L’Afrique perçue par le monde : regards croisés sur ses représentations (univ. de San Pédro, Côte d'Ivoire)
Au centre des dynamiques du monde, l’Afrique attire une attention croissante sur les plans économique, géopolitique, culturel et médiatique. Pourtant, les représentations du continent véhiculées à l’échelle internationale demeurent profondément ambivalentes. Elles oscillent entre stéréotypes persistants, récits coloniaux et postcoloniaux, discours constructivistes ou déconstructivistes, fantasmes orientalistes et occidentalistes, et tentatives – parfois fragmentaires – de revalorisation.
Dans ce champ complexe, les regards portés sur l’Afrique sont multiples, et les auteurs issus de divers horizons en proposent des lectures contrastées. Tristan Sicard (2007) souligne à ce propos : « Si l’on en croit les conclusions de plusieurs études effectuées au cours des dix dernières années au sujet de l’image de l’Afrique dans les médias, la représentation qui en ressort est généralement négative, stéréotypée, voire conjecturale ».
Ces représentations trouvent leurs racines dans une histoire marquée par la domination, la violence symbolique et la déshumanisation. Lors d’un colloque organisé en 2021 sur La Charte de Kurukan Fuga et la culture de la paix, Méïté Méké, s’appuyant sur les travaux de Youssouf Tata Cissé, rappelait que : « L’Afrique a subi, au cours de l’histoire, des humiliations traumatisantes par des peuples dits supérieurs, au nom d’une ‘‘race’’ – la blanche – qui a asservi, pratiqué l’esclavage sur d’autres hommes qui n’avaient pas les mêmes principes de vie ni les mêmes comportements qu’eux ».
Ces représentations s’inscrivent dans une histoire longue, marquée par les traites esclavagistes, les entreprises missionnaires, les conquêtes impériales et les savoirs racialisants, qui ont contribué à instituer des discours de hiérarchisation et de dévalorisation des peuples africains. Ce legs continue d’informer les imaginaires contemporains.
Dominique Garand (2004), bien qu’évoquant le contexte québécois, exprime une idée transposable à l’Afrique lorsqu’il affirme : « Il est impossible de fonder un sentiment collectif sur une série d’échecs ». Toute tentative de mise en récit de l’Afrique repose sur une perception – qu’elle soit directe ou rapportée – façonnée par l’expérience, la subjectivité et la sensibilité de l’individu. À ce titre, Sékou Cherif (2022) insiste sur le rôle central de la perception : « La perception constitue le substratum des réalités phénoménologiques et heuristiques ». Ainsi, la littérature offre une diversité de points de vue sur l’Afrique. Des auteurs comme Bernard Dadié (1950) et Ahmadou Kourouma (2000) en Côte d’Ivoire, Dany Laferrière (2001) et Marie-Célie Agnant (2015) au Québec, ou encore André Gide (1995), Antoine Glaser et Stephen Smith (1993) en France, proposent chacun des visions distinctes du continent : certaines valorisantes, d’autres critiques ou teintées de désillusion, et d’autres encore empreintes d’espoir et de résilience.
Dans cette optique, Dominique Garand (2004) affirme : « Histoire et littérature supposent aussi regard critique, réévaluation constante des présupposés, déconstruction des mythes – attributs que certaines factions idéologiques, justement informées par une vision religieuse du social, ont cherché à embrigader dans le sens de la reproduction de convictions jugées par elles éternellement vraies ».
L’une des principales critiques contemporaines adressées à la mondialisation est d’ailleurs sa tendance à reproduire une forme d’occidentalisation. Comme le note Bazié Isaac (2020) : « Il faudrait être sourd pour ne pas entendre le bruyant désenchantement face à la mondialisation, dont le procès a largement été fait avec un verdict qui souvent l’a fait rimer avec occidentalisation ».
Longtemps réduite à une série de clichés par des regards extérieurs — ceux du colonisateur, du missionnaire, du journaliste ou du cinéaste occidental ou orientaliste — l’image de l’Afrique s’est construite comme celle d’un continent en crise, d’un espace figé dans une éternelle pauvreté ou d’un lieu d’exotisme. Et pourtant, depuis plusieurs décennies, l’Afrique se réinvente : elle innove, s’urbanise, repense son avenir, exporte ses cultures et dialogue avec le monde.
Ces mutations profondes remettent en cause les paradigmes dominants et invitent à une lecture plus fine, plurielle et dynamique du continent. C’est dans cette perspective que Bazié Isaac (2023) écrit : « Le lieu-monde, dans ce cas, est un lieu ouvert par définition, par la force de l’Histoire. Déjà avant le départ et l’expérience par l’errance chère à Chamoiseau et à Saint-Éloi, l’Afrique en tant que lieu-monde trouve sa généralisation à l’échelle globale par l’empreinte qu’elle porte de l’étranger, notamment occidental, sur l’endogène africain : le sceau violent du global sur le local».
C’est dans cette perspective que se situe ce colloque. Il se propose d’interroger la façon dont l’Afrique est perçue, représentée et interprétée dans le monde, à travers des prismes variés : médias internationaux, littérature, cinéma, relations diplomatiques, politiques migratoires, productions scientifiques, discours sociaux et économiques.
AXES THÉMATIQUES (PROPOSITIONS NON EXHAUSTIVES)
HISTOIRE ET CONSTRUCTION DES REPRÉSENTATIONS DE L’AFRIQUE
- Héritages coloniaux et postcoloniaux dans les discours sur l’Afrique
- L’Afrique dans les récits occidentaux
- Géo-histoire des imaginaires africains
AFRIQUE DANS LES MÉDIAS ET LA CULTURE MONDIALE
- Traitement médiatique de l’Afrique dans la presse internationale
- L’Afrique au cinéma : entre stéréotype et contre-récit
- L’Afrique dans la littérature mondiale : pluralité des positions d’énonciation, circulations transnationales et conflits de représentation.
REGARDS CROISÉS ET VOIX AFRICAINES
- Réappropriation de la narration : artistes, intellectuels et créateurs africains
- Diasporas et influences réciproques : de l’image projetée à l’image construite
- L’Afrique vue par ses propres populations : perceptions internes et critiques
DÉFIS ET PERSPECTIVES
- Éducation, médias, réseaux sociaux : outils de transformation des imaginaires
- Vers une représentation plurielle et située du continent africain
MODALITÉS DE SOUMISSION
- Titre provisoire, résumé de 230 mots, l’institution de rattachement, brève notice biblio-biographique de 150 mots ;
- présenter la problématique en rapport avec le titre annoncé ainsi que l’ancrage scientifique et conceptuel dans lequel vous vous situez ;
- présenter le corpus (dans le cas d’une étude empirique : terrain d’études, corpus linguistique, littéraire, étude de cas, etc.) et indiquer la méthodologie adoptée (collecte et analyse) ;
- préciser les principales idées directrices et leur articulation (dans le cas d’une contribution théorique) ;
- conclure sur les principales étapes de la contribution ;
- mettre après le résumé, une liste de cinq (5) mots-clés au maximum, rangés par ordre alphabétique ; clore par une courte bibliographie indicative.
Les soumissions se font à l’adresse : colloqueuspuqam@gmail.com
CALENDRIER
Date butoir d’envoi des résumés 29 mai 2026
Notification aux auteurs : 25 juin 2026
Envoi de la proposition de communication : 25 Septembre 2026
Dates et lieu de la tenue du colloque : du 18 au 20 novembre 2026, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire,
DIRECTION DU COLLOQUE
Prof. MÉITÉ Méké, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Prof. GARAND Dominique, Université du Québec à Montréal
PORTEURS DU PROJET
Prof. BAZIE Isaac, Université du Québec à Montréal
Dr SIDIBE Ousmane, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr CHERIF Sékou, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
COMITÉ D’ORGANISATION
Dr BRINDOU Koffi Noel, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr CHERIF Sékou, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr DIABAGATÉ Oumarou, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr KOFFI Kouadio Pascal, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr KONÉ Kassoum, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr KOUAKOU Koffi Joël, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr OUATTARA Mamadou, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr SIDIBÉ Nohan, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr SIDIBÉ Ousmane, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr TRAORÉ Soumaïla, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Dr ZAN BI Claude Evariste, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
COMITÉ SCIENTIFIQUE
Prof. BAUER Lydia, Université Humboldt de Berlin/Université de Potsdam, Allemagne
Prof. BAZIE Isaac, Université du Québec à Montréal
Prof. BENSLIM Abdelkrim, Université d’Ain Témouchent, Algérie
Prof. BOHUI Djédjé Hilaire, Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire
Prof. COULIBALY Adama, Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire
Prof. COULIBALY Arouna, Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire
Prof. EDWARDS Carole, Texas Tech Uinversity, USA
Prof. FALL Marie, Université du Québec à Chicoutimi
Prof. GARAND Dominique, Université du Québec à Montréal
Prof. GUAY Hervé, Université du Québec à Trois-Rivières
Prof. HAREL Simon, Université de Montréal, Québec
Prof. JEANNOT Béatrice, Université des Antilles, Guadeloupe
Prof. KOUASSI Kouakou Siméon, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire
Prof. LORILLARD Marie, Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle, France
Prof. LOVEJOY Paul, York University, Canada
Prof. MÉÏTÉ Méké, Université de San Pedro, Côte d’Ivoire,
Prof. PAVEAU Marie-Anne, Université de Paris 13
Prof. REBOUL-TOURE Sandrine, Université Sorbonne Nouvelle, Paris
Prof. SERRANO Yeny, Université de Strasbourg, France
Prof. TSIMI Éric Essono, Northwestern University, USA
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
AGNANT Marie-Célie, 2015, Femmes au temps des carnassiers, Éditions du remue-ménage, Laval.
BAZIE Isaac, 2020, « Violences de l’englobement et expériences du lieu originel dans le roman africain ». Caietele Echinox 38 (2020) : 297–308.
BAZIE Isaac, 2023, « Porteurs d’universalité et fictions de l’Afrique-monde », disponible sur https://doi.org/10.1515/9783110798494-006.
CHERIF Sékou, 2022, « La perception, centrum de l’imaginaire modianesque dans Vestiaire de l’enfance », in Altralang Journal, vol. 4, Issue 1.
DADIÉ Bernard, 1950, Afrique débout, Paris : Seghers.
GARAND Dominique, 2004, Accès d’origine ou pourquoi je lis encore Groulx, Basile, Ferron, Hurtubise HMH, Canada.
GIDE André, 1995, Voyage au Congo, Paris : Gallimard, col. « Folio ».
GLASER Antoine & SMITH Stephen, 1993, L’Afrique sans Africains : le rêve blanc du continent noir, Stock éditions, coll. « Au Vif ».
KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 1986, L’implicite, Armand Colin, Paris.
KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 2008, Les actes de langage dans le discours. Théorie et fonctionnement, Paris, Armand Colin.
KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 1992, Les interactions verbales, tome 2, Paris, Armand Colin.
KOUROUMA Ahmadou, 2000, Allah n’est pas obligé, Paris : Seuil.
LAFERRIÈRE Dany, 2001, Pays sans chapeau, Serpent à Plumes.
MEITE Méké, 2021, La charte de Kurukan Fuga et la culture de la paix, Kurukan Fuga, Abidjan.
SICARD Tristan, 2007, « Le traitement médiatique de l’Afrique dans la presse écrite de référence francophone entre 1993 et 2003 : le cas des quotidiens Le Devoir (Québec), Le Monde (France), Le Soir (Belgique) », mémoire de maîtrise en Communication publique, Université de Laval.