Prendre en compte les concerné·e·s dans la production et l’analyse des représentations genrées de l’autisme (Toulouse)
Appel à communications du colloque AuFic 2
Prendre en compte les concerné·e·s dans la production et l’analyse des représentations genrées de l’autisme
Organisation :
Mélanie Lallet (CHUS, UCO), Yael Armangau (CHUS-UCO, LISST-UT2J), Marianne Tremblay (McGill University)
Comité scientifique :
Yael Armangau (CHUS-UCO, LISST-UT2J)
Stéfany Boisvert (UQAM)
Sandra Hamiche (Université Sorbonne Nouvelle, Irméccen, membre AuFic)
Mélanie Lallet (CHUS, UCO)
Marine Malet (Université de Bergen)
William Mckenzie (UCO, CHUS, membre AuFic)
Christine Thoër (UQAM)
Marianne Tremblay (McGill University)
Alexis Trépier (Université Sorbonne Nouvelle, Irméccen, membre AuFic)
(en cours de constitution)
Le colloque AuFic 2
Le colloque des 16 et 17 novembre prend place à l’intérieur du projet ANR JCJC AuFic (2024-2027) sur les représentations genrées de l’autisme dans les fictions. Il fait suite à la journée d’étude AuFic 1 et a pour objectif d’élargir la réflexion à des perspectives de recherche internationales, aux écritures alternatives de la recherche et à la création, au-delà du monde académique.
Il interroge spécifiquement la prise en compte des concerné·e·s dans la production et l’analyse des représentations genrées de l’autisme dans les fictions. À ce titre, il est ouvert à des propositions permettant de décloisonner la production des savoirs et des représentations (récits d’expérience, savoirs militants, création documentaire, artistique ou littéraire, etc.).
Les propositions d’intervention pourront prendre la forme d’une communication scientifique, d’ateliers ou de performances, accompagnées d’un texte en vue de la réalisation d’ouvrage collectif à l’issue du colloque (voir modalités de soumission en fin d’appel).
Le projet AuFic
Le projet étudie comment les personnages autistes sont représentés dans les oeuvres de fiction diffusées en France et la réception de ces représentations par les personnes autistes elles-mêmes. Si elles tendent à reconduire l’image restrictive d’un sujet autiste masculin de génie, se substituant peu à peu à l’association entre autisme et déficience intellectuelle, on assiste également à une diversification de ces modèles, faisant suite à des dynamiques transnationales pour la reconnaissance des femmes autistes et des personnes autistes concernées par la diversité de genre et sexuelle. Pour étudier ce renouvellement des représentations genrées de l’autisme dans les fictions, le projet s’articule en trois volets : • une analyse sociohistorique des fictions diffusées en France qui mettent en scène au moins un personnage explicitement autiste ; • une enquête de réception fondée sur des entretiens approfondis avec des personnes autistes, interrogées sur la relation entre leur expérience vécue du genre et leur fréquentation de différents univers fictionnels ; • et enfin l’analyse d’un corpus de productions fictionnelles avec des personnages autistes réalisées par les personnes autistes elles-mêmes.
Argumentaire et axes du colloque
Le renouvellement du regard sur l’autisme au prisme de la neurodiversité est aujourd’hui porté par un ensemble de recherches émergentes, à l’international comme en France (Bagatell, 2010 ; Dachez, 2016), qui contribuent à déplacer les cadres dominantes de compréhension de l’autisme. Certaines d’entre elles se sont plus spécifiquement attachées à mettre en évidence la dimension genrée des savoirs sur l’autisme (Price, 2022). Elles ont, d’une part, montré combien les cadres d’identification, de diagnostic et de reconnaissance de l’autisme sont construits à partir des normes de genre contribuant à invisibiliser les filles et les femmes autistes (Davidson, 2008 ; Jack, 2012). D’autre part, elles ont mis en lumière la manière dont ces définitions dominantes et les catégories à travers lesquelles elles ont été pensées ont contribué à marginaliser les personnes situées au croisement de l’autisme et de la diversité sexuelles et de genre (Laflamme et Chamberland, 2020 ; Bornstein, 2022 ; Shapira et Granek, 2019). Dans ce contexte, les approches neuroqueer de l’autisme, portées par des chercheur·euses autistes et queer mobilisant l’épistémologie des savoirs situés (Haraway, 2007 ; Harding, 2003 ; Hartsock, 1998), interrogent la place des personnes concernées dans l’actualisation des connaissances. En soulignant les rapports de pouvoir qui traversent la production des savoirs sur l’autisme, ces approches invitent à prêter attention aux formes de normalisation, d’assignation et d’exclusion qui reconduisent certaines approches, tout en réaffirmant la capacité des personnes concernées à produire elleux-mêmes des formes d’intelligibilité de leurs parcours et récits (aux États-Unis : Egner, 2018 ; Richter, 2017 ; Walker, 2023 ; Yergeau 2018 ; et en France : Coville et Lallet, 2023).
Ces questionnements trouvent un terrain particulièrement fécond dans l’étude des productions culturelles. Un certain nombre de travaux se sont penchés sur les représentations de l’autisme dans les médias (Chamak, 2015a ; Dean et Nordahl-Hansen, 2021 ; Draaisma, 2009 ; Groner, 2012 ; Loftis, 2015 ; Matthews, 2019 ; Murray, 2008 ; Poe et Moseley, 2016) et leur dimension genrée (Jack, 2014 ; McHugh, 2018 ; Primerano, 2023 ; Tharian et al., 2019), tandis que d’autres ont mis en lumière la manière dont ces représentations sont reçues, réappropriées et discutées par les publics (Lopéra-Mármol et Malet, 2022 ; Lallet, 2026). La fiction (qu’il s’agisse de littérature, de cinéma, de séries TV, de jeux vidéo ou encore d’écritures amateures en ligne) joue ici un rôle particulier, dans la mesure où elle participe à la fabrique des imaginaires sociaux de l’autisme. Les représentations et imaginaires produits sont ainsi susceptibles de reconduire certains stéréotypes, de naturaliser certaines normes de genre ou d’écraser la richesse des réalités vécues ; mais elles peuvent aussi, selon les contextes de production, de circulation et de réception, offrir des potentialités émancipatrices contribuant à la reconnaissance des personnes autistes.
C’est à partir de cette tension que ce colloque propose d’interroger la place des personnes concernées dans la production et l’analyse des représentations genrées de l’autisme dans les fictions. Il entend accueillir des propositions qui analysent ces représentations à partir des rapports de pouvoir qui les traversent ainsi que des contextes dans lesquels elles sont produites et circulent. Les propositions devront impérativement adresser la place des personnes concernées dans la production des représentations genrées de l’autisme dans les fictions. Elles s’inscriront, au choix, dans un ou plusieurs des axes identifiés ci-dessous, ou bien proposeront un angle original en rapport avec la thématique du colloque.
1. Approches intersectionnelles
Alors que les travaux sur l’intersectionnalité (Crenshaw, 1997) et les feminist disability studies (Garland-Thompson, 2004) poursuivent leur développement, la neurodiversité est progressivement pensée comme un élément à prendre en compte en articulation avec les catégories de classe, de genre, ou de race (Strand, 2017). Ce faisant, les approches intersectionnelles enrichissent le modèle social du handicap (Abberley, 1987 ; Albrecht, Ravaud et Stiker, 2001 ; Barton et Oliver, 1997 ; Goodley, 2017) en montrant notamment que les expériences de l’autisme ne peuvent être appréhendées indépendamment des autres formes de domination et des rapports sociaux qui les traversent. Une telle perspective invite à analyser les représentations de l’autisme et ses productions depuis une perspective similaire.
Les propositions pourront ainsi analyser la façon dont les représentations de l’autisme s’articulent à d’autres rapports sociaux et donnent ainsi à voir des formes de domination plurielles : validisme ou capacitisme, sexisme, racisme, hétéronormativité, cisgenrisme, âgisme ou domination adulte (adultisme), classisme, etc. Une attention particulière pourra être portée aux manières dont certaines productions culturelles représentent des personnages (ou des expériences) qui semblent rompre avec des figures stéréotypées de l’autisme, tout en reconduisant d’autres formes d’invisibilisation ou de hiérarchisation. En effet, si certaines représentations paraissent plus sensibles au handicap, elles continuent à renvoyer à la marge les personnages racisés, queer ou issus de classes populaires (Aspler et al., 2022).
Une perspective intersectionnelle invite toutefois à ne pas limiter l’analyse aux seuls contenus représentationnels. Dans le champ des cultural studies, elle conduit à interroger également les conditions de production, de circulation et de légitimation des oeuvres comme des positions depuis lesquelles celles-ci sont élaborées (Corrêa, 2020). Appliquée aux fictions portant sur l’autisme, une telle approche permet d’interroger non seulement qui est représenté, mais aussi les inégalités qui structurent les modes de production eux-mêmes : qui peut accéder à ces espaces, comment y faire entendre son point de vue et voir son expérience reconnue comme légitime. En ce sens, l’analyse des représentations gagne à être articulée à celle des conditions de leur production et de leur réception. Les propositions pourront ainsi porter aussi bien sur des productions mainstream que sur des productions culturelles élaborées depuis les marges, dès lors qu’elles permettent d’interroger les rapports de pouvoir qui structurent leur élaboration, leur circulation et leur reconnaissance.
Quel que soit l’axe privilégié, il sera particulièrement apprécié que la dimension genrée de l’autisme soit articulée avec d’autres dimensions (sexualité, handicap, classe sociale, race, âge…). L’axe 1 pourra accueillir les propositions pour lesquelles cette dimension intersectionnelle est centrale, que ce soit d’un point de vue épistémologique, méthodologique, ou par l’objet étudié. Au-delà de la pertinence d’une prise en compte globale et systématique d’un ensemble de rapports de pouvoir articulés, les propositions adoptant une focale spécifique sous-explorée sont particulièrement bienvenues (ex : les représentations genrées des personnes autistes âgées ; celles des personnes autistes racisées ; ou encore le croisement entre l’autisme et d’autres handicaps).
2. Perspectives internationales
Le projet AuFic étant centré sur les fictions disponibles en France et leur réception par les personnes autistes dans ce pays, nous souhaitons ouvrir le colloque à des comparaisons internationales. Il s’agit d’interroger la manière dont les représentations fictionnelles de l’autisme se déploient dans différents contextes nationaux, linguistiques et culturels, mais aussi de saisir comment les conceptualisations (médicales, militantes, ordinaires) de l’autisme varient selon les contextes géographiques et culturels et influencent de ce fait sa mise en fiction (de Leeuw, Happé et Hoekstra, 2020). Les propositions pourront aussi mettre en évidence des similitudes avec le cas français, dans la mesure où les représentations fictionnelles de l’autisme disponibles circulent pour beaucoup dans le cadre de productions issues des industries culturelles mondialisées ou de plateformes en ligne elles aussi transnationales (ex : séries Netflix ; fanfictions sur Wattpad, etc.).
Les propositions pourront ainsi porter sur la manière dont les représentations de l’autisme se transforment lorsqu’elles circulent entre différents espaces nationaux, linguistiques ou médiatiques. Une attention particulière pourra par exemple être portée aux déplacements, reformulations et réappropriations dont elles font l’objet selon les contextes. Les adaptations internationales de la série The Good Doctor et leur comparaison permettent par exemple de révéler comment une même fiction centrée sur un personnage autiste peut donner lieu à des traitements sensiblement différents de l’autisme et des rôles de genre qui lui sont associés selon les contextes culturels dans lesquels il est adapté et diffusé (Yücel, Karademir Arun et Bozkurt, 2025). Les propositions pourront également porter sur des productions fictionnelles issues de contextes nationaux encore peu explorés dans la littérature francophone, alors même qu’ils pourraient nourrir les réflexions depuis la mise en avant de leurs similarités et spécificités. À titre d’exemple, des travaux consacrés à la série coréenne Extraordinary Attorney Woo invitent par exemple à interroger les différentes formes de capacitismes mis en scène dans la fiction, lesquelles sont intimement liées à leur contexte de production (Biasini et Subarman, 2023). De la même manière, les mangas constituent des types de productions peu analysées, alors même qu’elles comptent des représentations variées de l’autisme (Okuyama, 2020) et que leur circulation a contribué à visibiliser au Japon des trajectoires de vies longtemps restées « inacceptables » (Bryce et al., 2014).
Enfin, les propositions pourront également interroger les circulations transnationales des catégories et des cadres d’interprétation de l’autisme présentes dans les fictions. À partir des cas russes et japonais, Ovcharenko et Shinomiya (2025) montrent que les principes de la neurodiversité ne se transposent pas mécaniquement d’un espace à l’autre et se heurtent en réalité à des contextes linguistiques, culturels et politiques qui conditionnent leur réception. Leur analyse invite ainsi à décentrer les cadres occidentalocentrés de la neurodiversité et à porter une attention accrue aux voix et pratiques à partir desquelles les neurodiversités se donnent à voir autrement.
3. Décloisonner l’analyse et la production des représentations
L’axe 3 a pour objectif d’ouvrir le programme du colloque à des propositions s’inscrivant dans le cadre des écritures alternatives de la recherche, de la recherche-création, ou des voix extérieures au monde académique (savoirs d’expérience ou militants, création artistique et littéraire). En plus d’interroger la place des concerné·e·s dans la production et l’analyse des représentations genrées de l’autisme, l’objectif est ici de mettre en lumière des pratiques, des oeuvres et/ou des dispositifs qui participent à la production alternative de représentations genrées de l’autisme, élaborées par personnes concerné·e·s elles-mêmes ou en étroite collaboration avec ces dernières.
Dans le prolongement des réflexions féministes sur les savoirs situés (Haraway, 2007 ; Harding, 2003 ; Hartsock, 1998), cet axe entend ainsi accorder une place conséquente aux productions issues de personnes concerné·es, et à ce qu’elles offrent comme formes d’intelligibilité, de critique et de transformation des représentations dominantes. Il s’agit de décloisonner les analyses en interrogeant à la fois les hiérarchies qui séparent les savoirs académiques et expérientiels, et celles qui distribuent inégalement la légitimité des productions culturelles elles-mêmes, certaines fictions étant plus facilement reconnues comme dignes d’analyse que d’autres, reléguées au rang de témoignage et de production amateure. Cet axe pourra ainsi accueillir des propositions portant sur des oeuvres ou dispositifs dans lesquels les personnes concernées ne sont pas simplement objets de représentation, mais aussi (et avant tout) acteur·ice·s de leur création, de leur élaboration, de leur analyse ou de leur circulation.
Les interventions proposées dans cet axe sont invitées à s’affranchir du format classique de la communication scientifique afin de proposer un dispositif permettant de produire, de montrer, ou de discuter des créations pendant le colloque, ou de faire participer des acteur·ice·s non académiques et le public. Pourront ainsi être envisagés, par exemple, des ateliers, performances, expositions, projections-discussions, pièces de théâtre, contes, lectures, tables rondes, etc. Une attention particulière sera portée aux propositions qui permettent de repenser les manières de produire, partager ou légitimer des savoirs sur les représentations genrées de l’autisme.
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Modalités de soumission :
Les propositions rédigées en français ou en anglais seront adressées aux par courriel aux trois organisateur·ice·s du colloque (melanie.lallet@yahoo.fr ; yarmangau@uco.fr ; maritremblay2000@hotmail.com) selon le calendrier suivant :
Lundi 8 juin 2026 (**Prolongation jusqu'au 12 juin) : proposition synthétique comportant un titre, l(es) axe(s) choisi(s), un argumentaire de 500-800 mots et une courte biographie. Les auteur·ice·s préciseront s’il s’agit d’une proposition de communication scientifique traditionnelle (dans ce cas, joindre quelques références bibliographiques) ou d’une autre forme (dans ce cas, joindre toute annexe jugée utile pour la compréhension du dispositif). Les propositions seront expertisées en double anonymat par le comité scientifique.
Mercredi 1er juillet 2026 : réponse aux auteur·ice·s concernant le statut d’acceptation de leur proposition.
Jeudi 1er octobre 2026 : Pour les personnes proposant une communication scientifique traditionnelle : envoi d’un texte de 10 000-15 000 signes, préparatoire à l’élaboration d’un chapitre post-colloque. Pour les autres : envoi d’une note pouvant être plus réduite qui prend la forme d’un résumé long de la présentation/du dispositif. Pour toustes, les textes peuvent prendre la forme de notes et seront transmis aux modérateur·ice·s de sessions pour enrichir la discussion.
Lundi 1er février 2027 : envoi d’un chapitre complet de 30 000 signes, pour intégration à l’ouvrage collectif après expertise.
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Bibliographie indicative
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ASPLER, John., HARDING, Kelly. D., et CASCIO, M. Ariel. « Representation Matters : Race, Gender, Class, and Intersectional Representations of Autistic and Disabled Characters on Television », Studies in Social Justice, vol. 16, no 2 2022, p. 323‑348, DOI : https://doi.org/10.26522/ssj.v16i2.2702.
BAGATELL, Nancy. « From Cure to Community: Transforming Notions of Autism », Ethos, vol. 38, n° 1, 2010, p. 33-55.
BARTON, Len et OLIVER, Mike. Disability Studies: Past, Present and Future, Leeds, The Disability Press, 1997.
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