La principale source d'inspiration de Dumas pour Les Trois Mousquetaires était devenue introuvable. La voici de nouveau disponible dans une édition pour la première fois intégrale et richement annotée par Érik Leborgne, Carole Atem, Nicolas Fréry pour un volume de "Bouquins". Courtilz de Sandras (1644-1712) est longtemps demeuré "l'homme invisible" de la littérature au tournant du Grand Siècle. Il est pourtant l'inventeur dès 1687 d'une forme littéraire nouvelle : les pseudo-mémoires. Il a attribué à des personnages célèbres en leur temps comme hommes de cour, militaires ou hauts magistrats (Montbrun, d'Artagnan, Guillaume de Bordeaux) des mémoires apocryphes rapportant des anecdotes connues des contemporains ; celles-ci sont cousues dans une trame biographique, puis augmentées d'épisodes plus ou moins romancés de leurs carrières occultes d'émissaires secrets au service de Richelieu, Mazarin ou Louvois. Telle fut la carrière de d'Artagnan, qui servit sous les ministres Mazarin et Colbert. Si les aventures de d'Artagnan (Charles de Batz de Castelmore, né vers 1613, mort en 1673 au cours du siège de Maastricht) sont connues grâce à Dumas, la perspective introspective des pseudo-mémoires à la première personne composés par Courtilz dote le personnage d'une profondeur insoupçonnée – et restée inconnue depuis trois siècles puisqu'il n'existait toujours pas d'édition intégrale moderne des Mémoires de Mr d'Artagnan.