Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta « Au lieu de voir un seul monde… » : Proust multiplié par l’art http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10091 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10091/proust.jpg" width="100px" />Dans Le Temps retrouvé, Proust décrit la force multiplicatrice de l’art ou bien des « artistes originaux », permettant de voir non un seul monde, mais tout un univers :Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune. Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini et, bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont il émanait, qu’il s’appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial1.Si l’art, selon Proust, multiplie les mondes, Proust and the Arts met également en œuvre une multiplication, de Proust lui‑même cette fois‑ci : l’ouvrage peut pertinemment être décrit comme contenant des mondes multiples dans lesquels chaque art abordé représente une planète formant ainsi un univers dont Proust est le centre. D’une façon similaire, Christie McDonald et François Proulx, dans leur introduction, font référence au « principe d’expansion » (p. 2) qui serait inscrit dans la Recherche. Chez Proust ce sont les artistes originaux qui multiplient le monde, ici, ce sont les chapitres originaux qui multiplient Proust en le mettant en relation avec l’art primitif, la sculpture médiévale, la peinture de la Renaissance et du xixe siècle, l’artisanat, la musique et le son, l’archéologie, la photographie, la mode, les vases de Gallé, le gribouillage, le livre et même les Marx Brothers. Ce qui est particulièrement novateur dans cet ouvrage qui présente les actes du colloque qui a eu lieu à l’Université de Harvard en 2013 est qu’il va au‑delà du canon traditionnel de l’art moderne occidental. Le seul art qui en soit absent, me semble‑t‑il, est le cinéma (et les arts dits transitoires, comme le théâtre, en général). Même si Proust ne s’intéressait peut‑être guère à cet art de l’image animée (on ne le voit dans une salle de projection qu’avec difficulté), il serait sans doute intéressant d’aborder la fonction esthétique des ancêtres du cinéma dans le roman, tels que le kinéscope ou la lanterne magique, par exemple.Quoi qu’il en soit, cette omission ne gêne pas beaucoup dans un ouvrage d’une richesse extraordinaire. Cette richesse n’est pas seulement due à la diversité des arts abordés, m jeu., 16 févr. 2017 17:19:30 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10091 acta Shakespeare, un héritage juridique http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10094 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10094/shakespeare.gif" width="100px" />Les études qui s’intéressent aux relations, parfois complexes, qu’entretiennent le droit et le théâtre sont à présent nombreuses et appartiennent à un environnement intellectuel bien établi. Dans Mythe et Tragédie, Jean‑Pierre Vernant et Pierre Vidal‑Naquet1 abordent le sujet depuis une approche structuraliste, qui voit dans la tragédie antique le lieu de l’opposition entre une pensée mythique et une pensée juridique. Plus proche de nous, influencé par le mouvement Law and Literature initié par James Boyd White2, Christian Biet3 montre dans Œdipe en monarchie comment les différentes théories juridiques de l’Ancien Régime ont donné lieu à des réinterprétations singulières du mythe œdipien. La singularité du théâtre de Shakespeare provient, entre autres, de son rapport au droit. Cette composante juridique des œuvres shakespeariennes a été soulignée par les biographes, comme Peter Ackroyd4. Ce dernier insiste sur les fonctions officielles détenues par John Shakespeare, le père de William, qui ont sans doute contribué à faire grandir son fils dans un environnement marqué par des discussions juridiques et politiques, malgré une absence évidente de formation juridique classique. Au‑delà de l’aspect biographique, les ouvrages s’intéressant aux rapports entre Shakespeare et les problématiques juridiques insistent également sur l’effet de Shakespeare sur nos propres conceptions politiques. C’est ainsi que Jan Kott5 a pu évoquer dans un chapitre de son ouvrage Shakespeare notre contemporain l’impact politique du personnage de Hamlet à Cracovie en 1956.Dans Côté cour, côté justice ; Shakespeare et l’invention du droit, Dominique Goy‑Blanquet a choisi de changer la perspective des interactions entre le théâtre de Shakespeare et les problématiques juridiques. L’auteur s’attache à croiser histoire juridique et histoire théâtrale, et étudie l’évolution des structures juridiques anglaises pour expliquer les conditions qui ont permis la naissance du théâtre shakespearien. Pour justifier cette théorie, l’auteur propose un rappel historique des spécificités du droit anglo‑saxon, en liant les événements juridiques à certaines scènes shakespeariennes, afin d’expliquer la naissance du théâtre shakespearien.Une étude de l’histoire du droit sur le temps longDans son ouvrage, D. Goy‑Blanquet propose une étude qui s’inscrit sur le temps long. Elle s’intéresse aux interactions entre théories et pratiques juridiques dans le monde anglo‑saxon depuis Guillaume Le Conquérant jusqu’à Sha jeu., 16 févr. 2017 17:29:57 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10094 acta Cesser de dire amen http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10096 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10096/management.gif" width="100px" />Corinne Grenouillet, spécialiste de littérature contemporaine, et Catherine Vuillermot‑Febvet, historienne, ont rassemblé dans ce volume les textes d’une vingtaine de chercheurs qu’elles avaient réunis à Strasbourg en juin 2013, pour un colloque interdisciplinaire intitulé « Discours de l’économie, du travail et du management ». Les deux auteurs expliquent dans l’introduction du volume qu’elles ont pour objectif de mettre en lumière l’invasion des termes de l’économie et du management dans la langue commune et de s’interroger sur ce phénomène, qu’elles affublent ironiquement du sigle LAMEN (LAngue du Management et de l’Économie à l’ère Néolibérale). D’une part, constatent C. Grenouillet et C. Vuillermot-Febvet, on assiste aujourd’hui dans tous les types de textes et de discours à une prolifération de termes économiques qui véhiculent une vision néolibérale de l’économie et des sociétés. Cette contamination de la langue a déjà été étudiée par des chercheurs comme A. Bihr, avec La Novlangue néolibérale : la rhétorique du fétichisme capitaliste,et E. Hazan, avec LQR (Lingua Quintae Respublicae), qui s’inscrivent dans le sillage de V. Klemperer. Dans son célèbre ouvrage, LTI, la langue du IIIe Reich : carnets d’un philologue, ce dernier montrait comment, au cours des années 1930‑40, la langue allemande avait été infectée insidieusement de termes qui imposaient peu à peu l’idéologie nazie. Aujourd’hui, ce serait plutôt l’idéologie du « There is no alternative » (T.I.N.A.) qui imprègnerait la langue française.C. Grenouillet et C. Vuillermot‑Febvet remarquent, d’autre part, que nombre d’œuvres de la littérature contemporaine témoignent de l’emprise de la pensée néolibérale sur la société, et de l’invasion de la langue par le jargon économico‑managérial. Ce préambule justifie la division du volume en deux parties — l’une consacrée à des articles sur LAMEN dans les textes non littéraires et l’autre, en miroir, dévolue aux discours fictionnels et littéraires de LAMEN, avec un album de l’artiste‑écrivain J.‑Ch. Massera qui marque la séparation entre ces deux parties. Force & présence de LAMENDans la première moitié du volume, il s’agit de relever certaines caractéristiques de LAMEN et de sa présence dans les textes. L’anthropologue M. Feynie répertorie, dans sa contribution, quelques traits communs aux discours ou textes d’entreprises : une préférence pour des termes complexes ou peu compréhensibles plutôt que pour des mots simples, le recours à des sigles connus jeu., 16 févr. 2017 21:25:09 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10096 acta La Conscience idiote ou la bêtise comme phénomène http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10101 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10101/bêtise.gif" width="100px" />Quelle belle bêtise, bête bêtise, mais sérieuse, au point où l’on ne sait plus ce qui est sérieux et ce qui est idiot, que celle de Roland Breeur et de son Autour de la bêtise. Et voilà que c’est entre ces deux pôles apparemment si opposés, l’esprit de sérieux et l’idiot, que s’installe l’ouvrage phénoménal de R. Breeur, s’adressant à la bêtise sans crainte de se laisser, comme le fait Flaubert, contaminer — « la bêtise résulte donc d’une contamination réciproque » (p. 48) —, assaillir par elle. L’auteur, suivant principalement la pensée de Sartre, mais aussi celles de Bergson et de Deleuze, refuse une stratégie qui serait marquée par une volonté de répondre à des questions, préférant, comme les philosophes les plus intéressants, les poser, créer une problématique qui est elle‑même construite par le genre de questions qu’elle suscite — comme le dit R. Breeur, « [...] le problème est transcendant et immanent aux questions qu’il sollicite : transcendant au sens où il ne se dissout pas dans la solution, immanent au sens où il ne reste pas en dehors de la genèse de cette réponse » (p. 22). Voici la problématique de la bêtise, problématique bête, sans doute, mais aussi problématique urgente. Pour R. Breeur, la bêtise est un phénomène, et peut donc être comprise phénoménologiquement ; elle est le résultat d’une « présence subjective au monde » marquée par le va‑et‑vient du sujet entre « l’illusion d’identité » et « la sensation de ne pas être “moi” » (p. 13). Elle est aussi envisagée comme réponse inappropriée aux demandes du monde (p. 53). En termes très généraux, ce sont les deux paradigmes de la bêtise que l’ouvrage adopte ; dans les lignes qui suivent, nous essayerons de repérer les principales voies qu’emploie R. Breeur pour arriver à une phénoménologie de la bêtise.Son projet est de construire une problématique suscitée par la question deleuzienne « comment la bêtise est‑elle possible ? ». Dans Différence et répétition, Deleuze voit la bêtise comme résultat de l’individuation (« [la bêtise] est possible en vertu du lien de la pensée avec l’individuation1 ») et même comme structure de la pensée ; pour lui la bêtise n’est pas l’erreur. R. Breeur insiste sur cette hypothèse à travers une conception sartrienne de l’individuation : « chez Sartre, toute individuation bascule entre une tendance à l’emphase et à la dissipation de soi, à l’exagération dans les gestes et l’évanouissement du moi » (p. 14). Dans ce cadre, la bêtise surgirait aussi comme résultat de l’ sam., 18 févr. 2017 17:11:05 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10101 acta Poètes, traducteurs & correcteurs http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10103 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10103/pauline.gif" width="100px" />Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’angeDonner un sens plus pur aux mots de la tribu,Proclamèrent très haut le sortilège buDans le flot sans honneur de quelque noir mélange.Stéphane Mallarmé, « Le Tombeau d’Edgar Poe »Dans Mallarmé, Valéry et Claudel traducteurs, Pauline Galli‑Andreani veut montrer l’importance des travaux de traduction de ces trois poètes. Elle s’oppose à deux attitudes : celle qui considère la traduction comme une partie secondaire voire accessoire de leur œuvre et celle qui consiste à se demander s’ils sont de bons traducteurs. Ces deux attitudes empêchent de voir les enjeux poétiques des travaux de traduction de Mallarmé, Valéry et Claudel. C’est ici l’une des particularités les plus intéressantes de l’ouvrage : il ne s’agit pas d’analyser minutieusement les textes pour questionner les choix de traduction, mais de prendre du recul et de nous poser la question du sens. Pourquoi Mallarmé, Valéry et Claudel traduisaient‑ils ? Pourquoi réfléchir sur leur travail de traduction nous permet‑il de mieux penser leur œuvre et la création poétique en général ? De plus, l’auteur nous invite à réfléchir en même temps sur les trois poètes, quand ils sont habituellement considérés individuellement1 ou seulement dans la perspective de l’influence mallarméenne2. P. Galli‑Andreani a choisi un plan qui respecte la singularité de chaque œuvre et la chronologie puisqu’elle accorde une partie à chaque poète. Cependant, se revendiquant de Benjamin3, elle a ajouté deux transitions appelées « Passage » où elle insiste sur son refus d’une conception linéaire, chronologique. Le lecteur est donc invité à une lecture active ne se réduisant pas à la linéarité du plan. L’enjeu est de comprendre la portée poétique du travail de traducteur des trois poètes qui, en traduisant, ont voulu expérimenter, calquer et corriger les originaux.ExpérimenterOn a reproché aux trois poètes d’avoir appauvri les textes originaux en produisant des textes d’une valeur littéraire inférieure à celle de l’original. Il convient de rétorquer à ces critiques qu’elles se méprennent sur les intentions de Mallarmé, Valéry ou Claudel : ils ne recherchent pas à produire un texte d’égale valeur littéraire, mais à expérimenter (p. 11, 46, 134, 249 et 274). L’expérience est d’abord une occasion pour apprendre. Claudel traduit Eschyle pour étudier sa métrique et s’améliorer (p. 249). Mallarmé en traduisant Poe étudie l’anglais (p. 46). Mais la traduction n’est pas un simple exercice, elle sam., 18 févr. 2017 17:41:04 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10103 acta Se souvenir de Malraux http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10071 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10071/Larrat.gif" width="100px" />C’est un beau titre, et opportun, que celui donné par Jean‑Claude Larrat à ce recueil d’études. Il nous invite à réfléchir sur la situation actuelle de Malraux dans l’opinion, plus précisément dans l’opinion intellectuelle. Son nom reste certes cité ici ou là, mais plus sous la plume ou dans la bouche de gens d’un certain âge, et une fois sur deux pour son action ministérielle plutôt que pour ses livres. Peu de mentions témoignent d’une lecture de ceux‑ci, et encore moins de leur vraie présence dans l’esprit de celui qui parle. Plus gravement, on n’entend guère de jeunes lecteurs faire part de l’enthousiasme qui avait saisi leurs aînés lorsqu’ils avaient découvert La Condition humaine, L’Espoir ou Les Noyers de l’Altenburg. La question se pose aujourd’hui de savoir si Malraux n’est pas en train de glisser du côté de ces auteurs à qui on se contente de donner quelques coups de chapeau. Faut‑il admettre qu’il s’éloigne ainsi, comme une comète autrefois brillante qui sortirait peu à peu de notre champ visuel ? Ce serait se priver d’une œuvre dont beaucoup d’aspects restent à découvrir, qu’il s’agisse des romans ou des écrits de mémoire réunis sous le titre Le Miroir des limbes, ou encore de sa pensée sur les arts plastiques et sur la littérature qui aurait, si elle était saisie dans sa nouveauté et prise en compte, toute sa place dans nos débats.Pour remédier à cet éloignement, J.‑Cl. Larrat s’emploie à dissiper un certain nombre de malentendus. Certains tiennent à l’œuvre elle‑même et au parcours personnel de son auteur. Les deux grands romans des années 1930 étaient étroitement liés à l’actualité historique et politique. Ils lui durent, sur le moment et quelque temps après, une part de leur retentissement. Mais ce qui était alors cause d’un surcroît d’audience est devenu aujourd’hui handicap pour des lecteurs auxquels ce contexte historique est devenu objet d’un savoir à acquérir. Pour Malraux, à l’époque, cet engagement était militant, politique et par moments militaire, avec cet effet de faire coexister sous son nom un écrivain et un homme d’action. Que dire lorsque, après la guerre, cette même dualité d’images se perpétua, mais doublement aggravée. Il y avait d’abord un déplacement de l’action, d’un point de l’échiquier politique vers un autre qui pouvait paraître à l’opposé, pour peu que l’on se refuse à reconnaître sa logique, et en même temps la transformation de nature de cette action, qui, de combattante, devenait officielle et, pire aux yeux de cer dim., 12 févr. 2017 20:57:26 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10071 acta De L’Homme précaire et la littérature à « l’homme‑flou » du musée imaginaire http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10073 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10073/Assemblage 1.jpg" width="100px" />L’actualité de Malraux ne relève ni d’une prophétie, relayée par divers interlocuteurs, sur un xxie siècle « religieux », ni de la mention d’un certain François de Hollande1 dans L’Homme précaire. Il s’agit plutôt de redécouvrir Malraux en tant qu’éclaireur d’une conception de la création littéraire comme transcendance, terme religieux dont il « s’irrite » de ne pouvoir l’éviter.Depuis les années 1990, Henri Godard, avec L’Autre Face de la littérature, et Jean‑Claude Larrat, avec Malraux théoricien de la littérature, nous ont alertés : Malraux perçoit très tôt les modalités de la création. Même son Esquisse pour une psychologie du cinéma rend compte d’une priorité de la forme sur le récit romanesque — toujours dans un dialogue entre la littérature et les arts, parce qu’un roman raconte toute de même une histoire, alors qu’il est plus facile de percevoir la primauté des formes dans une œuvre d’art — surtout si elle est abstraite. Il faut donc répéter l’importance du Malraux « théoricien de la littérature » et permettre à un large public de l’apprécier. Plusieurs initiatives récentes se chargent de le promouvoir : l’édition en « Folio » de L’Homme précaire ; les diverses parutions chez Garnier ; le n° 42, en 2015, « La littérature à l’essai », sous la direction d’Henri Godard et de Jean‑Louis Jeannelle, dans La Revue André Malraux Review dirigée par Michel Lantelme; le nouveau tome de la Pléiade, Morceaux choisis présentés par H. Godard aidé de quelques dyables et chats — comme le recueil Malraux et les poètes de François de Saint‑Cheron2, qui paraît en même temps que Malraux l’homme des ruptures d’Alain Malraux3. Mais il reste fort à faire : le Malraux farfelu mérite une étude approfondie, car il ne se limite ni aux écrits du même nom, ni à ses dessins — Clappique, Mercuriol et le guide de Tolède, parmi tant d’autres, en témoignent. Ses analyses invitent à décliner plusieurs titres encore : Malraux et le théâtre ; Malraux et l’aléatoire ; Malraux et l’érotisme ; Malraux et les Russes — ou les Américains (écrivains et cinéastes4), voire Malraux et les médias… Si l’on finit par lui reconnaître une intuition de la génétique, de l’intertextualité et de la théorie de la réception, n’hésitons pas plus sur la médiologie ! La fin de L’Homme précaire ouvre également une perspective herméneutique et métaphysique qui pourrait déboucher, pourquoi pas, sur un Malraux et Gadamer.Toutefois, nous nous limiterons à re‑présenter L’Homme précaire à partir des thèses d’H. Goda dim., 12 févr. 2017 21:02:12 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10073 acta Malraux à l’essai : comment peut‑on (encore) lire les <em>Écrits sur l’art</em> ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10075 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10075/Vaugeois.gif" width="100px" />En 1946, Malraux déclarait dans un célèbre discours prononcé à l’Unesco : « Il y a des artistes américains mais il n’y a pas d’art américain », formule à l’emporte‑pièce dont Duthuit s’est gaussé dans son Musée inimaginable (1956) et où l’on reconnaît (ou plutôt où l’on croit reconnaître) le style piquant mais superficiel propre à l’auteur des Voix du silence et de La Métamorphose des dieux — de même Philippe Dagen a‑t‑il relevé dans son compte rendu des Écrits sur l’art en Pléiade (« André Malraux, acrobate de l’esthétique », Le Monde des livres, 24 décembre 2004) l’une de ces affirmations péremptoires dont l’écrivain‑ministre avait le secret : « Et il y aura des peintres protestants, il n’y aura pas de peinture protestante. » Il suffit néanmoins à Dominique Vaugeois de rapprocher le passage incriminé de ce « propos sur la critique » de Thibaudet : « Avant le xixe siècle, il y a des critiques. Bayle, Fréron et Voltaire, Chapelain et d’Aubignac, Denys d’Halicarnasse et Quintilien sont des critiques. Mais il n’y a pas de critique1 » pour que soudain, le paradoxe n’en soit plus un, et qu’il se transforme en une figure de rhétorique, dont chacun saisit parfaitement la portée (voir p. 220, note 87). Pour quelle raison le brio malrucien est‑il alors source de tant de sarcasmes ? C’est que chez lui, une formule ne s’inscrit jamais à l’intérieur d’une argumentation développée qui permettait d’en réduire le caractère provocant. Loin d’être une simple figure, elle est véritable un mode de pensée, que l’on accepte de suivre ou qui heurte par son arbitraire. Il n’y a là qu’un rapide exemple de la stratégie argumentative à laquelle recourt D. Vaugeois dans Malraux à contretemps2 : non pas répondre à chacune des critiques qui ont pu être formulées à l’encontre de la pensée malrucienne de l’art — celles‑ci sont si nombreuses qu’une telle entreprise serait fatalement vouée à l’échec et supposerait qu’il soit possible de tirer des Voix du silence et de La Métamorphose des dieux une théorie suffisamment cohérente pour leur être efficacement opposée, ce qui, nous y reviendrons, est loin d’être le cas —, mais déplacer le regard d’ordinaire posé sur ces textes et déconstruire un par un les malentendus qui en gênent l’accès afin d’en renouveler la lecture. Pour cela, il s’agit de partir du cœur même des Écrits sur l’art, à savoir l’autorité dont ces textes font preuve et la valeur que nous pouvons reconnaître à une telle autorité. Malraux, note D. Vaugeois, est l’un des rares dim., 12 févr. 2017 21:11:55 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10075 acta Malraux à la lumière de Dostoïevski http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10080 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10080/howlett.gif" width="100px" />Rares sont les ouvrages de critique dont on peut dire sans risque de se tromper qu’ils répondent à une nécessité : le livre de Sylvie Howlett est de ceux‑là. S. Howlett avoue sa dette, certes, envers ses prédécesseurs : André Lorant qui, en 1971, avait longuement comparé Tchen à Kirilov, ou Rachid Hiati dont la thèse André Malraux lecteur de Nietzsche et de Dostoïevski (soutenue en 2001 à l’Université Lille 3) n’a malheureusement pas encore été publiée. Mais l’étude de S. Howlett peut se prévaloir d’une exhaustivité jamais atteinte jusque‑là. Elle exploite, en effet, tous les textes que l’édition des œuvres complètes de la Pléiade met aujourd’hui à notre disposition, auxquels elle ajoute d’autres textes importants qui n’ont pu trouver place dans cette édition, particulièrement les annotations de Malraux au livre de Gaëtan Picon et les entretiens avec Frédéric Grover, mais aussi et surtout les réponses de Malraux à Manès Sperber à l’occasion d’un colloque sur Dostoïevski organisé en 1971, Wir und Dostojewskij — texte fort peu connu, que S. Howlett a elle‑même traduit et présenté en 1999 dans la Revue des lettres modernes, André Malraux, n° 10. Elle traque ainsi avec une scrupuleuse vigilance toutes les occurrences de « Dostoïevski » chez Malraux et elle nous force à reconnaître que celles‑ci sont innombrables, allant bien au‑delà des trois références « obsessionnelles » souvent citées par la critique : l’antériorité des scènes sur les personnages (prouvée par l’interversion du rôle de certains d’entre eux dans les manuscrits), la scène de la veillée funèbre de Nastassia par Mychkine et Rogojine dans L’Idiot, et la fameuse déclaration d’Ivan Karamazov qui veut « rendre son billet » à Dieu si « l’harmonie du monde » doit se payer du supplice d’un enfant. Parmi beaucoup d’autres exemples qui prouvent combien fine et attentive a été la lecture de Dostoïevski par Malraux, retenons son allusion, dans Les Voix du silence, aux « portes » et « porches » dans le roman Les Pauvres Gens (qui n’est pas un des plus célèbres) — allusion magistralement analysée par S. Howlett (p. 159‑163).Présences de DostoïevskiDans la première partie de son ouvrage (« Les Métamorphoses de Dostoïevski »), S. Howlett passe en revue les quelques écrivains et essayistes français qui, avant Malraux, ont fait découvrir à leurs pairs l’originalité et la puissance de l’œuvre dostoïevskienne : Gide, Suarès, Chestov, Faure, Proust… Mais elle nous montre qu’on ne peut se contenter d’ajouter le nom dim., 12 févr. 2017 21:14:42 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10080 acta Films sans images<em> : génétique & poétique des possibles</em> http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10083 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10083/jeannelle.gif" width="100px" />Dans Seuils, Gérard Genette, qui a accueilli l’ouvrage de Jean‑Louis Jeannelle dans la collection qu’il dirige, soulignait la « symétrie passablement apocryphe » que suggèrent les traductions anglaises des titres des deux plus grands romans de Malraux : Man’s Fate et Man’s Hope. La rédaction de L’Espoir, roman écrit à vif et à chaud, en pleine guerre d’Espagne, publié en 1937, a été presque immédiatement suivie par le tournage de Sierra de Teruel, à partir du mois d’août 1938; la publication de La Condition humaine, en 1933, aurait pu être suivie par une adaptation à l’écran, et cela dès 1934, puisque Malraux lui‑même y travailla alors avec Eisenstein. C’est à cet irréel du passé, tout au long du siècle dernier, et même, en fin de parcours, au potentiel du présent, que Films sans images est consacré (le titre est emprunté à une formule de Cendrars) : un Man’s Fate aurait pu, en effet, se trouver réalisé par Costa‑Gavras ou même par Sergio Leone, qui y a songé. Alain Delon, qui en avait exprimé le désir en 1966, aurait pu incarner Kyo ; en 2001, le nom de ce même A. Delon, mais aussi ceux de Johnny Deep et de John Malkovich sont annoncés par Michael Cimino. Le Man’s fate de M. Cimino ne verra pas le jour : le réalisateur est mort en 2016. Mais Lou Ye (à qui on doit notamment Une jeunesse chinoise, 2006) n’a pas renoncé au projet qu’il nourrit depuis quelques années déjà de monter La Condition humaine au cinéma. Aucun des nombreux scénarios que le roman de Malraux a suscités, de 1934 à nos jours, n’a cependant abouti à un film : « Il n’existe pas un centimètre de pellicule sur lequel serait enregistrée une image correspondant à l’adaptation cinématographique » (p. 16) de La Condition humaine. Bien que tous les projets d’adaptation aient avorté, J.‑L. Jeannelle consacre 752 pages à l’étude de scénarios échoués et qui sont tombés dans les oubliettes de l’histoire du 7e art. Pour comprendre motifs et enjeux de cet intérêt apparemment paradoxal, il faudrait cependant convertir ce « bien que » en un « parce que », car c’est précisément parce que ces Conditions humaines sur grand écran sont demeurées « inadvenues » (pour reprendre un terme avancé dans Films sans images), que les scénarios élaborés à partir  du roman le plus célèbre de Malraux méritent l’attention du généticien comme du poéticien et de l’historien du septième art. Sept Mans’ Fate inadvenusJ.‑L. Jeannelle s’attache à l’étude de sept de ces projets inaboutis. La première partie de son ouvrage est con dim., 12 févr. 2017 21:17:18 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10083 acta  Échapper à la biographie http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10087 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10087/Assemblage 2a-1.jpg" width="100px" />« Au moment où Kafka attire plus d’attention que Joseph K. », écrit Kundera dans un passage de L’Art du roman, « le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé1. » À supposer que Kundera dise vrai, Malraux est bien en passe de mourir une seconde fois. Les considérations sur le peu d’estime que ses textes suscitent aujourd’hui traversent comme un fil rouge plusieurs publications récentes, et il n’est pas rare que les auteurs opposent à la méconnaissance de l’œuvre les hommages rendus à l’homme. Comme le soulignent Jean‑Louis Jeannelle et Martine Boyer‑Weinmann dans l’introduction à Signés Malraux (p. 10‑11), il est possible que les biographes aient leur part de responsabilité dans cette focalisation sur l’homme au détriment de l’œuvre. Depuis Jean Lacouture, tous ont en effet défendu la thèse selon laquelle Malraux aurait « construi[t] » sa vie « comme une œuvre2 », au point qu’elle serait devenue « sa plus belle œuvre » — une thèse qu’entend réfuter Sophie Doudet dans sa récente biographie : elle suggère en effet que les livres de Malraux sont « plus grands encore » que sa vie3. Faudrait‑il aller plus loin et s’opposer, en « malrucien » engagé, à la publication de toute nouvelle étude biographique, voire s’abstenir de lire celles qui paraissent, sous prétexte qu’elles sont d’office réductrices et nuisibles à l’œuvre dans la mesure où elles risquent de l’éclipser ? Certains développements de Malraux pourraient encourager un tel antibiographisme, comme la phrase des Voix du silence selon laquelle « la biographie d’un artiste, c’est sa biographie d’artiste4 », le passage de Lazare où il affirme ne pas avoir lu ce qui « [l]e concerne » mais seulement « ce qui concerne [s]es livres5 », ou encore son refus, maintes fois répété, de réduire l’homme « à ce qu’il cache » et « à ce qu’il fait6 ». Pourtant, il est aussi l’auteur du Démon de l’absolu,un essai biographique consacré à Lawrence d’Arabie. Les développements de Néocritique sur la biographie sont par ailleurs moins négatifs qu’on ne pourrait le penser et les références à la vie des artistes (ou du moins à certains moments déterminants, tels que la rencontre avec la maladie et la mort) ne font pas totalement défaut dans les Écrits sur l’art. Après que les études de J.‑L. Jeannelle7 et de Claude Pillet8 ont mis en évidence les aspects éminemment modernes du Miroir des limbes, où Malraux se montre critique à l’égard de l’autobiographie traditionnelle tout en en proposant un nouveau modèle, il était donc t dim., 12 févr. 2017 21:26:11 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10087 acta Dits & Écrits d’André Malraux : quelques inédits http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10089 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10089/chanussot.gif" width="100px" />Un artiste ne dit jamais qu’une seule chose, un écrivain ne fait jamais qu’une seule œuvre qu’il réfracte avec des expressions différentes, dont la formulation peut changer.Pour Malraux, c’est toujours la lutte de l’homme contre le destin, cet anti‑destin, clé de voûte du « Musée imaginaire », avec le concept de métamorphose.Pour tenter de dénouer les fils de cette œuvre protéiforme, nous avons tenté, Jacques Chanussot et moi‑même, d’établir une approche de ce qui pourrait être une tentative de catalogue raisonné de l’œuvre écrite de Malraux, sans négliger ses nombreuses interventions orales, voire, mais avec prudence, ses propos rapportés, car il est passé constamment du dit à l’écrit et de l’écrit au dit.La première édition de cet ouvrage, Dits et Écrits d’André Malraux, remonte à 2003. Il nous a été donné, grâce à Jacques Poirier, la possibilité d‘en réaliser une seconde, beaucoup plus complète. Elle bénéficie de nouvelles recherches favorisées par le site « Gallica », qui a fait une recension de la presse antérieure à 1945. Les orientations suggérées par Robert Thornberry, dans son ouvrage L’Antifascisme d’André Malraux à travers la presse des années trente n’ont pas été négligées non plus. La publication de « Non », dont l’exégèse minutieuse est due à Henri Godard et à Jean‑Louis Jeannelle, nous a apporté davantage de compléments que les trois derniers tomes de l’édition de La Pléiade, pour la plupart déjà mentionnés dans la première édition, grâce à l’aimable complicité de Jacqueline Blanchard, qui nous avait dévoilé les arcanes du classement méticuleux qu’elle réalisait pour la bibliothèque Jacques Doucet. Nous avions déjà mentionné le Carnet d’URSS, dit « manuscrit Anacréon », mais pas le Carnet du Front populaire, inconnu en 2003.Enfin, le choix de lettres, récemment publiées par François de Saint‑Cheron, a pu apporter quelques précisions.Comme le précédent, le livre est divisé en notices et notules, suivant un déroulement chronologique, qui nous paraissait indispensable pour une bonne compréhension. De même, les contextes littéraires, politiques et sociaux sont évoqués — et cela, sans le moindre jugement.En ce qui concerne les nombreux entretiens accordés par Malraux, les textes revus par Malraux avant leur publication font l’objet de notices, les autres — comme les propos rapportés — de notules.Naturellement, les manuscrits ou dactylogrammes corrigés sont mentionnés dans la mesure où ils ont été conservés, soit par des collectionneurs, soit dépo dim., 12 févr. 2017 21:28:24 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10089 acta L’engagement théâtral de Michel Vinaver http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10058 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10058/vinaver.gif" width="100px" />L’ouvrage de Catherine Brun, Michel Vinaver : une pensée du théâtre, (in)augure un fructueux chantier de recherches. Accompagné d’une journée d’étude lors de sa parution en novembre 20151, il invite à revaloriser le pan dit « secondaire », « circonstanciel » ou « infra littéraire » de la production théâtrale : le versant critique. Ensembles discursifs aux multiples enjeux (littéraires, historiques ou encore sociopoétiques), les écrits de théâtre offrent un précieux objet de recherche pour qui souhaite considérer, avec C. Brun, la pensée d’une œuvre et la pensée faite œuvre. Le présent travail répond ainsi à un double mouvement : l’un, centrifuge, offre un horizon critique, l’autre, centripète, éclaire de façon singulière la pensée de Michel Vinaver.L’étude confronte soixante années de réflexion et de pratiques théâtrales. À partir des Écrits sur le théâtre (I et II), du Compte rendu d’Avignon, de l’ouvrage collectif Écritures dramatiques. Essais d’analyse du théâtre, de nombreux articles publiés — recensés dans une copieuse bibliographie (p. 383‑429) —, d’écrits inédits (correspondance, notes de cours, avant‑textes, après‑textes) conservés dans le fonds d’archives de l’IMEC, à partir enfin d’entretiens radiophoniques, l’ouvrage se propose de replacer en leur temps les cheminements d’une pensée. En mettant en lumière la genèse des recueils (chapitre I), en dévoilant la poétique du langage des Écrits sur le théâtre et des Écritures dramatiques (chapitre II, index p. 445), en rappelant les lignes de force de l’art poétique et de l’appareil critique élaborés par M. Vinaver (chapitre IV et V), l’ouvrage ne se contente pas de décrire ou de consacrer « l’autre versant de l’œuvre » (p. 57). L’étude se veut, avant tout, analytique. Non sans paradoxe, les écrits de M. Vinaver mettent en gage la parole d’un auteur se refusant à toute forme d’engagement. L’« Autre de l’œuvre » (p. 57) ne peut être l’œuvre d’un Autre. Comment concilier, sinon concevoir, la présence extrêmement marquée de la voix critique et l’absence supposée de la voix auctoriale ?Pensée & pesée auctorialeLes cinq chapitres (« Dedans/Dehors », « Situations », « Une poétique », « Le texte et la scène », « Une utopie de la réception ») mettent en lumière la polymorphie du Je auctorial, tour à tour spectateur, lecteur, critique, auteur dramatique, traducteur, adaptateur, co‑metteur en scène, professeur à l’Université, responsable de la collection « Répliques », président de la commission du CNL. Comp lun., 30 janv. 2017 16:06:24 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10058 acta De qu(o)i Simone de Beauvoir est‑elle le nom ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10061 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10061/Fort.gif" width="100px" />Une « Grande traversée »À la fin de Tout compte fait, le dernier opus de l’autobiographie de Simone de Beauvoir, on peut lire : « Cette fois, je ne donnerai pas de conclusion à mon livre. Je laisse le soin au lecteur de tirer celles qu’il veut » (cité p. 108). Une telle affirmation, contrastant avec les nombreux passages réflexifs présents dans les mémoires de Beauvoir, lesquels programment largement la réception de l’ensemble de son œuvre, manifeste la signification ouverte de celle‑ci. Une telle assertion semble singulièrement éclairer l’origine de l’ouvrage ici étudié, laquelle est la recherche de la « conclusion » qu’on pourrait tirer de la vie et de l’œuvre de Beauvoir. Tel est l’objectif principal que se donne Pierre‑Louis Fort, même s’il convient lui‑même à la fin de son ouvrage qu’on ne peut « jamais conclure sur Beauvoir » (p. 169). S’il nous a paru pertinent de reprendre ici le titre bien connu de l’essai d’Alain Badiou1 pour en faire le titre de ce compte rendu, c’est que l’ouvrage répond à deux questions. En premier lieu, qui était vraiment Simone de Beauvoir ? Ensuite, comment appréhender ce personnage « hors norme » (p. 5), cette « figure à la fois atypique et mythique » (p. 6), cette persona éminemment complexe et insaisissable, et ce en moins de deux cent pages ? À ce défi, l’ouvrage de P.‑L. Fort, intitulé sobrement Simone de Beauvoir, propose une réponse efficace.Comment caractériser, alors, ce livre consacré à l’une des figures incontournables du xxe siècle, qui fut à la fois écrivaine, essayiste, philosophe, militante, « pionnière du féminisme contemporain dans l’imaginaire collectif » (p. 155) ? Comment appréhender cette figure « engagée, à tous points de vue » (p. 170), cet être à la fois « intellectuel et créatif », « intime et affectif », mais aussi « politique et militant » (ibid.) ?Soulignons, tout d’abord, que le livre de P.‑L. Fort est très agréable à parcourir, dans la mesure où cette traversée d’une vie et d’une œuvre est bien organisée et menée avec entrain. Elle est constituée de huit chapitres, respectivement consacrés à une vie dans un siècle, à l’écriture romanesque puis l’écriture de soi pratiquée par Beauvoir, aux voyages, à l’écriture théorique, et pour finir au féminisme. Le parcours choisi par P.‑L. Fort mérite qu’on s’y attarde. Ce cheminement correspond‑il à un choix logique, allant de la « biographie » et aux proches de Beauvoir (chapitres 1 et 2) à ses écrits romanesques, autobiographiques, essayistiques (chapitr lun., 30 janv. 2017 17:11:16 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10061 acta Histoire du silence à l’âge moderne http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10063 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10063/garric.gif" width="100px" />Bruit & silenceL’essai récent d’Henri Garric, Parole muette, récit burlesque. Les Expressions silencieuses aux xixe‑xxe siècles, dialogue explicitement avec les discours post- et hypermodernes sur le silence artistique, tout en prétendant défendre un autre silence — celui du hiatus burlesque.Un récent numéro de la revue Critique était consacré au trinôme « Musique, violence, politique1 » : articulation qui témoigne d’un souci contemporain, le bruit et la terreur étant devenus, pour « l’homme d’aujourd’hui », un milieu quotidien. H. Garric propose au contraire de se tourner vers le silence, et notamment vers les silences mineurs, qui pour certains s’inscrivent en porte‑à‑faux dans le paysage conceptuel de l’hypermodernité. Pour H. Garric, il ne s’agit pas, dans la continuité d’un Blanchot, de chercher à résoudre en l’aggravant, dans un mouvement paradoxologique, l’énigme que le silence pose à la littérature. Il s’agit de comprendre, sans aucun parti pris idéologique, comment les arts « mineurs » parviennent à se développer, dans l’ombre des « grands arts », et quelles sont les modalités — burlesques et silencieuses — de ce développement. Plus largement encore, H. Garric, tout en travaillant sur un corpus principalement artistique, exploite pleinement le potentiel transdisciplinaire de la littérature comparée. Ce qui rend son essai particulièrement intéressant, c’est l’audace qui a présidé au choix des objets qui composent le corpus d’étude, qui s’étend de la règle bénédictine, où le silence protège contre la parole vaine, jusqu’à Mickey Mouse, où le dessin transforme la nature même du silence et de sa représentation. De la sorte, ce livre « ne concerne pas seulement des textes [ou des œuvres d’art], mais aussi nos modes de vies2 ». Nous vivons — c’est une évidence, un cliché presque — à une époque où l’homme est constamment, jour après jour, confronté à la terreur, à la violence, à la mort, de telle façon que le deuil change de sens, puisqu’au lieu de mener au silence, il ouvre sur la réaction et la révolte. L’homme hypermoderne semble vivre sur le fil, entre deux extrêmes : les sons de la terreur et le silence du choc, le cri de l’insurrection et la mutité de la peine.Le néo‑muetH. Garric part de l’hypothèse que le néo‑muet (dont The Artist) constitue une réaction au cinéma hyper‑digitalisé et en 3D (Avatar), et que certaines manifestations du silence dans la littérature expriment un refus du bruit, du « bavardage », de l’industrialisation de la parole lun., 30 janv. 2017 17:53:38 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10063