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La possibilité de la justice

La possibilité de la justice

Publié le par Marc Escola

Le Seuil nous donne à redécouvrir dans de nouvelles éditions deux titres de Jacques Derrida qui ont fait de la justice la question majeure de son œuvre : Force de loi (1994) et Voyous (2003), accompagnés du texte du discours tenu par Derrida lors de la réception du prix Adorno le 22 septembre 2001, publié d’abord sous le titre Fichus. On prendra avec eux la mesure de l'actualité de sa longue réflexion sur le droit à la justice, de 1989 jusqu’au début des années 2000, dans le contexte de la "Guerre contre la Terreur". Dès le 11 septembre 2001, il perçoit la possible autodestruction des démocraties, avec celle d’un certain héritage des Lumières. Marie Goupy signe la préface du volume sous le titre "Derrida, L’Urgence de la justice".

Paraît dans le même temps le texte du séminaire donné en 1975-1977 sur "La Chose", suivi de la 6e séance de Donner le temps II. Une réflexion sur l’indicible, sur la matérialité des mots et sur la manière dont l’écriture fait apparaître et disparaître la chose même. En convoquant Heidegger, Ponge, Blanchot et Freud, Derrida démontre que la littérature ne décrit pas simplement le monde, mais qu’elle expose aussi l’impossibilité de le dire pleinement.

Les PUF rééditent de leur côté dans la collection "Quadrige" La voix et le phénomène. Introduction au problème du signe dans la phénoménologie de Husserl (1967), préfacé par Catherine Malabou. Reprenant rigoureusement la théorie de Husserl de la voix intérieure comme lieu de la conscience, Derrida montre que le sens n'est en réalité jamais immédiatement présent à la conscience car il dépend toujours d'une forme de médiation. Il y a impossibilité d'une présence pure, la trace précédant le signe. On trouve dans là les prémices du concept de "différance".