Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta « Parler comme l’image » : du discours des catalogues d’expositions et du groupe surréaliste http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10559 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Dans un texte sur les différents « formats » de l’exposition littéraire, Jean-Max Colard parlait de la « voie poétique de l’exposition littéraire » qu’avait ouverte « l’exemple surréaliste », mais regrettait aussitôt que l’on ait trop peu travaillé sur « cette poétique surréaliste de l’exposition1 ».Si elle ne l’aborde pas précisément sous cet angle poétique dans l’ouvrage tiré de sa thèse paru chez Rodopi en 2015, Colette Leinman étudie l’exposition surréaliste à travers les objets singuliers que sont les catalogues. Ce travail se situe dans un contexte qu’il est important de situer : membre du groupe de recherche ADARR (Analyse du Discours Argumentation et Rhétorique) de l’Université de Tel-Aviv, C. Leinman propose dans ce livre une « analyse discursive et argumentative qui traite du catalogue en termes d’ethos collectif », comme le formule Ruth Amossy dans sa préface (p. 14).Au-delà du cercle des spécialistes du surréalisme, l’ouvrage sera utile à tous ceux qui s’intéressent aux liens entre littérature et art ou à ce type d’objets collectifs et hybrides, aux frontières de la littérature.Au départ, des textes éparsOn ne peut que conseiller, pour avoir les textes en tête, de commencer la lecture par les annexes. Dans ce qui forme presque la moitié du livre, l’auteure a retranscrit intégralement 41 catalogues publiés lors d’expositions surréalistes parisiennes entre 1924 et 1939. Si certaines préfaces étaient déjà connues et parfois rééditées dans les œuvres complètes de tel ou tel auteur, c’était toujours sans la liste des œuvres exposées. Or, dans le cas du catalogue d’exposition, la liste des œuvres n’est pas une simple circonstance, c’est le point de départ et l’objet du texte, littéralement son pré-texte.C. Leinman fournit donc un ensemble précieux pour les spécialistes du surréalisme, et on se plaît à imaginer une seconde vie à ces textes, en espérant qu’ils seront bientôt accessibles d’une autre manière, que ce soit dans une édition illustrée ou dans une mise en ligne qui fasse justice à leur part visuelle.On y trouve trois beaux textes d’Aragon, notamment celui du catalogue de Pierre Roy (1930) où il rejoue « Zone » d’Apollinaire, en se mettant en scène à la deuxième personne, en train d’écrire dans un café : « Tu es au café, Tu écris une préface pour l’exposition du peintre Pierre Roy qui est né à Nantes comme tout le monde, tes dents se croisent comme des épées » (p. 229).Les textes d’exposition de Breton témoignent d’une activité importante que dim., 12 nov. 2017 22:50:20 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10559 acta Ouliporama http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10557 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Même les plus oublieux n’ignorent pas que l’Ouvroir de Littérature Potentielle ne tardera guère à fêter son soixantième anniversaire. Fondé en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau, l’Oulipo a incontestablement fédéré sur le long terme un collectif disparate d’érudits venus de plusieurs horizons disciplinaires que la modernité semblait considérer comme résolument incompatibles. Surtout, il a accueilli et épaulé de grands noms de la littérature française et étrangère (de Georges Perec à Italo Calvino, en passant par Jacques Roubaud ou Harry Mathews), et certainement favorisé l’éclosion d’œuvres aussi différentes qu’attachantes. Celles de Marcel Bénabou et Paul Fournel, François Caradec et Jacques Jouet, d’Hervé Le Tellier et Frédéric Forte, pour ne donner que quelques exemples – sans mentionner les nouveaux venus1.Prenant le contrepied du fonctionnement (et des dysfonctionnements notoires) des mouvements littéraires classiques ou avant-gardistes2, ce qui lui a probablement assuré une longévité exceptionnelle, l’Ouvroir est ainsi parvenu, au fil des décennies, à harmonieusement articuler d’abondantes productions collectives avec des poétiques individuelles éclectiques, le tout dans une ambiance qu’on rapporte volontiers débonnaire mais toujours industrieuse, dans tous les cas évitant les écueils (anathèmes, exclusions, polémiques, etc.) qui ont fait sombrer le Surréalisme ou Tel Quel.Masse critiqueLa persistance et la continuité propres à l’Ouvroir ne sauraient masquer nombre d’évolutions, nonobstant les métamorphoses du champ littéraire. En retracer l’histoire et l’itinéraire, tout en déterminant le statut multiple et fluctuant du texte oulipien, voilà tout l’objet du livre aux dimensions modestes, mais dense et bien documenté, que propose Cécile de Bary. En deux chapitres, elle s’emploie à relater le substrat original, les adaptations successives et stratifications discursives de l’Oulipo – sans toutefois passer sous silence les malentendus originaux et les problématiques persistantes, notamment liées à la réception de ses activités.C’est que la réticence justifiée des premiers oulipiens à se définir et constituer en « école littéraire » munie de « canons » et autres prescriptions, les changements contextuels, la bigarrure disciplinaire et le paravent pudique de la vis comica ont (entre autres) parfois troublé la réception quand ce n’est pas la littérarisation de certains textes oulipiens. Sérieusement drôle mais drôlement sérieux, cet « art d’é dim., 12 nov. 2017 22:40:47 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10557 acta Les Âges de la poésie chinoise en France http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10561 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Comme on le devine, la poésie chinoise est remarquablement complexe à traduire en français. Aux problèmes relatifs à la poésie en général (importance de la matérialité phonique et spatiale ; différence des prosodies syllabiques ou toniques ; ouverture du sens ; connotations) s’ajoutent en effet des difficultés propres à la langue, à la prosodie et à la culture chinoises. Ces difficultés agissent en réalité comme un double bind, puisqu’elles signifient à la fois que la culture chinoise est suffisamment riche et particulière pour mériter d’être étudiée, et ses textes traduits, et en même temps qu’elle est peut-être trop riche et particulière pour qu’on puisse en traduire de manière satisfaisante les poèmes. Ainsi, à l’invitation d’Ampère, qui écrivait en 1832 qu’une « nation […] dont le langage et l’écriture sont fondés sur des procédés entièrement différents de ceux qu’emploient les autres peuples […] une nation qui possède une littérature immense, qui connaît tous les raffinements de la vie sociale la plus compliquée, en un mot qui présente un développement de civilisation complet, à la fois parallèle et opposé au nôtre ; une telle nation mérite bien qu’on l’étudie pour elle-même […] » (cité par Yu Wang, p. 48), Henri Michaux répondit qu’« un poème chinois ne peut se traduire » (Un barbare en Asie, cité p. 107).*Ce double bind, profondeur désirable et résistance insurmontable, explique peut-être la fascination que l’Occident ressent pour la poésie chinoise. Yu Wang, dans La Réception des anthologies de poésie chinoise classique par les poètes français (1735-2008), a le grand mérite de poser de nouveau cette question de la fascination, mais à un niveau matériel. En effet, elle ne prend pas pour objet les cultures, ni même les poétiques, ces systèmes normatifs, plus ou moins précisément définis, qui président aux esthétiques chinoise et française ; elle décrit des anthologies, c’est-à-dire des livres faits de pages, composés par des auteurs (français ou chinois), regroupant des textes d’auteurs chinois, lus par des auteurs français. Ce qui l’intéresse, en l’occurrence, c’est la manière dont la réception des anthologies aura influencé la production par les poètes. L’anthologie constitue donc un livre moins simple qu’il n’y paraît, car si c’est bien, un objet fini, prêt à recevoir et récapitulant une pratique, c’est aussi, et en même temps, un point de départ pour d’autres pratiques d’écritures, une matière première. Au lieu d’un simple inventaire, c’est donc dim., 12 nov. 2017 22:53:46 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10561 acta Un triumvirat, une revue et un théâtre http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10562 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />André Gide et le problème du théâtreC’est un ouvrage capital que le dernier recueil des « Entretiens de la Fondation des Treilles », dirigé par Robert Kopp et Peter Schnyder. Serge Bourjea, Marco Consolini, Laurent Gayard, Patrick Kéchichian, Frank Lestringant, Michel Leymarie, Pierre Masson, David H. Walker, sans oublier les deux éditeurs du volume : l’affiche est prometteuse, et l’ouvrage à la hauteur des promesses de l’affiche. D’André Gide, on pourrait penser que tout a été dit. Mais les gidiens, loin de se répéter, ou de remplacer la pensée par la polémique, travaillent de concert à renouveler, non l’œuvre de Gide elle-même, mais sa lecture. Il n’est que de lire les premiers mots de l’exergue pour comprendre l’esprit qui anime ce collège de chercheurs : « Notre entente ne s’établit pas autour d’un programme ; c’est notre programme qui [est] l’expression de notre entente » (Jean Schlumberger). Au « programme » de ce dernier opus collectif, L’Art de la mise en scène, autour d’André Gide, de Jacques Copeau et de Jean Schlumberger. Ce livre, tout en demeurant singulier, s’inscrit de la sorte dans un mouvement plus général de renouveau des études sur les usages gidiens du drame et de la mise en scène — renouveau que manifeste, entre autres, la tenue du colloque « André Gide et le théâtre » organisé à la Maison d’Espagne et à la BNF du 7 au 9 décembre 2017.Mais prévenons sans tarder un malentendu : la mise en scène, ce n’est pas le seul théâtre. C’est ce que notent R. Kopp et P. Schnyder dans leur avant-propos : « tout relève peu ou prou du théâtre : la vie sociale […], les relations entre écrivains […], l’écriture […] et même, dans le cas de Gide, la critique » (p. 9). La critique gidienne : on sait que P. Schnyder a donné sur le sujet un essai qui a fait date (Pré-textes : André Gide et la tentation de la critique, Paris, Intertextes, 1988). Il reprend ici, en la renouvelant considérablement, sa réflexion sur la posture critique adoptée par Gide, et sur la mise en scène dont s’accompagne cet ethos. Cette mise en scène de l’activité critique est à la fois artistique, esthétique, éditoriale, symbolique, culturelle, sociale et économique (voir p. 71-72) : il s’agit, pour Gide, de maîtriser sur tous les plans son image de critique. Car, s’il lui plaît de s’échapper à lui-même, s’il aime à se surprendre lui-même, et s’il redoute par ailleurs que ses lecteurs lui prêtent une identité figée et artificiellement cohérente, il tient néanmoins à affirmer sa qualité dim., 12 nov. 2017 22:54:47 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10562 acta La connexion orientale : sur les pas du savant et du poète http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10570 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Les artistes comme les savants européens ont entretenu pendant des siècles une fascination durable pour ce qu’on appelle encore aujourd’hui « L’Orient » ; les seconds fournissant souvent une féconde source d’inspiration aux premiers. L’étude érudite des langues et littératures dites « orientales » (arabes, turques, perses) a exercé une influence considérable sur les représentations littéraires occidentales de cette région. Ce sont ces correspondances fécondes que se propose d’étudier Pierre Larcher, éminent spécialiste de linguistique arabe et de poésie préislamique, dans les sept études réunies ici sous le titre Orientalisme savant, orientalisme littéraire. De fait, trois siècles, de Voltaire à Aragon en passant par une étude transversale des opéras « arabisants », de réceptions « orientales » sont ici couverts. Le projet du livre se dessine nettement, il s’agit de montrer les connexions entre l’orientalisme savant (celui, académique, des érudits, puis des universitaires) et l’orientalisme littéraire (celui, imaginaire, des auteurs, des poètes, des musiciens et des artistes)1 et, par extension, de mettre en avant l’influence de la culture ‘orientale’ sur la littérature française. La démonstration de ces connexions se place résolument sur les plans linguistiques et esthétiques, mais néglige l’aspect idéologique pourtant prégnant de ces nombreuses réceptions « orientales ». Une savante archéologie des sourcesLarcher annonce d’emblée que ces sept essais sont des « enquête[s], à l’intersection de l’histoire et de la littérature » (p. 8), autrement dit qu’il s’agit de partir, en véritable détective, sur les traces des sources, arabes le plus souvent, des œuvres européennes qu’il aura sélectionnées, au hasard de lectures ou de « suggestion[s] d’un maître ou d’un collègue » (p. 9). Le premier chapitre cherche ainsi une possible source coranique au chapitre XVIII, « L’ermite », de Zadig de Voltaire. Le second tente de répondre à une épineuse question d’histoire littéraire : sur quelle traduction s’appuie Johann Wolfgang von Goethe lorsqu’il adapte, dans son recueil West-östlicher Divan [1819] (ou Divan occidental-oriental), un poème attribué au poète préislamique Ta’abbaṭa Šarran ?De cette interrogation, Larcher tire une véritable petite archéologie de la réception de la poésie arabe par le poète allemand. Dans une lettre à un jeune professeur de langues orientales à l’université d’Iéna, Johann Gottfried Ludwig Kosegarten, datée du 23 septembre 1818, Goethe deman dim., 12 nov. 2017 22:59:09 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10570 acta « Le Cœur‑organe » : mécanique du vivant dans <em>À la recherche du temps perdu</em> http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10534 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10534/Proust.gif" width="100px" />Approcher la littérature sous le spectre de la science, c’est ce que se propose de faire Jean‑Pierre Ollivier au profit d’À la recherche du temps perdu (1913‑1927). Médecin et ancien chef de service de cardiologie, J.‑P. Ollivier exploite ses connaissances pour éclairer et questionner la véracité des analyses entreprises dans l’œuvre autour du cœur. Notons que la symbolique de l’organe est très présente dans la critique proustienne. Dans Science and Structure in Proust’s À la recherche du temps perdu (2000), Nicola Luckhurst s’est par exemple intéressée de près au rythme cardiaque. Elle compare la formation des grandes lois au rythme des pulsations :The dynamic law statements might be described as pulsing according to a system of systole and diastole; contracting around the key regulatory maxims of desire, love, jealousy and habit, dilating outwards, speculatively, over a range of topic1.L’ouvrage de J.‑P. Ollivier, Proust cardiologue, propose de revenir à une image anatomique du cœur en tant qu’« organe pulsatile logé dans le thorax » (p. 13). Son approche vise à souligner la singularité de ce détail anatomique du corps affecté, chez Proust, dans ses mouvements et sa masse, par les émotions. Le Narrateur de la Recherche, en observateur attentif, cherche à interpréter les variations, à sonder les cœurs pour percer le mystère de ceux qui l’entourent. Mais, malgré ses efforts et ses connaissances, il se retrouve confronté à une mécanique complexe qu’il ne peut pas complètement expliquer. C’est ainsi que l’analyse du « cœur‑organe » de J.‑P. Ollivier participe à faire, dans la Recherche, la description d’un monde mystérieux et profondément vivant.Le corps fragmentéLa Recherche est une expérience du corps, mais d’un corps fragmenté : l’intégrité est reniée au profit des parties constituantes. Dans le chapitre « Intermittences », J.‑P. Ollivier rappelle que les sens, les muscles et les articulations sont mis à contribution dans le processus de remémoration. Il donne sa propre définition de la mémoire involontaire comme « la remontée fortuite à la conscience d’une expérience ancienne de la sensibilité proprioceptive » (p. 66). Le corps enregistre ses propres informations. Il suffit ensuite d’une sensation, d’un mouvement particulier sur cette même partie du corps pour réactiver le souvenir involontaire. Lors du deuxième séjour à Balbec, par exemple, le Narrateur se penche et touche le bouton de sa bottine. De ces deux mouvements coordonnés émerge soudainement le jeu., 26 oct. 2017 16:05:03 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10534 acta Autour de l’exotisme http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10540 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10540/9782812447655FS.gif" width="100px" />Écrire à propos de l’exotisme se heurte d’emblée à un obstacle : comme le remarque Alain Quella‑Villéger, qui y consacre une annexe de Voyages en exotismes, la définition même du terme tient de la gageure. L’adjectif exotique, que l’on doit à Rabelais, désigne l’environnement naturel, végétal et animal d’un pays étranger, la plupart du temps lointain. Le substantif, qui apparaît quant à lui au cours du xixe siècle, renvoie à « un certain goût pour des mœurs ou formes d’art empruntées à des peuples lointains1 », goût qui se répand dès le xvie siècle. Non seulement le mot apparaît longtemps après la réalité qu’il désigne, mais cette réalité elle‑même est mouvante, évoluant au gré des découvertes et des conquêtes.Tout aussi mouvante est la réception de l’exotisme littéraire. Dans sa courte préface à Voyages en exotismes, Guy Dugas affirme que l’« exotisme a aujourd’hui mauvaise presse », en particulier pour « nos nouveaux maîtres à tous, à la fois historiens, ethnologues et littéraires issus des “Cultural Studies” qui […] font désormais de l’exotisme l’une des dix plaies, souvent l’une des causes, du colonialisme » (p. 7). Il est indéniable que colonialisme et exotisme sont irrémédiablement liés, sinon idéologiquement, du moins historiquement. Gilles Manceron souligne ainsi que l’âge d’or de l’exotisme a lieu « dans les deux premières décennies du xxe siècle2 », à une période où l’expansion coloniale et la domination européenne s’acheminent vers leur fin. Par ailleurs, si les travaux au sujet des littératures dites « coloniale » ou « exotique » et les rééditions des textes de certaines de leurs figures de proue respectives se sont multipliés3 depuis les années 1980, ils arrivent après plus d’un demi‑siècle d’oubli, et souvent par le biais des études postcoloniales.Pleinement conscient du « discrédit injustifié, mais explicable » (p. 11) dont a été victime l’exotisme, l’auteur de Voyages en exotismes entend l’aborder sous un angle nouveau, en adoptant, selon G. Dugas, un regard de « nomade », ainsi qu’une « démarche transdisciplinaire et libre de toute théorie » (p. 8) qui rappelle le souci d’interdisciplinarité qui déjà avait présidé à la création en 1990 par A. Quella-Villéger des Carnets de l’exotisme, revue qui pendant vingt‑six années a « [fouillé] par une approche anthropologique la controverse dominante autour de la dualité exotisme/colonialisme » et « [envisagé] l’exotisme comme vecteur et même moteur d’empathie ou de connaissance » (p. 11). Voyages en jeu., 26 oct. 2017 16:19:32 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10540 acta Le théâtre chrétien en France d’après Charles Mazouer http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10543 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10543/Mazouer.gif" width="100px" />Ce volume se présente comme un recueil d’études, et ne se veut pas « une histoire exhaustive et sans lacunes », comme le précise d’emblée l’auteur (p. 11). Néanmoins, avec cette monographie, parue en 2015 aux éditions Honoré Champion, Charles Mazouer nous fait parcourir l’histoire du théâtre français à sujet religieux, dès son origine jusqu’à l’époque classique, avec même une « ouverture » sur le xxe siècle. Il en dresse ainsi un tableau satisfaisant, en mettant notamment en exergue le rapport complexe que ce théâtre entretient avec la religion chrétienne et sa théologie — c’est évidemment cette question qui l’intéresse le plus et sur laquelle il revient le plus souvent. Les différentes études qui y paraissent ont été quelque peu remaniées et consciemment agencées, dans le but de donner au lecteur un fil directeur qu’il peut suivre avec aisance. Cela n’a pas pu cependant empêcher le caractère parfois redondant des analyses, dont, au demeurant, l’auteur s’excuse dès les premières lignes.Une introduction d’une trentaine de pages vise à donner une synthèse de ce que l’on retrouvera par la suite, en suivant un ordre chronologique qui marque également la subdivision du livre en trois parties : d’abord le théâtre religieux du Moyen Âge, dominé par la représentation des Mystères et qui va jusqu’à 1550. Deuxièmement, l’essor d’une nouvelle dramaturgie au xvie siècle, après les condamnations esthétiques et morales du théâtre médiéval, élaborées par les humanistes d’un côté, et par les partisans des deux réformes religieuses de l’autre. Enfin, la tragédie religieuse à l’époque classique (entre 1636 et 1646, et après 1680), ainsi que la présence de l’élément religieux dans la comédie de Molière. Le livre se termine avec un aperçu du théâtre religieux du xxe siècle.Dès l’introduction, on comprend bien que l’auteur est surtout intéressé par ce qui, dans ce théâtre, est censé poser problème par rapport à la théologie chrétienne ; il cherche notamment à expliquer l’existence — et la légitimité — de la catégorie du tragique à l’intérieur d’une dimension chrétienne. L’auteur n’approfondit jamais vraiment cette question qui demanderait d’ailleurs une étude à part entière. L’idée de tragique qu’il décèle dans les pièces considérées — conception du tragique que l’on pourrait mettre en question — se trouve justifiée simplement à l’appui de l’affirmation de Paul Ricœur, selon laquelle « la Bible récapitule, en quelque sorte, toute l’existence spirituelle de l’humanité ».La prin ven., 27 oct. 2017 09:16:19 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10543 acta Les noces de Philologie et Mars http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10547 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10547/Collectif guerre.gif" width="100px" />Portrait du guerrier en homme de lettresVers 1475, un portrait peint par Pedro Berrugete (ou par Juste de Gand, car l’attribution est contestée) montre le condottiere Frédéric de Montefeltre en armure, un pesant in‑folio en mains. En compagnie de vingt‑sept autres, ce portrait était destiné à décorer le célèbre studiolo du duc d’Urbino, dont la bibliothèque était réputée être la plus riche d’Italie après celle du Vatican. Les éditeurs auraient pu choisir d’orner la couverture de leur beau et savant volume de ce portrait du guerrier en homme de lettres. Ils ont préféré — et judicieusement, on verra plus loin pourquoi — choisir un détail du Triptyque de la Crucifixion de Jean Poyet (1485) conservé à la Chartreuse du Liget. Paru chez Droz, dans la prestigieuse collection « Travaux d’humanisme et Renaissance », voici donc le troisième volet du projet de recherche franco‑allemand Eurolab (De lingua et linguis. Langues vernaculaires dans l’Europe de la Renaissance), dirigé par Elsa Kammerer et Jan‑Dirk Müller. L’ouvrage s’intéresse à la terminologie des mots appartenant aux domaines militaires (armes, artillerie, fortifications), telle que maniée par les hommes de guerre ou les juristes dans l’espace européen et méditerranéen entre le xve et le xviie siècle. C’est que, comme le rappellent Elsa Kammerer et Jan‑Dirk Müller dans l’avant‑propos, « l’Europe de la Renaissance a […] connu la guerre continûment sur de nombreux terrains. Or toutes les armées recrutent dans tous les peuples d’Europe des soldats habitués à ce service » (p. 7). Les chefs d’armées doivent se faire comprendre de leurs hommes et parler une sorte de sabir. Les innovations techniques d’une armée se retrouvent copiées, les mots désignant les choses nouvelles se trouvent intégrés aux différents lexiques. Grossièrement résumé, le résultat de l’enquête n’est guère sensationnel : il confirme, comme on pouvait le supputer, « le rôle international des ingénieurs, techniciens et professionnels de la guerre dans la transmission des mots » (p. 12). Le détail, lui, s’avère passionnant, même sur un sujet a priori très technique et d’une portée a priori très limitée. Pour éviter un survol trop superficiel, on choisira ici de présenter trois articles particulièrement intéressants. Dès l’introduction, Marie‑Madeleine Fontaine et Jean‑Louis Fournel, éditeurs du volume, notent le rôle significatif joué par Rabelais dans ce processus.Le basilic et la bouillieRabelais ? Le père de Gargantua fait l’objet d’une supe ven., 27 oct. 2017 09:21:42 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10547 acta Apprendre à faire de la théorie littéraire http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10529 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10529/9782878546842FS.gif" width="100px" />À tous ceux que le vocabulaire forgé de néologismes rebute, ou ceux qui craignent qu'à force de théorisation on perde le plaisir du texte, cet ouvrage se présente comme une réponse nécessaire. Manuel certes, mais si bien écrit qu'on peut le lire comme un essai ; aussi stimulant qu'une théorie littéraire bien construite, moins frustrant car ouvrant de nouveaux champs d'investigation (on citera en particulier la présence, à chaque chapitre, d'exercices avec corrigé, et d'autres non corrigés). En décortiquant la façon dont on peut (et on a) forgé lois et concepts, en alternant le descriptif et le prescriptif, ces Exercices de théorie littéraire suscitent l'enthousiasme de comprendre rouages et mécanismes de la critique autant que l'envie de lire ou relire des œuvres.Les auteurs, appliquant tout de suite les méthodes qu'ils vont décortiquer ensuite, prennent comme point de départ un constat qui n'est pas nouveau dans une préface, celui d'une case à remplir ; sur les trois façons d'étudier la littérature qu'ils examinent (Histoire, critique, théorie), aux objets, buts et méthodes différents, il semble que les deux premières ne se contentent pas de décrire ce qui existe déjà, mais enseignent également une méthode ; alors qu'un essai de théorie littéraire se présente, la plupart du temps, comme un catalogue sans méthode d'enseignement. La théorie littéraire dans son ensemble manque donc du versant didactique que l'on trouve pour la critique et l'Histoire (une « visite de notre usine à théoriser », introduction, p. 8).Forts de ce constat, les auteurs proposent une répartition en trois grandes parties correspondant aux trois grandes façons de construire un objet théorique : par déduction, par extrapolation, ou par induction. À travers ces chapitres, eux-mêmes divisés en notions plus précises, se profile leur définition de la théorie littéraire. Soigneusement distinguée de la critique, quoique parfois les théoriciens soient avant tout des critiques — c'est en particulier, disent les deux chercheurs, le cas des New Critics (p. 108) —, la théorie littéraire est définie avant tout par son objet : non les œuvres, mais des catégories transhistoriques. Elle ne se soucie donc pas de la chronologie, allant régulièrement jusqu'à la bousculer — ainsi dans l'exercice intitulé « Le contrefactuel factuel » (I 4, « Paradoxes et impossibilités », p. 61). Quoique Sophie Rabau et Florian Pennanech affirment bien, en conclusion, que la théorie sert surtout à théoriser, et trouve sa f sam., 21 oct. 2017 10:23:16 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10529 acta Parcours romanesque de Salman Rushdie http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10522 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10522/Rushdie.gif" width="100px" />L’ouvrage de Damian Grant, Salman Rushdie romancier, est la traduction d’un ouvrage paru originellement en anglais en 1999 puis réédité, toujours en anglais, mais augmenté, en 2012 pour prendre en compte les nouveaux romans de S. Rushdie parus ente temps. C’est la traduction de la seconde édition de 2012 qui est proposée ici en français, traduction réalisée par Madeleine Descargues‑Grant, épouse de D. Grant et par ailleurs spécialiste de Sterne1. L’auteur de cet ouvrage, dans la grande tradition des ouvrages de synthèse anglo‑saxons, effectue un survol de l’ensemble de l’œuvre de S. Rushdie par le biais d’un premier chapitre d’étude globale, suivi d’une série de chapitres s’intéressant de manière individuelle aux différents romans de l’écrivain. Un parcours biographique et une bibliographie complètent l’analyse.Si les ouvrages de ce type en anglais sont assez nombreux désormais concernant S. Rushdie2, ils sont beaucoup plus rares en français alors que la totalité ou quasi‑totalité de l’œuvre de S. Rushdie est disponible dans notre langue. Il faut bien reconnaître que l’essentiel des ouvrages publiés en français sur l’œuvre de S. Rushdie ne concerne pas vraiment son œuvre, mais plutôt « l’affaire Rushdie3 », et lorsqu’ils possèdent une dimension d’analyse littéraire, elle est évidemment focalisée surtout sur les Versets Sataniques. Cela étant, on peut mentionner deux volumes assez courts qui viendront compléter l’ouvrage de D. Grant si l’on cherche une présentation un peu générale de l’œuvre de S. Rushdie, celui de Catherine Pesso‑Miquel4 et celui co‑signé par Marc Porée et Alexis Massery5.D. Grant commence son ouvrage par un premier chapitre qui est probablement le plus dense : l’auteur développe une approche d’ensemble de l’œuvre narrative mais sous un angle en particulier, celui du rapport à la fiction et à l’imagination. C’est une problématique qui permet cette approche englobante car elle est effectivement très prégnante tout au long de l’œuvre et constitue une clé obligatoire pour entrer dans son univers. S. Rushdie est ainsi placé sous le signe de l’imagination dès la citation en exergue qui ouvre le texte, tirée d’un entretien accordé par S. Rushdie au Guardian :[…] le combat portait sur des choses extrêmement importantes : il y avait pour moi l’art du roman, qui était important ; et au‑delà, la liberté de l’imagination, la grande question capitale et centrale de la liberté de parole et du droit des êtres humains à marcher sans crainte dans les rues jeu., 19 oct. 2017 23:44:11 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10522 acta Fiction historique & vérité romanesque http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10524 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10524/Rubino.jpg" width="100px" />Le volumineux ouvrage collectif dirigé par Gianfranco Rubino et Dominique Viart s’inscrit dans la continuité de nombreux travaux portant sur le roman français contemporain, et plus particulièrement sur « le fructueux dialogue noué entre la littérature et l’histoire, entre les écrivains et les historiens » (p. 29) — travaux auxquels ces deux chercheurs, italien et français, ont souvent pris part. La codirection qu’ils assument, le lieu d’édition, la forte présence de contributeurs italiens sont là autant de marques de la collaboration féconde dont cet ouvrage est le fruit. On connaît l’intérêt de D. Viart pour « la littérature française au présent1 » et les « nouvelles écritures littéraires de l’Histoire2 » ; celui de G. Rubino n’est pas moindre, qui anime l’équipe LARC (Laboratoire d’études sur le contemporain) de l’Université de Rome « La Sapienza », à l’origine de plusieurs ouvrages collectifs antérieurs3. Chacun d’entre eux signe ici, en plus de sa propre contribution, une introduction : l’une qui précise les contours du phénomène littéraire étudié, celui de « L’Histoire interrogée » par le roman, et propose un survol de l’ensemble des articles (G. Rubino), l’autre qui formule les problèmes théoriques posés par les échanges et la confrontation des disciplines, « La littérature, l’histoire, de texte à texte » (D. Viart). Car il y a des « questions en partage » (p. 34), les romanciers se heurtant à ces deux obstacles que sont le « comment dire ? » et le « comment savoir ? » (p. 29), les historiens ne pouvant plus, de leur côté, ignorer qu’ils sont confrontés à « l’usage de la fiction dans le dire de l’histoire » (p. 35) et donc à de semblables embarras. L’importance donnée à ce partage des questions se traduit par la fréquence des références à des travaux d’histoire sous la plume des contributeurs, mais aussi par la présence de deux historiens au sommaire de l’ouvrage, Patrick Boucheron et Stéphane Audoin‑Rouzeau, tous deux très sensibles aux aspects fictionnels de leur pratique. Parole est également donnée à des écrivains qui témoignent de leur manière propre de faire du roman avec de l’histoire, Anne‑Marie Garat, Alexis Jenni et Éric Vuillard. En tout, ce sont vingt‑cinq contributions qui sont réunies dans ce fort volume.Réunir & classer : nécessité & arbitraire des frontièresPour embrasser la diversité de ces contributions, sur le plan des approches, des thèmes, des œuvres étudiées, les directeurs de l’ouvrage les ont distribuées en quatre part ven., 20 oct. 2017 19:10:06 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10524 acta La genèse placée en abîme : l’atelier perpétuel de Lorand Gaspar http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10533 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10533/9782406069102FS.gif" width="100px" />« […] la foulée sourde des capillaires où s’enfle et se rétracte la méduse archaïque de la mémoire1 » : à ces mots de Lorand Gaspar dans Judée semble faire écho, en ses phases d’expansion et de rétractation, l’étrange monstre auquel l’immersion dans les archives du poète confronte le chercheur. Le livre dirigé par Anne Gourio et Danièle Leclair, publié par les éditions Classiques Garnier, marque un tournant dans la réception de l’œuvre de Lorand Gaspar dans la mesure où il invite pour la première fois de nombreux chercheurs, dont plusieurs spécialistes2 de l’œuvre, à se pencher sur sa genèse. Pourtant ce livre, en faisant rayonner genèse, ce mot incontournable de l’œuvre, littéralement et dans tous les sens, va beaucoup plus loin dans son déploiement que ce que son titre ne le laissait à priori envisager. En interrogeant tout autant les « archives » proprement dites que les différentes publications de chaque texte du poète, ses livres en commun avec les artistes, son dialogue avec la science et la philosophie, son œuvre photographique, l’espace des langues au carrefour desquelles les poèmes se déploient, les contributeurs du volume Lorand Gaspar, archives et genèse de l’œuvre interrogent l’approche génétique avant tout à partir de ses limites et de ses points de tension, pour s’orienter moins vers l’analyse de « la » genèse de cette œuvre que vers l’approche d’une « genèse des genèses », comme y invite Michel Collot (« Genèse d’une Genèse », p. 23‑38), en lointain écho au « désert des déserts » de Wilfred Thesiger3. En dépassant la quête incertaine de l’origine pour se tourner vers l’aventure d’une création continuée, les auteurs mettent en lumière, comme cela était apparu après la donation des archives d’André du Bouchet à la Bibliothèque Jacques Doucet4, que la parole poétique, lorsqu’elle s’affirme comme « la formulation momentanée », toujours à reprendre, « de l’expérience d’une réalité » (J.‑B. Bernard, p. 320), remet en question le sens même de la notion d’archive et n’envisage la possibilité d’une critique génétique que dans la rupture avec la téléologie de l’œuvre achevée, ce qui conduit à ne reprendre qu’avec de nombreuses réserves un terme comme celui d’« avant‑texte » (introduction d’Anne Gourio, p. 12) et à souligner qu’un vocabulaire critique « adéquat » (Marie Joqueviel‑Bourjea, p. 47) reste à inventer. Face aux archives : les gisements de Lorand GasparLe projet de ce livre naît dans la volonté de confronter la « pensée de la genèse » de Lora dim., 22 oct. 2017 17:14:09 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10533 acta Discordance des temps : la littérature face à la catastrophe http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10499 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10499/9782707329790FS.gif" width="100px" />Quiconque a déjà lu Pierre Bayard sait qu’il ne faut jurer de rien. Ses essais polémistes bernent joyeusement tous les horizons d’attente, renversent les acquis les plus solides par l’étude mi‑amusée mi-‑sérieuse d’un paradoxe, en nous laissant finalement tout étourdis. Son dernier ouvrage en date, Le Titanic fera naufrage, au titre pourtant prometteur des surprises habituelles — le Titanic n’a‑t‑il pas déjà coulé, pourquoi ce futur, à quel retournement doit‑on s’attendre cette fois‑ci ? — laisse à la lecture une impression dérangeante de déjà‑vu. Pour cocasse que soit cette sensation dans un livre qui traite de l’anticipation — le déjà vu, en effet, est l’actualisation dans le présent d’une situation dont nous avons eu l’intuition dans le passé, donc une forme d’anticipation1 — il faut rappeler que Pierre Bayard clôt avec ce dernier volume une trilogie consacrée à l’inversion des temps et aux phénomènes d’anticipation littéraire. Dans Demain est écrit puis dans Le Plagiat par anticipation, l’essayiste cherchait déjà des éclats du futur dans le présent dans la vie des auteurs, capables selon lui d’anticiper leur avenir, et dans une histoire littéraire et artistique entièrement revisitée faisant, entre autres, se côtoyer au Panthéon Fra Angelico et Jackson Pollock, le premier ayant supposément plagié le second. Une fois remis en perspective, il faut bien avouer que le troisième volume, cadet dans la famille de l’anticipation, ne bénéficie donc pas de l’effet de surprise entourant habituellement la parution du « dernier Bayard ». L’essai ne manque pourtant pas d’audace, qui repose sur une galerie d’exemples tous plus réjouissants les uns que les autres : attentats, naufrage, réchauffement climatique, séisme et attentats encore. À l’heure où le dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, est entouré d’une réception frôlant l’hystérie et où le climat ambiant ne peut pas tout à fait se défaire de la peur latente du surgissement, l’essai de Pierre Bayard qui, pourtant, exploite l’actualité vive et pressante de la catastrophe, ne fait pas mouche. L’audace reste toute contextuelle et ne se transmet pas à l’ambition théorique de Bayard, entre autre alourdie d’effets de répétition. Serait‑ce que le filon de l’anticipation est à bout de souffle ? Bayard a‑t‑il plagié Bayard ? Pour mimer d’emblée l’herméneutique que Bayard prescrit au lecteur attentif dans son essai — révèle donc le texte, lecteur, par une intertextualité à rebours, une chronologie littéraire inv sam., 14 oct. 2017 13:21:20 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10499 acta La préface comme « escorte » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10513 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10513/DsdMS02b.png" width="100px" />« Depuis bien longtemps l’on se récrie sur l’inutilité des préfaces – et cependant l’on fait toujours des préfaces. » Théophile Gautier, FortunioIl s’agit ici de rendre compte d’un ouvrage collectif publié sous la direction conjointe de Marie‑Pier Luneau et de Denis Saint‑Amand. Leur objet de recherche est la préface. Après en avoir rappelé la fonction rhétorique primordiale, à savoir la captatio benevolentiae, ainsi que l’archéologie du discours portant sur la préface, en l’occurrence l’étude des seuils par Genette en 1987, les différents articles de l’ouvrage sont répartis en quatre ensembles respectivement et successivement historique (« Poétique historique d’un discours d’escorte »), esthétique (« La préface comme lieu d’émergence et prise de position »), sociologique (« Enjeux éditoriaux et médiations ») et enfin formel (« Tours et détours de la préface »). Le projet d’ensemble de l’ouvrage collectif consiste à envisager la préface comme un « discours d’escorte ». D’origine italienne, le verbe scorgere signifie à la fois guider et accompagner. On propose donc de classer les différentes préfaces analysées selon qu’elles s’apparentent à des escortes de sûreté ou à des escortes de plaisir, conformément à l’amphibologie du terme directeur.L’escorte de sûretéLes escortes de sûreté varient en fonction du contexte historique. L’histoire de la préface commence ici au XVIIe siècle, grâce à François‑Ronan Dubois dans « Les préfaces des recueils d’Ana du XVIIe au XIXe siècle » et à Béatrice Brottier, « Le Travail du libraire dans les avis au lecteur des recueils collectifs de poésie au début du XVIIe siècle ». Le premier s’intéresse au genre des ana, c’est‑à‑dire les recueils de propos d’une personne célèbre, à l’instar des Swiftania, relatifs à l’auteur des Voyages de Gulliver. Il analyse la double stratégie de cette forme concurrentielle, à la fois plaidoyer pro domo et réquisitoire ad hominem autour de trois lieux communs : l’ethos — bonne ou mauvaise image de la personne citée —, authenticité ou caractère apocryphe des propos rapportés sans oublier utilité ou frivolité de la lecture du livre. La préface d’ana permet donc de défendre le livre, par anticipation, contre les attaques possibles. Le second chercheur s’intéresse à la manière dont la forme des « avis au lecteur » est travaillée par l’éditeur comme un discours de réclame. L’escorte de sûreté s’affaiblit ici momentanément. En ce qui concerne le XIXe siècle, Jean‑Pierre Bertrand, dans « Zola et l’inven lun., 16 oct. 2017 22:58:18 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10513