.     Liszt et la vie musicale romaine au XIXe siècle (salons, salles de concert, etc.)

2.     Les réseaux épistolaires de Liszt et de la princesse Wittgenstein pendant leur période romaine

3.     Les liens de Liszt et la princesse Wittgenstein avec les salons romains et les communautés artistiques nationales et cosmopolites (Villa Médicis, etc.) 

4.     Liszt, la princesse Wittgenstein et la doctrine sociale de l’Église

5.     Le Concile de Vatican 

6.     Histoire politique et diplomatie romaine autour de 1870

7.     Pie IX et Léon XIII face aux arts et la musique 

8.     Les femmes catholiques et l’Église dans la deuxième moitié du XIXe siècle

9.     La correspondance, les écrits et la collection de la princesse Wittgenstein

 

Les langues du colloque sont l’italien, le français et l’anglais.

 

Les propositions de communications (20 minutes) doivent comprendre : 

 

·       un résumé de 4000 caractères maximum (espaces compris)  qui comprendra la mention des sources utilisées ;

·       une bio-bibliographie de 1000 caractères maximum, espaces compris ; 

·       coordonnées (e-mail et numéro de téléphone) ;

·       affiliation institutionnelle le cas échéant ;

·       une liste des besoins techniques.

 

Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse suivante : nicolas.dufetel@cnrs.fr  avant le 1er juin 2026

L’organisateur prendra en charge deux nuitées à Rome et les repas.

 

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Responsabilité scientifique

Nicolas Dufetel, CNRS (Iremus)

 

Comité scientifique

·     Biancamaria Antolini, Conservatorio di musica « F. Morlacchi » di Perugia

·     Michela Berti, Conservatorio di Musica « F. Morlacchi » di Perugia, Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette

·     Albane Cognet, École française de Rome

·     Colette di Matteo, Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette

·     Nicolas Dufetel, CNRS (Iremus)

·     Renaud Escande, Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette

·     Augustin Laffay, Comité pontifical des sciences historiques

·     Mariateresa Storino, Conservatorio di Musica « G. Rossini » di Pesaro

·     Claudio Toscani, Fondazione Istituto Liszt, Bologna, Università degli Studi di Milano Statale.

 

Comité d’organisation

Lorraine Creusot, Pierre-Marie Passot (Institut français Centre Saint-Louis) 

 

Institution organisatrice

Institut français Centre Saint-Louis, Rome

 

Institutions partenaires

·       Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette

·       Fondazione Istituto Liszt, Bologne

·       Centro Studi Opera Omnia Luigi Boccherini

·       Institut de recherche en musicologie, Paris (Iremus)