Françoise Waquet, À corps retrouvé. Anthropologie du monde savant XVIIe XXIe siècle
Les savants ont aussi un corps. N’est-il pas, dans l’activité qu’ils déploient sur les multiples lieux du travail scientifique – de la chaire au laboratoire, de l’hôpital aux chantiers de fouilles et autres terrains – , leur « premier et plus naturel instrument » ?
Un corps apte au travail scientifique, tel que des théories ou des critères disciplinaires l’ont qualifié, dessinant, avec les capacités physiques requises, un standard excluant, un temps, les femmes, les personnes handicapées.
Un corps éduqué qui a appris à régler sa voix et son maintien, à dresser ses sens et ses gestes afin de devenir un outil répondant aux exigences des activités d’enseignement et de recherche.
Un corps habillé afin de manifester sa qualité professionnelle ou son identité personnelle, un corps équipé de vêtements pour se protéger des dangers du travail scientifique.
« Force de travail », le corps est vulnérable et, d’abord, sujet à la fatigue, comme le relèvent dès le XVIIe siècle des ouvrages nombreux, recommandant une hygiène de vie tant au quotidien que dans le travail, conseils qui ont un écho aujourd’hui.
Cet ouvrage, à l’écriture alerte et précise, réincarne les savants du monde occidental entre XVIe et XXIe siècle. Il découvre un pan de « l’invisible quotidien » de la vie scientifique que des exemples puisés dans les disciplines les plus variées rendent vivant. Une histoire profondément humaine, on pourrait dire, charnelle.
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On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :
"Les aventures du corps savant", par Dylan Simon
Dans son dernier livre, À corps retrouvé, Françoise Waquet poursuit sa mise au jour des inconscients académiques en s’attachant à la question du corps des savants – femmes et hommes – depuis l’époque moderne. Cette nouvelle somme, qui investit une question peu explorée jusque-là, en propose une étude minutieuse. Attentive autant aux jeux formels du monde universitaire, avec ses rituels codifiés, qu’à des objets plus triviaux, l’historienne montre que le prisme corporel est rarement absent, sinon toujours présent, et qu’il permet de construire une autre histoire des savoirs.