Édouard Schuré, Lettres de Bayreuth. Richard Wagner et le premier Festival. Correspondance inédite (1873-1883). (Samuel Kunkel, éd.)
Édition établie et présentée par Samuel Kunkel. Contributions de Nicolas Dufetel et Adeline Heck.
Si tout a déjà été dit sur Richard Wagner, rares sont les témoignages de première main. Au fil de plus de cinquante lettres inédites adressées entre 1873 et 1883 à son âme sœur, Marguerite Mignaty, et complétées d’extraits de son journal intime, Édouard Schuré — qui rencontra le compositeur en 1865 et se vit aussitôt accueilli dans son cercle intime — fait revivre une époque charnière de l’histoire musicale européenne : le premier Festival de Bayreuth.
Admiratif de l’artiste mais critique envers l’homme, voilà ce wagnériste de la première heure convié à des soirées et à des représentations privées, invité aux répétitions, consulté par le Maître. Il dépeint son entourage bigarré — où l’on croise, entre autres, Liszt, Nietzsche, Saint-Saëns et Louis II de Bavière —, consigne ses triomphes et ses déboires, suit et commente l’élaboration du théâtre de Bayreuth, inauguré en 1876, apothéose de l’entreprise wagnérienne, et fait partie des premiers et rares Français à assister au Festival.
Double portrait de deux artistes en quête d’idéal, cet ensemble inédit, introduit par des spécialistes de Wagner et de Schuré, apporte un éclairage nouveau sur celui qu’on avait surnommé le « Magicien de Bayreuth », ici dépeint au travail ou en proie aux affres de la création. Dans des lettres fourmillant d’informations depuis la scène jusqu’aux coulisses, en passant par le public, Schuré fait défiler les protagonistes comme les personnages secondaires d’une épopée musicale unique. Dans un mouvement d’aimantation et de recul par rapport à Wagner — humain trop humain —, il dégage les grands principes d’une Œuvre à la vocation messianique qui se révèle dans toute sa complexité et ses soubresauts.
"J’avais devant moi ce nouveau théâtre qui se détache en rouge sur un fond vert ; car quoique exécuté sur le plan primitif il n’est que provisoire. Les fondements seuls et les premières assisses jusqu’à double hauteur d’homme sont calculés pour le temps. Le reste est en briques, parce que les fonds manquent encore. À mesure qu’on approche on entend le bruit de la pelle et du marteau. Une centaine d’ouvriers travaillent là. L’édifice est terminé jusqu’au toit. On voit les 2 ailes comme deux tours et le corps du bâtiment qui forment la scène, lequel domine tout le reste parce qu’il doit y avoir au-dessus comme au-dessous de la scène visible, un espace égal à son volume pour les machineries. Sous une forêt de perches et d’échafaudages on pénètre jusqu’aux assises des gradins circulaires, et on arrive à l’enfoncement de l’orchestre, on voit au-delà l’espace de la scène qui n’est encore qu’un immense trou."