Créer sous contrainte : l’art de contourner la censure dans l’espace francophone, de 1940 à nos jours
Appel à chapitres pour ouvrage collectif
L’étymologie du terme « censure » renvoie à la magistrature des censores de la République romaine. Ce terme recouvre un ensemble de significations étroitement liées : d’une part, l’acte consistant à réprouver ou à condamner un texte, une doctrine ou une opinion ; d’autre part, la décision d’en restreindre, voire d’en proscrire, la diffusion, de manière partielle ou totale ; enfin, l’autorité institutionnelle investie du pouvoir de prononcer une telle sanction. En un sens plus large, la censure apparaît comme un instrument de régulation des discours et des productions symboliques, participant à l’organisation et à l’encadrement des expressions au sein du corps social.
Phénomène à la fois transhistorique et transculturel, la censure traverse l’ensemble des sociétés humaines sans jamais véritablement disparaître, se reconfigurant au gré des contextes politiques, culturels et sociaux. Si elle constitue un objet d’analyse fréquent, voire attendu, dans l’étude des régimes totalitaires qui ont marqué le XXe siècle, elle n’en demeure pas moins perceptible dans les sociétés contemporaines, y compris au sein des démocraties modernes, où elle peut prendre des formes plus diffuses, notamment dans les environnements numériques.
Cet ouvrage collectif se propose d’examiner les mécanismes de la censure et de la propagande d’État dans l’espace francophone, de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, ainsi que les stratégies de contournement développées par les écrivain(e)s, cinéastes et artistes pour continuer à créer sous contrainte.
À travers une approche pluridisciplinaire mobilisant la littérature, le cinéma, les arts, l’histoire, la philosophie politique et les études des médias, le volume vise à analyser comment le texte et l’image deviennent des espaces de résistance : des procédés de déstabilisation du silence, une écriture de l’indicible, le détournement des récits officiels, ainsi que des formes de subversion esthétique face au contrôle idéologique. Les contributions interrogent également les « nouvelles censures » contemporaines — institutionnelles, économiques ou médiatiques — et leur impact sur la création artistique.
Au-delà de l’analyse formelle des œuvres, il s’agit d’interroger les enjeux éthiques et moraux de l’engagement artistique : comment témoigner sans se compromettre ? Comment dire le traumatisme collectif sous surveillance ? Quelle responsabilité incombe aux créateurs face à la manipulation des récits nationaux ?
Dans un contexte mondial marqué par le retour de discours autoritaires, la polarisation politique et la circulation massive de la propagande, le volume propose une réflexion actuelle et structurante sur la liberté d’expression, la mémoire et la puissance politique de la création artistique. En mettant en dialogue diverses aires géographiques et en intégrant la question des « nouvelles censures » contemporaines, l’ouvrage propose ainsi une réflexion à la fois historique, culturelle, poétique et résolument actuelle sur la liberté d’expression.
Les propositions pourront s’inscrire dans les axes suivants, qui pourtant ne sont pas exhaustifs :
Le présent volume accueille des propositions d’analyses littéraires, cinématographiques, artistiques, et historiques, avec un intérêt particulier pour la période allant de 1940 à nos jours.
Axe 1 : les femmes autrices face à la censure
Marguerite Duras et la censure du désir féminin dans la littérature française d’après-guerre.
L’autocensure chez les écrivaines francophones postcoloniales : Assia Djebar, Mariama Bâ, Annie Ernaux.
Les représentations de l’avortement dans la littérature féminine francophone (1950 à aujourd’hui)
Axe 2: La littérature LGBTQ+, particulièrement destinée à la jeunesse, fait l’objet de nouvelles formes de censure dans plusieurs contextes nationaux. Les contributions pourront interroger les mécanismes de restriction, d’effacement ou de reconfiguration des représentations queer dans les espaces francophones.
La censure de la littérature LGBTQ+ et l’influence des « book bans » américains sur l’espace francophone.
Traduction et effacement des identités queer dans les éditions françaises de romans anglophones.
Les représentations trans dans la littérature jeunesse contemporaine francophone.
Axe 3 : les manières de contourner ou de dénoncer la censure à l’ère numérique et sur les réseaux sociaux, dans des contextes nationaux ou transnationaux de l’espace francophone.
TikTok, Instagram et les stratégies de contournement de la censure des contenus féministes et LGBTQ+.
Les réseaux sociaux comme espaces de contre-censure dans le monde francophone.
Les mèmes et langages codés comme formes de résistance à la censure numérique.
Axe 4 : propagande, censure et cinéma
Dans l’espace francophone, notamment en France et au Québec, la censure cinématographique a longtemps encadré les représentations de la morale, de la violence et du politique avant d’évoluer vers des systèmes de classification. Les contributions pourront également examiner les usages propagandistes du cinéma dès la Seconde Guerre mondiale ainsi que les stratégies esthétiques de contournement de la censure.
La représentation de la guerre d’Algérie dans le cinéma français face à la censure politique.
La classification des films queer dans le cinéma francophone : entre protection morale, visibilité et enjeux politiques.
Circulation et réception du cinéma queer francophone face aux politiques de censure et de classification.
L’autocensure comme forme invisible de censure dans les productions culturelles contemporaines.
Axe 5 : Au nom de la jeunesse
La notion de « protection de la jeunesse » comme justification de la censure dans la littérature, le cinéma et les médias numériques.
—
Dates de tombée:
Les propositions de contribution d’environ 250 mots, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer par courriel, avant le 10 juin 2026 à cfp.conference.book@gmail.com
Les auteurs et autrices dont les propositions auront été retenues seront invité(e)s à soumettre leur article complet au plus tard le 15 septembre 2026.
—
Renseignements:
Les demandes de renseignements peuvent être adressées par courriel à l'adresse suivante: cfp.conference.book@gmail.com.