Pourquoi certaines voix sont-elles écoutées, quand d’autres sont systématiquement mises en doute, ignorées ou réduites au silence? Et si l’injustice se jouait aussi dans notre façon d’écouter, de croire, de comprendre les autres ? Dans Injustice épistémique. Le pouvoir et l’éthique du savoir (Elliot), Miranda Fricker met au jour une forme d’injustice aussi discrète que destructrice : l’injustice épistémique – celle qui frappe les individus en tant que sujets de connaissance. À travers deux concepts centraux – l’injustice testimoniale (lorsqu’on ne croit pas une personne en raison de sa couleur de peau, de son genre ou de sa classe sociale) et l’injustice herméneutique (lorsqu’on ne peut exprimer ce que l’on vit faute de mots reconnus dans l’espace public) – Miranda Fricker offre une grille de lecture puissante pour comprendre les mécanismes qui réduisent certaines personnes au silence.
L'injustice épistémique était aussi au sommaire du premier des sommaires Fiducia (I). Crédibilité, confiance, crédit dans les récits de soi accueilli parmi les Colloques en ligne de Fabula : "Le discrédit du témoignage en littérature. Un exemple d injustice épistémique", par Charlotte Lacoste, et "Que vaut la parole d’un accusé noir ? Un réexamen de la notion d’injustice testimoniale à la lumière du procès de Tom Robinson dans Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur", par Frédérique Leichter-Flack.
Rappelons encore le compte rendu donné par Chloé Chaudet, sous le titre "Repenser les approches & les représentations de l’injustice sociale", du volume supervisé par Raphaëlle Guidée et Patrick Savidan, Dire les inégalités. Représentations, figures, savoirs (Presses universitaires de Rennes). Mais aussi les deux essais séminaux d'Emmanuel Renaut parus aux éditions de La Découverte, L'expérience de l'injustice. Essai sur la théorie de la reconnaissance (La Découverte), dont Fabula donne à lire un extrait, et plus haut dans le temps, désormais accessible en ligne via Cairn, L'expérience de l'injustice. Reconnaissance et clinique de l'injustice.
(Illustr. : Du silence et des ombres (To Kill a Mockingbird), réalisé en 1962 par Robert Mulligan sur un scénario de Horton Foote, avec Gregory Peck dans le rôle de l'avocat Atticus Finch, Mary Badham dans celui de "Scout" Finch, d'après Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird) de Harper Lee paru en 1960)