Des dialogues de Platon, on retient d’abord et avant tout leurs nombreux mythes. Leur sens ne va cependant pas de soi : comment en comprendre l’usage dans le cadre d’oeuvres philosophiques, et plus encore de la part d’un penseur auquel on a fait la réputation d’être "l’ennemi des poètes" ? Comment les lire ? Dans Le philosophe qui aimait les histoires. L’anthropologie platonicienne du fait poétique (Les Belles Lettres), Létitia Mouze montre que les mythes (mûthoi), c’est-à-dire les histoires, sont au coeur du projet philosophique platonicien. Ils le sont d’abord en tant qu’objet d’analyse : on trouve dans les Dialogues les éléments d’une théorie littéraire qui rejoint les réflexions contemporaines sur la fonction anthropologique fondamentale de la fiction. En mettant en lumière la manière dont elles influent sur les âmes, Platon montre que les histoires transmettent des valeurs et sont le socle de toute éducation et de toute cité. Il s’ensuit qu’elles ont un rôle philosophique à jouer, lorsque leur contenu, tout en étant fictionnel, est vrai, c’est-à-dire cohérent avec ce qui est réellement : parce qu’elles touchent l’âme au plus profond en lui procurant du plaisir, elles sont tout particulièrement aptes à susciter cet état d’âme et cette attitude en quoi consiste ce que Platon appelle philosophia. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage… ou à écouter une présentation audio…
Que Platon puisse être l'un des saints patrons de la fiction, Rabelais en avait eu un peu plus que l'intuition, comme Romain Menini en a fait naguère la complète démonstation dans Rabelais et l’intertexte platonicien (Droz), dont on peut toujours lire dans Acta fabula un compte rendu sous la signature de Peter Frei dans "Rabelais et l’intertexte platonicien".
(Illustr. : Papyrus d'Oxyrhynque LII 3679, contenant des fragments de La République de Platon, IIIe s.)