Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta « Vol de genèses », les <em>Poèmes </em>de Sony Labou Tansi, cœur biffé & paroles en crabe http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9820 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9820/9782271087430FS.gif" width="100px" />Le poète têtu, le cancre & le cosmocideUn supplément d’entêtementL’édition des œuvres poétiques de Sony Labou Tansi (1947-1995) apparaît à bien des égards comme un monument à l’entêtement, devenu qualité proprement poétique. L’écart de l’obstination définit d’ailleurs dans L’Acte de Respirer la personne du poète : « Le poète, au juste, qu’a-t-il de plus que les autres sinon son entêtement ? » (p. 683). Est donc poète celui qui met à l’écriture la même constance, la même ardeur, le même entrain vital qu’à la respiration. On ne s’étonnera pas dès lors de trouver parmi les néologismes poétiques de Sony Labou Tansi l’adverbe « têtument » (p. 947). Le motif de l’entêtement apparaît quant à lui dès le premier recueil (p. 209). Faut-il voir dans cette définition du poète par l’obstination une réminiscence de Verlaine, « dur comme un juif et têtu comme lui », dont les auteurs soulignent l’influence sur le jeune Sony ? Bien plus qu’à la construction d’uneidentité de poète maudit, l’obstination chez Sony nous semble correspondre à un aspect saillant de sa biographie littéraire et de son mode de création, parfaitement mis en évidence par la récente édition des Poèmes. De fait, à l’heure où le dixième anniversaire de la mort de l’auteur justifie un retour institutionnel croissant sur son œuvre, l’édition génétique et critique coordonnée par Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel en collaboration avec Céline Gahungu permet de rendre compte de la double persistance de l’œuvre poétique de Sony Labou Tansi. Cette obstination est d’abord celle de l’intention poétique, de la respiration versifiée. Qu’ils soient rassemblés en recueils, repris, réécrits, dédiés, envoyés à des journaux ou à des correspondants, les poèmes accompagnent en permanence l’écriture sonyenne — ils en constituent à la fois le cœur, le substrat et le commentaire. Malgré l’échec de toutes les tentatives d’édition entreprises de son vivant, Sony ne se détache pas de la poésie, dont il affirme dans un entretien de 1982 qu’elle est « le genre [qu’il] aime le mieux1 ». L’édition des Poèmes en 2015 permet ainsi de retracer un parcours poétique qui part du premier texte conservé, retrouvé entre quelques bribes de cours d’anglais dans un cahier qui remonte à la classe de première du poète (1967-1968), et s’achève en 1996. Rassemblés en dix-huit recueils et deux sections annexes (« Sous adresse » et « Poèmes publiés hors recueil »), les ensembles poétiques sont systématiquement précédés d’une introduction q lun., 29 août 2016 13:22:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9820 acta Franck Lestringant s’enquiert du « plaisir d’être martyrs » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9823 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9823/9791032201039FS.gif" width="100px" />Il fut un temps où l’on mourait pour ses idées, même si ces temps furent troubles, et donnèrent lieu à toutes les manipulations, toutes les propagandes, tous les supplices dont la foi est trop souvent l’instrument. Franck Lestringant les ressuscite, ces temps tourmentés et sanglants, surchargés de spectacles insoutenables, moralement déconcertants, en retraçant la généalogie du « plaisir d’être martyrs1 » au siècle des Réformes. Ayant pour fil directeur la figure justicière d’Agrippa d’Aubigné défendant la cause protestante, Lumière des martyrs. Essai sur le martyre au siècle des Réformes est la réimpression de l’édition de 2004, réunissant divers articles précédemment publiés ou prononcés lors de rencontres par l’auteur. Le tout embrasse une réflexion sur la relation entre la littérature et l’action, ou le témoignage et ses effets, ou encore, si vous préférez, entre la Parole et sa puissance « virale » de propagation et d’emprise sur les individus, en période de grave crise politique et religieuse de l’histoire de France.Au début du premier siècle, Pline le Jeune, alors gouverneur romain de la province du Pont-Euxin, fut le premier à exprimer un embarras navré face au spectacle des premiers martyrs chrétiens et alla s’en plaindre à Trajan, avec l’objectif, d’une part, de les raisonner, et d’autre part, de les sauver :C’est la première fois que je fais une enquête sur les chrétiens : je ne sais donc ni quelle procédure suivre ni quelles peines édicter. [...] les sacrifices, supprimés depuis un certain temps, reprennent et la chair des victimes qui ne trouvait que de rares acheteurs se vend partout. On comprend facilement combien de gens seraient sauvés si l’on pouvait les raisonner.Les raisonner ! Étonnante réaction face à des fanatiques, qui commençaient à faire montre de leurs facultés sacrificielles à ce moment-là, facultés qui iront s’accroissant au fil des décennies. Plutôt qu’un problème religieux, les martyrs posaient alors à l’Empire romain un problème d’ordre public. Bientôt, être chrétien signifiera être en contravention avec la loi, et mériter la mort ; à partir de Trajan, le christianisme devient un crime d’Etat. Dès lors, les Chrétiens ne sont plus persécutés comme Juifs, ainsi que cela eut lieu sous Domitien, mais comme Chrétiens. Et qui dit persécution, dit fabrication d’une communauté. La lettre de Pline à Trajan énonce, par la voie de la réflexion juridique, tous les enjeux induits par la question du martyre. L’existence d’une loi visant à lun., 29 août 2016 13:23:41 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9823 acta Quoi de neuf ? Faust ! http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9828 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9828/9782745328151FS.gif" width="100px" />Le mythe de Faust (à l’instar de celui de don Juan) occupe une place singulière dans le patrimoine littéraire européen. Il s’est construit à l’époque moderne, sous nos yeux en quelque sorte, à la différence de tous les mythes qui ressortissent de l’héritage antique. Ce statut particulier est à l’origine d’une caractéristique essentielle du mythe de Faust : son contenu est beaucoup plus fluctuant que celui des grands récits de l’Antiquité. Chaque fois, en effet, qu’un écrivain exploite le personnage et les aventures de Faust, il ne manque pas d’intégrer à l’histoire des épisodes nouveaux et se livre moins à une reprise qu’à une relecture ou à une réinterprétation, qui peuvent parfois aller au rebours des versions antérieures. Autre témoignage de la souplesse du mythe moderne : il se propage volontiers sous des formes nouvelles et diffuse dans le terreau littéraire des sortes de rhizomes (on peut décrire de la sorte, par exemple, le Peter Schlemihl d’Adalbert von Chamisso ou le Caïn de Lord Byron, plus ou moins « contaminés » par les grands traits du récit faustien).Du mythe originel au Faust de GoetheLe mythe de Faust trouve son origine dans l’Historia von Johann Fausten, qui parut en 1587 à Francfort et s’inspire sans doute de l’histoire d’un magicien et astrologue allemand qui a effectivement existé pendant la première moitié du xvie siècle. Ce récit initial, où Faust se donne au diable pour franchir les limites fixées par Dieu à la curiositas, dénonce la soif de savoir et la volonté de dépassement de la condition humaine comme deux péchés conduisant tout droit l’homme à la décadence morale et à la perte. Les premières reprises de cette donnée originelle, y compris l’adaptation dramatique qu’on doit à Christopher Marlowe, ne s’écartent pas fondamentalement de l’intention qui sous-tend l’Historia de 1587. Mais au xviie siècle, la condamnation de la soif de savoir va se trouver inéluctablement en porte‑à‑faux avec l’optimisme des Lumières, lesquelles accordent une valeur positive à l’élan de l’homme vers la connaissance et le dépassement de soi. C’est dans pareille conjoncture que Goethe se réapproprie à son tour les données du mythe et publie son propre Faust, en deux parties, la première publiée en 1808 et la seconde en 1832. Il saute immédiatement aux yeux que deux variantes essentielles, rompant avec le récit de départ, apparaissent en 1808 : l’épisode ajouté de Marguerite et la substitution du pari au pacte évoqué par l’auteur de 1587.Chez Goethe1, Fau lun., 29 août 2016 13:24:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9828 acta Confidences épistolaires de Michel Tournier : le grand écrivain au micro http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9833 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9833/9782070149025FS.gif" width="100px" />Michel Tournier nous a quittés récemment, emportant avec lui le mystère d’un homme peu propice aux confidences intimes. On se souvient combien il adhérait au néologisme lacanien du journal « extime1 », jusqu’à l’utiliser dans le titre d’un de ses livres, opposant à l’intériorité du journal intime le territoire extérieur à l’auteur dans lequel il se fonde, lui et son œuvre.Dans la courte préface à son Journal extime, il considérait ainsi le journal intime comme ce « repliement pleurnichard sur “nos petits tas de misérables secrets” », quand le journal extime était un « mouvement centrifuge de découverte et de conquêtes » générant une « écriture du dehors » par laquelle l’auteur se laisse saisir par le monde extérieur. Tout le contraire, donc, de nos univers ultra‑connectés où l’on s’épanche, où l’on se donne en spectacle, où l’on se livre : dans l’œuvre abondante qu’il nous laisse, M. Tournier réussit le tour de force de ne jamais avoir parlé de lui, de ne jamais avoir rien livré de son être, de ne jamais avoir raconté son existence.Même dans les nombreux entretiens qu’il a donnés, frappante était chez cet écrivain la propension à répondre aux questions de façon parfaitement identique, comme si tout devait contribuer à laisser imprenable la citadelle du Moi et de l’intériorité. « Exister, c’est un poids, déclare‑t‑il dans l’un d’eux. C’est être une substance grasse, pleine d’odeurs et de borborygmes. Ça me dégoûte ! Mon idéal est de percevoir les odeurs des autres, mais de n’en dégager aucune2. » Et qu’un recueil d’entretiens datant des dernières années de sa vie ait pu s’intituler Je m’avance masqué3 résume bien la posture radicalement secrète qui a toujours été celle de M. Tournier.Coulisses d’une œuvreVoilà pourquoi l’ouvrage paru aux éditions Gallimard en juin dernier sous la direction d’Arlette Bouloumié, la grande spécialiste de M. Tournier en France, Lettres parlées à son ami allemand Hellmut Waller (1967‑1998), offre un caractère totalement inédit. D’abord parce qu’il est le premier et unique volume de correspondance de l’auteur et réunit les lettres envoyées par M. Tournier à son ami Hellmut Waller, rencontré à Tübingen en 1946, juriste de formation devenu procureur général chargé de requérir contre les nazis, et traducteur en allemand de l’œuvre de son ami. Ce sont trente‑et‑une années de correspondance que couvrent vingt‑trois longues lettres, entre 1967 et 1998, des débuts de l’œuvre à sa maturité : en 1967, M. Tournier vient de recevoir le prix lun., 29 août 2016 13:25:18 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9833 acta Les revues d’art à Paris décortiquées http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9839 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9839/9782853999007FS.gif" width="100px" />Petit panorama d’un secteur d’étudesCe livre provient d’une thèse de doctorat en Art et sciences de l’art sous la direction de José Vovelle. Mais à l’époque où elle fut soutenue, en 1992, se posait la question de savoir de quelle discipline la faire relever : s’agissait-il bien d’histoire de l’art ou d’histoire de l’imprimé ? Où classer l’étude de ces revues des plus éphémères aux plus institutionnelles, des plus conformistes aux avant-gardistes qui accompagnèrent les bouleversements artistiques, les lançant parfois, qui contribuèrent à la consécration des mouvements artistiques les plus novateurs et créateurs, des Soirées de Paris au Minotaure, des Arts à Paris à L’Art vivant, des revues dadaïstes et surréalistes aux revues académiques, des bulletins de galeries aux premières ébauches de nos magazines d’aujourd’hui ?En conséquence, à quelle instance du Conseil national des universités (CNU) l’adresser ? Les instances de la science qui administre et qui tranche, décidèrent ; cela eut pour contrecoup de faire de son auteur, Yves Chevrefils Desbiolles, un archiviste. Il est aujourd’hui responsable des fonds artistiques à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC). André Chastel avait pourtant remarqué, il y a environ aujourd’hui quarante ans, qu’il eût été opportun de considérer le rôle des revues d’art. Et Y. Chevrefils Desbiolles comblait ce manque d’un livre considéré à ce jour comme de référence. Il fut publié une première fois en 1993 (Paris, Entr’Revues) et, épuisé, s’il est aujourd’hui republié, en 2014, c’est qu’il n’est pas obsolète. Ce livre ouvrait non seulement une voie sur laquelle ne s’étaient auparavant pas aventurés les historiens d’art mais il rendait d’autres champs d’investigation possibles. En particulier, la relation texte/image allait devenir un enjeu d’études soutenu. On a élargi le panorama jusqu’à s’intéresser aux écrits d’artistes, à leur bibliothèque et à leurs archives, à des revues en particulier ou à des revues spéciales, par exemple celles consacrées au domaine de l’architecture. La situation était différente du côté des Lettres, puisque Remy de Gourmont s’était tôt intéressé aux « petites revues » (1900). L’emprunt méthodologique devait connaître un essor certain et on bénéficie depuis notamment de l’étude d’Évanghélia Stead sur la littérature et l’iconographie fin-de-siècle (imaginaire et poétique) dans une perspective d’histoire culturelle1. Bien auparavant aussi, on rappellera la contribution de Françoise Levaill lun., 29 août 2016 13:27:17 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9839 acta Romans de l’abandon, pour un monde moderne abandonné http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9801 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9801/9782745328939FS.gif" width="100px" />Pour Philippe Richard, la spécificité de Bernanos est qu’il s’inscrit dans un paradigme mystique explicitement carmélitain, qui substitue à la logique d’expiation — propre à Barbey d’Aurevilly ou à Huysmans — une logique d’abandon. Le cumul des significations de l’abandon, selon qu’on l’emploie sous la forme pronominale (s’abandonner à), active (abandonner) ou passive (être abandonné de) dessine un itinéraire spirituel. À partir de l’expérience du Mal, résultat de l’abandon de Dieu, l’homme peut se révolter ; mais il peut aussi choisir de consentir au dépouillement plutôt que de lutter contre, d’accompagner le dénuement qui s’opère en lui, de s’abandonner enfin, en toute confiance, à Dieu. C’est alors que l’apparente déréliction devient l’instrument paradoxal de la grâce. Car, comme l’écrit Jean de la Croix dans la Montée du Carmel : « Quand il l’homme spirituel arrivera à ce degré où il sera réduit à rien, et dans la suprême humiliation, son âme achèvera alors son union spirituelle avec Dieu1 ».Or, parce que l’abandon carmélitain est fondamentalement un processus dynamique, inscrit dans le temps – du dépouillement subi au dépouillement consenti, et à l’union en Dieu – il trouve dans le récit son expression adéquate, et se révèle, a priori, ultra-romanesque. C’est ainsi que les romans de Bernanos, en transposant et en figurant dans l’espace de narration l’abandon carmélitain, font de celui-ci non seulement une thématique, mais une poétique puissamment structurante, une matrice dramatique à part entière, jouant à tous les niveaux de la création romanesque : justifiant les situations romanesques et la construction des personnages, fournissant à la dispositio ses motifs, sa symbolique et ses structures, et informant enfin la matière même de l’écriture.Alors, tout en puisant à des sources carmélitaines et bibliques, et tout en transposant les états de la mystique classique dans le roman contemporain, l’œuvre romanesque de Bernanos est pourtant – ou plutôt, par là même – éminemment moderne, et ce à plusieurs titres. Tout d’abord parce qu’elle rejoint ainsi et éclaire des problématiques et des débats – esthétiques et philosophiques – contemporains. À partir du cadre de pensée que lui fournit la mystique carmélitaine, Bernanos participe à l’exploration, par la littérature de son époque et depuis le « décadentisme » fin de siècle, des notions de néant, de vide, de rien – et du rapport de ces notions entre elles. Mais la référence carmélitaine lui permet justemen lun., 22 août 2016 11:38:27 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9801 acta Conter Paris en 1830 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9804 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9804/9782745330451FS.gif" width="100px" />Les spécialistes de l’époque romantique connaissent le Livre des Cent-et-Un, véritable monument livresque dont l’ampleur semble rebuter la critique. L’édition de Marie Parmentier vient combler une lacune éditoriale en proposant soixante-deux textes intégraux (sur deux cent quarante-six), accompagnés d’un riche appareil scientifique. Cet ouvrage s’inscrit dans un mouvement de redécouverte et de réévaluation de la production fictionnelle courte de 1830, lancé notamment par Patrick Berthier et Marie-Ève Thérenty dans leurs études consacrées aux liens entre presse et littérature1. Dans sa « Présentation générale », M. Parmentier propose une lecture plurielle du recueil, qui rend compte de la complexité éditoriale, générique et référentielle des Cent-et-Un.Le contexte littéraire des Cent-et-UnLes premières pages de cette « Présentation » rappellent le difficile contexte éditorial de 1830. Grand éditeur romantique de la seconde moitié de la Restauration, figure du monde littéraire parisien, Ladvocat subit de plein fouet la crise économique qui touche la librairie2. À la suite d’Anthony Glinoer, M. Parmentier affirme que cette entreprise participe à l’autonomisation naissante du champ culturel, fondée sur un « engagement » mutuel : les hommes de lettres s’engagent à donner deux textes à Ladvocat, qui lui-même s’engage à rétribuer les écrivains grâce aux revenus issus de la vente. Néanmoins, M. Parmentier met en avant une pratique éditoriale courante que l’on peut considérer comme une supercherie : le tome XV contient un fac-similé de l’engagement daté de 1831 ; or, ce fac-similé semble contenir des signatures faites a posteriori, remettant en cause la vision d’une « conjuration des galeries du Palais-Royal » (p. 15). Au-delà des aspects symbolique et commercial, sur lesquels insiste M. Parmentier, on aurait pu développer ici la vision mythique de l’unité du Parnasse romantique que tente de produire ce pseudo-fac-similé, vision ironiquement balayée par l’expression « conjuration du Palais-Royal ». Cette idée est d’autant plus importante que M. Parmentier fournit une brève étude sociologique des « Cent-et-Un » qui montre l’importance des réseaux et autres coteries littéraires. Elle fait apparaître les différents groupes qui participent à l’entreprise : les académiciens, les membres de l’Arsenal, ceux du Journal des Débats, du Figaro ou bien encore de L’Artiste. On relèvera néanmoins, à propos de Pétrus Borel, une approximation dans le lien établi entre Hugo et le P lun., 22 août 2016 11:40:07 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9804 acta Une prodigieuse torsion http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9807 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9807/9782070115822FS.gif" width="100px" />Dès l’été 1967, nombre de militants de l’Union des jeunesses marxistes-léninistes, l’UJC(ml), organisation maoïste, suivent les directives de leurs dirigeants fraîchement revenus de Chine, et vont s’établiren usine à la fois pour se fondre dans les masses et pour noyauter les organisations syndicales. Ces jeunes personnes quittent leurs fonctions intellectuelles pour répondre à l’appel des masses ouvrières. Il est peut-être bon de se souvenir que Jean-Paul Sartre fut bienveillant à l’égard des maos, signant la préface des Maos en France de Michèle Manceaux en 1972, mais surtout, soutenant La Cause du peuple,l’organe de presse de la Gauche Prolétarienne (GP). Cette bienveillance se manifeste par une toute relative proximité, bien résumée par l’historien britannique Ian H. Birchall :Sartre ne montra jamais un réel intérêt pour la structure économique et sociale de la Chine communiste et il avait peu de contacts avec les « marxistes-léninistes » prochinois qui insistaient sur leur attachement à l’orthodoxie de Pékin. Il ne semble pas avoir été tellement affecté par la période de désillusion qui touche de nombreux maoïstes après la mort de Mao1.Bienveillance, donc, qui trouve des ramifications dans le numéro spécial que publie Les Temps modernes à l’occasion de la mort de Pierre Overney en 1972, jeune militant mao tué par un vigile de l’usine Renault. Juliette Simont ouvre ce dossier coordonné par Jean-Pierre Martin en rappelant les rapports historiques entre les Temps Modernes,revue dont elle est adjointe à la rédaction, et les maoïstes. J. Simont ne se contente pas faire resurgir le passé de la revue ; elle tente d’éclairer la compréhension des mouvements actuels de gauche européens (Podemos, Syriza) par la connaissance des expériences politiques des années 68. L’établissement en usine des jeunes maos ne serait pas totalement étranger à notre époque. « Revenir sur cette séquence du siècle passé n’est donc pas vain » (p. 3), écrit J. Simont. Jean-Pierre Martin donne le ton au dossier dans un avant-propos intitulé « L’épreuve du réel ». Si J.‑P. Martin est d’abord connu comme universitaire (ENS-Lyon) et comme biographe de Michaux, il a également été établi dans sa jeunesse, expérience dont il rend compte dans Le Laminoir2. Le numéro qu’il dirige vient combler une lacune historiographique : peu de publications tentent de tirer toutes les conséquences historiques et théoriques de l’établissement. La première partie (« Histoire et représentations de l’établisseme lun., 22 août 2016 11:40:40 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9807 acta Une révolution permanente http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9814 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9814/9782812433122FS.gif" width="100px" />Auteur de douze tragédies et d’autant de comédies, Louis-Népomucène Lemercier (1771-1840) méritait bien que l’on consacre une monographie à sa production théâtrale car, comme le rappelle Vincenzo De Santis, c’est un auteur omniprésent « dans les journaux, dans les mémoires, dans les « souvenirs » de ses contemporains : tout en faisant l’objet des critiques les plus sévères, son œuvre est effectivement lue et connue par une génération entière d’auteurs » (p. 360). Très peu d’études lui étaient pourtant consacrées ; un inventaire de ses œuvres — pas toujours imprimées, parfois perdues — était même nécessaire.V. De Santis s’est attelé à cette tâche dans le cadre d’une thèse de doctorat, menée à la Sorbonne en cotutelle, sous la direction de Pierre Frantz et de Maria Giulia Longhi, et soutenue en 2013.Son propos s’organise en trois parties, dont la logique gagnerait à être clairement exposée en introduction. C’est d’abord la première carrière tragique de Lemercier qui est examinée, depuis Méléagre, que le filleul de la princesse de Lamballe parvient à donner à 16 ans, en 1788. Suit le grand succès d’Agamemnon (1797), réédité en annexe, occasion d’un panorama de la tragédie et de la politique sous le Consulat et l’Empire. Pinto (1800), également édité en annexe, justifie un second développement d’envergure sur la comédie de l’époque. La fin de carrière de l’écrivain, devenu académicien, fait l’objet d’une partie spécifique, examinant son positionnement face au romantisme au moment de son retour à la comédie et à la tragédie. Au-delà des deux œuvres dont V. De Santis donne une édition critique, le volume tente donc de présenter la production théâtrale de Lemercier dans son ensemble, telle que la ponctuent d’autres publications, notamment poétiques, ainsi que les épisodes d’un Cours de littérature. L’œuvre dramatique est en outre confrontée aux modèles théoriques et aux productions de l’époque (de Chénier, Schiller, Mercier, Goldoni, Soumet …) mais aussi appréhendée dans sa réception par la critique ou les parodies. Les mises en scène, en particulier les apports de Talma ou de Boccage, sont également prises en compte pour mieux cerner, au delà du cas de Lemercier, un « moment de transition » (p. 10) à appréhender en termes de « continuité » et de « métissage » (p. 14).Il n’est malheureusement pas toujours aisé de suivre le fil de ce parcours ambitieux, qui gagnerait sans doute à s’organiser en sous-parties plus nombreuses et clairement architecturées, et dont cer lun., 22 août 2016 11:41:20 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9814 acta Les <em>Croniques & Conquestes de Charlemaine</em> de David Aubert réhabilitées http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9816 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9816/9782745328373FS.gif" width="100px" />La littérature et la langue de la fin du Moyen Âge ont longtemps été considérées « comme des excroissances de l’ancien français »1, et les Croniques et Conquestes de Charlemaine de David Aubert ne font pas exception. En effet, comme l’indique Valérie Guyen‑Croquez, agrégée de Lettres et docteur en littérature française du Moyen Âge, « Georges Doutrepont considérait ainsi que l’un des grands mérites des Croniques et Conquestes de Charlemaine était de conserver le souvenir de textes sources, aujourd’hui disparus » (p. 11), et Yvon Lacaze a qualifié ce texte de « véritable salmigondis de textes extraits des nombreuses épopées de la geste carolingienne » (p. 119). Issue de la thèse de doctorat de V. Guyen‑Croquez, Tradition et originalité dans les Croniques et Conquestes de Charlemaine de David Aubert participe à une véritable réhabilitation de la prose, souvent discréditée, voire méprisée, de David Aubert. En effet, comme l’indique V. Guyen‑Croquez :L’ambiguïté en matière de genre [des Croniques et Conquestes de Charlemaine] les a desservies. N’étant ni tout à fait [chronique] ni tout à fait [épopée], elles n’ont pas retenu l’attention des historiens car elles s’appuyaient sur des sources épiques, des fictions, et n’ont pas non plus suscité d’intérêt profond chez les spécialistes de la littérature médiévale dans la mesure où elles ont été considérées comme une compilation et non une œuvre originale. (p. 404)Après une présentation générale du prosateur et de la cour de Bourgogne, V. Guyen‑Croquez fait une analyse globale très fine de cette œuvre hybride. Par souci de lisibilité, elle propose un résumé du texte par séquences qui ne correspondent que partiellement à celui de l’auteur médiéval. La segmentation originale a toutefois été mise en parallèle avec celle de V. Guyen‑Croquez, ce qui facilite les allers‑retours entre cet ouvrage et l’édition des Croniques et Conquestes de Charlemaine proposée par Robert Guiette2. L’ouvrage de V. Guyen‑Croquez invite à (re)lire les Croniques et Conquestes de Charlemaine autrement, avec une attention accrue non seulement pour le sujet de David Aubert, Charlemagne, mais aussi pour le travail du prosateur, dont « l’esprit critique reste en éveil » (p. 77) et qui « affirme sa liberté en jouant avec les attentes du lecteur » (p. 115). À travers des substantifs appréciatifs, comme « saveur » (p. 188) ou encore « charme » (p. 188), on ne peut manquer de remarquer l’admiration de notre auteur pour le travail de David Aubert qui «  lun., 22 août 2016 11:41:47 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9816 acta Notre-Dame-des-Lettres : la littérature comme aire transitionnelle & « zone à défendre » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9775 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9775/9782070757862FS.gif" width="100px" />S’il prend part à sa manière au débat sur la crise actuelle de la littérature et de son enseignement — débat particulièrement nourri en France depuis une dizaine d’années1 —, Lire dans la gueule du loup mérite avant tout d’être considéré pour la novation et l’importance de sa proposition théorique. Telle qu’Hélène Merlin-Kajman l’envisage, la littérature n’est pas seulement « à défendre » pour être menacée aujourd’hui, elle l’est encore en vertu de sa définition même, qui la désigne comme un régime spécifique de partage émotionnel, supposant la constitution d’espaces fragiles où livres et sujets entrent en relation selon des configurations diverses et inégalement profitables. Aussi la métaphore « zadiste » présente dans le sous-titre du livre n’est-elle pas là par hasard : ici, nul imaginaire obsidional qui verrait dans la littérature un corpus de classiques ou une institution en péril ; ces problèmes existent peut-être mais là n’est pas la perspective de l’auteure. Dire que la zone littéraire est à défendre, c’est dire qu’elle doit être investie, occupée, c’est souligner le rôle prépondérant du dispositif dans la transmission des textes et suggérer la part d’invention ou de délibération (individuelles, collectives) dont celui-ci peut faire l’objet. Bref, si la littérature était un village, le modèle en serait moins celui des « irréductibles gaulois » que les cabanes et les vergers de Notre-Dame-des-Landes : espace tout à la fois organisé, ouvert et en sursis. Pour décrire les conditions de possibilité, d’exercice et de « jeu » d’un tel dispositif des lettres, l’auteure emprunte à D. W. Winnicott la notion d’espace transitionnel, que le psychanalyste anglais théorisait d’abord à propos de la petite enfance mais dont lui-même postulait l’extension possible aux phénomènes culturels. Participant à l’intérêt actuel des études littéraires pour la question des émotions2, cette réflexion d’H. Merlin-Kajman en matière de « transitionnalité » de la littérature est à la fois ancienne et largement inédite : inscrite dans la continuité d’un travail au long cours sur les modes de transmission de la langue et de la littérature à l’Âge classique et dans la période contemporaine3, elle a déjà donné lieu à plusieurs articles4 et s’est trouvée au cœur des travaux et publications du mouvement « Transitions » fondé par l’auteure en 20105.Au moment où cette recherche prend enfin la forme publique et synthétique d’un ouvrage à part entière, l’occasion est bonne pour en présente lun., 16 mai 2016 11:56:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9775 acta Une liste peut en cacher une autre http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9776 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9776/9782812409936FS.gif" width="100px" />Toute liste s’efforce de conjurer le vrac du monde. (Philippe Hamon, p. 25)Comme tout ouvrage issu d’un colloque, le volume 59 de la collection Rencontres des Éditions Classiques Garnier présente une structure en « plateau » (au sens deleuzien du terme), chaque communication pouvant être lue indépendamment des autres, et les textes découverts dans un ordre non déterminé. En dépit de la division de l’ouvrage en trois parties, « La liste à l’œuvre », « Poétique de la liste » et « Esthétiques de la liste », les trois directeurs de la publication soulignent d’emblée que ces trois problématiques s’entremêlent savamment de manière complexe et inévitable. Il apparaît d’ailleurs que le classement de certaines communications dans telle ou telle partie est simplement d’ordre pratique. De Quatrevingt‑treize de Victor Hugo au surréalisme, en passant par Rabelais et la chanson, le point commun entre les trente‑quatre articles est réellement la sémiotique : comment donner du sens à la présence d’une liste dans un texte donné, romanesque ou poétique ? Inspirées par un aspect formel du discours, l’un des plus simples, en apparence seulement, les multiples articles établissent donc un lien entre la construction du discours littéraire, les intentions supposées de l’auteur et la réception du lecteur, réitérant, en les alternant, les trois niveaux d’analyse établis par Molino et Ruwet (respectivement, les niveaux neutre, poiétique et esthésique). Le lecteur « invité à constituer son propre parcours » (p. 8) peut goûter à loisir un petit « moment de liste » quotidien parmi les articles variés et tous passionnants. À travers les communications, ce sont, bien sûr, les écrivains et leurs œuvres que le lecteur redécouvre, par le truchement de ce fil rouge. Quant au lexique et ses définitions toujours complexes, les interrogations restent nombreuses : par exemple, comment distinguer « liste » et « série » ? La réponse ne sera pas donnée dans ces communications, qui, comme souvent, énoncent des problématiques approfondies sans toutefois y proposer de solution, mais avec lesquelles le lecteur peut comprendre, par l’axe formel ciblé de la « liste », un certain sens du discours, reliant le fond à la forme. Le concept interrogéSi la table des matières (elle‑même une liste) nous renseigne sur la richesse et la variété des communications, la bibliographie (également une liste) est impressionnante, répertoriant, sur plus de trente‑cinq pages, les titres spécialisés sur la question, et mont lun., 16 mai 2016 11:56:51 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9776 acta Sur les traces du marronnage. De Makandal à Zamore, voix d’esclaves dans les récits français du XVIII<sup>e</sup> siècle http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9786 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9786/9782812437113FS.gif" width="100px" />L’ouvrage de Rachel Danon, Les Voix du marronnage dans la littérature française du xviiie siècle, tiré de son travail de thèse, s’ouvre sur le constat de l’échec d’un projet initial, qui visait à étudier les voix d’esclaves à partir de récits d’expériences personnelles, équivalents des slaves narratives du monde anglo-saxon. Se heurtant toutefois à une apparente inexistence de ces témoignages en français1, l’auteure a choisi d’avoir recours, par défaut, à des textes écrits non plus par des esclaves, mais par des Européens. Dès lors le projet se déplace et tente de faire affleurer les voix des marrons2 sous le discours, « d’exhumer ces paroles étouffées ou d’analyser leurs reconstitutions dans les textes qui les ont recueillies ou/et les ont mises en scène » (p. 13). Dans son ouvrage, R. Danon expose ainsi les résultats d’une enquête minutieuse au sein d’un corpus d’une dizaine de textes écrits par des auteurs français entre 1735 et 1790. En présentant son ouvrage comme un hommage aux résistances des esclaves, l’auteure cherche à retracer les contours d’un « imaginaire littéraire du marronnage » (p.348). Une démarche à la fois originale et audacieuse, puisqu’il s’agit d’examiner des textes du xviiie siècle tout en situant la réflexion dans les débats historiographiques sur l’esclavage des xxe et xxie siècles. L’auteure choisit en effet d’inscrire son étude dans une approche postcoloniale 3, considérant les textes de son corpus comme annonciateurs des tensions multiples qui feront osciller trois siècles de littérature ultérieure entre les charmes suspects de l’imaginaire « orientaliste », bien décrit par Edward Saïd, et des gestes narratifs à velléité émancipatrice réalisés par plusieurs générations d’auteurs de sensibilité tiers-mondiste. (p. 33)Ainsi, l’auteure parvient à montrer comment, dès le xviiie siècle, peut émerger la figure du marron « créateur de nouveaux modes de combat et de résistance », (p. 21), une figure qui connaîtra à partir du xxe siècle un essor extraordinaire dans la littérature, devenant le symbole de la résistance noire à l’esclavage4. À travers une lecture fine des œuvres et loin de tout monolithisme, R. Danon propose une analyse qui relève au contraire toutes les ambiguïtés de la représentation du marronnage, tout en cherchant à mettre en valeur la manière dont sont déjà mises en scène « les formes de résistances actives auxquelles ont participé ces sujets historiques qui ne sont souvent représentés par l’historiographie que comme lun., 16 mai 2016 11:58:05 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9786 acta Moyen Âge & idéologie : le pouvoir du jeu http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9788 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9788/9782840509103FS.gif" width="100px" />Voilà quelques années que les études théâtrales médiévales jettent un œil sur leur histoire1. C’est que la question de la mise en scène de jeux dramatiques du Moyen Âge touche à la fois l’histoire de la littérature, les études théâtrales et la réception du Moyen Âge, qu’on l’appelle « médiévalisme » ou « modernités médiévales ». C’est au xviiie siècle que sont rassemblés pour la première fois des textes médiévaux qualifiés de « dramatiques » dans des recueils qui font date et autorité2. Pourtant, le corpus est loin d’être constitué et l’on se demande aujourd’hui si les écritures (et réécritures) de textes didactiques ou spirituels « par personnage » ne relèvent pas tout autant d’une pratique dramatique que les moralités, farces et mystères communément admises au sein de l’histoire du théâtre3. Rappelons en passant que la singularité synchronique de la pratique dramatique médiévale avait été remise en question par Paul Zumthor dès l’Essai de poétique médiévale de 1972, avant d’être interrogée plus en profondeur dans l’Introduction à la poésie orale (1983) et dans La lettre et la voix : De la « littérature » médiévale (1987). P. Zumthor y soulignait la nécessaire théâtralité d’une « littérature » médiévale tournée davantage vers l’oralité que vers l’écrit, vers la voix que vers la lettre. C’est d’ailleurs avec P. Zumthor que le chemin de cet ouvrage a en partie commencé pour Helen Solterer, qui l’interviewe sur son expérience avec Gustave Cohen au sein de la troupe des Théophiliens. Cet entretien, retranscrit pour le volume en hommage à P. Zumthor, L’invention permanente (1998), dirigé par Christopher Lucken et Jacqueline Cerquiglini‑Toulet, retrace l’apport de G. Cohen à P. Zumthor. Cet apport fut d’abord académique : c’est G. Cohen qui donna à l’élève P. Zumthor son sujet de thèse sur Merlin ; c’est de la chaire de langue et littérature romanes de l’université d’Amsterdam que P. Zumthor fut nommé titulaire après la guerre, chaire qu’avait occupée G. Cohen. Quant à l’aventure des Théophiliens des années 30, P. Zumthor y participa mais de loin : étrange effacement de la part d’un médiéviste qui interrogea avec force la notion de performance et forgea celle de vocalité.De cette rencontre avec P. Zumthor ne devait pas nécessairement naître une recherche sur les Théophiliens ; son intérêt s’imposa pourtant à H. Solterer, qui se lança dans une vaste enquête tissée de consultation d’archives et de rencontres avec d’anciens membres de la troupe. La documentation q lun., 16 mai 2016 12:00:11 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9788 acta L’immigration, des portes de l’Europe au cœur de la littérature http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9793 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9793/70852.jpg" width="100px" />Issu d’une collaboration entre le département de français de l’Université McMaster (Hamilton, Ontario), alors dirigé par Maroussia Ahmed, et le centre de recherches Espaces/Écritures de l’Université Paris Ouest, dirigé par Corinne Alexandre-Garner, l’ouvrage Migrations/Translations reprend certaines des communications présentées lors d’un colloque international organisé par les deux institutions en octobre 2012 à Hamilton, et présente des textes sollicités. L’ouvrage s’inscrit dans la continuité des volumes de la collection « Chemins croisés » inaugurée en 2008, qui déclinaient chacun la notion de frontière en littérature dans une approche interdisciplinaire, articulant des thématiques telles que celle de la marge, de l’exil, de la traduction, de l’identité, de l’altérité. Le présent volume réinvestit à son tour la frontière, en se focalisant cette fois sur le phénomène migratoire et son expression dans la langue. La migration est envisagée au sens le plus large car il est « aussi bien question de l’expérience des migrations que de leurs récits, des représentations de la figure du migrant ou de l’étranger, des voix ou des lettres migrantes dans la littérature, que d’interrogations plus théoriques sur les espaces de figuration du seuil dans les domaines artistiques, qu’il s’agisse de littérature, de peinture, de cinéma ou de musique dans la littérature. » (introduction p. 15-16, par Corinne Alexandre-Garner et Isabelle Keller-Privat). Le phénomène migratoire est examiné comme un ensemble discontinu de points de contact et de friction entre différentes aires réelles et symboliques (culturelles, historiques, géographiques, ou encore sociales, politiques, linguistiques…), et constitue donc un point d’interrogation qui concerne aussi bien le monde d’aujourd’hui que la nature de la langue ; migrer, traverser d’un espace à un autre, est ici synonyme de (se) traduire. À l’origine du travail des différents auteurs, les « images des embarcations de fortune qui tanguent, brûlent, font naufrage ou s’échouent souvent bien avant d’atteindre leur but […], et la Méditerranée scintillante des couleurs bleues et or que nous aimons […] transformée en obscur cimetière matin » (p. 14). Sur la couverture de l’ouvrage, la photographie de la sculpture La Porte de l’Europe sur une plage de l’île de Lampedusa, illustre le dialogue et les passages entre la littérature, l’art en général, et le réel, auxquels les différents articles recueillis prêtent leur voix. Comment accueillir l’A lun., 16 mai 2016 12:00:45 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9793