Les éditions du Seuil offrent au public francophone la grande biographie de Pessoa établie par Richard Zenith, qui embrasse toute l’œuvre du poète pour la mettre en miroir avec l’existence à la fois modeste et vertigineuse du discret comptable lisboète qui disait "n’être rien". On sait que Fernando Pessoa n’a presque rien publié de son vivant, mais qu'il n’a pourtant pas cessé d’écrire. Dès son enfance, il invente des personnages qui (lui) envoient des lettres. Plus tard, il crée ses fameux hétéronymes, une centaine au bas mot, la plupart masculins, quelques-uns femmes, auxquels il attribue une véritable œuvre, singulière et bien identifiable à son style, son rythme, sa philosophie. Il y a le médecin monarchiste hypercultivé et très classique Ricardo Reis exilé au Brésil, le fulgurant et moderniste Alvaro de Campos, le païen sensationniste Alberto Caeiro en quête des choses telles qu’elles sont (il "meurt" en 1915 mais continue d’écrire jusqu’en 1930...), l’introspectif Bernardo Soares, l’anglophile Alexander Search et quelques autres poètes, dans différentes langues (portugais, anglais, français). À sa mort, le poète aux multiples visages laisse derrière lui une malle pleine de manuscrits, dont la publication intégrale prendra de longues décennies pour s’achever (presque) à la toute fin du siècle dernier. C’est un feu d’artifice sans fin : Le livre de l’intranquillité, L’ode maritime, Le banquier anarchiste, Le bureau de tabac, Message, et tant d’autres textes qui constituent un univers complexe, une moire d’échos et de contrastes.
Signalons que le Théâtre de la Ville (Paris) accueillera une journée Pessoa le dimanche 14 juin 2026, à l’occasion de la reprise du spectacle de Bob Wilson, Since I’ve been me, dernière création du génial metteur en scène avant sa mort en 2025.