Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Fidèles infidèles : la traduction poétique par les poètes http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10405 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10405/Vinclair.gif" width="100px" />Si l’acte de traduction est en soi complexe et à bien des égards problématique, le cas particulier de la traduction poétique, on l’imagine, l’est à un degré extrême. Aux difficultés relatives aux significations, qui ne se recoupent que partiellement d’une langue à l’autre, s’ajoutent en effet celles qui tiennent aux propriétés matérielles et formelles de la langue et à la métrique propre à chaque tradition. Ces propriétés ne se retrouvent pas d’une langue à l’autre (par exemple, le vers français est syllabique, alors que le vers anglais est accentué) ; en même temps, elles concourent — si elles ne sont pas tout bonnement l’essentiel — à la dimension poétique d’un texte. Si bien que, si la traduction de prose est problématique, la traduction poétique semble, tout simplement, impossible.La quatrième de couverture de l’ouvrage de Christine Lombez s’ouvre d’ailleurs avec cette citation de Guillevic : « J’ai coutume de dire que la traduction des poèmes n’est pas difficile, qu’elle est tout simplement impossible, mais que l’homme n’a jamais réussi que l’impossible ». Si le travail du poète apparaît comme la solution de ce problème, il n’en pose pas moins de nouveaux problèmes : pourquoi le poète traduit-il ? Ses traductions appartiennent-elles à son œuvre ? Dans quelles mesures sa propre légitimité poétique l’autorise-t-elle à l’infidélité au sens littéral de l’œuvre traduite ? C’est l’existence de l’œuvre propre du traducteur qui vient brouiller le statut des traductions qu’il livre, comme l’écrit Chr. Lombez à propos de Rilke :Seule une critique « non immanente », , c’est-à-dire incluant des paramètres externes à la traduction elle-même (tels que l’œuvre personnelle du traducteur menée en parallèle, son univers intellectuel et culturel fait de rencontres et de lectures diverses), semble susceptible de rendre compte (ce qui ne veut pas dire légitimer) de ces textes atypiques car éminemment hybrides, dialogiques, et de les mettre à la place qui leur revient dans le système littéraire — à mi-chemin entre réécriture et traduction […]. (p. 259) Pour présenter ces questions, et en proposer des éléments de réponse, La seconde profondeur est organisée en trois parties : Chr. Lombez commence, dans une dissertation d’une cinquantaine de pages, par construire le problème de la traduction poétique, et la solution qu’y apporte le poète traducteur. Une deuxième partie de l’ouvrage déploie, à travers les portraits de poètes-traducteurs, une quinzaine de déclinaisons de la fi lun., 26 juin 2017 23:41:07 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10405 acta L’Asie de Paul Claudel http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10390 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10390/Bruckert.gif" width="100px" />Jacques Houriez entend avec cet ouvragedécouvrir l’itinéraire emprunté par le poète dramaturge en recherche de l’esprit de la Chine antique et dans sa quête jamais achevée d’une écriture nouvelle.Il n’a cessé, en effet, d’approfondir son contact avec l’Asie dans son interrogation du vide positif… (p. 9)Au départ et au centre de cette interrogation, qui sera incessante et évolutive, est le tao. Paul Claudel rencontre ce néant créateur pour la première fois en 1896, une décennie après l’illumination fondatrice de Notre-Dame et alors qu’il est consul à Shanghai. Sa pensée de la spiritualité orientale s’enrichit deux ans plus tard d’un voyage au Japon, et s’élargit dans les années vingt dans ce même pays, durant sept années d’ambassade. « Comme le vide est ce qui sépare pour unir, Claudel en structure son univers » (p. 10).Le poète et le dramaturge se laisse inspirer par le tao plus qu’il ne cherche à en respecter la conception exacte ni même à la reproduire dans ses œuvres. Il est d’ailleurs fidèle en cela au principe même du tao qui exige écoute et souplesse : pour qui sait le percevoir, le tao accompagne sans imposer. Claudel procède donc à son élargissement à une Asie personnelle et vécue : « La poésie créatrice, née du vide positif ne relèvera plus alors d’une nation, mais de l’Asie toute entière » (p. 11).J. Houriez suit l’expérience de Claudel au plus près, le mûrissement d’une pensée de et par l’Orient asiatique, sans pour autant négliger de remarquer que nulle évolution strictement linéaire – et encore moins ascendante — ne saurait être dégagée ici. Ainsi, son ouvrage déjoue la stricte chronologie tout en respectant le progrès d’une pensée. Tantôt annonce-t-il ce qui d’abord demeure en réserve, tantôt revient-il sur ce qui était en préfiguration ou préconception.On peut cependant repérer six jalons principaux, qui sont autant d’œuvres majeures, où le vide créateur a un rôle déterminant. Connaissance de l’Est (1900 puis 1907), Le Repos du septième jour (1901), Cent phrases pour éventails (1927 au Japon et 1942 en France), Le Soulier de satin (1929), Paul Claudel interroge le Cantique des cantiques (1948) et Emmaüs (1949). En sus de ces œuvres, chacune étudiée longuement, on peut citer La Ville (1893 puis 1901), Partage de midi (1906 puis 1949), l’Art poétique (1907), L’Ours et la Lune (1919) et L’Oiseau noir dans le Soleil levant (1929) où les empreintes asiatiques s’affichent clairement. Essais, théâtre, traités, recueils ou dialogues, nombreux sont d lun., 26 juin 2017 19:10:17 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10390 acta Le bijou, ce « miroir énergétique » de la littérature fin-de-siècle http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10394 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10394/Burin.gif" width="100px" />Le bijou, objet parfaitement décadent, est chargé d’ambiguïté ; il représente le malaise fin-de-siècle, mais ce « miroir énergétique1 » de l’homme renferme aussi des enjeux esthétiques, sexuels, sociaux, économiques et politiques : « le bijou se manifeste comme une construction littéraire en interdépendance et en discussion avec l’époque fin-de-siècle et sa semiosis sociale » (p. 18-19). Au-delà du caractère anthropologique de la parure et de l’importance ontologique du bijou, il est un signe à la fois problématique et polysémique qui anime les implications poétiques et sociopolitiques des œuvres ici à l’étude. L’ouvrage de Sophie Pelletier propose une analyse qui suit un schéma temporel : elle se penche principalement sur les trois dernières décennies du dix-neuvième siècle, en se focalisant autour du noyau dur de 1884 (À rebours de Huysmans, Le Crépuscule des dieux de Bourges, Monsieur Vénus de Rachilde, Chérie de Goncourt) mais en ouvrant aussi à Zola, Barbey d’Aurevilly, et jusqu’à Catulle Mendès, Félicien Champsaur et Jean Lorrain, dont les textes, selon S. Pelletier : « regroupent des figures, des thématiques et des façons de faire caractéristiques de l’époque fin-de-siècle » (p. 14). À travers l’étude du bijou dans la littérature finiséculaire, elle examine donc aussi bien le « texte des joyaux » que le « texte-joyau » — le bijou en tant que matériau de l’œuvre d’art. Un tour de force et d’horizon réussi pour l’excellent ouvrage de S. Pelletier, dont la structure dialectique (objet, corps, matière) permet, dans le même temps qu’une profusion de micro analyses détaillées, la création d’un véritable panorama du « roman du bijou fin-de-siècle ».Entre distinction sociale & bijou-chronotopeDans le roman fin-de-siècle, le bijou en tant qu’objet commodifiable s’avère d’abord être un signe de distinction sociale. À l’image des dandys exubérants et parés qui peuplent la littérature décadente, tels Monsieur de Phocas (S. Pelletier écrit même : « Phocas est un joyau », p. 29) ou Monsieur de Bougrelon de Jean Lorrain, le bijou symbolise une « recherche du rare, du singulier, de l’unique et de l’authentique » (p. 26). Il s’oppose ainsi à la reproduction mécanique et l’accumulation de copies d’objets luxueux trouvés dans les maisons bourgeoises du dix-neuvième siècle. Le bijou, c’est donc d’abord le pouvoir, la richesse, le désir et la jouissance (l’on pense d’ailleurs à l’importance des grands magasins et de la marchandise, notamment dans Au bonheur des dame lun., 26 juin 2017 19:14:22 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10394 acta De ville en ville (guide du routard littéraire québécois & acadien) http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10396 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10396/Jisa.gif" width="100px" />« Ville » provient de villa, signifiant, à l’origine, « ferme », « maison de campagne », donc « village », pour devenir ensuite « une agglomération urbaine formée autour d’une ancienne cité, sur le terrain d’anciens domaines ruraux », proche en cela de « vicus », qui désigne « un pâté de maisons, un quartier dans une ville, un bourg, un hameau » : rappelant l’étymologie du mot-clé du volume, Mireille Calle Gruber (p. 371) et Jean Levasseur(p. 468) illustrent ainsi l’évolution thématique du roman canadien au début du xxe siècle, du topos rural vers le topos urbain. La littérature canadienne s’ouvre à la thématique de la ville après la Seconde Guerre Mondiale, avec comme point de départ fictionnel le roman de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion. Depuis lors, elle ne cesse de s’enrichir en perspectives urbaines.Le volume coordonné par Anne-Yvonne Julien et André Magord recueille les contributions d’une trentaine de spécialistes dans les littératures québécoise et acadienne, s’attardant sur différents genres littéraires (roman, nouvelle, poésie, théâtre, essai, science-fiction, musique, etc.). Ils ont opté pour une organisation thématique qui permet des comparaisons beaucoup plus enrichissantes, faisant miroiter efficacement les facettes du « prisme » appliqué au regard porté sur la ville. Anne-Yvonne Julien anticipe, synthétise ou complète les grandes articulations du volume par des introductions utiles qui nuancent les articles des différents collaborateurs.Il nous semble juste que ce volume n’ait pas opéré une scission forcée entre les deux littératures qui apparaissent dans le titre, ce qui aurait conduit à une ségrégation non fonctionnelle au niveau des imaginaires. Les articles trahissent néanmoins des difficultés terminologiques que chaque contributeur essaie de résoudre à sa manière. Lucie Hotte propose ainsi de nommer les corpus acadien, franco-ontarien et franco-manitobain sous la forme généralisante de littératures franco-canadiennes. Nous considérons que l’appellation de littérature canadienne d’expression française est un concept politiquement correct (pour les lecteurs hors Canada, pour qui les frontières fédérales comptent moins que la valeur des textes lus), à compléter par l’indication de la province, si cela est important pour distinguer les topoï ou les particularités socio-historiques.Le mérite de ce volume consiste aussi à attirer l’attention, par cette focalisation organisatrice, sur le chronotope, afin de mieux réfléchir sur les particular lun., 26 juin 2017 19:17:04 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10396 acta Paysages des écritures de soi http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10366 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10366/Lefort-Favreau.gif" width="100px" />Dans le récent Fait et fiction (Seuil, coll. « Poétique », 2016), Françoise Lavocat, professeure de littérature comparée à l’université Paris 3, distingue deux positions théoriques possibles en ce qui concerne la supposée disparition des frontières de la fiction. Reprenant les termes de Thomas Pavel, elle postule qu’il y aurait une approche « ségrégationniste » caractérisée par une différence opératoire entre les écrits factuels et fictifs, et un « intégrationnisme » qui tend plutôt à rendre indistincte la séparation entre ces deux pôles. La position de Lavocat a le mérite d’être claire, voire tranchante : contre l’idée que les partisans de la première approche seraient les « gardiens rébarbatifs de la frontière d’un pays peu accueillant à l’égard de la diversité et du métissage1 », elle souscrit à un « différentialisme modéré » et aspire à démontrer dans sa monumentale somme « l’existence et la nécessité cognitive et politique des frontières de la fiction2 ».Si le Dictionnaire de l’autobiographie, coordonné par Françoise Simonet-Tenant, professeure de littérature française à l’Université de Rouen, n’a pas à proprement parler de visée polémique, il se positionne néanmoins dans ce débat dont Lavocat pose les termes. Ce dictionnaire partage les vertus éthiques et politiques de la distinction nette entre fait et fiction identifiées par Lavocat. Mais si cette dernière explore la variété des mondes possibles de la fiction, les nombreux collaborateurs de Dictionnaire de l’autobiographie recensent pour leur part les écritures de soi de langue française et définissent avec précision la « spécificité du champ non-fictionnel » (p. 8).Catégories, typologiesL’ouvrage est présenté en introduction comme le « bilan de plusieurs décennies de réflexion théorique, plus de quarante ans après la parution du Pacte autobiographique (1975) de Philippe Lejeune » (ibid.) et comme un examen des avancées critiques dans le domaine des études autobiographiques. Le projet de Fr. Simonet-Tenant ratisse large, trouvant ses racines jusqu’à l’Antiquité, où les écrits intimes adoptent des formes radicalement différentes qu’à l’époque contemporaine mais témoignent d’un semblable souci de soi.Les 450 entrées du Dictionnaire,qui sont suivies d’une brève bibliographie, montrent la variété des phénomènes considérés, ainsi que l’ambition des découpes historique et géographique adoptées. Pour le dire en un mot : l’entreprise est vaste et inclusive. Fr. Simonet-Tenant évoque dès l’introduction le m sam., 10 juin 2017 16:13:28 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10366 acta Libertine slow reading ou lectio difficilior potior http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10367 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10367/Cavaillé.gif" width="100px" />Dans les récits du début de l’époque moderne qualifiés de libertins, il arrive des choses bizarres, incongrues, choquantes, mais aussi y rencontre-t-on des micro-évènements, des métaphores anodines, des rapprochements inattendus, de simples allusions qui, si l’on accepte de ralentir la lecture, de revenir sur ses pas et de relire en tenant compte à la fois du contexte resserré de l’œuvre même et du contexte large de la culture scientifique et philosophique contemporaines, ouvrent à des interprétations, conjecturales certes, mais excitantes pour l’esprit, pour l’imagination et — pourquoi non ? — pour les sens…On peut passer sans s’arrêter, en lisant que Francion, dans le fameux roman éponyme de Charles Sorel, déclare à un gentilhomme qui lui propose de l’héberger dans son lit après une malencontreuse blessure à la tête : « … je m’en irois plutost la nuict volontiers couché tout à plat sur un lict qui ne pourroit branler si tout l’Univers estoit en mouvement… » (cité p. 70). Mais en effet, est-ce la tête ou la terre qui lui tourne ? « L’univers », au xviie siècle, veut souvent dire le globe terrestre… Et, en effet, ce n’est pas parce qu’on ne la sent pas bouger, que la terre entière n’est pas en mouvement, selon l’enseignement de Copernic. Frédéric Tinguely pose ainsi le doigt sur une possible, voire probable allusion copernicienne dans le roman (p. 71). Le lecteur que je suis est invité à son tour à s’interroger : que Sorel ait voulu suggérer que non seulement la terre, mais bien « tout l’univers », comme l’affirme Bruno (on sait que Sorel l’avait lu), est en mouvement et que relativement, en chaque point du monde, on puisse se sentir immobile.Dans les États et empires de la lune, Cyrano de Bergerac se rend coupable d’une bien grossière distraction scientifique En effet, lors de sa première tentative d’ascension vers la lune, le héros, emportée par ses fioles de rosée, monte à la verticale, mais du fait de la rotation de la terre se retrouve en Nouvelle France. En fournissant ainsi une fausse preuve en faveur de la nouvelle astronomie copernicienne et galiléenne, les commentateurs de Cyrano ont invoqué l’erreur ou l’inattention (p. 122). Cyrano « était-il dans la lune ? » demande plaisamment Fr. Tinguely. Il ne le croit pas, il s’agit plutôt pour lui d’une « fausse distraction [qui] doit alors être considérée sur un plan stratégique et interrogée de près, dans sa signification profonde » (p. 129). Cyrano montre un « univers où se trouve pleinement réconcili sam., 10 juin 2017 16:30:21 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10367 acta « La seule vérité réellement vraie, c’est la littérature » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10368 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10368/Deguin.gif" width="100px" />Les trente-neuf contributions qui constituent les mélanges offerts à Jean Garapon, édités par Christian Zonza et intitulés Vérités de l’histoire et vérité du moi, forment une dense entreprise d’exploration des relations qu’entretient l’individu avec l’histoire, qu’il choisisse de faire le récit de sa propre vie, ou de faire œuvre de fiction. « Vérités de l’histoire et vérité du moi » sont en perpétuelle tension : l’impératif de véracité dans les récits personnels, de réalisme ou de vraisemblance dans la fiction se heurte constamment à l’éventail des vérités possibles, rêvées, réinventées par le mémorialiste, l’autobiographe, l’épistolier, le poète ou encore le romancier. En effet, cet ouvrage qui entend embrasser l’empan des questionnements qui furent au cœur des travaux de J. Garapon pour lui rendre hommage, ne s’arrête pas aux genres du moi ni aux écrits dits du for privé, comme son titre pourrait le suggérer. Trois grandes parties de trois sous-parties chacune explorent littérature et morale, écriture de l’histoire et portraits de femmes, et font cohabiter Voltaire, la Grande Mademoiselle, Thomas Hardy, Corneille, Louise de Savoie, Stendhal, Charlotte Duplessis-Mornay, et d’autres encore. L’application de questionnements récurrents dans les travaux des spécialistes des genres de l’intime à d’autres champs de la littérature permet de renouveler l’interrogation dialectique à l’œuvre entre vérité personnelle — et donc mensonge ? — et vérité historique. Traiter la fiction et la non-fiction dans un même mouvement, sans considération de siècle ou de genre littéraire permet de réinvestir efficacement la porosité des catégories littéraires, entre fiction et réalité, entre auteur et instance narratrice. À Marc Fumaroli qui postulait naguère que les « mémoires [étaient] au carrefour des genres en prose1 », ce collectif semble répondre que les genres, en prose ou non, se trouvent tous au carrefour d’une mémoire et d’une culture qui, pour être personnelle, ne manque pas d’être aussi historique.Mentir pour dire le vraiPour parler de vérités, les contributeurs de cet ouvrage partent bien souvent de patents mensonges, des hiatus qui viennent concurrencer le principe de réalisme des œuvres, notamment autobiographiques. Pour mentir, le texte comporte toutefois en lui-même une vérité dissimulée, contenue dans les desseins de l’écrivain. Ainsi Marie-Christine Gomez-Géraud met-elle en évidence les arrangements du père Boucher avec la vérité dans son Bouquet sacré, et montr sam., 10 juin 2017 17:24:43 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10368 acta Rives & dérives du récit http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10371 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10371/Poisson-Gueffier.gif" width="100px" />Cette étude intervient, dans le parcours de recherche de son auteur, à la suite d’un grand nombre de publications consacrées à l’Estoire del Saint Graal, envisagée dans une perspective rhétorique, poétique et stylistique1. L’Estoire, à laquelle Michelle Szkilnik a également consacré une monographie d’importance2, peut être conçue comme un seuil du Lancelot-Graal dont la visée est de « couvrir de l’espace et de créer des itinéraires qui cartographient l’avancée vers l’ouest de ces premiers chrétiens et de leur foi » (p. 7). L’Estoire est conjointement un récit de fondation et un « élément central de la dynamique qui nous fait lire le Lancelot-Graal comme un cycle » (p. 8). En ce sens, l’auteur s’applique, à l’instar de M. Szkilnik, à restituer à l’Estoire sa profondeur symbolique et sa portée poétique, largement éreintées par Ferdinand Lot et Jean Frappier au nom d’un principe d’imperfection narrative (« faible et vraiment ennuyeuse »3, l’Estoire ne livrerait que « platitudes édifiantes »4). Cette mise au ban procède de surcroît du « lourd cahier des charges qui est le sien […] : rapporter l’origine de la geste arthuro-graalienne et (sembler) programmer le parcours qu’elle adopte dans les récits qui constituent le reste du cycle » (p. 12).L’introduction pose ainsi les singularités de l’Estoire, « roman de seuil » travaillé par la réécriture des modèles bibliques, et fondamentalement hétérogène. Le discours de la méthode qui préside à l’écriture de l’étude tient à manifester « l’articulation, ou pour mieux dire, l’alliage, qui s’effectue entre la nature fictionnelle de l’Estoire et les modèles d’énonciation, de représentation et de signification que ce récit emprunte aux textes fondateurs du christianisme et à leurs commentaires » (p. 15). L’auteur privilégie une approche qui voit dans le corpus arthurien une « littérature consciente d’elle-même », séparée « de la sphère de l’édification religieuse » (p. 17). Cette optique disqualifie irrémédiablement les approches purement théologiques réduisant la portée spécifiquement littéraire du roman. En un miroir des traits dynamiques et mouvants attribués à l’Estoire, l’auteur organise sa réflexion et l’ordonnancement capitulaire de son étude autour de quatre verbes, « Recommencer », « Instaurer », « Fonder », « Accroître », qui reflètent avec acuité le dessein narratif et poétique de l’Estoire.Prégnance du prologueLe premier chapitre, « Recommencer », évoque les « procédures d’initialité » (p. 24) qui forment la ma sam., 10 juin 2017 17:31:35 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10371 acta Ce je-ne-sais quoi poétique dont le cinéma est le nom : rêveries & projections fantasmatiques des poètes de la modernité sur le cinéma http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10377 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10377/Froidefond.gif" width="100px" />Poésie & cinéma, à la recherche d’un itinéraireAlors que les travaux sur les relations entre la littérature et les arts fleurissent depuis quelques décennies, le cas particulier des liens entre la poésie et le cinéma a longtemps fait figure de parent pauvre. Cette lacune est en partie réparée grâce au livre de Nadja Cohen, Les Poètes modernes et le cinéma (1910-1930), dont la publication constitue un jalon décisif dans l’exploration d’un champ critique encore peu défriché.Malgré quelques publications stimulantes (notamment les travaux de Philippe Ortel, Olivier Belin, Catherine Soulier ou, plus précisément pour la période du début du xxe siècle, de Francis Ramirez1), les études sur la réception poétique du cinéma restent en effet « curieusement parcellaires et incomplètes2 », comme l’a fait remarquer Jan Baetens dans son compte rendu de l’ouvrage. Et si les rapports des surréalistes au cinéma ont donné lieu à plusieurs travaux, la période qui précède restait jusque-là inexplorée.Pour N. Cohen, c’est la jeunesse du medium cinéma qui explique, avant même 1924, la fascination des poètes pour cet « art neuf et jeune, sans reconnaissance institutionnelle, ni même critique », mais aussi le « désert critique » qui l’accompagne, sans doute entretenu par Breton qui n’hésitait pas à minorer les expérimentations menées dans les années 1910, qu’il jugeait inabouties et puériles. Prenant le contrepied de ces discours, N. Cohen montre qu’une véritable fascination pour le cinéma et une intelligence pour ce medium est sensible en amont du surréalisme, comme en témoignent notamment le scénario d’Apollinaire, La Bréhatine, écrit en collaboration avec André Billy, et les recherches d’Albert-Birot. C’est ce qui conduit la chercheuse à faire le choix d’une optique générationnelle, qui lui permet de faire entendre des voix moins connues, comme celle d’Albert-Birot ou de Benjamin Fondane, et d’intégrer dans son corpus des revues, comme Les Soirées de Paris, SIC ou Nord-Sud.L’ampleur et la variété du corpus pris en considération sont d’ailleurs l’un des premiers mérites de ce travail. Au corpus littéraire, mêlant des textes de nature diverse écrits par des poètes (articles théoriques, récits fictionnels, poèmes, scénarios et formes aux contours plus floues), s’ajoutent des textes d’artistes et de cinéastes écrits à la même époque (ceux de Jean Epstein notamment dont on redécouvre l’importance cruciale), mais aussi de philosophes et de sociologues de la modernité. Cette divers lun., 12 juin 2017 19:49:10 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10377 acta Amplitudes poétiques http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10383 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10383/Reymond.gif" width="100px" />Parce qu’elle s’attaque à un corpus généralement relégué en marge des études littéraires qui peinent à y appliquer leurs outils, Gaëlle Théval fait dans Poésies ready-made, ouvrage remanié d’une thèse de doctorat, un travail théorique nécessaire, semblable en cela à celui développé récemment par Marie-Jeanne Zenetti dans son remarqué Factographies1. Contrairement à cette dernière notion, qui avait l’avantage d’articuler approche formelle et discursive s’agissant de ces littératures factuelles, documentaires, qui travaillent hors des formes d’énonciation dominantes, celle de « poème ready-made » que propose G. Théval pour étudier des objets qui peuvent en être proches2 se laisse saisir avant tout par son caractère historique et générique — étant entendu qu’il s’agit d’une problématique au croisement de la littérature et des arts visuels.Elle se situe ainsi résolument dans le cadre de la « critique intermédiale » (p. 10), transposant la notion de « ready-made » au domaine littéraire à la faveur du constat que certaines pratiques poétiques semblent s’inscrire dans le prolongement du geste de Duchamp, et ce de façon exponentielle (« le ready-made étant une pratique vivante, et vivace, dans le champ de la poésie contemporaine ») alors même que la critique ne semble toujours pas désireuse d’en saisir les conséquences. Si la notion de « ready-made » y est effectivement peu employée, c’est d’abord que les objets en question sont eux-mêmes peu étudiés et ne sont pas parvenus au même degré de visibilité institutionnelle qu’aux États-Unis où, dans le sillage de Marjorie Perloff (défenseure tenace du conceptual writing), cette pratique qui assimile poésie et objet trouvé est désormais bien intégrée dans les usages et les études sur la poésie contemporaine. Cette pratique attendait un discours critique à sa mesure dans le pays de Duchamp, et on ne peut que se réjouir que cela soit chose faite avec cet ouvrage de G. Théval, qui ouvre plus de pistes qu’elle ne cherche à donner de réponses définitives, offrant la possibilité d’un dialogue qu’on espère durable à partir des outils qu’elle a contribué à mettre en avant.Échantillons, méthodes & résultatsLe premier objectif de ce livre est de définir ce qu’est un « poème ready-made », en se fondant sur l’histoire complexe du terme dans le champ de l’art, au gré de son appropriation par des héritiers divers et parfois contradictoires. Ce flou définitionnel est étudié par G. Théval, qui en observe les diverses implications e lun., 12 juin 2017 20:04:57 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10383 acta « J’écris donc je copie » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10386 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10386/Baetens.gif" width="100px" />S’agissant de présenter Kenneth Goldsmith (1961) au public francophone, deux grands écueils se présentent d’emblée. Le premier consiste à déplacer l’attention du livre à l’auteur – un phénomène dans tous les sens du terme, déjà connu par un certain public (dans le monde universitaire hexagonal, Goldsmith a rapidement acquis un vrai prestige, que n’a pas entamé la polémique américaine sur son traitement du rapport d’autopsie de Michael Brown, le jeune homme tué à la suite d’une bavure policière raciste), mais encore très peu lu, en dépit des efforts des éditions Jean Boîte. Ces dernières ont sorti coup sur coup (ou plus exactement créé coup sur coup, car il s’agit de travaux inédits comme tels en langue américaine) deux livres importants : d’abord Théorie (500 textes – poèmes, pensées, récits courts – publiés sur 500 feuilles, réunies sous la forme d’une ramette de papier), puis Against Translation. Displacement Is the New Translation (une réflexion critique « contre » la traduction, proposée en huit versions – anglais, français, espagnol, allemand, chinois, japonais, russe et arabe – réunies sous boîtier). Ce sont d’ailleurs les mêmes éditions qui préparent actuellement la publication en langue française, due à François Bon, de Uncreative Writing. Il faut espérer que, dans les débats d’ordre théorique, le messager (Goldsmith) ne soit jamais confondu avec le message (les livres de Goldsmith et sa contribution à la théorie d’une nouvelle forme d’écrire).Le second risque serait de se limiter au seul livre soumis à la lecture, si singulier et scandaleux soit-il en apparence. Ce serait oublier l’exceptionnelle cohésion de la trajectoire de Kenneth Goldsmith, qui fut sculpteur avant d’être fondateur d’une archive numérique, ubuweb, qui fait toujours référence dans le domaine des productions d’avant-garde, textes, sons et images confondus (http://www.ubuweb.com/), et qui fut surtout praticien (animateur d’émissions radiophoniques, auteur, performeur, enseignant) avant de se transformer en théoricien de l’uncreative writing, c’est-à-dire d’une forme d’écriture qui généralise et systématise le principe fondamental de la copie, dans l’acception la plus violemment matérielle du terme qui soit. À cet égard, il ne suffit pas de dire – oserais-je préciser : de « répéter » ? – que la copie est l’ennemi juré de n’importe quelle méthode ou théorie de creative writing (le mot français « atelier d’écriture » semble rapidement faire place au terme américain). En régime de cre lun., 12 juin 2017 22:21:24 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10386 acta Itinéraire intellectuel & spirituel d’un francophoniste http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10349 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10349/Clavaron.jpg" width="100px" />L’ouvrage de Charles Bonn, Lectures nouvelles du roman algérien, se présente comme un « essai d’autobiographie intellectuelle » qui tente de repenser son itinéraire de chercheur travaillant sur un corpus largement ignoré à ses débuts. Le livre – un livre‑somme – réunit des articles publiés à diverses périodes de sa vie, regroupés en chapitres, amorcés par une introduction synthétique et efficace, et terminés par une page « en guise de conclusion » qui opère une révision des analyses anciennes à l’aune des perspectives nouvelles d’études critiques.Dissémination postmoderneExamen de conscience, auto‑analyse à la crête de mots non dénuée de repentir, l’essai constitue en même temps un résumé des approches critiques des littératures des indépendances dans les pays fraîchement décolonisés. À la perspective anthropologique des commencements ‑ envers d’un engagement quasi sartrien pour la reconnaissance d’un nouveau corpus littéraire ‑, succède une lecture plus soupçonneuse, comme frappée du démon de la théorie, qui traque le paternalisme sous‑jacent à ce type d’herméneutique, indice d’un essentialisme déguisé. Le critique part désormais en quête de la littérarité, sujette à la crise du sens et s’originant dans une perte, souvent liée au caractère sacrificiel de l’entrée dans la langue française pour l’écrivain algérien. L’écriture de Kateb Yacine, auteur devenu canonique, participe donc d’un tragique originel : c’est par la perte du sujet créateur que la littérarité se réalise. Charles Bonn évacue l’idéologie naïve de ses premières lectures, frappées par un binarisme de mauvais aloi, pour souligner la productivité par la perte, l’efficience du déplacement et de la délocalisation, et la force épistémologique de l’inattendu tant dans la création que la réception des grands romans algériens.Le volume s’organise en quatre axes qui correspondent à autant de problématiques de recherche de Charles Bonn. La première section s’interroge sur la production de l’histoire et la constitution d’une identité nationale par le roman, problématique typiquement postcoloniale. La guerre d’Algérie, fondatrice de la nation, constitue pourtant un thème rare dans le roman algérien car la mémoire de cette guerre a été à la fois phagocytée par le régime de Boumédiène et transfigurée dans le personnage emblématique et légitimant du moudjahid, produit par le discours d’État. Charles Bonn remet également en cause le présupposé anthropologique du marxisme‑léninisme à propos de la non‑historic lun., 29 mai 2017 12:56:25 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10349 acta Roland Barthes, lettre vive http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10348 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10348/Fougerouse.jpg" width="100px" />« Écrire une lettre à un mort »Esthéticien1, théoricien de l’art, poéticien du récit et des genres, Jean‑Marie Schaeffer se révèle dans sa Lettre à Roland Barthes épistolier de commande et égotiste malgré lui. L’ouvrage a paru en 2015, année du centenaire de la naissance de Roland Barthes, en pleine effervescence éditoriale et critique2. Au seuil de cette lettre adressée à l’auteur de Critique et Vérité, Jean‑Marie Schaeffer ne cache pas ses réticences devant la tâche que Thierry Marchaisse lui a confiée. Cette réserve s’énonce comme un paradoxe liminaire dont le double bind traverse et travaille l’écrit épistolaire : comment « écrire une lettre à un mort » ? Comment satisfaire à l’injonction énonciative de l’adresse en dépit de l’évidente « incongruité » (p. 7), ou de l’apparente « impossibilité ontologique » (p. 11) de l’exercice ? La deuxième personne (ici, le vous), à la différence de la troisième, note Jean‑Marie Schaeffer, est « rétive à la fictionnalisation » (p. 7). À l’inverse du dispositif autofictionnel programmé par la célèbre épigraphe3 du Roland Barthes par Roland Barthes, Jean‑Marie Schaeffer n’a d’autre choix que d’assumer les « engagements ontologiques » (p. 8) du je convoquant un « vous en moi » (p. 11). Adresse in absentia donc, comme l’est toute lettre, y compris amoureuse, à ceci près que la communication n’est plus seulement différée mais irrémédiablement unilatérale, sans réponse possible, sans horizon. Au demeurant, l’allocution fonctionnerait comme « opérateur d’existence » (p. 9) : mi‑fictive, mi‑réelle, la lettre devient alors le lieu d’une présence‑absence, espace « tératologique » (p. 13) placé sous le signe de la dénégation et pourquoi pas du « théâtre vécu »4 — croyance se sachant (ou se croyant) croyance. S’adresser à Roland Barthes, c’est l’« évoquer », l’« appeler à soi » et même, pour peu que l’on ait foi dans la magie de la langue, le « faire (re)venir à soi […] dans et par le discours » (p. 13). « Vous en moi » : quel scripteur et quel récepteur investiraient ces shifters pour qu’ils ne restent pas formes vides, lettre morte ? Ni étudiant ni disciple de Roland Barthes, ni même barthésien, Jean‑Marie Schaeffer concède qu’il n’a pas connu son destinataire posthume. Le scripteur est ici un lecteur — posture éminemment réversible. L’épistolier substitue à la chronologie historique une temporalité imaginaire dans laquelle la figure d’un Roland Barthes rajeuni, intempestif, aux « contemporanéités multiples » (p. 21) serait so lun., 29 mai 2017 12:45:01 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10348 acta Le témoignage, contre la démémoration & l’oubli http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10354 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10354/Témoigner.jpg" width="100px" />PréambuleLe numéro double de la revue Europe (1041‑1042), paru en février 2016, présente un dossier dont l’intitulé, « Témoigner en littérature », constitue autant une provocation que l’annonce d’un questionnement ouvert. A priori, on est tenté de voir, dans un tel assortiment, une combinaison contradictoire, l’un de ces tandems qui voudraient concilier deux domaines incompatibles : le témoignage écrit, celui qui documente l’Histoire et le secteur judiciaire, n’est-il pas, avant tout, dépositaire, ou pour le moins documentaire ? Que viendraient faire les récits circonstanciés d’exactions et de crimes en Littérature ?En partie programmatique, la réponse apportée par Frédérik Detue et Charlotte Lacoste, qui ont coordonné le dossier, pose que « le témoignage consacre une rupture radicale avec la doctrine de l’autonomie de l’art héritée du romantisme », incitant par ce biais « à un réexamen critique de certains crédos contemporains relatifs à l’absolue liberté d’invention de l’artiste, à la déliaison de l’éthique et de l’esthétique, ou encore à la réduction de la littérature à la fiction » (résumé).Au sens critique, on ne peut disconvenir du fait que les controverses et les analyses portant sur les récits de témoins se sont multipliées depuis les années 1980. Tel est le cas en sciences humaines et sociales, où l’on voit qu’en plus des personnes – selon l’approche biographique qui semble privilégiée en sociologie (Michael Pollak et Nathalie Heinich, 1986) – , tout témoigne, du photogramme et de la simple note aux comptes rendus d’instruction. Les lieux eux-mêmes, variablement commémoratifs, ont aussi une portée testimoniale, comme nous invitent à l’admettre plusieurs domaines du savoir académique, parmi lesquels l’Histoire, bien entendu, mais également la socio-anthropologie, l’ethnographie et la philosophie (cf. Michèle Gellereau, 2006, p. 63 ; Julien Mary, 2012). Cette diversité d’approches et d’objets de recherche se reflète dans les nombreuses parutions traitant ces questions : outre les ouvrages collectifs portant sur la thématique du témoignage, dont celui coordonné par Dominique Legallois, Yannick Malgouzou et Luc Vigier (2011), on pense au numéro 71 de Communication (2001) sur « le parti pris du document », au chapitre de Banquet (24, 2007) sur « l’histoire revisitée », au dossier de Critique (726, 2007) sur les liens entre histoire et mémoire, et bien entendu au numéro de Geste, paru en automne 2006, sur « l’acte de témoigner ».Dans le domaine de la li lun., 29 mai 2017 13:16:59 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10354 acta Propagation diffuse http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10355 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10355/coste.jpg" width="100px" />On était dans une avide disposition vis‑à‑vis de cette publication résultant d’un séminaire conjoint de deux centres de recherche rémois, en raison, d’une part, de son titre, et, d’autre part, de l’interdisciplinarité annoncée. C’est souvent en effet à partir des tâtonnements et de l’élaboration de ce que j’appelle un « paraconcept », comme l’hospitalité, le singulier, le rhizome ou la constellation, qui nous force à penser dans les entre‑deux de la littéralité et de la métaphoricité, du concret et de l’abstrait, du dénoté et du connoté, qu’une heuristique peut s’exercer le mieux et que, parfois, une émergence advient. Dans son avant‑propos, Alain Trouvé souligne qu’on peut « envisager [la résonance] au sens propre de l’effet acoustique », mais qu’elle « s’entend […] aussi, par métaphore, comme l’interprétation au sens large du terme ou au sens plus précis de l’écoute analytique. » (p. 7) Mais, dès cette première et sans doute trop rapide étape de déblayage sémantique, il est apparent que la frontière entre littéralité et métaphoricité de la résonance est pour le moins poreuse, outre qu’elle est difficile à tracer, dès lors que l’on emploie le mot « effet », lui‑même remarquablement ambigu, entre matérialité et subjectivité : l’effet d’un médicament sur un corps vivant, ou de l’exposition au soleil sur un corps chimique instable, n’a guère qu’une relation analogique avec l’effet d’une déclaration d’amour sur son destinataire, avec l’effet‑fiction ou le mauvais effet d’une tenue vestimentaire socialement inappropriée. Peut‑être aurait‑on dû se demander, justement, si toute « résonance » lectorale ne tient pas dans un tel jeu et dans l’impossibilité pour le lecteur de l’arbitrer définitivement et sans reste, comme il en va aussi de la polysémie active constitutive de la littérarité.L’ouvrage est organisé en trois parties, de longueur et d’ambition inégales : « I. Résonance, fiction et vérité ; II. Harmonie/dissonance, d’une langue à l’autre ; III. Arrière‑texte et résonance », et doté, in fine, d’une petite bibliographie, très majoritairement française. Fiction, traduction et interprétation intertextuelle en sont les mots‑clés respectifs. Je suivrai d’abord assez fidèlement cet ordre de présentation d’un matériau arrangé selon trois activités littéraires distinctes en tant qu’elles sont toutes censées relever de la « lecture » — quel que soit le sens précis donné à ce terme suivant les cas. Je réserverai à la seconde et conclusive partie de ce compte rendu u lun., 29 mai 2017 13:21:30 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10355