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Jeunes auteurs/auteures de Zoé ? Mondialité, médialité, minimalisme dans la littérature narrative suisse romande actuelle (revue Versants)

Jeunes auteurs/auteures de Zoé ? Mondialité, médialité, minimalisme dans la littérature narrative suisse romande actuelle (revue Versants)

Appel à contributions

Jeunes auteurs/auteures de Zoé ? Mondialité, médialité, minimalisme dans la littérature narrative suisse romande actuelle, 

Fascicule français de Versants. Revue suisse des littératures romanes 74 (2027),

éd. par Henning Hufnagel (Université de Zurich)

Les Éditions Zoé, dont le siège se situe près de Genève, sont l’une des maisons d’édition littéraires les plus remarquables de Suisse, caractérisée par un programme d’une qualité littéraire et d’une cohérence esthétique impressionnantes, centré sur la narration, le roman plus particulièrement. Cette cohérence ne doit, bien sûr, pas être confondue avec l’uniformité. Les auteures et auteurs de la maison d’édition semblent plutôt attachés à certaines valeurs littéraires communes et partagent parfois des thèmes communs – qui recoupent, de temps à autre, certaines grandes tendances de la littérature narrative contemporaine française et francophone, comme le « Nouveau Réalisme ». Cependant, ils réalisent ces valeurs par leurs écritures et explorent ces thèmes par leurs récits de manière très individuelle, tantôt seuls et tantôt dans des ouvrages à voix collective. 

Les Éditions Zoé, bien sûr, sont loin d’être un cas isolé. Il est intéressant de constater que des auteurs et auteures d’autres maisons d’édition suisses romandes ainsi que leurs directions – par exemple, à La Veilleuse, aux Presses Inverses, à art & fiction, toutes les trois maisons situées près de ou à Lausanne –, semblent partager certains approches et valeurs tel que l’écriture collaborative, un regard décidément ouvert sur le monde au-delà de l’Europe ou la réflexion des médias. Enfin, on découvre quelques affinités chez de jeunes auteurs et auteures suisses qui publient en France. Où finissent les volontés de programmation d’une maison d’édition, et où commencent les aléas du chemin d’un jeune auteur vers la publication ? Qu’est-ce qui relève d’une tendance générale de la littérature narrative contemporaine, et qu’est-ce qui constitue une particularité suisse ?

Si l’on consulte les œuvres individuelles ou collectives des jeunes auteures et auteurs des Éditions de Zoé – on pense notamment à Elisa Shua Dusapin, Max Lobe, Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Anne-Sophie Subilia, Daniel Vuataz, Gabriella Zalapì et au collectif Elen Fern –, il paraît prometteur de chercher à répondre à ces questions en suivant des axes transversaux de réflexion tels que : mondialité, médialité et minimalisme.

Ces axes heuristiques devraient prouver leur pertinence en les appliquant aussi à d’autres jeunes autrices et auteurs de la Suisse romande, par exemple : Alice Bottarelli (L’Aire, Presses Inverses, Verticales), Guy Chevalley (Paulette Éditrice, La Veilleuse), Fanny Desarzens (Éd. Slatkine), Chloé Falcy (Hélice Hélas), Laure Federiconi (Hélice Hélas, La Veilleuse), Emmanuelle Fournier-Lorentz (Gallimard), Alexandre Lecoultre (La Veilleuse, Art & Fiction), Camille Leyvraz (La Veilleuse), Claire May (L’Aire), Matthieu Mégevand (Flammarion, Art & Fiction, Actes Sud), Quentin Mouron (Favre), Thierry Raboud (La Baconnière), Antoine Rubin (Torticolis et Frères, La Veilleuse), Matthieu Ruf (L’Aire, Paulette Éditrice), Jonas Sollberger (Minuit), Joan Suris (Presses Inverses), Lorrain Voisard (Éditions d’en bas), Olivier Vonlanthen (La Veilleuse), Myriam Wahli (L’Aire). 

L’objectif de ce dossier est donc d’explorer la littérature narrative de la Suisse romande actuelle en partant des autrices et auteurs des Éditions de Zoé ; d’esquisser son cadre plus large en examinant de cas individuels – comparés ou monographiques, par des études dédiées à un roman spécifique ou à un corpus plus large. L’objectif est d’essayer de donner une image globale en assemblant des pièces de mosaïque, à l’aide des axes évoqués : 

Mondialité. En effet, les auteures et auteurs indiqués ont en commun d’explorer dans leurs œuvres, à partir de la Suisse, tous les recoins du monde. Comme Atlas (2015) de Bruno Pellegrino, par exemple, nous emmène, selon son texte de présentation, « d’Antananarivo à Tokyo, de Moscou à Pékin ». Hiver à Sokcho (2016) d’Elisa Shua Dusapin se déroule dans une station balnéaire près de la frontière nord-coréenne, Les Billes du Pachinko (2018) est centré sur un salon de pachinko à Tokyo. Souvent, cette curiosité du monde a une dimension autobiographique : la plupart des auteures et auteurs possède en effet une double nationalité. 

De manière complémentaire, d’autres autrices et auteurs, comme, par exemple, ceux de la maison d’édition Presses Inverses, semblent ironiser sur cette volonté d’étreindre, avec Rimbaud, la « réalité rugueuse », optant pour une distance aussi critique que fantastique du réel. 

Médialité. Beaucoup de ces auteures et auteurs semblent se distinguer aussi par une réflexion particulière sur la médialité de leur narration. L’œuvre collective Stand By (2018/2019) de Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz se veut la transposition des principes de la série télévisée dans le médium littéraire. Une toile large comme le monde (2017) d’Aude Seigne ne se contente pas de mentionner le World Wide Web dans son titre, mais fait de l’internet un élément structurant également l’interaction entre les personnages. 

La médialité informe aussi le travail d’autres auteures et auteurs et leurs éditeurs, sur plusieurs niveaux. Les éditions art & fiction sont nées effectivement du contact entre les médias, avec l’objectif de documenter le travail d’artistes plasticiens, ensuite se différenciant en plusieurs domaines. Et les Presses Inverses placent leur travail sous le signe de la bibliophilie.

Minimalisme. Enfin, beaucoup de ces auteures et auteurs ont en commun de publier des livres plutôt courts, caractérisés par une économie de mots d’autant plus frappante par la musicalité particulière de la langue. Cela ouvre à une dimension comparative, apte, à titre hypothétique, à mieux cerner ces auteures et auteurs, dans une perspective d’histoire littéraire : pourrait-on parler, à propos de cette esthétique, d’un minimalisme ? D’un minimalisme qui pourrait être mis en relation avec celui d’un autre groupe d’auteurs réunis autour d’une maison d’édition à propos de laquelle ce terme a déjà été employé ? Le titre du dossier y fait allusion : notamment, on a parlé de minimalisme à propos des « Jeunes Auteurs de Minuit », tels que Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Marie Redonnet et Patrick Deville, qui, dans les années 1980, ont « redécouvert » la narration après la « terreur théorique » de Tel Quel et d’un Nouveau Roman finissant. Que découvrent alors les jeunes auteures et auteurs suisses romands ?

Les personnes intéressées sont invitées à envoyer une proposition de contribution (200 mots maximum) et une brève biographie jusqu’au 15 juin 2026 à l’adresse suivante :

henning.hufnagel@uzh.ch

Les textes finaux sont attendus le 15 mars 2027.