Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Notre-Dame-des-Lettres : la littérature comme aire transitionnelle & « zone à défendre » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9775 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9775/9782070757862FS.gif" width="100px" />S’il prend part à sa manière au débat sur la crise actuelle de la littérature et de son enseignement — débat particulièrement nourri en France depuis une dizaine d’années1 —, Lire dans la gueule du loup mérite avant tout d’être considéré pour la novation et l’importance de sa proposition théorique. Telle qu’Hélène Merlin-Kajman l’envisage, la littérature n’est pas seulement « à défendre » pour être menacée aujourd’hui, elle l’est encore en vertu de sa définition même, qui la désigne comme un régime spécifique de partage émotionnel, supposant la constitution d’espaces fragiles où livres et sujets entrent en relation selon des configurations diverses et inégalement profitables. Aussi la métaphore « zadiste » présente dans le sous-titre du livre n’est-elle pas là par hasard : ici, nul imaginaire obsidional qui verrait dans la littérature un corpus de classiques ou une institution en péril ; ces problèmes existent peut-être mais là n’est pas la perspective de l’auteure. Dire que la zone littéraire est à défendre, c’est dire qu’elle doit être investie, occupée, c’est souligner le rôle prépondérant du dispositif dans la transmission des textes et suggérer la part d’invention ou de délibération (individuelles, collectives) dont celui-ci peut faire l’objet. Bref, si la littérature était un village, le modèle en serait moins celui des « irréductibles gaulois » que les cabanes et les vergers de Notre-Dame-des-Landes : espace tout à la fois organisé, ouvert et en sursis. Pour décrire les conditions de possibilité, d’exercice et de « jeu » d’un tel dispositif des lettres, l’auteure emprunte à D. W. Winnicott la notion d’espace transitionnel, que le psychanalyste anglais théorisait d’abord à propos de la petite enfance mais dont lui-même postulait l’extension possible aux phénomènes culturels. Participant à l’intérêt actuel des études littéraires pour la question des émotions2, cette réflexion d’H. Merlin-Kajman en matière de « transitionnalité » de la littérature est à la fois ancienne et largement inédite : inscrite dans la continuité d’un travail au long cours sur les modes de transmission de la langue et de la littérature à l’Âge classique et dans la période contemporaine3, elle a déjà donné lieu à plusieurs articles4 et s’est trouvée au cœur des travaux et publications du mouvement « Transitions » fondé par l’auteure en 20105.Au moment où cette recherche prend enfin la forme publique et synthétique d’un ouvrage à part entière, l’occasion est bonne pour en présente lun., 16 mai 2016 11:56:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9775 acta Une liste peut en cacher une autre http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9776 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9776/9782812409936FS.gif" width="100px" />Toute liste s’efforce de conjurer le vrac du monde. (Philippe Hamon, p. 25)Comme tout ouvrage issu d’un colloque, le volume 59 de la collection Rencontres des Éditions Classiques Garnier présente une structure en « plateau » (au sens deleuzien du terme), chaque communication pouvant être lue indépendamment des autres, et les textes découverts dans un ordre non déterminé. En dépit de la division de l’ouvrage en trois parties, « La liste à l’œuvre », « Poétique de la liste » et « Esthétiques de la liste », les trois directeurs de la publication soulignent d’emblée que ces trois problématiques s’entremêlent savamment de manière complexe et inévitable. Il apparaît d’ailleurs que le classement de certaines communications dans telle ou telle partie est simplement d’ordre pratique. De Quatrevingt‑treize de Victor Hugo au surréalisme, en passant par Rabelais et la chanson, le point commun entre les trente‑quatre articles est réellement la sémiotique : comment donner du sens à la présence d’une liste dans un texte donné, romanesque ou poétique ? Inspirées par un aspect formel du discours, l’un des plus simples, en apparence seulement, les multiples articles établissent donc un lien entre la construction du discours littéraire, les intentions supposées de l’auteur et la réception du lecteur, réitérant, en les alternant, les trois niveaux d’analyse établis par Molino et Ruwet (respectivement, les niveaux neutre, poiétique et esthésique). Le lecteur « invité à constituer son propre parcours » (p. 8) peut goûter à loisir un petit « moment de liste » quotidien parmi les articles variés et tous passionnants. À travers les communications, ce sont, bien sûr, les écrivains et leurs œuvres que le lecteur redécouvre, par le truchement de ce fil rouge. Quant au lexique et ses définitions toujours complexes, les interrogations restent nombreuses : par exemple, comment distinguer « liste » et « série » ? La réponse ne sera pas donnée dans ces communications, qui, comme souvent, énoncent des problématiques approfondies sans toutefois y proposer de solution, mais avec lesquelles le lecteur peut comprendre, par l’axe formel ciblé de la « liste », un certain sens du discours, reliant le fond à la forme. Le concept interrogéSi la table des matières (elle‑même une liste) nous renseigne sur la richesse et la variété des communications, la bibliographie (également une liste) est impressionnante, répertoriant, sur plus de trente‑cinq pages, les titres spécialisés sur la question, et mont lun., 16 mai 2016 11:56:51 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9776 acta Sur les traces du marronnage. De Makandal à Zamore, voix d’esclaves dans les récits français du XVIII<sup>e</sup> siècle http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9786 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9786/9782812437113FS.gif" width="100px" />L’ouvrage de Rachel Danon, Les Voix du marronnage dans la littérature française du xviiie siècle, tiré de son travail de thèse, s’ouvre sur le constat de l’échec d’un projet initial, qui visait à étudier les voix d’esclaves à partir de récits d’expériences personnelles, équivalents des slaves narratives du monde anglo-saxon. Se heurtant toutefois à une apparente inexistence de ces témoignages en français1, l’auteure a choisi d’avoir recours, par défaut, à des textes écrits non plus par des esclaves, mais par des Européens. Dès lors le projet se déplace et tente de faire affleurer les voix des marrons2 sous le discours, « d’exhumer ces paroles étouffées ou d’analyser leurs reconstitutions dans les textes qui les ont recueillies ou/et les ont mises en scène » (p. 13). Dans son ouvrage, R. Danon expose ainsi les résultats d’une enquête minutieuse au sein d’un corpus d’une dizaine de textes écrits par des auteurs français entre 1735 et 1790. En présentant son ouvrage comme un hommage aux résistances des esclaves, l’auteure cherche à retracer les contours d’un « imaginaire littéraire du marronnage » (p.348). Une démarche à la fois originale et audacieuse, puisqu’il s’agit d’examiner des textes du xviiie siècle tout en situant la réflexion dans les débats historiographiques sur l’esclavage des xxe et xxie siècles. L’auteure choisit en effet d’inscrire son étude dans une approche postcoloniale 3, considérant les textes de son corpus comme annonciateurs des tensions multiples qui feront osciller trois siècles de littérature ultérieure entre les charmes suspects de l’imaginaire « orientaliste », bien décrit par Edward Saïd, et des gestes narratifs à velléité émancipatrice réalisés par plusieurs générations d’auteurs de sensibilité tiers-mondiste. (p. 33)Ainsi, l’auteure parvient à montrer comment, dès le xviiie siècle, peut émerger la figure du marron « créateur de nouveaux modes de combat et de résistance », (p. 21), une figure qui connaîtra à partir du xxe siècle un essor extraordinaire dans la littérature, devenant le symbole de la résistance noire à l’esclavage4. À travers une lecture fine des œuvres et loin de tout monolithisme, R. Danon propose une analyse qui relève au contraire toutes les ambiguïtés de la représentation du marronnage, tout en cherchant à mettre en valeur la manière dont sont déjà mises en scène « les formes de résistances actives auxquelles ont participé ces sujets historiques qui ne sont souvent représentés par l’historiographie que comme lun., 16 mai 2016 11:58:05 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9786 acta Moyen Âge & idéologie : le pouvoir du jeu http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9788 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9788/9782840509103FS.gif" width="100px" />Voilà quelques années que les études théâtrales médiévales jettent un œil sur leur histoire1. C’est que la question de la mise en scène de jeux dramatiques du Moyen Âge touche à la fois l’histoire de la littérature, les études théâtrales et la réception du Moyen Âge, qu’on l’appelle « médiévalisme » ou « modernités médiévales ». C’est au xviiie siècle que sont rassemblés pour la première fois des textes médiévaux qualifiés de « dramatiques » dans des recueils qui font date et autorité2. Pourtant, le corpus est loin d’être constitué et l’on se demande aujourd’hui si les écritures (et réécritures) de textes didactiques ou spirituels « par personnage » ne relèvent pas tout autant d’une pratique dramatique que les moralités, farces et mystères communément admises au sein de l’histoire du théâtre3. Rappelons en passant que la singularité synchronique de la pratique dramatique médiévale avait été remise en question par Paul Zumthor dès l’Essai de poétique médiévale de 1972, avant d’être interrogée plus en profondeur dans l’Introduction à la poésie orale (1983) et dans La lettre et la voix : De la « littérature » médiévale (1987). P. Zumthor y soulignait la nécessaire théâtralité d’une « littérature » médiévale tournée davantage vers l’oralité que vers l’écrit, vers la voix que vers la lettre. C’est d’ailleurs avec P. Zumthor que le chemin de cet ouvrage a en partie commencé pour Helen Solterer, qui l’interviewe sur son expérience avec Gustave Cohen au sein de la troupe des Théophiliens. Cet entretien, retranscrit pour le volume en hommage à P. Zumthor, L’invention permanente (1998), dirigé par Christopher Lucken et Jacqueline Cerquiglini‑Toulet, retrace l’apport de G. Cohen à P. Zumthor. Cet apport fut d’abord académique : c’est G. Cohen qui donna à l’élève P. Zumthor son sujet de thèse sur Merlin ; c’est de la chaire de langue et littérature romanes de l’université d’Amsterdam que P. Zumthor fut nommé titulaire après la guerre, chaire qu’avait occupée G. Cohen. Quant à l’aventure des Théophiliens des années 30, P. Zumthor y participa mais de loin : étrange effacement de la part d’un médiéviste qui interrogea avec force la notion de performance et forgea celle de vocalité.De cette rencontre avec P. Zumthor ne devait pas nécessairement naître une recherche sur les Théophiliens ; son intérêt s’imposa pourtant à H. Solterer, qui se lança dans une vaste enquête tissée de consultation d’archives et de rencontres avec d’anciens membres de la troupe. La documentation q lun., 16 mai 2016 12:00:11 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9788 acta L’immigration, des portes de l’Europe au cœur de la littérature http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9793 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9793/70852.jpg" width="100px" />Issu d’une collaboration entre le département de français de l’Université McMaster (Hamilton, Ontario), alors dirigé par Maroussia Ahmed, et le centre de recherches Espaces/Écritures de l’Université Paris Ouest, dirigé par Corinne Alexandre-Garner, l’ouvrage Migrations/Translations reprend certaines des communications présentées lors d’un colloque international organisé par les deux institutions en octobre 2012 à Hamilton, et présente des textes sollicités. L’ouvrage s’inscrit dans la continuité des volumes de la collection « Chemins croisés » inaugurée en 2008, qui déclinaient chacun la notion de frontière en littérature dans une approche interdisciplinaire, articulant des thématiques telles que celle de la marge, de l’exil, de la traduction, de l’identité, de l’altérité. Le présent volume réinvestit à son tour la frontière, en se focalisant cette fois sur le phénomène migratoire et son expression dans la langue. La migration est envisagée au sens le plus large car il est « aussi bien question de l’expérience des migrations que de leurs récits, des représentations de la figure du migrant ou de l’étranger, des voix ou des lettres migrantes dans la littérature, que d’interrogations plus théoriques sur les espaces de figuration du seuil dans les domaines artistiques, qu’il s’agisse de littérature, de peinture, de cinéma ou de musique dans la littérature. » (introduction p. 15-16, par Corinne Alexandre-Garner et Isabelle Keller-Privat). Le phénomène migratoire est examiné comme un ensemble discontinu de points de contact et de friction entre différentes aires réelles et symboliques (culturelles, historiques, géographiques, ou encore sociales, politiques, linguistiques…), et constitue donc un point d’interrogation qui concerne aussi bien le monde d’aujourd’hui que la nature de la langue ; migrer, traverser d’un espace à un autre, est ici synonyme de (se) traduire. À l’origine du travail des différents auteurs, les « images des embarcations de fortune qui tanguent, brûlent, font naufrage ou s’échouent souvent bien avant d’atteindre leur but […], et la Méditerranée scintillante des couleurs bleues et or que nous aimons […] transformée en obscur cimetière matin » (p. 14). Sur la couverture de l’ouvrage, la photographie de la sculpture La Porte de l’Europe sur une plage de l’île de Lampedusa, illustre le dialogue et les passages entre la littérature, l’art en général, et le réel, auxquels les différents articles recueillis prêtent leur voix. Comment accueillir l’A lun., 16 mai 2016 12:00:45 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9793 acta L’enfance comme événement : un avènement littéraire ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9795 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9795/9782842699505FS.gif" width="100px" />Avant le milieu du xixe siècle, l’enfant (étymologiquement infans, « qui ne parle pas ») dans la littérature était soit muet, soit voué à imiter les adultes. Ce n’est qu’avec la démocratisation de l’enseignement qu’il semble accéder à une parole propre (Jean‑Louis Cornille, p. 28), alors même que la langue transmise par l’école primaire est normalisée. D’après Suzanne Lafont, qui a dirigé l’ouvrage collectif Récits et dispositifs d’enfance (xixe‑xxie siècles), l’enfance n’est à partir de là plus tant une période de la vie qu’un dispositif, défini comme un « processus d’invention de l’enfance », et même un « processus événementiel » (p. 8). Celui‑ci coexisterait avec l’âge adulte, et participerait à la (re)construction continuelle de l’individu. Le récit d’enfance, en ce sens, n’a plus affaire avec les souvenirs d’enfance mais avec un « devenir‑enfant », selon les termes de Gilles Deleuze (p. 10), car il s’agit de faire advenir l’enfance comme événement dans le texte et non plus de faire retour vers un état appartenant au passé. Les différents articles de ce volume analysent des « moments d’enfance » littéraires, c’est‑à‑dire des moments où l’enfance apparaît et confond deux modes d’existence, l’un actuel, expérimenté dans le présent, l’autre virtuel qui, tout aussi effectif, agit sur le premier.Le livre se divise en quatre sections représentant des « moments d’enfance ». La première partie est centrée sur la prise en charge de la parole par l’enfant ; dans la deuxième sont analysées les modalités de son apparition et de sa disparition ; la troisième souligne l’importance de l’enfance dans la formation de l’identité ; enfin, l’enfance apparaît dans la dernière partie comme un lieu de questionnements, sur soi, sur le monde, et sur l’enfance elle‑même. Les différents articles réfléchissent à la multiplicité des formes et des visages que peut prendre l’enfance en tant que dispositif dans la fiction.L’enfant, instrument de subversion de la langueAu fil des contributions apparaissent des dispositifs d’enfance parfois contradictoires ; les enfants sont tantôt agents d’une révolte, tantôt victimes des actes des adultes. Plusieurs articles dans la première partie présentent des enfants surgissant dans un texte pour opposer leur langage à celui des autres personnages, dont le langage est souvent relatif aux institutions ou à l’école. L’enfant est alors celui qui combat les locutions figées — et par là même les opinions figées — tout autant que celui qui veut renvers lun., 16 mai 2016 12:01:18 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9795 acta Le remède est dans le mal http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9755 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9755/9782745327413FS.gif" width="100px" />L’ambition d’Alexander Roose n’est pas d’établir une monographie organisée ou exhaustive sur la curiosité en tant que notion philosophique dans Les Essais. Il se borne, dans un ouvrage concis, à apporter des commentaires et des mises en perspective à propos de l’usage par Montaigne de sa propre curiosité. À ce titre, A. Roose propose de très nombreux rapprochements avec les démarches d’autres humanistes, naturalistes ou philosophes, conduits à faire montre de curiosité scientifique : ici Thomas More, là Bonaventure des Périers. Les pages 125 à 135 sont consacrées à une comparaison suivie des Essais de Montaigne et de l’autobiographique De Vita propria de Jérôme Cardan, dans leurs rapports à Platon, à Sénèque, à Plutarque surtout. La curiosité de Montaigne, et non dans Montaigne, donc : il s’agit moins dans cet ouvrage d’établir une monographie thématique que d’esquisser un usage montaignien de la curiosité, un portrait de Montaigne curieux. C’est à travers une anecdote farcesque, et non par les sentences moralistes sur la curiosité, qu’A. Roose aborde le problème dans les Essais : l’anecdote de la garse Milesienne qui, voyant le philosophe Thales s’amuser continuellement à la contemplation de la voute celeste et tenir tousjours les yeux eslevez contremont, luy mit en son passage quelque chose à le faire broncher, pour l’advertir qu’il seroit temps d’amuser son pensement aux choses qui estoient dans les nues, quand il auroit prouveu à celles qui estoient à ses pieds. (II, 12, p. 9)Le faux pas de Thalès, et le sourire de Montaigne, vont dans le sens d’une condamnation de la « curiosité », au sens du premier xvie siècle, le sens que lui donnait La Nef des folz au chapitre « De la curiosité » : le vice qui pousse à connaître ce qui ne nous concerne pas. Mais quoique les dictionnaires étymologiques attribuent à l’adjectif « curieux », jusqu’au xviie siècle, le sens latin de curiosus, « soucieux » (voire « indiscret »)1, A. Roose fait le pari, à notre avis légitime, que la « curiosité » chez Montaigne, dès les premières éditions des Essais, est plus riche en paradoxes, « traversée des inhibitions de l’Antiquité et des tressaillements de la Modernité » (p. 10).Néanmoins, et en cela consiste à notre avis le principal défaut de l’ouvrage, l’absence d’un travail de définition de ce qu’étudie A. Roose à travers le terme de « curiosité » ne permet pas de saisir clairement les glissements de sens qu’il voudrait mettre en avant. Les deux premiers chapitres, par exemple, lun., 18 avril 2016 10:24:28 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9755 acta Un silence qui en dit long http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9758 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9758/9782869063983FS.gif" width="100px" />Ce que le récit ne dit pas. Récits du secret, récits de l’insoluble : un certain mystère entoure le titre de ces actes d’une journée d’étude internationale, qui s’est tenue à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 en juin 2010. Que le lecteur exerce la fonction de critique littéraire ou qu’il soit un simple amateur de récits, il aura plutôt tendance à s’intéresser à ce que disent les textes. L’analyse du spécialiste comme le plaisir immersif du passionné se fondent en effet tout d’abord sur de l’existant. En l’occurrence, s’il s’agit d’un texte narratif, le lecteur entreprendra de dégager l’histoire rapportée, soit une succession d’événements organisés autour de certaines relations de causalité et de succession, aboutissant à une transformation de la situation initiale (ici selon une définition formaliste). Gérard Genette1 nous invite à concevoir le récit comme le texte narratif lui-même. Produit de la narration, le récit représenterait (si l’on veut bien s’en tenir à cette métaphore linguistique) le signifiant (somme concrète de mots et de choix discursifs), donnant accès au signifié : à ce qui est raconté, c’est-à-dire à l’histoire. Cette dernière, n’étant pas ancrée dans un medium spécifique (linguistique ou cinématographique par exemple), peut sans difficulté être résumée et adaptée. Histoire et récit ne coïncident donc pas pleinement. La première peut très bien se déployer au-delà du texte, de ce qui est dit comme de ce qui n’est pas dit. L’explication de ce phénomène découle certainement de l’imagination du lecteur, imagination toutefois canalisée par le texte.L’attention au non-dit, que nous invite à prêter le recueil, ne rendrait-elle pas compte d’un phénomène ordinaire : celui de la lecture ? S’en tenir à la lettre d’un texte, c’est-à-dire à sa compréhension, est une chose nécessaire. Mais lire consiste aussi à dépasser les apparences et à restituer les enjeux moins manifestes (dans la mesure où ils requièrent une lecture attentive, approfondie et rétrospective) d’une production artistique. Ce serait la différence entre « dire » (qui révèle de l’explicite) et « exprimer » (qui découle d’un implicite). Interpréter un texte revient à en exprimer les potentialités qui, selon les lecteurs, ne seront pas toutes perçues avec autant d’intensité. Mais ne généralisons pas. Le sous-titre du recueil distingue deux catégories : les récits du secret d’une part, les récits de l’insoluble d’autre part. Ce sont donc à des objets bien précis que se consacre l’étud lun., 18 avril 2016 10:25:02 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9758 acta De la poésie, peut‑être. Littérature & crise de l’ontologie http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9762 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9762/9782745328090FS.gif" width="100px" />Refonte d’une thèse soutenue en 2014, Poétique de la contingence est un livre exigeant, parfois ardu, qui se propose de caractériser l’œuvre théorique et poétique de trois poètes majeurs de la modernité en langue française (Mallarmé, Valéry et Reverdy) par le recours à la catégorie de « contingence » — catégorie empruntée à la philosophie classique, et plus particulièrement à l’ontologie (qui s’intéresse à l’être de ce qui est). La contingence caractérise le défaut de raison suffisante — c’est‑à‑dire l’absence de nécessité de l’existence d’une chose, ou son absence de fondement. En ce sens, la contingence n’est pas tant une catégorie ontologique qu’une catégorie d’ontologie négative puisqu’elle nomme l’impossibilité de répondre à la question « pourquoi y a‑t‑il ce qu’il y a ? » et finalement son refus pur et simple.La « poétique de la contingence » serait alors la manière dont des œuvres, conscientes de la contingence radicale de toute chose et de leur contingence propre en tant qu’œuvres, non seulement la thématisent (elles produisent un discours relevant de l’ontologie négative), mais essaient de lui donner une forme littéraire (elles performent une poétique) à même de se déterminer par rapport à elle dans une forme de probité (elles répondent à une éthique ou en appellent une). Dans l’absence de raison à être, la littérature ne trouverait plus sa justification que dans le témoignage de cette absence de raison. La fiction (la littérature) révélant ainsi la Fiction ontologique, la poétique deviendrait l’éthique de l’ontologie (négative). Poèmes de la contingence du poèmeCe sont ces trois aspects — ontologie, poétique et éthique — qu’étudie Benoît Monginot dans son livre, la contingence étant à la fois l’objet du discours des poètes, la raison avancée pour expliquer la particularité de leurs poèmes et une valeur, caractérisant la nature éthique de la relation des œuvres aux lecteurs. Des discours d’ontologie négativeQue la contingence soit, d’abord, leur objet, implique que les textes étudiés par B. Monginot sont aussi — sinon d’abord — des discours. Si elle l’est sans doute en partie pour les poèmes en tant que tels, une telle caractérisation n’est en effet pas problématique lorsqu’il s’agit des œuvres en prose, comme « La Musique et les Lettres » de Mallarmé, Ego scriptor de Valéry ou Cette émotion appelée poésie de Reverdy. Ce sont elles surtout que l’auteur étudie dans la première partie de son ouvrage. Il y reconstitue donc une « théorie de la littéra lun., 18 avril 2016 10:26:00 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9762 acta Une lecture « contagieuse » : Malraux & Dostoïevski http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9765 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9765/9782812449338FS.gif" width="100px" />Hostile à la fois aux approches déterministes de l’art et à l’idée qu’une œuvre résulte exclusivement du génie de son auteur, qui s’inspirerait de la « nature », Malraux a souvent insisté sur le rapport particulier que tout artiste entretient avec ses prédécesseurs :[…] le peintre passe d’un monde de formes à un autre monde de formes, l’écrivain d’un monde de mots à un autre monde de mots, de la même façon que le musicien passe de la musique à la musique1. Pour qui connaît l’importance de cette thèse dans Les Voix du silence, il est tentant de l’illustrer par l’œuvre de Malraux et d’étudier en particulier l’impact de Dostoïevski sur ses romans. Peu d’écrivains sont en effet aussi souvent cités par l’auteur de La Condition humaine que Dostoïevski. Si sa dette à l’égard du romancier russe a fait l’objet de plusieurs articles, ouvrages et chapitres d’ouvrages2, on attendait depuis longtemps une étude systématique qui rende compte de la manière dont Malraux l’a lu, commenté et imité, pour finalement s’affranchir de lui. Sylvie Howlett était particulièrement bien placée pour relever ce défi, non seulement en raison de ses connaissances linguistiques qui lui permettent de lire Dostoïevski en russe3 mais aussi parce qu’elle a découvert et retraduit en français le seul texte que Malraux lui ait consacré exclusivement : les réactions aux réflexions publiées en allemand par son ami Manès Sperber, qui avait invité un certain nombre d’écrivains à se prononcer sur leur rapport à l’auteur des Frères Karamazov4. Les réponses de Malraux à ce questionnaire étaient évidemment destinées à jouer un rôle capital dans la reconstitution de « l’essai sur Fiodor Dostoïevski qu’André Malraux aurait tant aimé lui consacrer5. » Dans Dostoïevski, démon de Malraux, elles complètent d’autres « microanalyses » (p. 63) tirées de différents textes de Malraux, que S. Howlett a le mérite d’avoir analysés à une époque où ils n’avaient pas encore été rassemblés dans l’édition de la Pléiade6.Dostoïevski, démon de Malraux est en effet issu d’une thèse de littérature française dont la publication n’intéressera pas seulement les spécialistes de Malraux mais aussi les comparatistes et les slavisants (en raison des excellentes analyses de l’œuvre de Dostoïevski). La manière parfois plus concise dont certains aspects de la thèse sont présentés dans le livre n’enlève rien à la rigueur de l’argumentation. Enrichie, depuis la soutenance, par de nouvelles lectures et notamment par de fascinants rapproche lun., 18 avril 2016 10:26:44 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9765 acta Vivre au présent http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9768 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9768/9782846814461FS.gif" width="100px" />Anne-Françoise Benhamou propose avec cet ouvrage la première monographie consacrée à l’art de Patrice Chéreau depuis la mort du metteur en scène. L’ouvrage, fait par une dramaturge et professeure, constitue un travail inestimable, autant grâce aux documents qu’il fournit que par la qualité de ses analyses.Si à l’évidence l’auteure est une admiratrice de Chéreau, l’ouvrage n’est cependant pas une hagiographie mais bien une analyse et un questionnement de ses propositions artistiques, avec une distance critique et une attention à ce qui pourrait apparaître comme des contradictions ou des trahisons du metteur en scène à l’égard de ses contemporains. C’est même une des qualités du livre que d’être « personnel ». Le chapitre « Quatre bouleversements », particulièrement touchant par les témoignages de spectatrice qu’il donne, nous révèle en même temps l’enjeu de l’ouvrage : rendre justice non aux projets de Chéreau eux-mêmes mais à la cohérence et à l’éthique du metteur en scène, et montrer son attachement constant au théâtre, même dans les choix qui semblent y être les plus étrangers. Cette éthique du metteur en scène s’accompagne d’une exigence jamais démentie de ne pas « s’installer », de ne jamais se « figer », mais de toujours réfléchir aux moyens nouveaux de « raconter des histoires », c’est-à-dire de figurer le réel, entendu ici comme l’objet auquel notre désir se confronte et se trouve brisé ou irrésolu.Le parti pris de l’auteure est de signifier que, chez Chéreau, l’expérience du théâtre passe par la narration, comme moyen de rendre un monde. « La narration, finalement, est peut-être la seule façon de partager le réel – de ne pas être seul devant son énigme » (p. 10). C’est sous cet angle que l’on doit comprendre les principaux axes qui structurent l’ouvrage : l’inquiétude de Chéreau d’être attaché au passé, son rapport aux images, son ambiguïté politique, sa théorie de l’acteur, et enfin son appropriation du texte théâtral, toujours très libre. L’ensemble de ces éléments rend compte d’un souci de partager l’expérience du réel en le mettant en acte, tout en ayant toujours conscience de son statut factice. L’image œuvre comme un moyen heuristique privilégié, mais toujours suspect.Le texte s’ouvre par un parallèle entre Chéreau et Pascal, jouant de l’écart entre la présence et l’absence qui caractérise la « figure » : de cet écart, c’est la notion de désir (et de manque) qui émerge pour caractériser le travail de Chéreau. Mais ce désir est à la fois une t lun., 18 avril 2016 10:27:39 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9768 acta Pour lire et se lire sans dé-lire. La question du régime de lecture http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9771 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9771/9782841746590FS.gif" width="100px" />Le discours littéraire — […] dans les salles de classe et dans les amphithéâtres universitaires — s’atrophie ou se sclérose mais de toute manière dépérit faute d’être explicité et fixé par une exégèse compétente.Mircea Marghescu, p. 59.C’est à partir de ce piteux constat que Mircea Marghescu élabore un essai portant sur la place de la littérature dans le système français d’enseignement. Cet ouvrage s’adresse principalement aux chercheurs et aux enseignants de littérature, et plus largement, à la communauté politico-éducative nationale dans son ensemble. Le problème posé est celui de l’affaiblissement de la littérature dans le système éducatif français et par extension, dans notre société. Selon l’auteur, cette situation de déclin s’explique par des problèmes méthodologiques inhérents à la critique littéraire, laquelle ne respecterait pas la nature profonde de la littérature. Comme les manquements des chercheurs se reflètent dans l’enseignement, c’est l’enseignement-recherche dans son ensemble qui se verrait ainsi affecté d’une décadence en progrès.Pour tenter de l’enrayer — sans, toutefois, d’illusions se bercer — l’auteur a pour ambition de démontrer l’existence d’une fonction et d’un régime de lecture spécifiques du discours littéraire et d’en déployer tout l’intérêt, toute la richesse. Le cadre théorique retenu s’élabore à partir de postulats que l’auteur a préalablement développés dans son essai Le Concept de littérarité. Critique de la métalittérature1.Mircea Marghescu, maître de conférences en littérature comparée à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), juge les récents éléments de réponses apportés quant à la définition et au pourquoi de la littérature insuffisants. D’abord, ceux d’Antoine Compagnon, pour qui la littérature permet de préserver et de transmettre l’expérience d’autrui, nous rendant alors sensibles à l’altérité et à la différence. Le problème, selon M. Marghescu, c’est que nous ne savons toujours pas expliquer ce qu’est la littérature et qu’A. Compagnon ne nous y aide pas, dès lors que ses tentatives définitoires en restent à une extension du concept sans parvenir à faire le passage vers l’essence. Cet échec expliquerait pourquoi le critique use finalement de l’argument d’autorité : « La littérature c’est… la littérature, c’est-à-dire ce que les autorités (sic) incluent dans la littérature2 » (p. 11). M. Marghescu se tourne alors vers Thomas Pavel qui occupa lui aussi une chaire du Collège de France, et sans doute n’est-ce pas sans ir lun., 18 avril 2016 10:28:16 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9771 acta Il est grand temps de parler de pornographie http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9740 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9740/9782364904439FS.gif" width="100px" />« Il est grand temps de parler de sexe », disait Gayle S. Rubin dans « Penser le sexe », article publié en 1984. Pour Marie-Anne Paveau, il est temps de parler de pornographie, chose qu’elle fait abondamment dans son ouvrage paru aux éditions « La Musardine » et intitulé Le Discours pornographique. Derrière ce simple titre, se cache un projet titanesque : faire de la pornographie un objet d’étude linguistique.En 2007, Dominique Maingueneau publiait La Littérature pornographique. Mais le linguiste fait son autocritique dans la préface à l’ouvrage de M.-A. Paveau, soulignant le fait que son essai « se limitait à envisager la pornographie sous sa forme écrite et dans sa manifestation la plus classique, celle de l’imprimé » (p. 14).M.-A. Paveau va plus loin et, si le titre prête à confusion, c’est bien des discours pornographiques qu’elle traite :Parler de discours pornographique, c’est envisager les textes et les paroles sous l’angle de leur forme, et par conséquent décrire les mots, les expressions et les manières de dire, mais aussi les traditions textuelles, la construction des scripts et la manière dont ces discours sont situés, qu’ils soient ignorés, admis ou rejetés, dans l’ensemble des discours sociaux. (p. 25)S’il faut saluer l’immensité de ce projet, force est de constater que le lecteur a parfois tendance à se perdre. M.-A. Paveau souligne cependant elle-même ses écarts, inévitables dans un ouvrage construit sur un plan linguistiquement très cohérent mais qui rend parfois difficile l’agencement de certains éléments (considérations sociales et politiques, distinction entre différentes sortes de discours, etc.).Une réflexion de bas en hautAvec leur haut niveau de granularité, les discours peuvent être appréhendés selon plusieurs niveaux, qui régissent le plan élaboré par M.-A. Paveau. Cette dernière aborde en effet le discours pornographique par le biais du lexique, puis du texte, pour enfin adopter un angle plus large, qui est celui de la pragmatique. Il s’agira donc de suivre ce cheminement de bas en haut imposé par les différentes parties du Discours pornographique.Mettre les choses au clairUn ouvrage sur le discours, quel qu’il soit, ne peut faire l’impasse sur la question « De quoi parle-t-on ? ». Après une introduction dans laquelle M.-A. Paveau justifie son sujet et présente son plan de travail, elle découle sur une première partie dans laquelle elle s’attèle à la définition de son objet d’étude : « Est donc pornographique ce qui relève d’une m lun., 04 avril 2016 10:39:57 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9740 acta La résonance, ferment de l’écriture-lecture littéraire http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9743 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9743/9782367811468FS.gif" width="100px" />Portée des ombres de François Migeot ouvre par son titre joliment polysémique sur le double sens de la partition musicale et du champ d’action. Cette « poétique de la lecture » annoncée par le sous‑titre est en effet celle d’une lecture active qui, à partir du texte lu, recrée en le reconfigurant un sens entendu par le lecteur ; celle d’une lecture prenant aussi pour modèle l’image poétique naguère définie par Reverdy, une image opérant un rapprochement déroutant entre des éléments fortement éloignés. Aussi un des maîtres‑mots de ce livre est‑il résonance, résonance interne, chacun des éléments de la partition déchiffrée par le lecteur trouvant des échos par similitude ou contrepoint dans l’ensemble du texte, résonance externe dans la performance lectrice. Pas de poétique de la lecture sans écriture, par le lecteur, de son propre texte. Fr. Migeot reprend à son compte le contre‑texte de Pierre Glaudes, tout en revendiquant plus de liberté par rapport à la structure logique de cet énoncé second, mais en maintenant, — son livre en est la preuve —, une production placée sous le signe de la lisibilité.Créativité méthodiqueLa créativité ici revendiquée ne se déploie pas, en effet de façon anarchique : elle se réclame d’une méthode combinant les apports de la psychanalyse et ceux de la sémiotique différentielle développée par Jean Peytard. Quatorze études de cas viennent exemplifier cette méthode close de façon originale par une double coda, associant parole critique et création poétique. L’auteur y reproduit un de ses poèmes, « Côte d’Azur », écrit en 2002, avant de le soumettre à élucidation rétrospective. En dépit de son sous‑titre assigné à l’un des deux pôles de la créativité, le livre porte ainsi un éclairage original sur la relation de nécessité réciproque liant écriture et lecture.À ceux qui objectent que la lecture d’inspiration freudienne instrumentalise le texte, Fr. Migeot répond qu’elle est une lecture impliquée accomplie par un sujet lecteur n’escamotant pas la dimension inconsciente, fondamentale dans l’art et qu’il ne s’agit jamais d’appliquer au texte un « pré‑construit psychanalytique ». Qui plus est, les lectures proposées se veulent d’abord sensibles aux particularités de l’énonciation dont le texte lu porte la trace. S’appuyant sur la notion d’entaille forgée par Jean Peytard, il se met à l’écoute de ce qui dans chaque énoncé littéraire dysfonctionne et le constitue en énoncé unique, traversé de significations inconscientes. Les entailles do lun., 04 avril 2016 10:40:31 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9743 acta Les formes brèves de l’argumentation dans <em>À la recherche du temps perdu</em> http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9744 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9744/9782812447235FS.gif" width="100px" />Proust et les formes brèves : si cette association peut avoir de quoi surprendre s’agissant d’un romancier que l’on associe d’ordinaire plutôt au genre du roman-fleuve, l’importance et le rôle des « petites phrases », des énoncés formulaires, ont pourtant été perçus très tôt par les lecteurs. Léon Daudet compare ainsi Proust, dès 1919, à Saint-Évremond, à La Bruyère et à La Rochefoucauld1 ; deux ans plus tard, c’est André Gide qui lui fait part de son souhait de disposer, « en appendice à [l’]œuvre » d’un « lexique2 », sorte de glossaire à réflexions. Il sera plus qu’exaucé3. La tendance de l’écriture proustienne à la formule n’a pas davantage échappé à la critique, même si, après la perspective esthétique adoptée par Luc Fraisse, lequel a montré comment elle s’inscrivait plus largement dans une esthétique du fragment, véritable « processus de la création chez Marcel Proust4 », elle a surtout donné lieu à des études ponctuelles, stylistiques et/ou pragmatiques5. Aussi l’étude menée par Stéphanie Fonvielle et Jean-Christophe Pellat se présente-t-elle à la fois comme une synthèse bienvenue et un intéressant prolongement. Le choix d’inscrire l’étude de la forme brève dans une perspective argumentative entend dès lors renouveler les études proustiennes tout en enrichissant les travaux sur la maxime, « peu, voire pas, théorisée en tant que forme générique argumentative » (p. 166). Organisée en quatre parties, mais essentiellement centrée sur « deux genres argumentatifs » (p. 15) qui sont aussi « deux genres de la littérature morale » (p. 17) — la maxime et la réflexion —, l’étude des deux linguistes adopte une démarche inductive, qui se veut mimétique de l’esthétique proustienne — Proust « considèr[ant] que la fonction de l’écrivain est de “dégager des loisˮ » (p. 12) : les deux critiques annoncent ainsi leur « objectif […] d’analyser les formes linguistiques récurrentes et originales pour mettre au jour leur valeur profonde » (p. 13). La « loi » fonde donc, dans les deux cas, et à double titre,  les « recherches ». Grammaire méthodique de la maximeDe fait, l’ouvrage apparaît bien, d’abord, comme une grammaire et une stylistique de la maxime proustienne — voire, simplement, comme une grammaire et une stylistique de la maxime. Après une efficace histoire du genre gnomique7, l’analyse méthodique d’un grand nombre d’énoncés formulaires de la Recherche — repris en annexes, et distingués, essentiellement en fonction de leur longueur, en « maximes » ou « réflexions » lun., 04 avril 2016 10:41:02 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9744