Yvon Bordet, Le Logos avec les Robots. Retour aux fondamentaux. De la Linguistique Appliquée à la littérature appliquée
Dans un contexte où l’intelligence artificielle s’impose comme un outil central de production et de traitement du langage, l’ouvrage d’yvon bordet propose de revenir à une question première : que devient la faculté humaine du langage lorsque les machines semblent désormais capables d’en reproduire certaines opérations ?
L’auteur interroge la distinction entre deux régimes du langage. D’un côté, le logos, entendu comme faculté de jugement, d’articulation et de mise en forme du sens, enracinée dans une tradition intellectuelle et littéraire longue. De l’autre, ce qu’il nomme l’« acratopège », langage opératoire caractéristique des systèmes techniques : une langue de commande, de flux et de communication instrumentale, capable d’efficacité mais dépourvue de véritable intériorité.
L’ouvrage s’organise autour de trois mouvements complémentaires. Le premier examine la littérature appliquée comme lieu d’incarnation du logos. Le second analyse la linguistique appliquée contemporaine et la rupture progressive avec l’héritage grec qui structurait la réflexion sur le langage. Le troisième ouvre la perspective d’une réarticulation possible entre technique et culture, en réaffirmant la primauté du logos comme principe d’orientation.
Dans ce cadre, l’auteur plaide pour une réhabilitation d’exercices intellectuels souvent relégués au second plan : attention soutenue, mémoire, lecture lente, récitation et écriture exigeante. À l’âge des robots, ces pratiques constituent moins des survivances du passé que les conditions d’une véritable souveraineté intellectuelle.
L’enjeu n’est pas de refuser la technique ni de contester les capacités de l’intelligence artificielle, mais de rappeler que la puissance opératoire ne saurait déterminer à elle seule les finalités humaines. L’outil peut amplifier les capacités de l’esprit ; il ne peut se substituer à l’ordre du jugement.
En ce sens, l’ouvrage propose de replacer la réflexion sur le langage au cœur des débats contemporains sur l’intelligence artificielle, en réaffirmant la fonction directrice du logos face à la prolifération des langages techniques.