De quoi Balzac est-il le nom ? D’un classique de la littérature française, d’un géant de la littérature mondiale, du poète de Paris, du romancier de la vie de province ? D’un révolutionnaire, d’un conservateur, d’un anti-moderne ? Rares furent les auteurs si diversement interprétés, disputés, revendiqués. Dans son nouvel essai, "Balzac nous appartient". Une histoire politique de la transmission littéraire (CNRS éd.), Judith Lyon-Caen s'intéresse aux mille manières d’"aimer Balzac", de le lire, de l’étudier, de se l’approprier ou simplement d’en parler, ce livre fait de Balzac le terrain d’une anthropologie de la transmission littéraire et l’objet d’une histoire politique. Des communistes aux fascistes, d’une célèbre lettre d’Engels à l’« aryanisation » des Éditions Calmann-Lévy transformées en 1942 en Éditions Balzac, des ténèbres des camps aux espoirs de l’après-guerre, l’auteur de la Comédie humaine a traversé toute l’histoire socio-politique du XXe siècle. Judith Lyon-Caen suit non seulement le fil de la lecture des œuvres, mais aussi celui des gestes, des projets et des arrière-pensées de la transmission, les plus vains et les plus efficaces, ceux qu’on admire et ceux qui indignent. C’est une histoire de la mémoire dont les enjeux n’ont pas fini de regarder notre présent.
(Illustr. : Auguste Rodin, Étude de robe de chambre pour la statue de Balzac, plâtre, 1897, ©Musée Rodin)