Ecrire l'histoire : naissance d'une revue

Aux confluences des histoires de l'histoire, des historiographies, mais aussi de la littérature, vient de naître une revue :
Ecrire l'histoire. Deux numéros déjà achevés sur le thème des émotions (
printemps 2008 et
automne 2008), deux autres programmés (2009 : le détail, 2010 : la morale en histoire), une formule à soi (dossier principal, un entretien, une traduction, des lectures, un dossier secondaire ou des varia, ainsi qu'une bibliographie de l'actualité historiographique dans chaque numéro) et
une belle ambition : "faire se rencontrer des manières de représenter l'histoire d'ici ou d'ailleurs, d'aujourd'hui ou d'autrefois ; des manières aussi de se servir de l'histoire, des fonctions et des usages, à un moment où, plus que jamais peut-être, dans la société obsédée de patrimoine et de mémoire qui est la nôtre, ces fonctions et ces usages demandent à être réfléchis".
De l'esclavage

Parmi les parutions récentes: deux saisissants documents sur les débuts de l'esclavage:
Le Journal d'un négrier au XVIIIe s. de William Snelgrave ou Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'esclaves qu'on y fait (1704-1734) au Seuil (publié en 1734 en Angleterre et aussitôt traduit en français, ce récit original d'un capitaine négrier anglais, fut retrouvé dans la bibliothèque de Tocqueville) ; et
Oroonoko prince et esclave, un
Roman colonial de l'incertitude ou plutôt une geste tragique chantée par phra Behn (1640-1689), célèbre dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution, et présentée par Jean-Frédéric Schaub (Gallimard).
Les formalistes russes sont de retour!

Parue à Leningrad en 1928,
La Méthode formelle dans la science de la littérature. Introduction à une poétique sociologique est le chaînon qu manquait en français aux travaux dits du « Cercle de Bakhtine », dont Medvedev fut l'un des membres les plus actifs.
La première traduction française vient de voir le jour aux PU du Mirail, en nous donnant à comprendre mieux la nature du formalisme, de son matérialisme, mais aussi en nous invitant à repenser la question des genres sous l'angle sociologique. Une récente livraison de la revue
Slavica occitania est précisément consacrée à
Bakhtine, Volochinov et Medvedev dans les contextes russe et européen.
Traduction, poésie et critique

Poésie, traduction et critique s'entrecroisent jusqu'à se confondre chez Y. Bonnefoy: c'est ce que montrent le récent ouvrage de G. Dotoli (
Y. Bonnefoy dans la fabrique de la traduction) et le n° 150 de
Littérature (
Y. Bonnefoy. Traduction et critique poétique) qui s'ajoutent aux
diverses publications récentes consacrées à la traduction. Signalons encore le n°25 de
Théorie, littérature, Épistémologie (
Traduction(s). Confrontations, négociations, création) et le prochain colloque de la Septet: "
La traduction de la poésie : outil de critique littéraire". De nombreuses ressources sont aussi répertoriées sur la page
Traduction de l'Atelier.
Tombeaux pour la littérature

Le discours sur la mort de la littérature serait-il en passe de devenir un véritable genre critique ? Richard Millet stigmatise le
Désenchantement de la littérature, Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, Lionel Ruffel pense notre époque comme
Dénouement, William Marx comme
Adieu à la littérature, Antoine Compagnon fait le constat d'un « épuisement » de l'espace littéraire que, dans un essai sous-titré
La Fin de la littérature, Dominique Maingueneau dénonce avec virulence… Les modernes n'ont pas cessé de jouer les Cassandre : aux différentes théories de la "naissance" de la littérature ou de sa modernité répondent nombre de prophéties de son désenchantement, de son désastre, de sa fin.
La prochaine livraison de notre revue Fabula LHT propose d'en interroger les modèles et les présupposés (lire l'appel à contributions).
Il sera poète car il est méchant...

Telle était la formule de Sartre à propos de Genet, qui traçait la forme d'une destinée poétique: "il sera poète car il est méchant". Le
colloque annuel du Groupe d'études sartriennes, après une journée consacrée à Sartre, l'histoire et les historiens, se penche sur ces comptes que le philosophe avait à rendre à la poésie et aux poètes.
Antimémoires, autofiction et autobiographie

Les écritures de soi de la seconde moitié du siècle continuent de soulever des questions de frontières, comme en témoignent la publication de la synthèse de Philippe Gasparini,
Autofiction: une aventure du langage, aux Editions du Seuil et la tenue en juillet 2008 d'un
colloque sur le même sujet à Cerisy. Le concept d'antimémoires, proposé par André Malraux 10 ans avant celui d'autofiction, aurait-il pu modifier l'histoire littéraire? C'est l'une des questions qui seront posées lors du colloque consacré au
Miroir des limbes ("Le Miroir des limbes et la modernité littéraire") à la Maison de la recherche (28 rue Serpente, 75006) les 25 et 26 juin 2008. Le dernier numéro de
La Revue de littérature comparée, enfin, tire un bilan des études sur l'autobiographie.
In cute

Michel Collot fait paraître ce mois-ci un essai sur la place du corps dans la poésie moderne,
Le Corps-cosmos, mais aussi un recueil de poème,
De Chair et d'air. Il s'entretient avec R. Bourkhis & Laurence Bougault dans la dernière livraison de notre revue des parutions
Acta fabula. N. Cuny traque les aventures du corps dans les romans de
D. H. Lawrence : le corps en devenir. C. Seth se penche sur le corps en lutte contre la maladie:
Les Lumières en lutte contre la petite vérole. Le site
Epistémocritique entame la publication d'une série d'articles consacrés aux
"organes hors du corps": on peut d'ores et déjà lire une
contribution d'Anne Simon sur les grandes expositions anatomiques qui ont récemment drainé les foules. Une exposition lyonnaise "Our body/À corps ouvert"
suscite la polémique en offrant à voir 27 cadavres plastifiés.