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Appels à contributions
Réimaginer le Canada en Amérique du Nord. 48e congrès annuel de l'Association d’études canadiennes dans les pays germanophones (Berlin)

Réimaginer le Canada en Amérique du Nord. 48e congrès annuel de l'Association d’études canadiennes dans les pays germanophones (Berlin)

Publié le par Marc Escola (Source : Lara Ullrich)

Appel à communications

Réimaginer le Canada en Amérique du Nord 

48e congrès annuel de l'Association d’études canadiennes dans les pays germanophones,

du 24 au 26 février 2027, à Berlin

Lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, le 21 janvier 2026, le Premier ministre Mark Carney a affirmé avec clarté que l’évolution des dynamiques mondiales impose de repenser la place du Canada, tant en Amérique du Nord que sur la scène internationale. Dans un discours salué pour son audace et sa force, il a rappelé à son auditoire que « la nostalgie n’est pas une stratégie » et que « l’ancien ordre ne reviendra pas ».[1] L’intervention esquisse ainsi une voie nouvelle : celle d’une action concertée des puissances moyennes, appelées à « construire ce en quoi nous prétendons croire », à partir de valeurs partagées telles que la solidarité, la résilience et l’intégrité.

Si le discours de Carney doit d’abord être compris à la lumière des tensions récemment exacerbées avec les États-Unis – dont les menaces impérialistes d’annexion ont suscité de vives réactions au sein de la population canadienne –, il s’inscrit également dans un contexte mondial plus large, marqué par la montée de l’autoritarisme et du populisme, qui ébranlent les conceptions établies de l’ordre international et de la solidarité (comme l'évoque également cet article sur le nationalisme québécois paru dans le dernier numéro de la Zeitschrift für Kanada-Studien). Dans le prolongement de la description du Canada par Justin Trudeau en 2015 comme le « premier État post-national », l’appel de Mark Carney inaugure un nouveau chapitre dans la quête constante du pays pour définir son identité nationale.

Dans cette perspective, cet appel à contributions invite à un effort de réinvention : il s’agit de reconsidérer, de saisir et de redéfinir ce que pourrait être la position du Canada au sein de dynamiques globales en pleine mutation. Cet impératif n’est toutefois pas inédit ; il s’enracine dans les histoires complexes, souvent contestées, qui constituent ce que l’on appelle le Canada. Toute réinvention exige ainsi une relecture critique du récit national, impliquant de confronter le rôle fondateur et persistant du colonialisme de peuplement ainsi que les pratiques de « maple-washing », tout en plaçant au cœur de la réflexion la présence des peuples autochtones sur l’Île de la Tortue, leurs souverainetés, leurs savoirs et leurs dynamiques de revitalisation culturelle.

Parallèlement, cette démarche doit prendre en compte d’autres histoires entremêlées : celles de l’esclavage et des luttes pour la libération, des inquiétudes face à l’annexion, des transformations territoriales, ainsi que des évolutions de l’immigration et du multiculturalisme. Elle suppose également un engagement renouvelé dans des débats internes de longue date, notamment autour du rôle particulier du Québec. Celui-ci partage avec le Canada anglophone des préoccupations liées aux dérives autoritaires et à l’instabilité économique, tout en entretenant une relation ambivalente avec le fédéralisme canadien, une tension perceptible tant dans les aspirations souverainistes que dans les débats sur les inégalités sociales et l’équilibre entre les différents ordres de gouvernement.

Réimaginer le Canada implique dès lors un examen attentif des priorités nationales, des institutions et des pratiques démocratiques, ainsi qu’un effort soutenu pour les adapter aux défis politiques et sociaux contemporains. À cet égard, la crise américaine agit comme un révélateur : elle met en lumière les vulnérabilités internes du Canada et l’oblige à réévaluer les fondements de son ordre politique et social, non seulement en relation avec son environnement extérieur, mais également au sein de son propre cadre national.

Historiquement, les processus de réinvention du Canada ont toujours impliqué des transformations économiques, politiques, géographiques, sociales, environnementales et culturelles, tant dans la manière dont le pays se perçoit que dans celle dont il est perçu. C’est dans cet esprit que nous invitons des contributions issues de l’ensemble des disciplines représentées au sein de notre Association d’études canadiennes.

Les propositions pourront notamment aborder les questions suivantes :

(1) Relations internationales et géopolitique (questions portant sur la place du Canada dans le monde, ses alliances et les dynamiques globales) :

  • Comment le Canada peut-il développer ou renouveler des alliances en Amérique du Nord – notamment avec les Caraïbes et le Mexique – ainsi qu’à l’échelle internationale ? 
  • Dans quelle mesure les relations historiques du Canada avec le Royaume-Uni peuvent-elles être mobilisées ? 
  • À quoi pourrait ressembler une coalition des puissances moyennes ? 
  • En quoi une relecture des relations américano-canadiennes permet-elle d’éclairer les évolutions actuelles ? 
  • Le Canada peut-il être envisagé comme un « nouveau chemin de fer clandestin » pour les États-Unis ? 
  • Comment le Canada et d’autres régions du monde font-ils face aux manifestations contemporaines du néocolonialisme ? 

(2) Dynamiques internes, gouvernances et débats politiques (questions liées à la politique intérieure, aux institutions et aux tensions fédérales) :

  • Comment le Québec se redéfinit-il entre solidarité fédérale et aspirations renouvelées à la souveraineté ? 
  • Quel rôle les politiques et idées de droite et de gauche jouent-elles dans les orientations futures du Canada ? 
  • Comment les dynamiques de genre sont-elles affectées par la montée des politiques conservatrices ? 
  • Comment la politique canadienne contemporaine est-elle représentée dans les médias internationaux ? 
  • Quel impact un éventuel déplacement de chercheurs/chercheuses depuis les États-Unis pourrait-il avoir sur le système universitaire canadien ? 

(3) Histoire, mémoire et identité (questions portant sur les trajectoires historiques, les identités collectives et les cadres d’interprétation) :

  • En quoi la diversité du Canada et son évolution historique contribuent-elles à repenser la nation ? 
  • Comment le concept d’« avenir du passé » de Reinhart Koselleck permet-il d’interroger les transformations contemporaines ? 
  • Quel rôle les Premières Nations jouent-elles dans ces transformations ? 
  • Comment appréhender l’identité nationale canadienne dans ses dimensions diachronique et synchronique ? 
  • Comment repenser les visions européennes d’un transculturalisme canadien libéral ? 

(4) Cultures, littératures, médias et imaginaires sociaux (questions explorant les représentations, les récits et les formes culturelles) :

  • Quel rôle les réseaux sociaux jouent-ils dans la réinvention du Canada ? 
  • Comment la littérature et les médias audiovisuels participent-ils à l’élaboration de stratégies de réinvention ? 
  • Comment les écrivains/écrivaines canadien/nes perçoivent-ils/elles leur voisin du Sud ?
  • La littérature, le cinéma et les arts offrent-ils des cadres pertinents pour penser les dynamiques politiques et sociétales actuelles ?

Les propositions de contribution (500 mots au maximum, en français ou en anglais) devront préciser

  • la méthodologie et les approches théoriques choisies
  • le contenu / le corpus de la recherche
  • l’axe dans lequel la communication s’inscrit.

La proposition doit être accompagnée de quelques brèves informations biobibliographiques (250 mots au maximum) avec

  • l’affiliation institutionnelle actuelle et le poste occupé
  • les travaux de recherche antérieurs en rapport avec le thème et/ou les sous-thèmes de la conférence.

Les propositions devront être envoyées au plus tard le 15 juin 2026 à gks@kanada-studien.de.

Nous encourageons l’envoi de propositions en français !

 
[1] https://www.weforum.org/stories/2026/01/davos-2026-special-address-by-mark-carney-prime-minister-of-canada/. Consulté le 19 avril 2026.