Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta <em>De censura librorum </em>: quand l’Église condamnait les classiques du xix<sup>e</sup> siècle https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10929 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Le présent ouvrage résulte d’une thèse consacrée à la censure ecclésiastique, intitulée Index romain et littérature française au xixe siècle. Les motifs de censure des fictions à la lumière des archives de la Congrégation de l’Index et soutenue en 2007 en Sorbonne sous la direction d’Antoine Compagnon. Comme l’indique son sous-titre, il correspond à la première partie du travail de doctorat de l’auteur, consacrée aux procédures de l’institution juridique que fut l’Index ; un second livre proposant une lecture des jugements émis par l’Index en tant que forme de critique littéraire doit suivre1. Ce travail se présente comme une somme volumineuse — surtout si l’on songe au deuxième ouvrage à paraître — et livre un travail approfondi et scrupuleux sur le sujet ainsi que le prouve son appareil critique fourni. Il se compose de trois parties générales d’inégale longueur que deux annexes importantes viennent compléter2.L’Index ou le tribunal de la littératureDans son introduction (p. 13-29), Jean-Baptiste Amadieu précise d’abord ce qu’il convient d’appeler « Index ». Ce dernier se définit de trois manières possibles : le catalogue des livres condamnés par l’Église, l’institution du Saint-Siège qui assure l’organisation de ce catalogue ou encore l’ensemble juridique des pratiques propres à l’exercice de la censure ecclésiastique. Dans tous les cas, la prohibition des livres établie n’est pas une censure stricto sensu puisque si son usage se veut contraignant, il reste d’ordre spirituel et que, loin de s’appliquer par la force, il repose sur un libre assentiment des personnes. Puis l’auteur contextualise son travail en établissant la liste des œuvres de fiction françaises mises à l’Index entre la Révolution et la réforme léonine de 1897-1900, et il explique pourquoi des écrivains pourtant attendus, tels que Musset, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, n’y figurent pas. Enfin, après avoir explicité les documents d’archive sur lesquels son étude s’appuie — documents souvent lacunaires3 —, il annonce le plan de l’ouvrage.La première partie, « L’Index avant le xixe siècle » (p. 31-74), se compose d’un seul chapitre : « La censure ecclésiastique, de l’imprimerie à l’âge romantique ». Elle entend faire remonter le propos jusqu’à la Renaissance pour rappeler comment s’institua l’Index librorum prohibitorum et quels en étaient les buts et les moyens, afin de mieux problématiser son action sur le lectorat français du xixe siècle. S’ajoutant au contrôle de l’imprimerie dont l’expa dim., 22 avril 2018 22:19:24 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10929 acta Du (d’)après comme point de départ https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10928 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10928/Unknown.jpg" width="100px" />Ne vois pas ici, lecteur, le symptôme de la panne d’inspiration, mais celui du succès, jusqu’à l’épuisement, d’une œuvre tenue en haute estime par l’auteur ! Quoique puisse laisser penser son nouveau titre, le livre n’est pas un autre trop peu autre ; il est le même transcendé1.L’œuvre littéraire est mouvante. « La publication n’a jamais scellé le destin d’un texte » (p. 157). Voilà ce que nous apprend d’emblée la lecture d’Après le texte. De la réécriture après publication, le numéro 44 de la revue Genesis, paru en 2017. Composé de textes réunis et présentés par Rudolf Mahrer, le dossier est scindé en six sections : « Enjeux », « Études », « Entretien », « Inédit », « Varia » et « Chroniques », qui explorent la pratique de la réécriture des œuvres déjà publiées.L’ambition de ce numéro est double : poser les jalons « d’un regard proprement génétique sur la réécriture après édition » (p. 13) et montrer que « le phénomène est irréductible à quelques cas spectaculaires : la réécriture après publication connaît en effet des pratiques régulières » (p. 12). C’est le cas, depuis 1830, des romans publiés d’abord en feuilleton dans la presse (une pratique qui remonte à La Vieille Fille de Balzac, paru dans La Presse en 18362), des écrivains qui s’auto-traduisent (on pense sans doute à Beckett, auto-traducteur et « jongleur » de l’écriture à deux langues), ou encore des dramaturges qui adaptent leur pièce d’une représentation à l’autre.S’intéressant plus particulièrement à la phase pré-éditoriale (« [de la] fabrication […] de l’objet à diffuser » (p. 10) et post-éditoriale (« de la transformation d’un objet écrit […] ayant déjà fait œuvre, mais devenant néanmoins autre texte de l’œuvre », ibid.), la critique génétique, selon R. Mahrer, a jusqu’ici marginalisé3 ces deux moments qui, méritent un plus grand intérêt. D’autant plus que la génétique a longtemps pris la mise en circulation des œuvres pour point final à leur processus d’élaboration. Or, les transformations créatives que l’on peut apporter à une œuvre ne prennent pas toujours fin avec la première (ou la deuxième, troisième…etc.) publication. On peut alors se demander : que peut-on changer à une œuvre déjà finie et entre les mains du public ? Et pourquoi modifier ? Comment expliquer ce genre d’interventions post-éditoriales ? C’est à ces questions que tentent de répondre les différents articles ici réunis.L’éditeur, l’auteur & son texte : une création à plusieurs ?La contribution d’Alberto Cadioli4 sur l’ dim., 22 avril 2018 11:28:37 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10928 acta L’hydre Saussure https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10910 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10910/73946.png" width="100px" />« Saussure n’a pas publié ce qu’il a écrit et n’a pas écrit ce qui a été publié sous son nom » (p. 8) : tel est le constat « quelque peu provocateur » posé par Michel Arrivé dans l’introduction à Saussure retrouvé. Il rappelle que Ferdinand de Saussure n’est pas l’auteur du Cours de linguistique générale(CLG), pas plus qu’il n’a souhaité publier ses écrits. À sa mort, en 1913, deux collègues, Charles Bally et Albert Sechehaye, entreprennent « une reconstruction, une synthèse1 » des trois cours de linguistique générale, donnés de 1906 à 1911 à l’Université de Genève. Ils colligent ainsi les « ébauches2 » du linguiste et les notes de cinq étudiants avec pour résultat l’ouvrage que l’on connait, le célèbre CLG, publié en 1916, qui aura sur la linguistique et sur les mouvements structuralistes du xxe siècle une importance sans équivalent, en France notamment.Mais le constat d’Arrivé va trop loin, comme il le reconnaît d’ailleurs lui‑même : Saussure a de son vivant publié deux livres au moins3. À quoi il faut ajouter un peu moins de trois cents pages d’articles, tous repris dans le Recueil des publications scientifiques de 1922. C’est bien peu, souligne M. Arrivé, qui voit chez le linguistique une tendance progressivement affirmée à l’expression réduite, mais c’est assez pour rappeler, si besoin était, que l’autorité de Saussure ne commence pas à sa mort.Bally et Sechehaye n’inscrivant pas leur nom en couverture du CLG, Saussure n’aurait donc « pas écrit ce qui a été publié sous son nom ». Lorsque dans les années 1960, on commence à exhumer les écrits non publiés du linguiste, on découvre qu’ils ne correspondent pas tout à fait à son héritage. Dans le dernier article du recueil, « Saussure dans les grammaires françaises », Arrivé montre ainsi que c’est dans l’entre‑deux‑guerres que les thèses saussuriennes commencent à être fixées dans le monde universitaire, bien qu’elles ne fussent pas encore enseignées à l’école. Cela correspond grosso modo à la thèse de Tullio de Mauro selon laquelle le canon saussurien aurait été établi entre 1930 et 19504. Un livre ébranle durablement cette vulgate : Les Sources manuscrites du cours de linguistique générale, publié en 1957 par Robert Godel, qui, comme son titre l’indique, vient mêler au fil rouge du Cours l’écheveau des manuscrits conservés.Une ligne de fracture se dessine ainsi entre ceux qui ont le CLG pour seule source, et ceux qui se réfèrent aux sources manuscrites. On trouve dans le premier groupe Hjelmslev et Merle mar., 17 avril 2018 08:06:45 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10910 acta Une visite guidée de l’histoire : Rome face à ses mythes au cinéma https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10908 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Une visite guidée de l’histoire : Rome face à ses mythes au cinémaLa belle collection « Histoire, Textes, Sociétés » de l’Harmattan vient de s’enrichir avec ce nouveau titre Rome et l’Histoire. Quand le mythe fait écran1, essai stimulant et réussiqui revisite l’exploitation sans frontière de ce référent décidément inusable. Efficacement relancé cette fois par la magie de productions cinématographiques où la mise en scène des arcanes du pouvoir donne à voir sans concession la violence des acteurs et des rapports sociaux, il interroge sans relâche les ressorts de la domination et du rêve d’Empire immortalisé par le Roman way of life rhabillé à la mode hollywoodienne. Le pari pourtant n’était pas peu risqué de s’embourber dans l’évidence de voies parallèles tant de fois frayées. D’Autrefois à Maintenant : le couvert est garni sur la riche table du passéL’ouvrage se propose de répondre, et le fait souvent avec subtilité et brio, à la question lancinante Pourquoi se référer au passé, sur laquelle reviennent aussi Michèle Riot‑Sarcey et Claudia Moatti2. Question plurielle au demeurant qui porte ici aussi sur le comment, dévoilant les enjeux et ressorts d’une histoire vivante qui ne saurait vivre au seul rythme des commémorations codifiées et puise efficacement aux détours du roman de l’histoire. Si, comme le développe l’introduction (p. 11‑22), d’emblée référée avec bonheur à l’apport magistral de Walter Benjamin sur l’écriture de l’histoire et les régimes d’historicité, la question du rapport du mythe à l’histoire, notamment quand il s’agit de Rome, est loin d’être neuve, il n’en va pas de même pour les choix, loin d’être si évidents, qui prévalent dans l’exploitation du mythe, des mythes, tels qu’ils se sont construits dès l’Antiquité et réactualisés au fil de leur fabrication millénaire. Suivre l’élaboration du mythe et le travail sur le mythe, telle est bien la portée heuristique de la lecture et de l’argumentaire proposés dans ce décryptage croisé. Le discours des auteurs, habilement construit en chants amœbées, suit, sur quelque 300 pages, la conjugaison serrée d’« Autrefois et Maintenant » où elles font dialoguer érudition savante et représentations filmiques, construction romaine des mythes du pouvoir – à laquelle s’attache la première partie (p. 25‑87) – et réappropriations contemporaines à l’aune d’adaptations mass‑médiatiques, objet de la seconde partie (Le mythe à l’écran, Rome rhabillée en péplum, p. 89‑224), dans une dialectique servie par la magie lun., 16 avril 2018 08:23:26 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10908 acta « Mais le duel n’est qu’une cérémonie » https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10899 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10899/78540.jpg" width="100px" />« Mais le duel n’est qu’une cérémonie. Tout en est su d’avance, même ce que l’on doit dire en tombant. » Stendhal, Le Rouge et le Noir1. Lorsqu’on parle de duel, le romanesque s’impose mais la narration s’indispose. Tel est le constat d’Uri Eisenzweig qui a relevé dans un vaste corpus de la littérature du xixe les traces du duel, présent en pensée, absent en faits, évoqué partout, décrit nulle part. Cette confrontation privée, qui s’est substituée au combat judiciaire (public) à partir de la fin du xvie siècle, se répand dans les rangs de la noblesse puis de la bourgeoisie au xviie siècle. Malgré son interdiction par le roi Charles IX dès 1566, l’indulgence à l’égard des duellistes sera plus ou moins grande, selon les monarques. Dès ses débuts, le duel se plaçait en dehors du collectif : hors du temps (très tôt le matin), dans un lieu peu fréquenté, au‑dessus des lois. Un honneur souillé, un rendez‑vous au petit matin, dans la brume, loin des regards indiscrets, deux hommes face à face, visage pâle, regard sombre… Le duel, et plus particulièrement le duel tel que le conçoit xixe siècle post‑napoléonien, a quelque chose d’éminemment romanesque. Le code d’honneur qu’il implique et dont il découle à la fois, cette façon de demander réparation, de ne pas accepter un outrage, si infime soit‑il, sans riposter, donnent l’impression qu’il s’agit d’une intrusion du roman dans la vie réelle, du panache dans le quotidien. Pourtant, et c’est l’idée générale de cet essai, il y a peu de duels véritablement aboutis, pour ne pas dire aucun, dans la littérature du xixe siècle. De nombreux duels y sont évoqués, certains sont esquissés, mais il est presque impossible de trouver un duel complet, respectant toutes les règles propres à cette rencontre dans un roman. L’auteur de cet essai va même plus loin et affirme que plus la narration est cohérente, plus est évanescent le duel auquel elle prétend faire référence. Quelle serait la raison de cette absence, de cette « dimension narrativement fugitive » (p. 9) de l’acte lui‑même que constitue le duel ? Le « code du duel »En 1836, le Comte de Chatauvillard fait paraître son Essai sur le duel. Il s’agit d’un véritable code du duel, qui couvre tout, de la question de l’offense en passant par les armes, tenues, nombres de témoins autorisés, jusqu’aux mouvements requis ou permis sur le terrain. Français, Russes, Italiens, Allemands et Espagnols : tous suivront désormais ce code qui compile les données de plusieurs ouvrages antérieurs dim., 15 avril 2018 10:52:49 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10899 acta <span style="background-color:#ffffff;">Mai 68 décentré</span> https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10902 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10902/83213.jpg" width="100px" />Comme tous ceux qui paraissent dans la série Études françaises, le très beau volume dirigé par Julien Lefort‑Favreau et Jean‑François Hamel se distingue d’emblée, il faut le souligner tant ce plaisir de l’objet a force d’invitation plus grande encore à la lecture, par une qualité de présentation visuelle remarquable. Photographie de Cartier‑Bresson en couverture, clarté d’un sommaire qui privilégie la pensée longue plutôt que la multiplicité des articles : entrons, donc.Ce recueil célèbre le cinquantenaire des « événements » de 1968, et ne manque pas de rendre hommage aux publications importantes de ces dernières années sur la question1. D’emblée toutefois, il adopte une perspective volontairement décalée, et appréhende son objet dans ses contradictions et ses zones moins connues pour en défiger l’image. Surtout, il fait le pari de renouveler le regard que nous portons sur « les événements » en décentrant les perspectives littéraires traditionnelles. Les articles, largement inscrits dans une perspective sociologique ou historique2, sont d’une densité remarquable. Ils interrogent les représentations — internes et externes, contemporaines et postérieures, centrales et venues des marges — des événements de mai, et les différents récits par lesquels on en serait venu à saisir ceux‑ci.  La stratégie des auteurs est donc celle du déplacement, du pas de côté, sous plusieurs formes : historique, méthodologique, épistémologique.Il s’agit d’abord de se défaire des chronologies trop restreintes au profit d’une périodisation longue : on parlera tantôt des années 68 (pluriel de rigueur), perçues comme un « cycle de mobilisation » (p. 8) amorcé pendant la guerre d’Algérie et étendu jusqu’aux années 70, tantôt du « long 68 » (sur l’impulsion de l’historien britannique Eric Hobsbawm et de son concept d’un « long dix‑neuvième siècle »). Mai 68 se voit ainsi réintégré à une histoire de long terme, quand on a trop souvent pris l’habitude de considérer ce printemps‑là comme une aventure sans lendemain (littéraire, politique). Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette impression de désertion de Mai par la littérature : la plupart des parutions qui font état des événements sont tardives et souvent fragmentaires (Leslie Kaplan, Olivier Rolin, Mathieu Riboulet), sans doute à cause d’un effet d’histoire littéraire où les débats esthétiques des années 60 avaient écarté les formes de l’engagement politique au profit du formalisme (Dominique Viart). Les contributions de ce recueil p dim., 15 avril 2018 13:50:51 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10902 acta Comprendre les enjeux de mémoire contemporains https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10864 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10864/84359.jpg" width="100px" />Enjeux de mémoire, enjeux de sociétéDans un entretien retranscrit dans la deuxième livraison de la revue Mémoires en jeu1, Philippe Mesnard demande à Gayatri Spivak de réagir à une série de termes : culture, raison, postcolonial, mémoire, touriste. G. Spivak se prête au jeu, mais elle bute sur le mot « mémoire » : « Celui‑ci est difficile. Je ne peux pas produire une réponse rapide là‑dessus2 » (n°2, p. 34). Mémoires en jeu est née précisément de cette difficulté, liée non seulement à « l’extraordinaire propension des phénomènes mémoriels à se disséminer dans une multitude de pensées et d’actions humaines » (n°2, p. 4), mais aussi, bien sûr, à la place prépondérante qu’occupe la mémoire dans les sociétés actuelles. Conflits de mémoire, abus de mémoire, passion patrimoniale, post‑mémoire, amnésie, négation… sous le refrain faussement consensuel du « devoir de mémoire » se dissimulent des affrontements politiques, des débats historiques, des polémiques esthétiques sans fin. Expliquer les enjeux de ces débats contemporains, c’est l’ambition d’une revue qui souhaite « établir des passerelles entre le monde de la recherche et de la société » (n°1, p. 4).Cette ambition suppose de s’adresser à un public dépassant l’auditoire spécialisé des publications universitaires. La revue, dont les contributeurs sont dans leur immense majorité des chercheurs et des intellectuels, s’en donne les moyens en adoptant la présentation d’un magazine. Sur papier glacé et en grand format, chaque numéro propose des articles illustrés de photos en couleurs, des entretiens avec des artistes ou des chercheurs importants, ou encore un portfolio sur un lieu de mémoire. L’autre signe manifeste de cette dimension hybride – entre revue scientifique et magazine – est l’attention prêtée à l’actualité. Actualité de la culture, d’abord, puisque chaque numéro s’ouvre avec une rubrique consacrée aux spectacles, livres, films, expositions et autres créations relatives à la mémoire. Actualité politique, ensuite, par le prisme des commémorations, qu’il s’agisse du centenaire de la Première Guerre mondiale (n°1, entretien avec N. Beaupré et A. Rasmussen), de l’édification controversée d’un musée (n°2, à propos du Musée de la Deuxième Guerre mondiale à Gdansk), ou encore de la mémoire immédiate des attentats parisiens de 2015 (n°4, dossier « Mémorialisations immédiates »). Actualité de la recherche, enfin, grâce aux nombreuses recensions d’ouvrages (rubrique « Comptes rendus ») et à la passionnante sect sam., 31 mars 2018 13:58:00 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10864 acta Les voies plurielles de l’écriture viatique française & francophone https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10883 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10883/81694.jpg" width="100px" />Guillaume Thouroude nous présente avec La Pluralité des mondes. Le récit de voyage de 1945 à nos jours une vision critique de la pluralité des pratiques, des méthodes et des écritures qui caractérise le récit de voyage français et francophone contemporain. L’analyse détaillée d’un corpus particulièrement hétérogène a permis à l’auteur de cerner les lignes de force récurrentes d’un genre protéen et à première vue hybride, sur lequel la vague de décolonisation des années après‑guerre a profondément jeté le soupçon. Ainsi, l’ouvrage met en premier lieu en évidence la tendance du récit de voyage à entrer dans un dialogue stimulant avec les savoirs issus des sciences humaines et sociales : non seulement l’ethnographie, dont on connaît l’interaction fructueuse avec la littérature des voyages grâce aux travaux de Vincent Debaene1, mais aussi la philosophie (Sartre, Deleuze), la sémiologie (Barthes), ainsi que les différentes réflexions sur le lieu et l’espace qui ont alimenté le « tournant spatial » des sciences humaines. En deuxième lieu, l’approche chronologique de G. Thouroude identifie le genre du récit de voyage, de manière parfois inattendue, comme un important moteur d’expérimentations formelles et de renouvellement de l’écriture, malgré son caractère au fond plutôt conservateur. Sur le plan purement critique, en troisième lieu, on constate que l’auteur s’inscrit assez systématiquement en porte‑à‑faux avec les prises de position de la critique postcoloniale anglo‑saxonne, très présente dans la bibliographie secondaire. L’évolution du récit de voyage se joue en effet sur fond de décolonisation et de dénonciation du goût pour l’exotisme et l’orientalisme qui caractérisait les grands reportages de l’entre‑deux‑guerres. Mais contrairement au consensus critique établi, qui a pu signaler un véritable tarissement du genre dans l’immédiat après‑guerre, G. Thouroude souligne qu’il s’agit tout au plus du changement de paradigme radical d’un genre qui n’a cessé d’évoluer et de se renouveler, en marge des genres plus prestigieux.Enjeux génériques : l’ancrage factuel du récit de voyageLa question du genre est effectivement le socle sur lequel s’arc‑boute cette étude, et dont le premier chapitre élucide les tenants et aboutissants. L’auteur y circonscrit les notions polysémiques de « voyage », « récit de voyage » et « littérature des voyages », et précise son objectif d’accorder une identité autonome au genre du récit de voyage. Ainsi, il se positionne à contrecourant d ven., 06 avril 2018 10:11:07 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10883 acta L’iconographie de l’<em>Ovide moralisé </em>& les métamorphoses du sens https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10888 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10888/78958.jpg" width="100px" />L’ouvrage de Françoise Clier‑Colombani, s’il rassemble les fruits de plus de vingt années de recherches, ne s’inscrit pas moins dans la tendance actuelle de la médiévistique, qui cherche à ouvrir le dialogue entre les différentes disciplines qui la composent (histoire, littérature, histoire de l’art, philosophie, etc.). Ce que nous propose l’autrice, à savoir une étude des liens entre le texte et les images dans l’Ovide moralisé, implique de fait une double méthode — celle du littéraire et celle de l’historien de l’art —, mais elle implique aussi et surtout l’adoption d’un regard qui n’est pas orienté. Sans pour autant favoriser explicitement l’étude du texte au détriment de celle de l’image, la tentation serait de considérer cette dernière comme un élément secondaire, comme la simple « illustration » d’une proposition narrative et allégorique dont la force résiderait dans sa dimension textuelle. D’entrée de jeu, F. Clier‑Colombani postule au contraire qu’il importe d’accorder aux miniatures « la même “valeur” qu’au texte et [de] considérer que dans chaque manuscrit s’établit une subtile dialectique entre ces deux formes expressives qui s’éclairent et se répondent » (p. 15). C’est donc dans une oscillation bienvenue entre des constats généraux et une attention minutieuse aux détails propres à chaque codex que l’historienne de formation questionne les rapports que le texte entretient avec les images, dans la mesure où ces deux composantes de l’œuvre médiévale participent également à la création du sens. F. Clier‑Colombani souligne à ce sujet le lien consubstantiel entre imagines et imaginatio : l’image réelle résonne dans la mémoire et se fait « médiatrice entre […] le monde des realia et celui du rêve » (p. 16). L’enjeu est alors de « comprendre ce qui se joue dans la pratique de la contemplation et de la lecture » (p. 9) pour cette œuvre dont le fond païen et mythologique doit inévitablement être adapté aux réalités chrétiennes de l’époque — et la grande richesse de l’ouvrage est sans doute d’avoir démontré le rôle joué par l’image dans cette entreprise de moralisation du texte ovidien, à travers l’importante récupération d’un vocabulaire iconographique chrétien. L’ouvrage de F. Clier‑Colombani, qui dépasse largement la simple recension ou typologie, permet de faire le point sur un aspect fondamental de l’Ovide moralisé, les études de son iconographie se limitant jusque‑là à des examens de cas précis, essentiellement traités dans des articles ponctuels1. ven., 06 avril 2018 10:17:00 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10888 acta Antoine Compagnon : le démon de la théorie et le diable chiffonnier https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10891 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />L’ouvrage de l’historien de la littérature Antoine Compagnon est l’aboutissement de ses cours donnés au Collège de France en 2015-2016 sous le titre « Les chiffonniers littéraires, Baudelaire et les autres » et portant sur la pratique du chiffonnage dans la société et la littérature françaises du xixe siècle. Par définition, le chiffonnier est celui qui fait le commerce de vieux chiffons, de vieux objets le plus souvent ramassés dans la rue, mais également de déchets en tous genres qui, une fois recyclés, serviront de matière première à la production d’autres marchandises. Il est ainsi, nous rappelle A. Compagnon, un acteur majeur de la révolution industrielle, laquelle affecte tout particulièrement la littérature, puisque les chiffons que récupéraient, entre autres choses, les chiffonniers et dont ils tirent leur nom, servaient ensuite à la pâte dont on tirait le papier où s’imprimaient livres et journaux, avant qu’un autre procédé utilisant le bois ne remplace progressivement l’usage du chanvre et du chiffon à partir du milieu du xixe siècle.C’est sûrement pour cette raison que la figure du chiffonnier a pu si naturellement apparaître aux yeux des écrivains comme celle d’un semblable, d’un frère, située qu’elle était à l’autre extrémité, la plus basse et la plus vulgaire, de la production littéraire. Si la pratique du chiffonnage est plus ancienne et perdure même avec les bohémiens de notre époque contemporaine, pour qui le cabas rafistolé a remplacé la légendaire hotte, quand ce n’est pas la remorque ou le modeste camion benne acheté d’occasion, le « grand âge » du chiffonnage, nous rappelle encore A. Compagnon, s’étend peu ou prou « entre les années 1820 et les années 1870 » (p. 424), c’est-à-dire des débuts de l’industrialisation et des grandes innovations de l’imprimerie, en passant par les travaux d’Haussmann, l’installation d’égouts modernes à Paris,l’invention de la voirie publique, pour finir par celle de la poubelle, terme tiré à la fin du xixe siècle du nom du préfet Eugène Poubelle qui en popularisa l’usage, lequel signa la fin des chiffonniers. C’est ainsi que[le] chiffonnier de Paris fut l’homme à tout faire, le maître Jacques du xixe siècle, à la fois rôdeur inquiétant des faubourgs, agent essentiel des progrès de l’industrie, et figurant coloré des arts et des lettres. (p. 9)Une démarche baudelairienneSi A. Compagnon s’est intéressé à cette période du chiffonnage, des années 1820 aux années 1870, c’est aussi parce qu’elle couvre l’existenc ven., 06 avril 2018 15:44:10 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10891 acta « Partout et nulle part » : le cadavre parlant https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10895 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Les cadavres de Villon, peut-être les cadavres parlants les plus connus de la littérature française, ne se confessent pas : ils en appellent à l’identification du lecteur, ils demandent de la compassion et représentent notre destin commun. Ces pendus, ces corps ballants, sont à la fois des criminels punis et des victimes de la justice humaine et de la nature. Le narrateur fait figure de memento mori, nous rappelant notre propre mortalité tout en évoquant (pour le lecteur moderne) un moment de l’histoire française où la présence des cadavres faisait partie de la vie quotidienne — que ce soient les pendus dans l’espace public ou les défunts dans l’intimité du foyer.De même, les cadavres abordés par Maud Desmet dans Confessions du cadavre. Autopsie et figures du mort dans les séries et films policiers ne se confessent pas non plus au sens strict. Ici, il s’agit plutôt du cadavre « qui confesse silencieusement et métaphoriquement la faute d’un autre : le criminel dont il a été la victime » (p. 8). Si la confession depuis Augustin ou même Rousseau se fait plutôt dans la vie et au sujet de la vie du locuteur, les « confessions » dont parle M. Desmet nous informent plutôt de la mort — le comment, le pourquoi, le qui – et surtout de l’attitude des survivants vis-à-vis de ces corps-devenus-objets. Car ce qui intéresse M. Desmet, c’est la manière dont ces dépouilles nous parlent de notre société à l’époque contemporaine.Considérant les fictions policières populaires comme des créations culturelles et de divertissement qui reflètent les sociétés contemporaines qui les produisent, nous envisageons qu’à travers celles-ci percent naturellement les inquiétudes, les angoisses, souvent inconscientes, qui les traversent. (p. 12‑13)D’après des postulats proposés par le philosophe Maxime Coulombe, M. Desmet va « considérer le cadavre fictionnel comme "analyseur de la société contemporaine" et comme "symptôme de ce qui taraude la conscience de notre époque" » (p. 12). Mais quelles sont les inquiétudes et les angoisses qui « taraudent » notre époque ? Quels sont les aveux que le cadavre pourrait nous confesser ?Le corps omniprésentL’accumulation des cadavres dans les séries et les films, comme l’atteste la longue liste que développe M. Desmet au cours de son livre, démontre non seulement la grande quantité de corps morts à l’écran aujourd’hui mais aussi l’objectivation du cadavre dans les représentations visuelles contemporaines. Dans les premiers chapitres ven., 06 avril 2018 15:45:05 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10895 acta Le paradigme Angot, ou la fin des haricots ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10871 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />22 novembre 2014. L’écrivain Éric Vuillard est l’invité de Laurent Ruquier sur le plateau du talk show « On n’est pas couché », pour évoquer Tristesse de la terre, son dernier titre en date qui lui avait valu, à l’époque, le prix Joseph Kessel1.De manière assez cocasse, un roman qui détaille les origines tragiques de l’industrie du divertissement — le texte est consacré au Wild West Show et au sort sordide réservé aux Indiens dans les mises en scène de Buffalo Bill — trouve donc sa publicité dans des logiques elles-mêmes spectaculaires : format cadenassé (Vuillard s’excuse de répondre trop longuement), scénographie inquisitoriale (l’écrivain comparaît face à ses « juges », dont l’un est présenté comme le « Lucky Luke du journalisme »), goût affirmé pour le pathos (le chroniqueur Aymeric Caron reproche à Vuillard, l’air grave, de ne pas avoir davantage insisté sur le génocide des Amérindiens), revendication d’authenticité (l’acteur Michel Boujenah, également présent sur le plateau, glisse une tirade corporatiste opposant les intérêts mercantiles à la « sincérité » des grands artistes), et surtout, divertissement à tout prix (en clôture de l’entretien, Ruquier tapote sur sa bouche en mimant le « wouh-wouh-wouh » des Indiens). Ainsi, lorsque Vuillard explique que l’alternative pour les Amérindiens était « soit de travailler pour le Wild West Show, soit de vivre une vie très précaire », on se demande s’il n’en est pas désormais de même pour l’auteur contemporain, forcé de jouer son propre rôle sur les plateaux télévisés.La séquence est donc une parfaite petite mise en abyme de la « grammaire du spectacle » qui pèse sur les écrivains, comme Vincent Kaufmann s’attache à le montrer dans Dernières nouvelles du spectacle. Ce que les médias font à la littérature. L’hypothèse principale défendue par l’ouvrage pourrait être résumée comme suit : soumise aux impératifs de l’économie de l’attention depuis le milieu des années 1970 — ce sont les débuts de l’émission Apostrophes, présentée par Bernard Pivot —, la figure de l’auteur s’est trouvée, du moins en France2, progressivement défaite de toute autorité, sommée de se profaner à grands coups d’exhibition médiatique et autobiographique, acculée à se soumettre aux diktats d’un public toujours plus puissant. Ces transformations auraient donc non seulement affecté le capital symbolique de l’écrivain, mais aussi la qualité des textes les plus lus et promus (p. 73, 80, 90), ainsi que l’autorité de la critique littéraire. C’e mar., 03 avril 2018 09:34:57 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10871 acta Littérature & écologie. Lire le XIX<sup>e</sup> siècle pour repenser le monde contemporain https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10875 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Si la littérature s’est certainement toujours occupée de la nature et des effets de l’activité humaine sur l’environnement, la recherche littéraire aborde généralement le sujet pour soulever les implications politiques de l’écriture littéraire, c’est-à-dire les outils que celle-ci propose pour penser le monde, ses problèmes, et des solutions éventuelles. Le caractère politique du discours proprement écologique, quant à lui, a longtemps été tenu à l’écart par les classes dirigeantes et les idéologies au pouvoir, avant de parvenir à se faire reconnaître comme une véritable pensée alternative dans les années 19701. C’est le potentiel politique de ces deux discours, littéraire et écologique, que l’essai de Bertrand Guest, Révolutions dans le cosmos. Essais de libération géographique : Humboldt, Thoreau, Reclus fait se rencontrer de façon transversale. À ce premier axe comparatiste s’ajoute une approche interdisciplinaire du fait que les trois œuvres du corpus conjuguent chacune deux catégories d’écriture, « littéraire » et « scientifique ». Rappelons que Alexander von Humboldt (1769‑1859) était un explorateur, naturaliste et géographe allemand, considéré comme le père des sciences naturelles ; qu’Élisée Reclus (1830‑1905) était aussi géographe, également connu comme théoricien anarchiste français ; et Henry David Thoreau (1817‑1862) un naturaliste et un philosophe américain. Dédicacé à la mémoire de Rémi Fraisse2, l’ouvrage avertit d’emblée son lecteur qu’au-delà de la réflexion théorique menée par l’étude, l’élément politique des deux discours considérés concerne avant tout les choix de vie les plus élémentaires de tout un chacun. C’est ainsi par le politique que l’auteur énonce son double projet : « Les présentes recherches portent sur les liens qui se dessinent au xixe siècle entre la nature, les sciences et la littérature qui s’y consacrent ainsi que l’idée de liberté politique. » (p. 11).Corpus & méthodologieVersion remaniée d’une thèse de doctorat – soutenue en 2013 à l’Université de Bordeaux Montaigne –, l’essai se lit comme le résultat d’un travail de recherche ambitieux et de longue haleine. Sa lecture est quelquefois ardue et il arrive que le propos connaisse des phases de stagnation, témoignant néanmoins de l’émergence d’une pensée originale tout au long de l’écriture. Le lecteur initié aux exercices académiques appréciera l’exigence structurelle que l’auteur a pris soin de respecter, à la lecture des introductions, des conclusions et des transi mar., 03 avril 2018 09:35:49 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10875 acta Deux hommes de goût https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10867 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10867/82377-1.jpg" width="100px" />La belle « Bibliothèque stendhalienne et romantique » des éditions de l’Université de Grenoble s’est enrichie d’un nouveau titre avec ce Stendhal et Winckelmann, fruit de la collaboration franco‑allemande engagée autour d’un colloque international qui s’est tenu à Grenoble en mai 2013 à l’initiative du Centre d’études stendhaliennes et romantiques et de la Société Winckelmann, à l’occasion du xxe anniversaire du jumelage entre les villes de Grenoble et de Stendal, qui abrite le musée Winckelmann. Événement qui a donné lieu à deux ouvrages collectifs : l’un, en langue allemande, Stendhal und Winckelmann. Stendhal in Deutschland1, édité par la Société Winckelmann, et le présent volume, qui réunit neuf contributions en français de spécialistes reconnus de Stendhal, lesquels mettent logiquement prioritairement à profit l’Histoire de la peinture en Italie (1817), qui concentre les réflexions esthétiques de Stendhal, accumulées dès 1811, à la suite de l’éblouissement provoqué par l’observation directe des chefs‑d’œuvre de la Renaissance ou de l’art baroque, sur cette terre italienne qui en est saturée.De fait, jalon majeur où Stendhal se déprend du discours d’escorte de l’érudition qui étouffe l’œuvre (p. 49) pour poser un regard neuf parce que personnel sur un patrimoine culturellement consacré, l’Histoire de la peinture en Italie esquisse les linéaments d’une théorie du goût qui passe par la discussion des thèses venues de Winckelmann sur le beau idéal, dans ses modalités antique et moderne (livres IV à VI), un beau idéal dont la dictature normative est récusée, actant l’historicisation des catégories esthétiques tout en infléchissant l’histoire de l’art dans un sens résolument égotiste et qui ouvre sur ce que Jacques Rancière devait plus tard caractériser comme le « régime esthétique de l’art », « régime de perception, de sensation et d’interprétation » qui inaugure « une forme d’expérience spécifique » (p. 16) qui consiste, ainsi que le rappelle Muriel Bassou, à « faire sentir les arts » pour « redonner la vue aux aveugles » (p. 47). Et qui remet l’histoire en marche en actualisant, comme allaient le faire, quelques années plus tard, pour le théâtre, les deux versions de Racine et Shakespeare, la critique du goût, indexée sur la notion de plaisir — du texte comme des yeux — et dépouillée de toute prétention à l’universalité. Aussi bien, et quitte à gauchir en systématisant abusivement la pensée de Winckelmann, quitte aussi à minorer sa dette à son égard, Ste dim., 01 avril 2018 10:32:56 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10867 acta Olivier Rolin et Günther Anders : regards croisés sur le monde https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10858 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10858/79978.png" width="100px" />Le « monde » dans l’œuvre de Rolin & d’AndersLe projet du livre est de présenter, dans deux dossiers, un ensemble critique des œuvres d’Oliver Rolin et de Günther Anders. Les contributeurs proposent de mettre en lumière la conception et le rapport au monde chez deux auteurs inclassables qui appartiennent à deux domaines de création et à deux espaces géographiques différents du xxe siècle. Dans leur ensemble, ils démontrent qu’aucun des deux ne saurait être rangé sous une étiquette précise. Les deux longues bibliographies que comportent les articles de présentation des dossiers – p. 10‑11 pour Rolin et p. 165 en note pour Anders – témoignent de la complexité de leurs corpus respectifs. En effet, Olivier Rolin est un écrivain qui ne manque pas « d’expérimenter une manière ou une forme nouvelle » (p. 9), mais aussi un ancien maoïste, ancien journaliste et traducteur. Lorsque Christian Garcin, dans son « abécédaire pour Olivier Rolin » conclut avec un « Rien à la lettre Z – histoire de terminer face à l’océan » (p. 42), il souligne aussi la difficulté de caser l’auteur et son œuvre dans une seule catégorie. Günther Anders est pour sa part philosophe, anthropologue et poète. Son œuvre, comme le défend Macaeli Latini, « participe autant du domaine littéraire que du domaine philosophique » (p. 225). Leur parcours biographique et les diverses facettes de leurs œuvres occupent une place déterminante dans leur façon d’appréhender le monde. Les contributeurs du premier dossier montrent ainsi queCe qui hante Olivier Rolin, outre la puissance de certains paysages [le voyage], la mémoire des livres et la nostalgie de quelque amour perdu, ce sont des moments d’acmé historique où une grande espérance avorte, où une utopie généreuse accouche d’une tragédie ou, plus banalement, de la désillusion. Ce vertige de la défaite, cette « énigmatique puissance de l’échec » nourrit une mélancolie profonde, comme si Olivier Rolin portait encore, au‑delà de ses années militantes, « le deuil de la révolution » (Prière d’insérer).Dans le second dossier, ils aboutissent à la conclusion selon laquelle Günther Andersest un philosophe qui a d’abord pensé le monde qui nous enveloppe, celui que nous avons domestiqué (dans son anthropologie), puis qui s’est interrogé sur le devenir de l’univers physique, de la nature (à partir de ses réflexions sur les révolutions industrielles) et de la Terre (à partir de ses réflexions sur la menace d’une apocalypse nucléaire). (Idem)Cartographie des cont dim., 25 mars 2018 11:37:41 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=10858