Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta « Familles, je vous haime » : des récits contemporains au prisme de la famille http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9872 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9872/9782812438127FS.gif" width="100px" />« Autre preuve de la force fantasmatique du Vivre‑Ensemble : « bien » vivre ensemble, « bien » cohabiter ; ce qu’il y a de plus fascinant chez les autres, ce dont on peut être le plus jaloux : couples, groupes, même familles, réussis. C’est le mythe (le leurre ?) à l’état pur : la bonne matière romanesque. (Il n’y aurait pas de familles s’il n’y en avait quelques‑unes de réussies1 !) »C’est de la bonne matière familiale dont parlait Barthes dans son séminaire Comment vivre ensemble que se nourrit le nouvel opus d’Écritures contemporaines. Six ans après la parution des derniers numéros, consacrés respectivement aux « nouvelles écritures de l’histoire » et à Valère Novarina, la riche collection initiée en 1998 par Dominique Viart et dirigée depuis par Laurent Demanze reprend son cours. Désormais sous l’égide de Classiques Garnier, elle continuera à alterner titres thématiques et études monographiques ; deux numéros consacrés respectivement à Pierre Senges et à Olivia Rosenthal sont ainsi annoncés à la suite de ce Roman contemporain de la famille.Loin de n’être qu’un thème parmi d’autres, la famille est au cœur de la fabrique du roman moderne, que l’on songe à l’Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire de Zola ou à Sans Famille d’Hector Malot. Qu’elle cristallise les ambitions et les déboires des milieux sociaux ou qu’elle constitue l’objet de la quête d’un personnage singulier, la famille permet d’articuler questions individuelles et questions collectives et de mettre en jeu la notion d’identité. Le recueil que présentent Sylviane Coyault, Christine Jérusalem et Gaspard Turin témoigne des continuités et des mutations de ce « nouage » de l’intime et du social dans les fictions des années 1980 à 2000, et tente de renouveler la catégorie critique de « roman domestique » proposée en 1924 par Thibaudet2. Embrassant un large spectre romanesque, de Pierre Michon à Anne‑Marie Garat et de Marie NDiaye à François Bon, c’est d’abord sous le signe de la perte et de l’aliénation que les différentes contributions envisagent les évolutions sociales d’après les Trente Glorieuses : disparition des rites communautaires et développement de l’exclusion, influence croissante des représentations médiatiques, mais aussi progression d’une maladie comme celle d’Alzheimer. La permanence de figures comme celle de l’orphelin ou des fratries, d’archétypes bibliques et mythologiques, mais aussi de scénarios de crise permet alors d’interroger l’histoire littéraire lun., 26 sept. 2016 22:21:25 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9872 acta Il y a plus affaire à interpréter les interprétations… http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9876 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Enjeu de l’étude des commentairesLe numéro 43,2 de la revue Études littéraires de l’Université de Laval réunit dans sa section « Études » une série d’analyses qui s’inscrivent dans un projet global, mené par Alban Baudou et Sabine Vervacke, visant à mieux comprendre les différentes pratiques de commentaire, à propos desquelles existent de nombreuses analyses « parcellaires », ou connexes, car traitant davantage de l’allégorie ou du rapport à l’autorité (p. 7). Ce recueil propose un jalon important dans l’élaboration d’une synthèse qu’appellent de leurs voeux les études littéraires ou culturelles curieuses de l’histoire des savoirs et de leur mise en forme – dans une longue période où lettres et sciences ne sont pas distinctes.Or la tradition de « lecture travaillée » (p. 7) ou savante d’un texte (bénéficiant d’une antériorité chronologique, voire hiérarchique) revêt une importance capitale pour tout homme de lettres de l’Antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance et de la période classique, marqué à divers degrés et selon des modalités différentes par la valorisation de certains textes auxquels est reconnue une « autorité » et par l’imitation dont ceux-ci ont fait l’objet. De plus, la médiation du commentaire érudit infléchit parfois si considérablement le sens d’une œuvre antique dans sa réception moderne, que faire l’histoire de ces évolutions de sens devient une tâche essentielle aux études touchant tel ou tel siècle : pas de Platon sans Ficin, ou presque. On redécouvre encore l’importance des sources de « seconde main », manuels, florilèges ou commentaires, y compris pour des auteurs qu’on avait cru au contact direct de textes antiques1.L’enjeu de la compréhension du commentaire est aussi de dégager l’épistémè d’une époque ; à travers les questions littéraires que le commentaire pose ou véhicule, l’étude des commentaires contribue, dans la perspective d’études culturelles unissant différents champs disciplinaires, à mieux comprendre des herméneutiques passées dans leurs continuités et leurs ruptures. À ce sujet, on pourrait souhaiter que de prochaines études sur le commentaire confrontent des commentaires relevant de la « littérature » (comme ceux qu’aborde ce numéro d’Études littéraires), mais aussi de la philosophie, de l’exégèse et des sciences en général. On le voit, ce recueil de travaux touche à un sujet crucial des études littéraires ou culturelles.Quelques déclinaisons du commentaire littéraireLe texte même des commentaires peut poser des diffi lun., 26 sept. 2016 22:24:36 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9876 acta Épreuve & épiphanie : destinée du visage au XX<sup>e</sup> siècle http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9880 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9880/9782705688479FS.gif" width="100px" />Confrontée aux désastres du xxe siècle, à la destitution radicale de la face humaine, que peut la littérature ? L’expression du visage peut-elle encore subsister ? Comment l’œuvre littéraire s’emploie-t-elle à questionner les formes de sa présence, à interroger les conditions fragiles de son déchiffrement et de son écriture ? De quelle forme de « résistance » témoigne-t-elle ce faisant ? Telles sont les questions d’où s’élance la somme en deux volets que Marie-Annick Gervais-Zaninger consacre au motif du visage dans la littérature du xxe siècle : aux savoirs contemporains ayant pris le visage pour objet (sciences humaines, médecine, philosophie, esthétique) et à leur dialogue avec la littérature, explorés dans le premier volume (Au regard des visages. Essai sur la littérature française du xxe siècle, Hermann, 2011) fait suite cet ensemble de huit monographies, prolongement substantiel de la réflexion théorique et application vive de ses ferments conceptuels. C’est à la fois à la mise à l’épreuve et à la confirmation des pistes du premier essai que s’attachent ces huit études attentives au déploiement spécifique des œuvres, à leurs résonances autobiographiques et à leur épaisseur intertextuelle.Entendant cerner la spécificité du visage au xxe siècle, M.‑A. Gervais-Zaninger ouvre un large empan temporel, des premières années du siècle à la littérature contemporaine, tout en choisissant de convoquer tous les genres – dans des proportions certes inégales : son ouvrage n’est donc pas une simple galerie de visages de Marcel Proust à Yves Bonnefoy ; il est d’abord une réflexion sur les moyens par lesquels l’art romanesque (Proust, Simon, Perec et partiellement Beckett), l’autobiographie et ses variations (Leiris, Duras), le genre théâtral (Beckett) et l’écriture poétique (Michaux, Bonnefoy) se saisissent du visage et en rendent l’expression encore possible. L’ouvrage peut alors se lire selon deux trajets possibles. La suite de chapitres obéit d’abord à une logique générique, et entend lui donner sens : l’art romanesque et l’écriture de soi explorent un « temps long » (p. 330) et ses effets sur le visage, métonymie de la personne, tandis que le genre poétique vers lequel s’achemine l’ouvrage dans ses deux derniers chapitres déploie le visage selon la catégorie de l’instant, autant que de l’« espace » (p. 330), et met à nu sa « puissance d’épiphanie » (p. 330). Cette évolution générique en amène alors une seconde, plus fondamentale : l’ouvrage observe le mouvement lun., 26 sept. 2016 22:26:42 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9880 acta Critique : l’heure des comptes http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9882 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9882/9782072484704FS.gif" width="100px" />Réalisé sous la direction de Jean-Pierre Martin et Juliette Simont, le dossier « Critiques de la critique » des Temps Modernes réunit une trentaine de contributions au sujet de cette activité protéiforme, que l’on entend ici au sens large de discours « second ». Cette définition, en apparence simple et consensuelle, est à compliquer ; la critique est une pratique séparée de la création, mais elle y participe en même temps, ainsi que le souligne Jean-Pierre Martin dans l’avant-propos : « pour mieux faire entendre la voix de l’autre, elle assume sa propre voix, marque la distance (fût-ce pour retrouver une empathie) » (p. 6). Ou encore, comme le rappelle Claude Lanzmann dans l’épilogue, le critique est, à l’instar du témoin, « à la fois dedans et dehors » (p. 255) et sa question première est celle « de la juste distance » (p. 254).L’enjeu du volume n’est pas de réunir des études savantes abordant des corpus critiques sous un angle particulier (l’histoire des représentations, la sociologie, l’analyse du discours ou la médiologie, pour mentionner quelques approches actuelles de la critique). Les directeurs du volume ont choisi de laisser la parole à une diversité de représentants de la critique littéraire contemporaine française, en les invitant à livrer leur vision de la critique, que cela soit sous la forme d’un témoignage, d’un diagnostic ou d’un programme à suivre. Le dossier frappe par sa richesse : il réunit tout à la fois des spécialistes de théorie littéraire, des représentants d’approches savantes spécifiques, des journalistes, des essayistes et des écrivains. Dans son organisation même, le volume évite de hiérarchiser les pratiques critiques : au sein de chacune des sections (intitulées « diagnostics », « affects », « approches » et « enjeux »), des voix diverses se juxtaposent.DiagnosticsLa première section regroupe une série de « diagnostics » au sujet de la critique littéraire actuelle. Antoine Compagnon et Laurent Jenny proposent chacun un diagnostic d’ensemble de la critique, qui repose sur l’idéal de la Trinité critique tel que le concevait Albert Thibaudet au début du siècle précédent. L’auteur des « Trois critiques » et de « Propos sur la critique » distinguait trois formes de critique d’un point de vue fonctionnel, tout en soulignant leur nécessaire perméabilité : la critique parlée, spontanée et immédiate, qui devient à partir du XIXe siècle celle des journalistes ; la critique des professeurs, plus soucieuse d’expliquer que de juger ; et l lun., 26 sept. 2016 22:32:24 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9882 acta Dépasser les frontières entre les cultures, les genres & les théories littéraires http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9883 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9883/9789042033481-fr.jpg" width="100px" />L’écriture, associée communément à l’intimité d’un esprit et d’une sensibilité particulière, peut-elle se faire en tandem ? Quels textes peuvent-ils résulter d'une telle expérience et quels en sont les effets esthétiques ? Qu’entraîne, au niveau littéraire, la rencontre de deux personnalités (et de deux sexes) venant de deux cultures différentes, dont, en même temps, l'histoire paraît similaire ? Telles sont les questions que Kathleen Gyssels se pose dans son livre Marrane et Marronne. La co-écriture réversible d’André et de Simone Schwarz-Bart (2014).Un couple, des couturesIl s'agit d'un couple d’écrivains de langue française bien singulier, voire unique dans l’histoire de la littérature française. En effet, à la différence des Todorov / Huston, Sollers / Kristeva ou Sartre / de Beauvoir, André et Simone Schwarz-Bart cosignent certains de leurs romans, à côté des œuvres écrites séparément. Rappelons qu’A. Schwarz-Bart publie en 1959 le roman Le Dernier des Justes, obtient le prix Goncourt la même année pour ce livre avant d’être accusé de plagiat et de devenir le protagoniste d'un important scandale littéraire. Les accusations et les attaques qui flétrissent très vite sa gloire poussent le romancier à se retirer de la vie littéraire qu’il reprendra quelques années plus tard, en publiant le roman Un plat de porc aux bananes vertes (1967), coécrit avec sa femme. Entre ces deux étapes de la carrière littéraire, l’auteur change d’univers de référence : l’histoire du peuple juif du Moyen Âge jusqu’à la Shoah présentée dans Le Dernier des Justes fait place, dans Un plat de porc aux bananes vertes ainsi que dans Mulâtresse Solitude (1972), au monde caribéen et à son passé colonial. Son dernier roman écrit individuellement, Étoile du matin, est publié posthumément en 2009. Quant à S. Schwarz-Bart, elle l’auteur des romans Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972) et Ti’Jean l’horizon (1979), de la pièce théâtrale Ton Beau Capitaine (1987) ainsi que d’un recueil de nouvelles Au fond des casseroles. Espoir et déchirements de l'âme créole (1989). Mis à part Un plat de porc aux bananes vertes, l'autre roman cosigné par le couple est L’Ancêtre en Solitude, sorti en 2015.Pour bien percer la nature de cette écriture à la fois individuelle et commune des Schwarz-Bart, Gyssels privilégie dans son analyse les termes issus du champ lexical de la couture. Si l’image du texte littéraire comme un tissu est bien connue depuis la réflexion de Genette, Barthes et Derrida, l’usage lun., 26 sept. 2016 22:33:37 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9883 acta La littérature, c'est dire ce qu'il faut http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9854 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9854/9782707328571FS.gif" width="100px" />À moins d’être un kantien intransigeant ou un puritain américain, il est généralement possible de dépasser une première et compréhensible allergie morale au mensonge. Celui-ci peut apparaître comme utile, voire séduisant, en raison même du réalisme qu’il implique. On ment aux hommes parce qu’il est parfois nécessaire de le faire. On se fait machiavélique ou casuiste, on récuse l’idéal kantien d’universalisation des pratiques. On le fait dans son propre intérêt, ou dans le leur ; car c’est un fait avéré qu’une vérité peut être très douloureuse ou très compliquée à (faire) admettre. Par bonté, par altruisme, par paresse, nous évitons souvent d’infliger cette vérité désagréable aux oreilles qui ne peuvent pas l’entendre, parce qu’elle passe leur force d’âme, ou la nôtre, leur intelligence, ou la nôtre. Le menteur a donc quelques raisons de faire valoir qu’il assume le monde tel qu’il est. Il peut entourer son acte, a priori indéfendable, d’un cortège de justifications éthiques qui méritent d’être écoutées et discutées. Ce privilège ou cette marge de manœuvre que le bon sens accorde volontiers au menteur, il semble bien qu’il les refuse à la mauvaise foi. C’est cette inégalité qu’interroge avec pertinence et ténacité Maxime Decout, dans son essai stimulant de réhabilitation de la mauvaise foi. Est-on si sûr, en effet, que tout soit intrinsèquement mauvais dans la mauvaise foi ? Sa mauvaise réputation n’est-elle pas quelque peu injuste ou injustifiée ?, M. Decout pose l’existence d’une « bonne mauvaise foi » (p. 36), et donc d’un bon usage de la mauvaise foi, dont le nom ne serait autre que celui de… la littérature. Ce faisceau de provocations fécondes et habilement maîtrisées rend pleinement hommage au nom de la prestigieuse collection que l’essayiste enrichit d’un nouvel opus : car lui aussi, à sa manière, préfère être un homme à paradoxes qu’à préjugés.La disproportion des jugements que suscite mensonge et mauvaise foi s’explique en partie par la définition de la seconde ; c’est ainsi que s’ouvre l’essai de M.  Decout. Le mensonge a pour lui de pouvoir s’accompagner d’une forme de franchise décomplexée ; quand je mens, je sais que je mens, et je peux éventuellement rendre compte de mon acte devant un tiers impartial. Tout autre est la mauvaise foi : elle serait une sorte de mensonge qui n’ose pas dire son nom, un mensonge qu’on se fait à soi-même avant de et afin de le faire aux autres1. On peut se reconnaître menteur, et faire preuve ainsi d’une robuste pro lun., 12 sept. 2016 16:39:50 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9854 acta Dos Passos ou l’avènement du roman politique http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9857 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9857/9782745328755FS.gif" width="100px" />« All right we are two nations » : ce cri lancé par Dos Passos dans sa formidable trilogie USA relève à la fois du constat et du mot d’ordre, cri de protestation et cri de ralliement. Mots du rêve américain trahi, mots de la lutte. C’est en quelque sorte à leur généalogie qu’est consacré l’ouvrage qu’Alice Béja a tiré de sa thèse. Sans s’attarder sur le parcours strictement biographique de celui que Sartre tenait « pour le plus grand écrivain de [son] temps1 », ce livre retrace en effet l’élaboration par le romancier américain d’une littérature éminemment, structurellement politique, de ses romans de jeunesse à l’apogée de sa grande trilogie, USA. Refusant une conception « spéculaire » (p. 9) qui ferait du roman le miroir reflétant les positions politiques de son auteur, A. Béja montre comment l’écriture romanesque de Dos Passos est littéralement indissociable de son projet de critique politique. Ce faisant, elle contribue avec brio au renouvellement de la question plus générale de l’articulation entre littérature et politique et livre un revigorant tableau de la littérature radicale américaine des années 1920 et 1930. Sonder les failles du récit national : le roman radical américainTout en substituant au récit de l’engagement biographique de l’écrivain l’analyse de « la politique de l’écriture qui se joue dans le texte » (p. 21), A. Béja n’omet pas de restituer le contexte dans lequel s’inscrivent les recherches et les expérimentations de Dos Passos. Plus qu’un rappel historique, le premier chapitre de son ouvrage redonne vie aux intenses débats, politiques et littéraires, qui ont animé les États‑Unis de l’entre‑deux‑guerres, plaçant au cœur de son propos toute une littérature que l’on connaît doublement mal : peu lus, nombre des romans évoqués dans ce chapitre sont habituellement relégués au rang de documents, sociologiques ou historiques. C’est l’un des premiers mérites de ce livre que de rappeler l’existence d’une littérature foisonnante née de la volonté d’inventer une écriture intrinsèquement politique et de l’envisager en tant que telle.Ce panorama introductif, où l’on croise les noms qui figureront en bonne part dans la trilogie de Dos Passos (Randolph Bourne, Eugene Debs, Woodrow Wilson, Thorstein Veblen…), remet en cause les oppositions binaires qui ont profondément marqué le discours critique et qui ont donné une vision quelque peu schématique de ces années 1920 et 1930. D’abord, il est important de nuancer l’antagonisme posé entre les roaring t lun., 12 sept. 2016 16:42:57 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9857 acta Grandeur & vicissitudes dans le domaine littéraire : de la paratopie illustrée par l’exemple  http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9860 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9860/9782806102652FS.gif" width="100px" />À la différence des linguistes qui privilégient les approches proprement textuelles où la linguistique est mise au service de l’analyse de faits de style, Dominique Maingueneau se réclame d’une démarche d’analyse du discours, qui réfère les textes aux pratiques qui les rendent possibles. Il inscrit en outre le discours littéraire dans une catégorie plus vaste, celle des « discours constituants », aux côtés du discours philosophique ou du discours religieux notamment. C’est cette perspective qui commandait l’essai intitulé Le Discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation paru en 2004. Cette notion de paratopie fait retour dans son nouveau livre : Trouver sa place dans le champ littéraire. Paratopie et création, qui vise, lui aussi, à mettre en question la frontière entre texte et contexte.Dans une note (p. 6), l’auteur affirme que ce livre lui permet de répondre au reproche qui lui a été fait de ne pas valider par quelques études de cas les concepts qu’il a introduits dans ses travaux antérieurs sur le discours littéraire. Trouver sa place dans le champ littéraire semble en effet poursuivre deux objectifs. Le premier est d’expliquer le concept de paratopie, et, au-delà, le type d’analyse du discours dont il participe ; le second est de montrer sa fécondité. L’auteur s’attache ainsi à comparer l’entreprise créatrice de deux poètes de la seconde moitié du XIXe siècle : l’un est célèbre, José-Maria de Heredia, l’autre inconnu, Émile du Tiers. Cette comparaison n’a pas pour ambition de réhabiliter Du Tiers, mais d’essayer de comprendre pourquoi l’un a réussi à élaborer une paratopie consistante et ainsi « trouvé sa place dans le champ littéraire » et l’autre non. Il est question d’ « entreprise créatrice » — et non d’« œuvre » ou de « vie » — parce que le livre, prolongeant les idées défendues dans le Contre Saint Proust (2006), discute la célèbre distinction proustienne entre « moi social » et « moi créateur ». La paratopie n’est pas une situation sociale de marginalité qui serait préalable à la production d’une œuvre, mais tout à la fois la condition et le produit de cette œuvre. L’énonciation se légitime en construisant ses propres conditions de possibilité dans le champ littéraire.Une approche didactiqueL’organisation du livre est particulièrement didactique. D. Maingueneau présente dans une première partie la démarche d’analyse du discours et en particulier le concept de paratopie qui va lui servir de clé de lecture du parcours des deux poètes qu’i lun., 12 sept. 2016 16:59:12 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9860 acta Intégration cyclique & articulation du <em>Merlin</em> & de la <em>Suite Vulgate</em>  http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9867 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9867/9782503549187FS.gif" width="100px" />À la croisée des études littéraires et de l’histoire de l’art, ce livre reprend une thèse de doctorat soutenue en 2011 à l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Irène Fabry‑Tehranchi s’attache à étudier la mise en texte et la mise en image du Merlin en prose et de la Suite Vulgate du xiiie au xve siècle dans les divers manuscrits qui contiennent ces textes, que ceux‑ci constituent une Estoire de Merlin circulant indépendamment ou qu’ils soient au contraire compilés avec d’autres textes, appartenant ou non au cycle du Graal. Si d’autres suites ont été écrites pour le Merlin (Livre d’Artus et Suite Post‑Vulgate), témoignant des potentialités narratives de ce texte, elles ne sont que peu mobilisées dans l’étude, puisque très marginales dans la production manuscrite.Le Merlin propre, composé vers 1200, nous est parvenu grâce à 53 manuscrits, outre plusieurs fragments, 36 d’entre eux comprenant également la Suite Vulgate, écrite dans les premières décennies du xiiie siècle et quatre fois plus longue que le texte original. Cet ensemble manuscrit constitue donc un champ d’étude riche et passionnant, qui permet d’éclairer les modes de production et de circulation des manuscrits, l’histoire des mentalités médiévales à travers l’étude de la réception des textes, ainsi que les relations entre texte et image, dans une diachronie large, non seulement dans l’Estoire de Merlin mais aussi dans la tradition manuscrite du cycle du Graal et, plus largement, dans l’ensemble de la production littéraire romanesque au Moyen Âge. Merlin, personnage particulièrement bien ancré dans la littérature fictionnelle, du Moyen Âge à aujourd’hui, a connu de même un certain succès dans la littérature critique. On retiendra particulièrement sur le sujet les nombreux travaux d’Anne Berthelot depuis sa thèse de doctorat, ainsi que ceux d’Alexandre Micha, de Richard Trachsler et, récemment, sur les prophéties de Merlin, de Catherine Daniel et de Nathalie Koble1. L’importance du Merlin en prose, « un des premiers témoins de la prose littéraire, qui va s’imposer comme forme majeure de la fiction et de l’histoire » (p. 2), a été soulignée par Emmanuèle Baumgartner et Nelly Andrieux‑Reix2. Ce livre s’inscrit également dans l’intérêt renouvelé de la recherche pour le Merlin et ses suites, comme en témoignent la récente réédition (2014) du Merlin propre par Corinne Füg‑Pierreville et l’édition à venir de la version α de la Suite Vulgate par Richard Trachsler et Annie Combes3. Enfin, la thèse de Patrick lun., 12 sept. 2016 18:45:04 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9867 acta Beckett avant Minuit http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9871 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9871/9782070139743FS.gif" width="100px" />Il y a maintenant plus de deux ans qu’est paru le premier tome de la monumentale édition des lettres de Samuel Beckett. Depuis lors, notre connaissance de cette correspondance a été complétée par la parution du deuxième volume, qui nous plonge dans les légendaires années Godot. Le premier volume présente un intérêt majeur, différent : nous faire pénétrer dans les années d’apprentissage, la longue maturation d’une voix qui n’a pas encore trouvé le ton inimitable, effondré, qu’elle se donnera à partir de 1946 et la rédaction de La Fin. Il s’agit donc ici d’un « Beckett avant Beckett1 » : on y suit de près ou de loin la publication du poème « Whoroscope », la composition du Proust et du roman inédit Dream of Fair to Middling Women,dont Beckett tirera une bonne partie du recueil de nouvelles More Pricks than Kicks (appelé à devenir en français Bande et sarabande),l’éclosion des poèmes d’Echo’s Bones and Other Precipitates, la lente maturation de Murphy.Ce Beckett est celui « d’avant Minuit », non seulement parce que c’est par Minuit que sera donnée à lire, en 1950 avec Molloy, la première œuvre publiée où s’exprime authentiquement la voix qu’on associe à présent à Beckett, mais aussi parce que les lettres de ces années-là se font l’écho des multiples refus d’éditeurs que Beckett doit essuyer. Il n’est certes pas isolé dans son travail. Il est régulièrement publié, ou en contact avec des éditeurs, notamment jusqu’en 1934 Charles Prentice de Chatto and Windus, qui accepte Proust en octobre 1930 et More Pricks than Kicks en septembre 1933. À partir de1934, son œuvre est défendue par un agent, Georges Reavey, qui va s’employer à la faire connaître auprès des éditeurs et réussir, après de longs efforts (et le soutien non revendiqué du peintre Jack B. Yeats), à faire accepter Murphy par Routledge en décembre 1937. Mais l’œuvre n’a pas encore reçu la validation d’un éditeur avec qui Beckett pourrait s’engager dans une relation de confiance durable : ce sera le cas, et de manière exemplaire comme on sait, avec Minuit.Les lettres — choisies en fonction de leur rapport à l’œuvre, comme le souhaitait Beckett — permettent aussi de suivre les épisodes de sa vie personnelle : ses rencontres avec Joyce, sa démission de Trinity College en janvier 1932 (p. 189), la mort de son père en juin 1933 (p. 250), sa psychanalyse de janvier 1934 à janvier 1936 (p. 265-365), son voyage en Allemagne d’octobre 1936 à avril 1937 (p. 436-532), sa prise de distance progressive avec sa mère, p lun., 12 sept. 2016 18:50:58 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9871 acta Barbey journaliste : « un obus dans le salon de Lamartine » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9840 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9840/9782081266223FS.gif" width="100px" />Après des ouvrages consacrés à Baudelaire, Zola, Gautier, Balzac et Hugo journalistes, les éditions Flammarion publient Barbey journaliste, avec un choix d’articles et de chroniques parus dans divers journaux de son temps, entre 1838 et 1884, présentés et annotés par Pierre Glaudes.Marcel Proust, qui admira infiniment Barbey pour la beauté de ses paysages, n’eut pas le plaisir de parcourir ses articles de journaux, à l’époque, hélas, peu accessibles à ceux qui ne lisaient qu’assis dans leur lit. Ainsi, n’ayant pas lu Barbey journaliste, il pensait que :[...] la beauté journalistique n’est pas tout entière dans l’article ; détachée des esprits où elle s’achève, ce n’est qu’une Vénus brisée. Et comme c’est de la foule (cette foule fût‑elle une élite) qu’elle reçoit son expression dernière, cette expression est toujours un peu vulgaire. C’est aux silences de l’approbation imaginée de tel ou tel lecteur que le journaliste pèse ses mots et trouve leur équilibre avec sa pensée. Aussi son œuvre, écrite avec l’inconsciente collaboration des autres, est‑elle moins personnelle1.Jugement erroné en ce qui concerne Jules Barbey d’Aurevilly (1808‑1889), qui se trouvait tout entier dans ses articles, méprisant assez son public pour ne pas en attendre d’approbation quelconque, et trop rusé pour ne pas saisir que toute désapprobation de la part dudit lectorat, aussi fâcheuse soit‑elle, était une occasion de publicité. S’il répète à l’envi que le journalisme est un métier « dépravant2 », la production du journaliste, elle, doit aspirer aux plus hautes idéalités de l’esprit de l’auteur, en dépit des usages de son temps qui disposaient des journaux comme d’une opportunité inouïe de scandale et donc, de succès commercial. Ce Proust qui, sa jeunesse durant, ne rêvait que d’une chose, voir son nom apparaître au bas d’un texte du Figaro, se doutait‑il que le romancier normand qu’il admirait tant abhorrait son métier de journaliste et de critique littéraire qu’il ne voyait, du point de vue du générateur de copie, que comme une « traînaillerie de Boulet3 », et du point de vue de la morale publique comme une « farce aristophanesque dont l’éternel race des badauds peut toujours être dupe, mais qui dégoûte profondément tous ceux qui ont vécu dans les coulisses de la littérature » (p. 296) ? C’est qu’à l’époque de Barbey, le Figaro de Villemessant, avide de petite polémique et de commérages, ne pensait qu’à faire « chanter les kiosques parisiens4 », et pour ce faire, révélait les bas‑f mar., 06 sept. 2016 12:00:47 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9840 acta Traversées de Jacques Réda http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9841 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9841/9782745327840FS.gif" width="100px" />Dans Jacques Réda, À pied d’œuvre, Marie Joqueviel‑Bourjea multiplie les perspectives pour appréhender l’œuvre de l’auteur des Ruines de Paris. Une œuvre qui, contrairement à l’une des tendances majeures de la poésie du xxe siècle, n’est pas caractérisée par son hermétisme ; une œuvre extrêmement vaste, puisqu’elle s’étend sur plus de soixante ans (ses premières publications remontent aux années 1950, et Jacques Réda continue d’écrire) et qui emprunte à des genres divers — du poème au roman en passant par la critique musicale. C’est donc avec un grand intérêt qu’on lit le travail de M. Joqueviel-Bourjea, qui s’autorise de la publication par Réda d’un poème pouvant jouer le rôle d’art poétique (la deuxième partie de Démêlés, intitulée « Fugue »), pour tirer sur cette œuvre protéiforme et volontiers réflexive quelques perspectives problématiques à même d’en révéler les enjeux, et le fonctionnement poïétique. Son enquête porte autant sur les genres que l’œuvre de Réda mobilise (des vers au roman en passant par le poème en prose) que sur son rapport à l’art et aux autres arts (notamment au jazz), et la manière dont elle met en jeu, à différents niveaux, la question de l’espace. Plus largement, le livre, issu du remaniement d’un assez grand nombre d’articles, s’essaie à articuler la diversité de chacun de leurs angles d’attaque, avec une problématique englobante, et qui traverse d’ailleurs toute la deuxième moitié du vingtième siècle poétique : la difficile question lyrique. Derrière cette question, c’est la possibilité et le sens d’une pratique moderne de la poésie qui est en jeu.Les poétiques du swingLe live est découpé en trois grands ensembles (ainsi définis : première partie, « Métamorphoses » ; deuxième partie, « Correspondances » ; troisième partie, « Topoïétiques »), dont nous allons d’abord retracer brièvement les développements les plus marquants.Vers la proseM. Joqueviel-Bourjea commence par faire le point sur la diversité des genres mobilisés par le poète, des vers au roman en passant par le poème en prose. Elle s’arrête sur la spécificité de l’usage qu’il fait de chacune de ces formes, et s’essaie à comprendre le passage de l’une à l’autre — puisqu’elles s’enchaînent dans la vie de Réda de manière globalement chronologique.Le livre sans doute le plus célèbre de Réda, Les Ruines de Paris (1977), est un recueil de poèmes en prose. Il est tenu par l’auteure pour le sommet de l’œuvre, et elle n’hésite pas à témoigner de son goût pour sa beauté. Quoique mar., 06 sept. 2016 12:03:21 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9841 acta Disparaître pour résister http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9844 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9844/9791022601603FS.gif" width="100px" />Disparu, oui, j’avais disparu.Patrick Modiano, Voyage de nocesEn 2009, le cadavre nu d’un homme d’une cinquantaine d’années est retrouvé sur une plage en Irlande par des promeneurs. Décrit par un article du Monde comme « L’homme qui voulait effacer sa vie », Peter Bergman (faux nom avec lequel il s’enregistre à l’hôtel) a minutieusement organisé sa disparition au point de n’avoir jamais été identifié : « cet homme s’est non seulement suicidé, mais aussi donné beaucoup de mal pour disparaître dans l’anonymat le plus complet1 ». Ces dernières années, plusieurs critiques littéraires, philosophes et anthropologues se sont intéressés au phénomène de la disparition, à l’instar notamment de Dominique Rabaté, qui aborde dans Désirs de disparaître (2016)« l’attrait romanesque aujourd’hui si puissant 2» pour les différentes formes d’effacement, de soustraction ou de repli chez des écrivains aussi variés que Patrick Modiano, Pascal Quignard, Christian Garcin, Marie NDiaye ou encore Sylvie Germain. Tant ce motif est récurrent dans les récits littéraires et cinématographiques contemporains, D. Rabaté le considère comme un « véritable cliché fictionnel ».Dans Disparaître de soi, une tentation contemporaine, David Le Breton pense également la disparition à partir de la littérature, mais la visée de son essai est plutôt d’ordre anthropologique : il cherche à cartographier tous « les stratagèmes de nos contemporains pour glisser entre les mailles du tissu social et renaître ailleurs sous une autre version ou s’effacer dans la discrétion, la solitude, l’absence » (p. 193). La question de l’identité en crise est au cœur de l’ouvrage. Dans nos sociétés,être soi ne coule plus de source dans la mesure où il faut à tout instant se mettre au monde, s’ajuster aux circonstances, assumer son autonomie, rester à la hauteur. Il ne suffit plus de naître ou de grandir, il faut désormais se construire en permanence, demeurer mobilisé. (p. 14)Seuls dans cette quête infinie de sens, les individus sont constamment pressés par des impératifs de rentabilité, de flexibilité et d’adaptation. De ce point de vue, D. Le Breton conçoit la disparition comme une réponse au caractère insoutenable de l’existence contemporaine : ce n’est pas une « excentricité ou une pathologie, mais une expression radicale de liberté, celle du refus de collaborer en se tenant à distance ou en se soustrayant à la part la plus contraignante de l’identité au sein du lien social » (p. 50). Face aux multiples contraintes so mar., 06 sept. 2016 12:05:31 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9844 acta Sade en tous genres http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9848 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9848/9782745329431FS.gif" width="100px" />Il ne s’agit pas ici de rechercher cet homme empirique menant a priori une existence de libertin — réelle ou supposée. Bien loin de la légende noire du marquis de Sade, Anne Coudreuse propose avec ce court essai une analyse fine des enjeux de l’écriture sadienne. Il est à noter qu’au fil de ce recueil de trois études, le recours à la théorie freudienne revient comme une constante, son usage éclairant un point marquant, voire décisif, de l’argumentation. Cet appui théorique s’accompagne d’une exploration des discours, tant fictionnels que dramatiques, épistolaires ou encore intimes. Du reste, cette présence de la psychanalyse se signale dès le titre, sur un jeu de mot significatif, comme un clin d’œil malicieux1.Accolée au nom de Sade, la référence à cette formule freudienne (« pervers polymorphe ») pourrait sonner comme une définition — compte tenu du sérieux écho accordé à la notion de perversion par nombres des commentateurs ayant étudié Sade au xxe siècle. Rappelons qu’en vertu de cette perversion caractéristique — déni de l’altérité, apparente et revendiquée immoralité, pouvoir transgressif — Sade s’est vu ériger en figure de la Modernité. Mais dans le contexte du discours clinique de Freud, il s’agit d’une recherche de la jouissance onaniste chez le petit enfant, qui s’assouvit par des formes multiples et non spécifiquement génitales. C’est ce sens que reprend A. Coudreuse dans l’expression freudienne, pour la réinvestir en substituant le mot d’écrivain à celui de pervers. Est‑ce pour insinuer une équivalence ou pour jouer sur une lecture consensuelle de l’auteur de Justine ? Ce geste est critique puisqu’il n’efface pas les concepts associés à cette notion ; il la relance et la questionne avec la littérature. Des deux termes de l’expression freudienne, c’est bien celle de polymorphe qu’A. Coudreuse privilégie explicitement, comme voulant dépasser les catégorisations d’une œuvre sadienne qui n’est pas exclusivement romanesque. Le monde, des signesAinsi, la troisième et dernière étude de l’essai d’A. Coudreuse est intitulée « “Porc frais de mes pensées” : délire et destination dans Les Lettres à sa femme et le Journal de Charenton de Sade ». L’auteure examine deux ensembles de textes qui ont en commun d’avoir été produits dans un contexte carcéral. La correspondance de Sade rédigée lors de sa détention à la Bastille, à la fin des années 1780, se distingue par l’inventivité et la verve qu’il y déploie à l’adresse des destinataires de ses lettres — son ép mar., 06 sept. 2016 12:06:43 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9848 acta « Vol de genèses », les <em>Poèmes </em>de Sony Labou Tansi, cœur biffé & paroles en crabe http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9820 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9820/9782271087430FS.gif" width="100px" />Le poète têtu, le cancre & le cosmocideUn supplément d’entêtementL’édition des œuvres poétiques de Sony Labou Tansi (1947-1995) apparaît à bien des égards comme un monument à l’entêtement, devenu qualité proprement poétique. L’écart de l’obstination définit d’ailleurs dans L’Acte de Respirer la personne du poète : « Le poète, au juste, qu’a-t-il de plus que les autres sinon son entêtement ? » (p. 683). Est donc poète celui qui met à l’écriture la même constance, la même ardeur, le même entrain vital qu’à la respiration. On ne s’étonnera pas dès lors de trouver parmi les néologismes poétiques de Sony Labou Tansi l’adverbe « têtument » (p. 947). Le motif de l’entêtement apparaît quant à lui dès le premier recueil (p. 209). Faut-il voir dans cette définition du poète par l’obstination une réminiscence de Verlaine, « dur comme un juif et têtu comme lui », dont les auteurs soulignent l’influence sur le jeune Sony ? Bien plus qu’à la construction d’uneidentité de poète maudit, l’obstination chez Sony nous semble correspondre à un aspect saillant de sa biographie littéraire et de son mode de création, parfaitement mis en évidence par la récente édition des Poèmes. De fait, à l’heure où le dixième anniversaire de la mort de l’auteur justifie un retour institutionnel croissant sur son œuvre, l’édition génétique et critique coordonnée par Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel en collaboration avec Céline Gahungu permet de rendre compte de la double persistance de l’œuvre poétique de Sony Labou Tansi. Cette obstination est d’abord celle de l’intention poétique, de la respiration versifiée. Qu’ils soient rassemblés en recueils, repris, réécrits, dédiés, envoyés à des journaux ou à des correspondants, les poèmes accompagnent en permanence l’écriture sonyenne — ils en constituent à la fois le cœur, le substrat et le commentaire. Malgré l’échec de toutes les tentatives d’édition entreprises de son vivant, Sony ne se détache pas de la poésie, dont il affirme dans un entretien de 1982 qu’elle est « le genre [qu’il] aime le mieux1 ». L’édition des Poèmes en 2015 permet ainsi de retracer un parcours poétique qui part du premier texte conservé, retrouvé entre quelques bribes de cours d’anglais dans un cahier qui remonte à la classe de première du poète (1967-1968), et s’achève en 1996. Rassemblés en dix-huit recueils et deux sections annexes (« Sous adresse » et « Poèmes publiés hors recueil »), les ensembles poétiques sont systématiquement précédés d’une introduction q lun., 29 août 2016 13:22:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9820