Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta De la honte comme littérature, & de la littérature comme honte https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10697 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10697/La Honte - Martin.gif" width="100px" />En 2006 paraissait Le Livre des hontes dans la collection « Fiction & Cie ». Le livre avait reçu le Grand Prix de la critique et figurait dans la première sélection du Prix Renaudot essais : il avait fait l’objet de beaucoup d’articles dans la presse généraliste et littéraire1. La reparution en collection « Folio » de ce livre sous le titre La Honte. Réflexions sur la littérature, permet de mesurer l’actualité de ses propositions et de ses analyses.Comme le nouveau sous‑titre l’affiche de manière ambitieuse en soulignant d’emblée ce trait du texte initial, le livre ne se donne pas pour simple objet une étude thématique du motif de la honte dans la littérature mondiale du xxe siècle (tout en remontant à ses racines chez Rousseau ou Dostoïevski). Même s’il propose aussi ce parcours parmi les grandes œuvres qui explorent et interrogent le sentiment de honte, il se fixe pour objectif d’analyser le lien particulier qui attache la littérature à cette émotion, notamment dans le rapport qu’entretient l’écrivain qui s’expose, avec son lecteur. Finalement, l’idée qui parcourt cet essai est que « depuis deux siècles la littérature semble nous raconter une série de mises à nu » (p. 53). La honte serait, à l’époque de l’individualisme triomphant, un révélateur de la position de l’écrivain, essentiellement contraint à une forme de confession, que celle‑ci s’affiche ou soit masquée.Je peux bien louvoyer entre ces deux pôles, le tout‑dire débondé et la prudente retenue, la fiction apparemment la plus impersonnelle et la confession ouvertement intime, je peux bien opter délibérément pour la dénudation ostentatoire ou le costume serré, dans tous les cas je suis là, devant vous, masqué et jetant le masque, jouant mon rôle dans cette comédie de l’aveu, qu’est malgré elle et malgré moi toute littérature à l’ère de l’individu, aimanté par une tentation suprême, celle de brandir une singularité, de la porter enfin, sans vergogne, sur la place publique. (p. 188)Cette réflexion critique originale gagne, avec le recul des dix années qui nous séparent de la parution initiale du livre, à être replacée dans son contexte : à la fin des années 1990 et au début des années 2000, on observe un renouvellement de l’intérêt pour la honte, notamment dans les champs psychanalytique et sociologique français. En 1992 paraît le livre fondateur de Serge Tisseron, La Honte. Psychanalyse d’un lien social2, qui replace au cœur de la théorie analytique une émotion dont l’auteur souligne qu’elle est sam., 20 janv. 2018 07:43:21 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10697 acta Démonter la mécanique https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10702 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10702/Engins et machines.gif" width="100px" />Engins et machines. L’imaginaire mécanique dans les textes médiévaux sous la direction de Fabienne Pomel est la conclusion d’une série de séminaires du même nom organisée par le CETM-Centre d’études des textes médiévaux (Cellam-Centre d’études des littératures et langues anciennes et modernes) de l’Université Rennes 2. Cela fait plusieurs années que le CETM consacre des séminaires à l’exploration de l’imaginaire technique au Moyen Âge. Le précédent ouvrage collectif issu de leur travail collégial, également dirigé par F. Pomel, portait sur l’horloge : Cloches et horloges dans les textes médiévaux. Mesurer et maîtriser le temps1.Engins et machines. L’imaginaire mécanique dans les textes médiévaux est divisé en deux grandes parties : « Machines et ingénierie au Moyen Âge : entre arts mécaniques et imaginaire2 » et « Machines romanesques : magie, technique et ingéniosité3 ». On doit regretter que le terme « imaginaire » employé dans le titre demeure assez vague. Les recherches sur l’imaginaire initiées et développées par l’École de Grenoble (Gilbert Durand ; Philippe Walter) ne sont pas convoquées, alors qu’elles constituent le fondement de toute réflexion sur l’imaginaire4. Nous aurions aimé savoir comment les contributeurs entendaient le terme « imaginaire ». Une définition rigoureuse aurait été utile dans le texte introductif de F. Pomel. La médiéviste éclaire tout de même la démarche d’ensemble : selon elle, les objets « doivent être resitués dans une histoire des arts mécaniques, marquée par une grande évolution entre les xiie et xve siècles » et « être articulés à une esthétique du spectaculaire et de l’illusion, présente dans le merveilleux romanesque ou la mise en scène théâtrale, notamment celle des mystères » (p. 13).Les textes choisis par les auteurs se placent majoritairement dans un contexte où, à partir du xiie siècle, les arts mécaniques sont nettement revalorisés, car liés au monde de la matière (Hugues de Saint-Victor en fait une science, p. 13). Toutefois, la revalorisation se teinte, au fil de la lecture, d’un caractère ambigu tenace, relativisant — ou tout du moins compliquant — le constat initial.La première révolution industrielleL’ouvrage rappelle fort à propos que le Moyen Âge, contrairement à l’idée malheureusement encore répandue d’une période sombre, barbare et léthargique, a été une période riche en innovations et avancées techniques. Le médiéviste Jean Gimpel avait déjà affirmé, comme le titre de l’un de ses livres l’indique, que sam., 20 janv. 2018 07:51:22 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10702 acta Rimbaud poéticien ou la force des formules https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10706 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10706/Bivort.gif" width="100px" />La parution de ce volume fait suite au colloque qui s’est tenu à l’université Ca’ Foscari de Venise en novembre 2013. Quinze contributions sont rassemblées par Olivier Bivort, qui signe la brillante introduction. Leur ambition est à la fois audacieuse et singulièrement pertinente : il s’agit d’interroger, pour la première fois de façon spécifique, la manière dont l’œuvre poétique de Rimbaud développe un propos réflexif, voire métadiscursif, sur la poésie, aussi bien en tant que tradition par rapport à laquelle elle prend position qu’en tant que genre dont elle explore ou élargit les possibles. Par cette approche originale de Rimbaud, les contributions éclairent de manière nouvelle « les rapports chez lui du langage et de l’ambition poétique » (Yves Bonnefoy), mais ouvrent également de belles perspectives sur l’histoire littéraire de son temps comme sur la réception de son œuvre.Rimbaud & les autresLe volume recèle d’abord de belles contributions vouées à inscrire la poétique rimbaldienne dans le contexte littéraire de son temps. Ainsi l’article initial de Dominique Combe propose‑t‑il, en partant du constat que dans la seconde moitié du siècle la distinction entre rhétorique et poétique s’efface, de lire les lettres programmatiques de Rimbaud à la fois à la lumière du « modèle de l’éloquence apprise au collège » (p. 16) et sur « l’horizon » du discours théorique que constituent les préfaces et les « textes à forte portée critique ou réflexive » (p. 19) qui se sont multipliés depuis Vigny et Gautier jusqu’à Verlaine et Mallarmé. Rimbaud en retient notamment « le style prescriptif ou normatif hérité des arts poétiques classiques depuis Horace » (p. 19). Mais la poétique de Rimbaud doit également être confrontée aux productions poétiques mêmes de son époque, ce que permettent deux autres contributions qui s’interrogent à nouveaux frais sur la relation du poète de Charleville au Parnasse et particulièrement à Albert Mérat. Yann Mortelette montre ainsi les divers traitements que Rimbaud, dans son œuvre en mouvement, réserve à la poésie parnassienne, « du plagiat à l’imitation, puis de la transposition constructive à une parodie ludique, chargée d’exprimer des divergences esthétiques » (p. 71). Rimbaud refuse en particulier « l’apollinisme parnassien » (p. 68) tel qu’il est formulé par exemple par Léon Dierx en 1865. Quant à A. Mérat, Yves Reboul examine les raisons qui ont pu amener Rimbaud, qui l’a pourtant parodié dans l’Album zutique, à le qualifier de «  sam., 20 janv. 2018 11:29:54 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10706 acta Dépasser la polémique de part & d’autre de la Manche : pour une dialectique des rapports entre les théâtres français & anglais à l’époque moderne https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10709 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10709/Louvat.gif" width="100px" />C’est à une question bien connue mais dont les enjeux, les tenants et les aboutissants sont encore loin d’être éclaircis que s’attellent les contributeurs du recueil d’articles dirigé par Bénédicte Louvat‑Molozay et par Florence March : celle des interactions entre la France et la Grande‑Bretagne dans le domaine du théâtre du xvie au xviiie siècle1. Question bien connue en effet2, et depuis longtemps, puisqu’elle a été abordée dans de multiples travaux dès le début du siècle dernier3, développée ensuite de façon relativement disparate4, pour mieux ressurgir dans toute sa force depuis le tournant des années 20005.C’est donc dans une dynamique de recherche particulièrement actuelle que s’inscrit le recueil qui nous intéresse ici, à la suite du colloque dont il est, en partie, tiré6. Son l’originalité et son intérêt tiennent à plusieurs faits : tout d’abord, il réunit des études diverses qui permettent d’envisager les relations des théâtres français et anglais de façon globale. La plupart des ouvrages consacrés à la question soit se sont concentrés sur une figure précise — et particulièrement sur Shakespeare —, soit requièrent réexamen étant donnée leur date de publication : le recueil dirigé par B. Louvat‑Molozay et Fl. March permet donc une mise en perspective riche, circonstanciée et renouvelée du sujet qu’il aborde. Mais surtout, il envisage ce dernier de façon dialectique et non pas seulement sous l’angle de la simple polémique. Sur ce point, il ne faut pas se laisser tromper par les premières pages du recueil, qui résument brillamment les enjeux de la querelle par un dialogue parodique opposant un Anglais et un Français vantant les mérites de leur propre théâtre7 : les articles du recueil infirment fermement le différend irréconciliable qu’elle présente au lecteur. B. Louvat‑Molozay et Fl. March le précisent d’ailleurs bientôt :Il convient […] de nuancer la posture polémique des Anglais et des Français en matière de théorie et de pratique du théâtre. La circulation des personnes et des textes, les échanges d’idées et de bonnes pratiques, les processus d’influence et l’émulation qui en découle naturellement, dessinent des carrefours et des points de convergence qui ne menacent pas de gommer les différences et les spécificités nationales. (p. 15)Enfin, ce recueil a le mérite de s’atteler à une question dont le traitement est extrêmement délicat : rappelons en effet qu’avant le xviiie siècle, le théâtre anglais est largement ignoré en France — paradoxaleme sam., 20 janv. 2018 12:18:57 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10709 acta Sérier les sérialités https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10683 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10683/fruoco.gif" width="100px" />Sérier les sérialités : vaste tâche menée par un bref volume issu d’un travail de longue haleine, inauguré par un séminaire sur les séries télévisuelles, suivi d’un colloque sur l’imaginaire sériel. Entre temps, sont déjà parus sur le même sujet, en 2016, un numéro des Cahiers de narratologie (Sérialité narrative. Enjeux esthétiques et économiques, sous la direction d’Alessandro Leiduan) et un autre de Belphégor : Sérialités, dirigé par Matthieu Letourneux qui vient de publier de son côté Fictions à la chaîne. Littératures sérielles et culture médiatique (Les Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 2017). La présente publication s’inscrit dans la collection « Ateliers de l’imaginaire », qui se veut à la fois transdisciplinaire et accessible à un large public ; pari tenu grâce à la clarté, à la brièveté et à la diversité des articles. En revanche, alors que la Quatrième de couverture attire notre attention en mentionnant le succès de Netflix, l’évolution de la consommation des séries du fait de leur diffusion électronique n’est finalement pas traitée dans le volume, coordonné par trois jeunes chercheurs issus de l’université de Grenoble, spécialistes de littérature médiévale, mais qui n’envisagent, traditionnellement, la sérialité que comme un phénomène moderne, certes éminemment caractéristique des deux derniers siècles.Une série de sérialitésEn dépit de manques inévitables, l’ouvrage fournit un riche panorama de l’imaginaire sériel, concept dont les contours sont délimités en introduction (qui soulève déjà de riches questions d’auctorialité, d’originalité ou de viabilité) pour être ensuite explorés et précisés au fil des chapitres analysant divers mécanismes créatifs, sans écarter — et c’est une des forces du volume — les formes, notamment esthétiques, de sérialité indépendantes de séries matériellement identifiables comme telles.La série est envisagée au sens classique de succession de récits offrant des éléments communs mais des intrigues indépendantes, illustré par les Pickwick Papers de Dickens,avantses feuilletons (dont il faut noter le statut différent de vaste récit fragmenté en épisodes), que Malcom Andrews rattache de façon éclairante aux tableaux narratifs sériels de l’époque victorienne, dont il souligne en outre, pour mieux comprendre la vogue sérielle qu’elle engendre, la confiance — à la fois capitaliste et chrétienne — en l’avenir. La bande dessinée est aussi largement sérielle, à ses origines, si bien que sa mise en volume n’est pas ensuite jeu., 11 janv. 2018 19:25:09 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10683 acta « Idole individuelle » & histoire du livre https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10685 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10685/Bessard.gif" width="100px" />Il est devenu inhabituel au xxie siècle de devoir trancher soi‑même les pages de son livre, en particulier dans ce marché très singulier qu’est l’édition académique. L’ouvrage d’Olivier Bessard‑Banquy, La Fabrique du livre, qui rend hommage à la tradition du « beau livre », se présente au lecteur non massicoté. Ce choix de fabrication pourrait passer pour une simple préciosité faisant écho à son objet ; pour le lecteur, trois solides quarts d’heures de découpage sont nécessaires pour s’emparer de l’ouvrage. Dans une économie de l’attention où les sollicitations sont toujours plus nombreuses, l’ouvrage d’O. Bessard‑Banquy se présente donc, par sa matérialité, comme une invitation à ralentir la lecture.Front pionnier de l’histoire culturelle, l’histoire du livre ambitionnait de refonder l’histoire littéraire en interrogeant de manière systématique ce qui fait le livre, d’abord en élargissant le regard bien au‑delà de la littérature, ensuite et surtout en articulant aux textes leurs conditions de production et leurs appropriations. Ce schéma a guidé depuis L’Apparition du livre d’Henri‑Jean Martin et Lucien Febvre1 les chantiers sur le livre, la lecture et la littérature, qui ont constitué un aiguillon majeur au renouvellement de l’histoire littéraire et de l’histoire culturelle.La fragilisation du « beau livre » à la françaiseLes domaines voisins que sont l’histoire du livre et de la lecture et l’histoire littéraire ont ainsi bénéficié d’une profusion de travaux sur les éditeurs, le statut des auteurs, le marché de l’édition, la symbolique de l’auteur… En apparence, l’ouvrage d’O. Bessard‑Banquy se présente comme une synthèse au titre non dépourvu d’ambiguïté : d’un côté, la fabrique du livre laisse entrevoir une histoire très concrète de la manière dont advient le livre, dans ses aspects les plus concrets — on attendrait alors une histoire du papier et des imprimeurs, des compositeurs, des relecteurs, de toutes ces petites mains plus ou moins mal connues qui font le livre, qui font exister le texte sous la forme d’un livre. De l’autre, le sous‑titre annonce plutôt une histoire littéraire à l’ancienne, centrée sur le dialogue auteurs/éditeurs, et qui revisite à travers ce prisme l’évolution des courants littéraires, des écoles et des chapelles. C’est bien la deuxième option qui est retenue : la thèse centrale du livre tourne autour de la fragilisation du « beau livre » à la française face à l’industrialisation de l’imprimé dans la continuité des avancées tec dim., 14 janv. 2018 14:45:43 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10685 acta De la radicalité en république https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10689 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10689/Crétois, Roza - Républicanisme social.gif" width="100px" />Bien que le titre de cet ouvrage collectif — Le Républicanisme social : une exception française ? — demeure prudemment interrogatif, il s’agit bien pour les directeurs de la publication — Pierre Crétois et Stéphanie Roza — de tenter de faire émerger les contours d’une spécificité du républicanisme à la française et, en un sens, de faire valoir les mérites de sa radicalité. Trop souvent minoré par l’historiographie républicaine dominante (celle de Cambridge), le républicanisme français présenterait deux traits singuliers et indissociables : le fondement du pouvoir politique légitime dans la souveraineté populaire et la prise en charge du problème des inégalités sociales. Ainsi, la dissolution de l’exception française dans le bain du républicanisme italien ou anglo-saxon, opérée par des auteurs comme Pocock ou Skinner, serait le symptôme de leur méfiance à l’égard de la figure du peuple et de la « question sociale ». En mettant l’accent sur la liberté comme non-domination et sur la voie constitutionnelle, les historiens de Cambridge occulteraient une autre voie, celle de la République sociale, à laquelle il s’agirait finalement de donner un ancrage historique et une cohérence conceptuelle.L’ambition de l’ouvrage n’est cependant pas d’imposer une vision sans partage de cette exception française. Au contraire, la première partie se propose de soutenir la thèse selon laquelle le républicanisme français, bien que porteur d’une spécificité, doit être reconduit à sa filiation européenne. Les autres parties suivent un ordre chronologique : la République avant, pendant et après la Révolution française. Ce compte-rendu fait le choix d’un ordre un peu différent, de manière à souligner la cohérence de certaines propositions, que l’ordre chronologique laisse dans l’ombre, et peut-être également certaines limites.Rousseau, héraut du républicanisme social ?Sans surprise, Rousseau se détache de l’ouvrage comme une des figures principales du républicanisme français. Il est vrai que le Genevois apparaît comme la « victime principale » (p. 25) de l’historiographie cambridgienne. Il sert ici de pierre de touche à la démonstration de l’hypothèse introductive : la connexion fondamentale entre un fondement démocratique et la préoccupation pour ce qu’on appellera par anticipation la « question sociale ».À rebours des thèses de Pocock et Skinner, l’article de Pierre Crétois (« Souveraineté et égalité chez Rousseau ») entend défendre la singularité d’un républicanisme français fondé dim., 14 janv. 2018 16:43:18 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10689 acta La littérature résistante ou les nouvelles Humanités Scientifiques https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10694 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10694/Poirson - Politique de la représentation.gif" width="100px" />Il faut le reconnaître, saisir d’emblée la thèse de cet ouvrage n’est pas chose aisée. Certes, on comprend que l’art théâtral est au cœur de la réflexion et qu’il est discuté dans une perspective politique, pour comprendre son rôle et sa fonction structurante au sein de la sphère publique. Mais les moyens d’y parvenir sont parfois obscurs et la fonction du compte-rendu trouve tout son sens puisqu’elle oblige une lecture attentive, le stylo à la main, pour comprendre les liens entre les notions abordées mais aussi entre les chapitres et entre les exemples.Ce n’est donc pas à une lecture facile que nous convie Martial Poirson mais à une lecture méritante où la pleine richesse de sa pensée n’est pas donnée aisément à voir. Car ici, le corpus est très vaste (il s’étale sur presque quatre siècles, du xviie siècle à aujourd’hui), il est au mieux défini par un genre, celui de la merveille, mais appliqué au conte, au théâtre (sous ses diverses formes), au cinéma, etc., et il est discuté tantôt sur un plan culturel, tantôt sur un plan social ou politique. C’est une œuvre qui foisonne, et dont l’objet est précisément l’articulation problématique entre économie, symbole et culture. Si l’auteur mêle allègrement les disciplines, c’est qu’il vise « l’indisciplinarité », c’est-à-dire qu’il fait du lien entre l’économie, la littérature et la politique en montrant les divers croisements et influences entre les savoirs. Il part pour cela de la littérature conçue comme le creuset de tous les savoirs, la plus à même d’en proposer une représentation et une histoire pour aboutir à une réflexion sur les « Humanités scientifiques », reprenant ainsi l’expression forgée par Bruno Latour1.L’ouvrage vise à faire le point sur « l’évolution actuelle de la recherche en littérature et en arts du spectacle au sein de sciences humaines et sociales elles-mêmes en pleine mutation », sans négliger une mise en perspective politique, permettant de repenser l’environnement idéologique et de relever un certains nombres de défis sociétaux (p. 12).On peut regretter la portée généraliste, quoique efficace, de la réflexion qui pourtant ne s’appuie que sur l’exemple spécifique du théâtre et du conte. D’autant plus que l’auteur a parfois tendance à utiliser des raccourcis en parlant des « arts » alors qu’il s’intéresse au théâtre et parfois au cinéma, à l’opéra ou au ballet mais non à la peinture, la sculpture, etc. Dans la mesure où le propos se veut militant (le terme est employé plusieurs fois par l dim., 14 janv. 2018 16:48:04 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10694 acta Penser la littérature de l’extérieur https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10648 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10648/9782707322012FS.gif" width="100px" />S’il y a presque une infinité de façons d’envisager les œuvres littéraires, il n’y a peut‑être en revanche que deux façons d’aborder la littérature elle‑même, je veux dire la littérature en tant que littérature, considérée comme un ensemble d’objets langagiers dotés de propriétés communes et régis par des règles constitutives particulières : soit on aborde la littérature de l’intérieur, en acceptant par principe les règles plus ou moins implicites de ce jeu, en endossant le rôle dévolu par le jeu lui‑même à la critique littéraire et en faisant de son mieux le critique ; soit on s’extrait résolument du jeu, on prend de la distance et on observe la littérature de l’extérieur, en cherchant à expliciter et objectiver les règles, en remettant en cause d’emblée le principe même du jeu, en refusant d’y jouer, en le comparant avec d’autres jeux similaires ou tout différents, pour en montrer éventuellement les limites, la précarité, la contingence ou l’arbitraire.Sans doute faut‑il faire les deux : d’une part, jouer au jeu de la littérature, se soumettre plus ou moins à ses règles, et lire les œuvres comme elles ont été conçues pour être lues ; d’autre part, observer le jeu à distance. Sur le terrain et en dehors du terrain, successivement. Le problème étant qu’il n’y a que depuis l’extérieur du terrain qu’on peut voir si les règles sont adaptées aux textes qu’on lit : ne nous arrive‑t‑il pas, par exemple, d’appliquer à des textes anciens des règles d’invention trop récente, qui ne leur conviennent pas ? Il faut être hors‑jeu de temps en temps pour savoir jouer comme il faut, au moment où il le faut. Le terrain de jeu est en effet lui‑même à géométrie variable : il ne cesse de se reconfigurer, selon les lieux, les temps et les circonstances.Penser la littérature de l’extérieur, c’est sortir du terrain et considérer que depuis des siècles le statut, la fonction, l’idée même de littérature n’ont cessé d’évoluer et de se transformer. C’est pourquoi je m’efforce dans mes travaux de construire par petits bouts ou selon des perspectives particulières une histoire différentielle du concept de littérature, de manière à provoquer chez le lecteur contemporain un sentiment d’étrangeté par rapport à lui‑même, à remettre en cause ses habitudes trop assurées et, plus généralement, à déstabiliser ses systèmes de valeurs et sa vision du monde. Or, l’une des meilleures façons de mettre en lumière la spécificité actuelle de la littérature passe par la confrontation avec des formes d jeu., 21 déc. 2017 13:39:47 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10648 acta Comment les œuvres œuvrent‑elles dans le temps ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10650 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10650/9782841747047FS.gif" width="100px" />Je dois me livrer devant vous à un douloureux exercice de ventriloquie, puisque je me trouve aujourd’hui devoir rendre compte seul d’un livre écrit à quatre mains, en l’absence donc de celle avec qui j’ai échafaudé de longues années durant cette Bibliothèque de Circé : ma complice et amie Sophie Rabau. C’est le moment de redire le mot de Montaigne, que la perte d’un ami emmura comme on sait dans sa propre bibliothèque : Nous étions à moitié de tout ; il me semble que je lui dérobe sa part. J’étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu’il me semble n’être plus qu’à demi. » (Essais, I, 28). En l’absence de Sophie Rabau, il me semble que je ne peux plus aimer notre livre qu’à moitié, et qu’en vous en parlant seul aujourd’hui, je lui dérobe un peu plus que sa part.*L’ouvrage paru aux éditions Kimé en 2015 est issu d’un séminaire donné près d’une décennie plus tôt au sein du Département de français de l’Université Saint‑Joseph de Beyrouth à l’invitation de son directeur d’alors, le professeur et romancier Charif Majdalani, soucieux de répondre à une double demande des étudiants : le besoin d’une part d’un séminaire de théorie littéraire qui ne soit pas un panorama de la théorie française des années 1970‑1980, mais qui vienne présenter et mettre en œuvre la « théorie des textes possibles » que nous cherchions alors à développer au sein de la jeune équipe Fabula, dans la lignée des travaux menés par Michel Charles à l’École normale supérieure au milieu des années 19901 ; le souhait d’autre part d’un atelier de création littéraire ou « d’écriture créative », comme on le dit désormais par un anglicisme qui mériterait à lui seul réflexion. En Charif Majdalani, le romancier autant que le directeur de département — le romancier peut‑être plus que le directeur — rechignait à voir s’ouvrir un tel atelier, mais il avait bien perçu ce que la notion de « textes possibles » pouvait receler de potentialités émancipatrices, si j’ose dire, en ménageant des passerelles entre la lecture et l’écriture. Cette demande d’un enseignement de la création, qui se fait jour un peu partout dans le monde depuis le début du xxie siècle, doit sans doute se comprendre comme le signe d’une « fatigue du commentaire », d’une usure d’un mode de relation aux œuvres qu’on peut nommer « herméneutique », d’une désaffection proprement historique à l’égard de « la critique littéraire » en tant que celle‑ci s’attache à la signification, historique ou actuelle, des œuvres. Le succès rencon jeu., 21 déc. 2017 13:45:18 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10650 acta Représenter un genre : comment, pour qui, pourquoi ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10658 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10658/9782021113952FS.gif" width="100px" />Comme l’a montré William Marx à propos des tragédies grecques1, toute sélection anthologique risque de fournir une image très mutilée et par là biaisée du groupe de textes qu’elle entend exposer. En effet cette démarche qui prend la partie pour le tout suppose à la fois qu’un extrait puisse représenter une œuvre et qu’un choix limité d’œuvres vaille à son tour pour un ensemble beaucoup plus vaste. Voilà donc une première occasion de plaider coupable, en revenant sur l’anthologie Muses et ptérodactyles, parue en 2013 et consacrée à « la poésie de la science de Chénier à Rimbaud2 ». Ajoutons à ce premier aveu un fort soupçon d’imposture. Puis‑je m’exprimer en auteur de l’ouvrage quand ce travail collectif, qui a mobilisé neuf autres intervenants, résulte d’un programme de recherches plus large, financé par l’Agence nationale de la recherche3, et alors que la majorité des pages de ce volume est logiquement constituée d’écritures tierces, dont la mise en valeur supposait de surcroît un certain devoir de retrait et de silence au commentateur ? Comment se poser ici en auteur – un terme que son étymologie devrait conduire à traduire, comme l’a déjà noté Larbaud, par « augmentateur » ? Et que reste‑t‑il enfin de l’autorité, de l’expertise du spécialiste de la littérature, lorsqu’il s’engage sur un terrain où celle‑ci se mêle si étroitement à d’autres savoirs que le produit de cette rencontre relève autant de l’histoire des sciences que de l’histoire littéraire ? Dans le texte qui suit, je tenterai de problématiser les relations entre ponction et représentation, d’abord autour de l’anthologie puis à propos d’autres enquêtes en cours et liées à cet ouvrage, en évoquant également la question des nouvelles possibilités que les humanités digitales offrent à l’histoire littéraire.Le projet, sa mise en œuvre & sa réceptionPar un curieux paradoxe, Muses et ptérodactyles est une opération de réduction menée à des fins d’accroissement et un discours sans autorité proposant une thèse outrecuidante, puisque ce volume n’ambitionne pas moins que de remettre en cause notre vision de l’histoire culturelle du xixe siècle. Il entend montrer, non seulement qu’un genre aujourd’hui largement oublié, la « poésie scientifique », est demeuré extraordinairement actif de la Révolution aux années 1890, mais aussi que ces textes et la question plus générale des relations possibles entre science et poésie ont nourri un débat majeur, qui s’est largement diffusé dans la société et qui a mob jeu., 21 déc. 2017 15:15:51 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10658 acta Des noms de genre dans le domaine des « écrits de soi » https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10653 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10653/9782072022852FS.gif" width="100px" />Vient juste de paraître sous la direction de Françoise Simonet‑Tenant un Dictionnaire de l’autobiographie sous‑titré : Écritures de soi de langue française, auquel j’ai participé1. Il y a cinq ans de cela, en juin 2012, une journée d’étude avait réuni quelques‑uns des membres de ce projet collectif alors à ses débuts : nous nous étions partagé les principales entrées de ce Dictionnaire (j’avais en charge la notion de « Témoignage ») afin de décider des principales orientations méthodologique à suivre. Au cours des premiers échanges, j’ai tenu à soulever la question du titre (dont la version initiale était : Dictionnaire de l’autobiographie française et francophone). À mes yeux, un tel titre réactivait un malentendu que j’avais tenté de dissiper dans le cadre de cet essai de 2008, Écrire ses Mémoires au XXe siècle. Ce malentendu, c’est celui qu’illustrait, par exemple, l’entrée « Mémoires » d’un petit Lexique des termes littéraires paru en 2001 : « Voir autobiographie2 ». En effet, subsumées à la notion‑titre d’« autobiographie », les entrées liées aux Mémoires paraîtraient inévitablement secondaires et périphériques au regard des attendus thématiques et rhématiques (c’est‑à‑dire formels) implicitement imposés par un tel cadre. Il me semblait nécessaire de rebattre les cartes en choisissant pour le dictionnaire le titre le plus inclusif possible, l’équivalent du life‑writing anglo‑saxon ou d’« ego‑documents », couramment employé par les historiens ou les sociologues. En français malheureusement, aucun terme ne s’impose de manière incontestable. Aucun, si ce n’est « écrits de soi », suffisamment neutre, je pense, pour couvrir l’ensemble des textes factuels à la première personne, et ne présupposer par conséquent aucun modèle en particulier. Les raisons invoquées n’ont pas suffi à convaincre d’éviter le titre Dictionnaire de l’autobiographie. La popularité de ce terme et surtout son intérêt d’un point de vue éditorial (et par conséquent commercial), puisqu’il est beaucoup plus identifiable par le public, ont prévalu, en dépit de ce que ce dernier argument avait à mes yeux de circulaire. J’ai rarement mieux compris qu’à cette occasion à quel point les catégories génériques structurent d’emblée les partages qu’elles prétendent se limiter à décrire, privilégiant du même coup certains corpus au détriment d’autres, et instaurant des hiérarchies entre les modèles coexistants. J’ai débuté par cet épisode parce qu’il m’a conduit à me défaire de deux illusions. La pre jeu., 21 déc. 2017 13:55:56 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10653 acta La langue littéraire à l’épreuve du temps https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10657 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10657/9782213631158FS.gif" width="100px" />Parole à Gilles PhilippeCelles et ceux qui ont eu La Langue littéraire entre les mains savent que ce volume obéit au principe de la trame et de la chaîne1. La trame est formée par une première série de chapitres qui suivent, dans la diachronie, les grandes questions qui se sont posées sur un siècle et demi de prose française : la question de la phrase, de la représentation de la pensée, de la relation à la langue parlée, etc. La chaîne est formée par une seconde série de chapitres qui proposent des coupes synchroniques par tranches de vingt ans environ autour de dates rondes, prises pour pivots, de 1860 à 1960. La trame diachronique observe l’évolution des formes stylistiques au long d’un grand siècle de prose française ; la chaîne synchronique articule un état de ces formes et un état des imaginaires à moment donné de la période considérée, celle où – pour le dire un peu vite – on a cru en une sorte d’autonomie de la langue littéraire. Mais je n’irai pas plus loin dans la présentation de l’ouvrage ; je saisirai plutôt l’occasion qui nous est donnée pour prendre du recul, pour radicaliser quelques partis‑pris et faire valoir la dimension presque manifestaire de l’entreprise, bien que mes propos n’engagent pas les collègues qui ont accepté d’en rédiger avec nous les différents chapitres : Stéphane Chaudier, Michel Murat, Christelle Reggiani et Stéphanie Smadja. Je saisis en tout cas l’occasion pour leur redire toute notre gratitude.Le choix même de l’expression La Langue littéraire pour titre de l’ouvrage dit bien qu’il s’agissait d’appréhender de façon collective les observables langagiers attestés dans la littérature et de faire l’hypothèse qu’il est possible d’en penser l’évolution sans passer prioritairement par la question des styles d’auteur. On peut d’ailleurs regretter, après coup, que les bornes chronologiques aient été indiquées, dans le sous‑titre du livre, par deux noms d’écrivains. Ce choix est simplement lié au fait que des dates auraient pu paraître trop contractualisantes, mais aussi au fait que, dans notre tradition, la littérature se donne à nous comme une série d’artefacts signés. Même s’il convient de l’interroger voire de le contester, il nous faut non seulement composer avec le présupposé auteuriste, mais aussi en accepter localement la pertinence, tout en gardant en mémoire que le singulier n’est jamais qu’une variante du collectif et que la singularité ne se peut mesurer que dans la comparaison.Dans Le Côté de Guermantes, Proust dram jeu., 21 déc. 2017 14:08:04 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10657 acta Formes littéraires, formes de vie. D’un livre l’autre https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10659 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10659/9782070133031FS.gif" width="100px" />En écrivant Façons de lire, manières d’être, un essai qui a paru en 2011, j’ai voulu faire du passage des œuvres dans la vie l’enjeu principal de la lecture. Il m’a semblé en effet qu’il n’y avait pas d’un côté la littérature et de l’autre la vie, de part et d’autre d’une frontière qu’il s’agirait de franchir ou de transgresser, mais des styles, des formes, des rythmes, qui animent à la fois les œuvres et les vies, et j’ai cherché à montrer qu’une articulation pouvait se jouer, dans la lecture, entre les formes littéraires et ces formes qui animent nos existences. Je crois en effet que les aspects d’un texte engagent, en tant que tels, des formes de vie : un dispositif narratif, un rythme, une figure, une scène pronominale, une situation d’énonciation, un patron grammatical… : chacun de ces phénomènes peut valoir comme une piste d’existence, une modalité d’être, un possible et même une « idée » de la vie. L’acte de lire se décrit comme un corps‑à‑corps entre un individu et des formes, une entrée en débat de cet individu avec des formes, telles formes, c’est‑à‑dire en fait avec d’autres manières d’être homme, d’autres façons de se tenir dans le temps, dans la langue, dans un corps, dans le monde, d’autres façons de se débattre avec le fait même de la vie.C’est cette portée que j’ai tenté de donner à la lecture, en m’éloignant donc en partie des modèles habituels, pour mettre en lumière, à travers la question de la lecture, cette conviction : la vie est toujours engagée dans des formes, s’y débat, s’y engage et s’en dégage — la conviction aussi que la littérature a souvent à voir avec cela, est bonne à penser cela, nous y rend vraiment attentifs.Je me suis efforcée pour ce faire de considérer la lecture comme une conduite esthétique ; non pas une activité de déchiffrement, close sur elle‑même, mais une question de pratiques, d’attention, de perception, de gestualité (fût‑elle toute mentale), d’insertion du sujet dans un temps et un espace, et qui prend évidemment place auprès de toutes sortes d’autres expériences. Proust m’a aidée à saisir cela ; de même que Barthes, qui accentue cette gestualité de la lecture, ces mouvements qu’elle engaine, cette façon que l’on peut avoir de « lire en levant la tête », en reconduisant en permanence les phrases lues au monde de l’expérience. J’ai exploré avec eux et avec d’autres l’expérience du retranchement du lecteur, la multiplicité des états de conscience, le passage des frontières du moi, toutes les façons dont un suj jeu., 21 déc. 2017 22:29:47 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10659 acta Adieux à l'Adieu ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10660 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10660/9782070781119FS.gif" width="100px" />En intitulant mon exposé « Adieux à L'Adieu », je souhaitais exprimer différents mouvements à la fois divergents entre eux et intrinsèquement contradictoires. Il y avait d'abord le sentiment personnel d'un nécessaire dépassement et le besoin de passer à autre chose ; on est parfois un peu encombré par ses écrits, à la fois parce qu'on s'y reconnaît trop et parce qu'on ne s'y reconnaît plus. Mais j'ai agrémenté mon titre d'un point d'interrogation, car au fond, ce livre, je ne le renie pas du tout ; je le signerais encore aujourd'hui dans sa presque intégralité. Ce qui a changé, peut‑être, c’est l’urgence de certains questionnements, brûlants pour moi quand j’écrivais, et qui aujourd’hui ont perdu de leur acuité. Par ce titre, je voulais surtout redire ce que je disais déjà dans la conclusion de l'ouvrage, à savoir que la formule « l'adieu au voyage »ne doit pas s'entendre comme un geste de clôture et de conclusion, et encore moins comme la qualification d'un moment historique (comme on a pu dire que la connaissance du globe ou l’invention du tourisme de masse marquaient la « fin des voyages ») ou d’un moment théorique (comme on a pu parler, en anthropologie, de « fin de l’exotisme »). Redoubler la formule, dire adieu à l'adieu, c'est une façon de conjurer la tonalité mélancolique inévitablement associée à la notion d'adieu ; c'est une façon de redire que l'adieu au voyage ne désigne pas une fin ; il constitue un moment interne à l'expérience du terrain ethnographique, à la fois fin et début, à la fois abandon et réinvention de soi.Ce titre était inspiré de la formule de Claude Lévi‑Strauss à la fin de la grande péroraison mélancolique qui conclut Tristes tropiques : « Adieu sauvages, adieu voyages ». Il est important à mon sens de réinscrire cette formule dans le parcours de Lévi‑Strauss qui, après Tristes tropiques, n'allait pas renoncer à l'anthropologie, mais au contraire écrire Le Totémisme aujourd'hui, La Pensée sauvage, les quatre tomes des « grandes » Mythologiques (1964‑1971), puis ce qu'il a appelé les « petites » Mythologiques (La Voie des masques ; Histoire de Lynx ; La Potière jalouse). Autrement dit encore une fois, dire « adieu au voyage », c'est certes rejeter la pratique du voyage et le genre du récit de voyage et, plus profondément, se défaire d'un mode de subjectivation (la construction de soi dans un face‑à‑face avec l’autre) et d’une façon de raconter l’histoire (la déploration nostalgique de la disparition des différences) — mais ces a jeu., 21 déc. 2017 22:32:01 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10660