Raison, Imagination, Création : Repenser les humanités à l’épreuve de l’intelligence artificielle
L’Institut supérieur des sciences humaines de Médenine (ISSHM) (Université de Gabès. Tunisie) et INSIGHT Advisory 360°, en partenariat avec :
- Commissariat régional des Affaires culturelles (CRAC), Médenine, Tunisie
- Institut des Régions Arides (IRA), Médenine, Tunisie
-Laboratoire Ecole et Littérature, Université de Sousse
Organisent un colloque international :
Raison, Imagination, Création : Repenser les humanités à l’épreuve de l’intelligence artificielle
Colloque international (les 27, 28 et 29 novembre 2026)
L’une des causes de transformations majeures de notre temps est l’accélération de l’essor de l’intelligence artificielle, spécifiquement des systèmes génératifs. On la voit apparaître partout, dans les domaines professionnels, technologiques, dans la vie quotidienne, dans la génération des textes et discours, dans la création et la conception des œuvres artistiques, cinématographiques, littéraires, philosophiques… L’intelligence artificielle se dévoile aisément comme une assise de nombreuses actions, et comme la traduction d’un progrès technique qui a engendré une métamorphose profonde des formes de rationalités, des créativités et des aspects de production du sens.
Ce colloque n’est incontestablement pas le premier à soulever cette question de l’intelligence artificielle. Mais il aurait le mérite de creuser ses tréfonds, de la sortir de son silence et surtout d’ouvrir de nouvelles brèches d’investigation) afin de mettre en relief un certain basculement où l’intelligence perd son intelligence tout en restant elle-même, [c'est-à-dire la raison cesse de fonctionner selon les règles habituelles, pourtant elle ne disparait pas, elle continue d’agir, mais sous une forme transformée]. Penser l’intelligence artificielle tend obligatoirement à secouer les cadres épistémologiques, philosophiques et culturels qui la rendent possible.
Dans un univers picoté profondément par ce que MAX Weber (Le Savant et le Politique, 1919) nommait la rationalisation et le désappointement du monde, l’intelligence artificielle (IA) semble viser l’acmé d’une rationalité algorithmique basée sur le calcul, la probabilité, les réseaux neuronaux et l’optimisation. Une rationalité qui interroge avec beaucoup d’audace la particularité de la raison humaine, historiquement prise comme « réflexive, critique et interprétative », et que HUBERT SIMON (Models of Man: Social and Rational 1957) jugeait de « limitée », mais distinctement ouverte à l’imprécision et à l’invention. Quant à l’imagination, elle se trouve, visiblement, inappropriée. Là ou KANT (Critique de la raison pure, 1787) la voit comme une faculté nécessaire de l’esprit humain et BACHELARD, (La Poétique de l’espace, 1957) la considère comme un pouvoir « de déformation créatrice du réel », l’intelligence artificielle, en tant qu’ensemble de systèmes génératifs, semble créer des écrits, des images, des œuvres, des textes … sans intentionnalité aucune, ni expérience vécue. Dans ce sens là peut-on parler éventuellement d’imagination artificielle, ou d’une reproduction formelle de la créativité humaine ? Ce questionnement et cette perplexité confrontent directement la portée de la création, à l’épreuve de la « reproductibilité algorithmique ».
Les humanités, conçues à partir des textes, des cultures et du langage se trouvent notamment touchées par cette tendance de métamorphose. Comme l’a signalé WILHELM Dilthey, (Introduction aux sciences de l’esprit, 1883) « si les sciences de la nature expliquent, les sciences de l’esprit comprennent ». En revanche, en présence de modèles génératifs en mesure de produire des discours harmonieux et réguliers, se pose la question de la compréhension. De ce fait quel statut attribuer à « l’herméneutique, à la subjectivité et à l’historicité du sens » dans une atmosphère commandée par des machines figées du langage ? D’autant que, selon Émile Benveniste, c’est par et dans le langage que l’être humain se construit en tant que sujet.
Ces métamorphoses dégagent des enjeux éthiques majeurs. L’extension progressive de la création à des systèmes robotisés exige un questionnement et une réflexion renouvelés au sujet de la responsabilité morale et intellectuelle. A la suite de HANS JONAS (Le Principe responsabilité, 1979), il devient nécessaire de méditer sur les effets à long terme de ces technologies sur la perpétuité d’une vie véritablement humaine, c'est-à-dire loin de toute nuisance de robotisation et d’automatisation. Simultanément à cela, MARTHA NUSSBAUM, (Not for Profit: Why Democracy Needs the Humanities, 2010) souligne que les humanités constituent la base d’une liberté véritable, elles enseignent à raisonner et elles permettent la reconnaissance de l’autre dans sa singularité.
Enfin, l’intelligence artificielle impose un esprit autre qui reconsidère la propagation des savoirs et les pratiques pédagogiques. Si, comme le proposait HANNAH ARENDT (La Vie de l’esprit, 1978), penser c’est admettre l’interruption et la suspension de l’évidence, comment préserver donc cette capacité critique dans des milieux éducatifs énergiquement outillés par l’automatisation ? L’enjeu ici n’est pas de régurgiter la technique et de la mettre à la marge, mais de l’inscrire selon l’avis de GILBERT SIMONDON (Du mode d’existence des objets techniques, 1958) dans une intellection de sa structuration et de ses usages culturels, littéraires, scientifiques... BERNARD STEIGLER nous appelle à penser la technique comme un « pharmakon, à la fois remède et poison ».
Ce colloque se propose ainsi de « repenser » les humanités à l’heure de l’intelligence artificielle, non dans une démarche rétrograde nostalgique, mais dans une dynamique interdisciplinaire, réflexive et critique surtout. Il s’agit ici de reconsidérer l’IA comme un révélateur des tensions contemporaines entre « raison et imagination, calcul et interprétation, automatisation et création » et de questionner les modalités d’une réinvention critique des humanités dans le monde moderne.
Axes de réflexion
Les propositions de communication pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les axes suivants :
-Imagination, créativité et simulation artificielle
-Création, originalité et statut de l’œuvre à l’ère des systèmes génératifs
-Éthique, responsabilité et normativité de l’IA
-Humanités numériques et transformations épistémologiques
-IA et méthodes d'enseignement
-Vers une refondation critique et prospective des humanités
-usages de l’intelligence artificielle et réseaux sociaux
-Intelligence artificielle et sciences de l'éducation
-Didactique augmentée et ingénierie pédagogique assistée par IA
-IA et documentation du patrimoine (Numérisation, modélisation 3D, bases de données intelligentes)
-IA pour la conservation et la restauration
-IA et la redéfinition de l’auteur et de l’originalité.
-IA, médiation et valorisation culturelle (Expériences interactives, visites intelligentes, systèmes de recommandation culturelle.)
-IA et Transformation des pratiques professionnelles et quotidiennes
-Impact de l’IA sur les sciences du langage et la recherche scientifique
-IA et traduction
-IA et sécurité humaine
-IA, patrimoine agricole et sécurité alimentaire
Conférenciers invités :
-Eric SADIN (Philosophe et écrivain)
-Alexandre GEFEN (historien des idées et théoricien de la littérature.)
-Ilias YOCARIS (Professeur en sémiotique du texte et de l’image)
COMITE SCIENTIFIQUE
-Akinci Mehmet-Ali, Université de Rouen. France
- Amdouni Hassene, Université de Jendouba. Tunisie
- Béji Ben Hmid Saloua, Université de Kairouen. Tunisie
- Ben Saad Nizar, Université de Sousse. Tunisie
- Cherrad Nedjma, Université de Constantine. Algérie
- Farhat Mokhtar, Université de Gafsa. Tunisie
-Fekih Kamel, université de Sfax
- Gefen Alexandre, UMR THALIM, CNRS/Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, France
-Jaouad Mohamed, IRA, Tunisie
- Kalai Lassad, Université de Carthage. Tunisie
- Laroussi Foued, Université de Rouen. France
- Rhibi Chokri, Université de Gabès. Tunisie
-Saad Fayçal, Université de Sfax.Tunisie
-Sadin Eric, Ecole Supérieure d’Art de Toulon, France)
- Trabelsi Mustapha, Université de Sfax.Tunisie
- Turki Ramzi, Université de Sfax. Tunisie
- Yocaris Ilias, Université Cote d’azur, France
COMITE D'ORGANISATION
-Afifa Zaghouani (Université de Gabès)
-Chokri Rjili, (Université de Gabès)
-Farah Chouikhi (IRA, Tunisie)
-Faouzi Horchani (Université de Gabès)
- Hatem Khattali (IRA, Tunisie)
-Imed Sghaeir (IRA, Tunisie)
-Jamel Zaidi (Université de Gabès)
-Karim Mejai (CRAC, Médenine)
-Mehdi Boujlida (Université de Gabès)
-Noureddine Jarray JARRAY (IRA, Tunisie)
-Tarek Ghazel (Université de Gabès)
-Taoufik Gammoudi (IRA, Tunisie)
Les propositions de communication, d’environ une page, (titre et résumé) accompagnées d'une courte notice biographique sont à envoyer uniquement par voie électronique avant le 20 septembre 2026 à l'adresse suivante: colloqueraisonhumaniteia@gmail.com
Inscription : Les participants procèderont à l'inscription une fois leur proposition acceptée
Les frais de participation : (hébergement [3 nuitées] dans un hôtel sur l'île de Djerba, Tunisie), pauses café, pack du colloque, visite culturelle et publication des actes) :
- 350 euros pour les non-Maghrébins
-550 dinars TND pour les Tunisiens et les Maghrébins
Frais de participation (sans hébergement) :
-150 euros pour les non-Maghrébins
-250 dinars TND pour les Tunisiens et les Maghrébins
Les frais d’inscription sans hébergement couvrent les pauses café, le déjeuner et le pack du colloque.
Le déplacement restera à la charge des communicants.
Langues du colloque : français, anglais et arabe
Calendrier
20 septembre 2026 : dernier délai pour réception des propositions de communication
25 septembre 2026 : notification aux auteurs
27,28 et 29 novembre 2026 : déroulement du Colloque international
Publication : 2027