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Le souci de l'animal. Considérer les animaux, du Moyen Age à l'aube des Lumières (univ. de Lorraine, Nancy)

Le souci de l'animal. Considérer les animaux, du Moyen Age à l'aube des Lumières (univ. de Lorraine, Nancy)

Publié le par Léo Mesguich (Source : Cécile Huchard)

Université de Lorraine, Nancy 12-13 novembre 2026

Organisé par Damien De Carné (SAMA), Camille Delattre-Ledig et Cécile Huchard (LIS – UR 7305)

 

Malgré l’essor récent des études écopoétiques et zoopoétiques, les relations anthropozoologiques dans les textes médiévaux et pré-modernes demeurent relativement peu explorées. Ces champs de recherche se concentrent en effet majoritairement sur la littérature contemporaine, voire ultra-contemporaine, laissant en partie dans l’ombre des corpus plus anciens pourtant riches en représentations de l’animal et en interactions entre humains et non-humains.

L’existence de relations affectives entre humains et animaux – notamment avec les animaux de compagnie – est souvent perçue comme un phénomène caractéristique des sociétés occidentales modernes. Selon une interprétation largement répandue, ces relations auraient émergé progressivement entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle avant de s’amplifier au XXᵉ siècle, parallèlement à une transformation du statut de l’animal, longtemps considéré principalement comme un bien matériel ou utilitaire avant de devenir une présence plus intime au sein des foyers. Cette évolution s’accompagnerait d’une sensibilité accrue à la souffrance animale et d’un renouvellement de la réflexion éthique à son sujet.

Mais ce souci pour l’animal – entendu comme l’attention portée à son existence, à son bien-être ou à sa singularité, la prise en compte de son agentivité et de sa sensibilité, qui peut se traduire par des relations affectives, des gestes de soin, et qui influe d’une manière ou d’une autre le comportement envers lui ou la manière dont on le considère – est-il réellement absent des périodes antérieures ? Dans quelle mesure les textes médiévaux et pré-modernes représentent-ils des formes d’attention, d’attachement ou de considération morale envers les animaux ? Au-delà des fonctions symboliques, sociales ou utilitaires qu’ils remplissent, les animaux peuvent-ils y apparaître comme des êtres dignes d’une forme de reconnaissance ou de sollicitude ?

Ce colloque se propose d’explorer ces questions en examinant les différentes formes que peut prendre ce « souci de l’animal ». Il s’agira notamment d’étudier les relations affectives ou intersubjectives dans lesquelles l’animal n’est plus seulement objet, trophée ou symbole, mais devient partenaire, compagnon, voire interlocuteur. On s’intéressera également à l’émergence de réflexions éthiques concernant les animaux, aussi bien sur le plan théorique et intellectuel que dans les pratiques ordinaires et quotidiennes.

La période envisagée permet d’inscrire ces questionnements dans une perspective de longue durée, afin de nuancer s’il y a lieu l’idée d’une rupture nette entre un Ancien Régime qui aurait réduit les animaux à de simples biens matériels et une modernité qui commencerait à les considérer autrement. Les corpus anciens, sans restriction de genre ni de nature, à une époque où le « littéraire » n’a pas encore défini trop étroitement ses contours, offrent un terrain particulièrement fécond pour l’étude de ces enjeux : poésie et fiction, recueils d’histoires ou d’anecdotes, mémoires, mais aussi  éventuellement traités scientifiques, philosophiques ou juridiques. Il conviendra dès lors de prêter une attention particulière aux modalités et aux stratégies discursives mises en œuvre pour dire une sensibilité envers l’animal ou un souci à son égard.

Toutefois, l’expression explicite d’une affection pour les animaux demeure longtemps problématique. Les normes sociales, morales et religieuses tendent à limiter la valorisation de tels liens, notamment dans un cadre théologique où l’humain est investi d’un pouvoir de domination sur les autres créatures. Elle s’explique également par les réticences générales pesant sur l’expression des sentiments et de l’intime dans les sociétés anciennes, entre humains eux-mêmes, et plus encore lorsqu’il s’agit de relations avec des animaux. Ces contraintes rejoignent ainsi des préconceptions plus larges concernant ce qui est jugé digne ou indigne d’être formulé dans le discours. Dès lors se pose la question des formes possibles de cette expression : par quels détours discursifs, par quelles stratégies rhétoriques, narratives ou poétiques l’attention et la considération accordées aux animaux peuvent-elle émerger et parvenir à se rendre visible dans les textes ?

Axes et pistes de réflexion possibles

Relations affectives et compagnonnage : fictions ou mémoires mettant en scène des relations d’amitié ou d’attachement entre humains et animaux (chiens, chevaux, mais aussi d’autres espèces ?) ; relations nées du compagnonnage dans le travail, la guerre, la vie quotidienne… quels sont les critères de ces relations, leurs modalités d’expression et quelles limites rencontrent-elles ?.

Textes adressés à un animal : poèmes adressés, oraisons funèbres, tombeaux ; statut rhétorique et pragmatique (jeu ironique, exercice mondain, ou expression d’une émotion sincère) ; textes donnant la parole à des animaux : au-delà de la satire, peut-on déceler une véritable tentative d’élaboration d’un « point de vue animal » et quelles sont les marques de cette perspective ?

Portraits et biographies animales : on trouve des animaux dotés de traits individuels, d’un caractère et d’une histoire singulière dans certains textes ; quelles sont les formes de personnalisation et d’individuation qui leur sont reconnues ?

Différences sociales et relations avec les animaux : quelles variations observe-t-on selon le genre, l’âge ou le milieu social (femmes, hommes, enfants, aristocratie, clercs, peuple) et quelles formes prennent alors ces relations, paraissent-elles plus ou moins avouables en fonction de ces contextes.

Anecdotes : les récits issus de la tradition antique ou de l’observation mettant en évidence une forme d’agentivité animale abondent, mais dans quelle mesure ouvrent-ils à une reconnaissance au moins partielle de qualités liées à la sensibilité, à l’intelligence ou à la personnalité, et à des conséquences éventuelles sur le plan éthique ?

Discours normatifs et réflexions morales : existe-t-il des traités, sermons ou récits interrogeant les traitements infligés aux animaux, les limites morales de la domination humaine et mettant en avant des formes possibles de responsabilité à leur égard, et selon quels principes ?

Animaux sauvages ou « liminaires » : voit-on se dessiner des modes de cohabitation ou de prise en compte autres que ceux du gibier, du nuisible ou de la bête féroce, qui s’accompagnerait de la reconnaissance de singularités individuelles et d’éventuelles relations nouées avec certains animaux.

Modalités de soumission : 

Les propositions de communication (titre et bref résumé de 1000 caractères environ) sont à envoyer pour le 22 juin 2026 à cecile.huchard@univ-lorraine.fr, camilleledig7@gmail.com et damien.de-carne@univ-lorraine.fr 

 

Comité scientifique :

Nicolas Correard

Yasmina Foehr-Janssens

Sophie Milcent-Lawson

Aude Volpilhac

 

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