Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Intertextualités aragoniennes, ou l’aventure d’un réalisme expérimental https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9955 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9955/74242 - copie.png" width="100px" />J’imite. Plusieurs personnes s’en sont scandalisées. La prétention de ne pas imiter ne va pas sans tartuferie, et camoufle mal le mauvais ouvrier. Tout le monde imite. Tout le monde de le dit pas1.La préface d’Aragon pour Les Yeux d’Elsa (1942) pourrait servir d’exergue à l’ouvrage collectif dirigé par Dominique Massonnaud, spécialiste du réalisme et des théories de la représentation, et Julien Piat, stylisticien dont les travaux font le lien entre littérature et linguistique. Aragon imite en effet, les autres mais aussi lui-même, jouant sans cesse avec le réemploi de certains textes et de certains motifs. Visant à « éclairer la genèse d’une œuvre protéiforme » (p. 7) qui procède à la fois par remaniements récurrents et par expérimentations renouvelées, les différentes contributions abordent ainsi la « fabrique » romanesque aragonienne sous l’angle de l’inter- et l’intratextualité.L’ambition n’est pas totalisante : la plupart des articles se concentrent sur l’étude d’un seul roman (deux sont exclusivement consacrés à Blanche ou l’oubli), voire d’un seul aspect de l’intertextualité déployée dans telle ou telle œuvre. Si cet éclatement entrave nécessairement un aperçu général de la question2, il permet une grande précision d’analyse. L’éclairage est partiel mais il montre à quel point le réemploi est l’un de ses ressorts majeurs de l’écriture romanesque aragonienne, l’organisation chronologique du recueil soulignant la permanence du procédé. Les collages des années 1920 qui constituent dès l’origine le roman en espace de confrontation des discours, la réécriture romanesque « de parlures socialement marquées ou de fait divers » (p. 16) dans LeMonde réel, la réflexivité revendiquée dans les romans plus tardifs qui dérivent au gré des insertions et des digressions : toutes ces modalités de la citation et de la réécriture justifient l’angle d’analyse adopté par le recueil, qui se livre moins à « une savante et traditionnelle critique des sources et des filiations » (p. 9) – qui reste d’ailleurs à faire – qu’à une étude précise de la dimension littéraire du geste même de transposition : c’est en termes de reconfiguration et de réinterprétation que les hypotextes sont envisagés. Quels facteurs déterminent leur sélection ? Quelles transformations leur fait subir leur recyclage romanesque et leur réactualisation au fil des années ? Le réemploi de certains textes ou motifs, empruntés à d’autres ou à soi-même, est toujours envisagé dans sa relation aux cotextes, mais mer., 30 nov. 2016 15:31:10 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9955 acta Tout quitter : de la disparition dans le roman français contemporain https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9956 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9956/9782981510013FS - copie.gif" width="100px" />Le dernier essai de Dominique Rabaté est paru en 2015 chez Tangence éditeur, maison d’édition de la revue du même nom portée par les Universités du Québec de Rimouski et Trois-Rivières. Dans sa présentation, Mathilde Barraband prend soin de souligner la cohérence de la démarche de D. Rabaté qui, à partir de l’« hypothèse du récit » (p. 15), a su décrire l’évolution du genre romanesque français depuis le milieu du xxe siècle, dans son célèbre ouvrage Vers une littérature de l’épuisement, jusqu’à la littérature la plus contemporaine dans ce récent essai, Désirs de disparaître.La disparition, tentation contemporaineDans ce texte d’une cinquantaine de pages, D. Rabaté aborde le roman français contemporain par le biais d’une étude thématique, celle du motif de la disparition. Si ce thème peut être un topos de la littérature policière, un « cliché fictionnel » (p. 35) du roman noir, il est réinvesti en dehors de ce genre romanesque, ou parfois au sein d’un jeu littéraire avec celui-ci, par un nombre remarquable d’auteurs contemporains. Ainsi, cet essai analyse des récits mettant en scène des personnages en fuite, qui organisent leur propre disparition, aussi bien que des personnages en quête d’un ou d’une disparu(e) : Christian Garcin, Jean-Benoît Puech, Sylvie Germain, Marie NDiaye, Pascal Quignard, Jean Echenoz, Emmanuel Carrère, Patrick Modiano et Bernard Pingaud sont les auteurs étudiés. La fréquence de ce motif amène D. Rabaté à y percevoir un phénomène romanesque caractéristique de la littérature contemporaine et de l’époque dans laquelle elle s’écrit. Il présente alors son travail comme l’envers de celui de Nathalie Piégay-Gros, qui, chez le même éditeur, publia en 2012 un essai réfléchissant aux usages de l’archive, intitulé Le Futur antérieur de l’archive1. L’hypothèse de D. Rabaté est celle-ci :[…] le roman constituerait […] le lieu paradoxal de résistance face à la normalisation sociale, aux dispositifs toujours grandissants de contrôle et d’assignation, une façon de déserter qui puisse exprimer la force encore vitale d’une sécession individuelle. (p. 20)En effet, bien que ce thème – tout quitter, disparaître, changer de vie – soit éminemment romanesque et certainement intemporel, il intéresse l’auteur parce qu’il possède une résonnance forte avec l’époque actuelle d’une part, mais aussi avec l’histoire du récit depuis le xxe siècle, de l’autre. D. Rabaté situe ainsi les romans étudiés dans le contexte social contemporain, à savoir ce régime de l’« om mer., 30 nov. 2016 15:31:41 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9956 acta Baudelaire & Nerval, si fraternels & si dissemblables https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9959 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9959/9782745329936FS - copie.gif" width="100px" />La crise esthétique qui se joue au xixe siècle et fait passer la littérature du romantisme à la modernité rassemble et sépare en même temps de nombreux poètes, dont les orientations créatrices peuvent arpenter des voies distinctes : ainsi de Baudelaire et Nerval, qui nous paraissent aujourd’hui assez éloignés l’un de l’autre, quoique le second soit de treize ans seulement l’aîné du premier. Et en réalité, leurs biographies respectives n’affichent que peu de traces de leurs relations : ces liens ténus, qui vont de l’échange de rares billets à l’achat de places de théâtre, ont déjà fait l’objet d’études qui ont cependant cru déceler, comme le fait John E. Jackson, un « dialogue constant » (cité p. 122), venant de Baudelaire envers son aîné. Un tel dialogue demeure quoi qu’il en soit à « construire » (p. 13) plutôt que déjà établi, comme le souligne l’avant-propos de ce collectif consacré aux deux poètes et dirigé par Patrick Labarthe. En s’intéressant aux rapports décelables dans leur écriture, à leurs « poétiques comparées », l’ouvrage se propose donc d’explorer les liens que l’on peut tisser entre deux poètes en apparence si différents. Ainsi que le souligne ici Corinne Bayle, en effet, il semble a priori y avoir « peu de ressemblances entre le poète séditieux, sulfureux, des Fleurs du Mal et le doux rêveur en prose, le traducteur de Goethe et de Heine » (p. 39). Leur rapprochement permet néanmoins de mettre au jour certaines parentés, mais aussi des écarts ou des divergences au sein même de tendances comparables. Les investigations qui doivent mettre ces traits poétiques en évidence vont ainsi s’articuler en deux parties : « Mémoire de l’idylle » et « Poésie et modernité : vers une redéfinition du lyrisme », rassemblant treize contributions après l’avant-propos de Patrick Labarthe et un article liminaire d’Yves Bonnefoy. Leur succession fait en outre apparaître différents axes qui forment autant de charnières entre les deux œuvres : l’exploitation par ces deux auteurs du modèle ancien de l’idylle et ses évocations pastorales et florales, mais aussi les voyages qu’ils mettent en scène, ces cheminements géographiques, imaginaires ou artistiques, ou encore le rôle de la folie. Si quelques-uns des articles ici rassemblés se concentrent parfois sur l’un des deux poètes seulement, au détriment de l’autre, la plupart parviennent à mettre en lumière les affinités ou les pôles d’attraction ou de répulsion qui se dessinent en filigrane entre ces deux créateurs déte mer., 30 nov. 2016 15:44:56 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9959 acta Érotisme, monstres & société : la France de 1830 au prisme de ses marges https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9952 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9952/9782848301891FS.gif" width="100px" />S’appuyant sur le constat que paraît, autour des années 1830, une série de romans et nouvelles mettant en scène des amours « bizarres », l’ouvrage de P. Laforgue cherche à cerner les raisons de cette production qui n’est ni pornographique ni libertine ni inspirée d’un même fait divers ou d’une œuvre maîtresse antérieure. Ces textes, peu nombreux, sont d’une singularité remarquable au regard des normes romanesques de l’époque. Leur portée scandaleuse a pu alors passer inaperçue, mais leur sujet est brûlant d’actualité, renvoyant, de manière plus ou moins évidente, à la société de la fin de la Restauration et de la Monarchie de Juillet par un procédé commun de transposition historique et symbolique. Si les écrivains choisissent alors de représenter des amours impossibles ou perverses, et non le seul et traditionnel adultère, c’est qu’ils y conçoivent le moyen d’interroger la société par ses marges, élevées au rang d’exceptions révélatrices.L’ouvrage se compose de deux parties, de longueur inégale. La première, intitulée « Société, imaginaire et symbolique en 1830 », se veut une réflexion générale sur l’érotisme romantique et sa capacité à interroger les mœurs contemporaines. La seconde, appelée « Huit études sur l’éros romantique », s’organise autour de l’analyse successive de textes dont les rapports à l’histoire et à la société sont l’application même des remarques précédentes : Armance de Stendhal, Fragoletta de Latouche, Aloys de Custine, Sarrasine, Une passion dans le désert et La Fille aux yeux d’or de Balzac, Claude Gueux de Hugo et Mademoiselle de Maupin de Gautier ont été retenus.Le fantasme & la fictionP. Laforgue entame la première partie de son ouvrage en rappelant de façon convaincante la portée critique des textes qu’il soumet à étude. Derrière leur récit, ceux-ci visent en réalité une société oscillant entre la fin d’un monde vain, celui d’avant 1789 que d’aucuns se refusent à avouer révolu, et l’avènement d’un autre, celui d’après les Trois Glorieuses qui ne vaut guère mieux parce qu’il est miné par les ravages de l’argent et la course aux intérêts particuliers. À ce titre, la société dépeinte n’existe pas en elle-même, et l’auteur préfère, avec nuance, parler de « socialité » afin de décrire les rapports qui sous-tendent cette société et qui relèvent le plus souvent d’effets de texte. Ici s’opère un revirement : les œuvres analysées présentent finalement moins des exceptions qu’un traitement exemplaire des réalités sociales par la fictio lun., 28 nov. 2016 14:38:37 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9952 acta Usages, plaisirs & troubles du récit en régime épistolaire : le cas Sévigné https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9934 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9934/9782812436970FS - copie.gif" width="100px" />La fragilité de la Correspondance de Sévigné est sans doute la clé pour comprendre les vicissitudes de sa réception, les difficultés rencontrées par les éditeurs modernes et les tensions qui ont animé sa prise en charge critique. Cette fragilité est de deux ordres, qui se rejoignent : la diffusion des lettres au-delà des destinataires auxquels elles étaient destinées est un accident. Plus encore, l’inflation du corpus destiné à Mme de Grignan est purement circonstancielle. Pour cette raison et pour d’autres, qui tiennent aux projets éditoriaux qui ont conduit les premiers « passeurs » à tronquer et balafrer le texte, celui que nous lisons aujourd’hui est le fruit de recherches précieuses mais nécessairement décevantes : textes autographes absents le plus souvent, dialogue réduit à une voix, silences laissés par les allusions rendues inintelligibles. Voilà les bases sur lesquelles les malentendus critiques des années 1970 se sont fondés, formulant sur nouveaux frais l’alternative que les lecteurs célèbres de la Correspondance n’avaient jamais cessé de poser : l’art ou la vie. Laure Depretto, dans Informer et raconter dans la Correspondance de Madame de Sévigné, présente une nouvelle fois les contours du débat qui opposa jadis Roger Duchêne et Bernard Bray1. Nous laissons au lecteur le soin de consulter les « principales pièces du dossier » répertoriées par l’auteure et nous nous contenterons de remarquer avec elle que le temps est peut-être venu de laisser ce débat, « impossible à trancher » (p. 14) selon son expression, d’en constater les bénéfices, certes — avoir insisté sur « l’ambiguïté du statut de cette correspondance » (p. 14‑15) — mais surtout d’en déplacer les termes. Duchêne et Bray ont discuté d’une « intention [d’auteur] par définition inaccessible » (p. 14) ; par la vigueur de la querelle et sa prolongation lors de la traduction française de l’ouvrage de Fritz Nies qui a voulu privilégier l’évolution de la réception des lettres2, ils ont obligé tout herméneute de la Correspondance à prendre position en faveur ou en défaveur de la littérarité du texte. Les travaux critiques récents n’ont pas cessé d’en discuter et, en la matière, ils avancent toujours avec une heureuse prudence, teintée d’une sorte de gêne : Mme de Sévigné n’a ni formulé ni mené un projet esthétique ; pour autant, elle est un monument littéraire, un classique parmi les classiques, célébré pour sa virtuosité stylistique. Tenir ensemble ces deux postulats constitue un défi, qui se dim., 13 nov. 2016 23:14:57 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9934 acta Du minimalisme littéraire https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9937 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9937/9782763716206 - copie.jpg" width="100px" />D’un point de vue théorique, le minimalisme littéraire semble répondre aussi bien à la prédilection constante de la littérature québécoise pour le détail menu et souvent tenu pour dérisoire, qu’à une posture esthétique plus générale, s’affirmant au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale aux États-Unis comme en France. Suivant cette posture, le choix du petit, du particulier, de l’infime serait la manifestation explicite de l’échec du métaphysique et de sa déconstruction progressive, par le biais d’une subjectivité qui en dénonce l’essence mensongère.En France, autour des années 1980, un groupe d’écrivains minimalistes rassemblés spontanément autour des Éditions de Minuit amorcent une réaction aux principes esthétiques du Nouveau Roman en récupérant les éléments principaux du récit, sans pour autant postuler un retour à la tradition. Sur le plan formel, l’écriture minimaliste se distinguerait alors par une intrigue réduite à ses composantes essentielles, par la présence d’une tonalité neutre, à laquelle contribue assurément l’emploi de la litote et de l’ellipse. Sur le plan de la construction narrative, le roman minimaliste se qualifie en outre par un va-et-vient continuel entre la continuité et la discontinuité du récit qui serait à l’origine de sa nature fragmentaire.Gerald Prince, Bruno Thibault, Dominique Combe et Marie-Odile André ont élaboré une distinction importante entre le récit minimaliste et le récit minimal qui, au dire de l’auteur du présent essai, aide à une meilleure compréhension des traits caractéristiques du récit minimaliste. Plus spécifiquement, selon ces critiques, le récit minimal serait bâti sur une diégèse qui présente un nombre extrêmement exigu d’actions, ou bien qui décrit des faits menus et dépourvus de conséquences. Au contraire, le récit minimaliste serait plutôt marqué par une longueur variable et surtout par « les réticences […] du narrateur vis-à-vis du narré » (p. 9), ce qui engendrerait une forme de déconstruction systématique des éléments de la narrativité, ainsi que du contenu narratif, orientant par là le récit vers l’absence totale d’action et le non-événement.Quant aux personnages qui peuplent les romans minimalistes, Antoine Compagnon a proposé le terme nomadisme qui traduit à merveille la tendance de ce type de narration à la représentation de héros vivant très fréquemment aux marges de la société, se déplaçant sans cesse. Pour A. Compagnon, cependant, un tel statut de retranchement de la communauté sociale rendr dim., 13 nov. 2016 23:20:50 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9937 acta Michel Foucault & l’histoire de la pensée critique https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9942 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9942/9782711626243 - copie.jpg" width="100px" />Dans un entretien filmé datant de 1972, Michel Foucault rappelait cette manière particulière avec laquelle Gaston Bachelard arrivait à faire jouer un philosophe mineur ou un auteur fantaisiste du xviiie contre la pensée des grands systèmes comme le rationalisme cartésien. À travers cet éloge, nous devinons un des modes profonds de l'écriture foucaldienne : recourir aux textes mineurs, secondaires, pour ébranler les grands édifices de la pensée, pour repenser autrement les systèmes de pensée. Pareille démarche n'est pas dénuée de sens en terme de stratégie. De plus, elle s’aligne diagonalement avec cet effacement de l’auteur invoqué par Foucault, comme le lointain écho d’un refus, celui de penser une histoire de la pensée à partir de quelques grands noms ou de quelques grands textes. Non seulement le texte mineur donne à penser une totalité plus large et plus ouverte, plus hétérogène, mais elle nous mène dans les parages de l’archive. Ainsi, lorsque M. Foucault décide de revenir à la pensée de Kant à la fin des années soixante-dix, c’est pour mettre en avant un texte fort peu commenté à l’époque, Qu’est-ce que les Lumières ?. Texte mineur généralement publié avec les écrits historiques du philosophe allemand, mais qui est capital selon Foucault dans la mesure où il articule une étape importante de l’histoire de la pensée critique. Foucault a invoqué à différentes reprises la pensée kantienne à travers son œuvre. Tout d’abord en 1964, lors de la publication de sa thèse secondaire, constituée de la traduction du cours de Kant sur l'anthropologie et d’un long commentaire1. Très tôt donc, Kant trouve une place dans l'horizon des préoccupations du jeune Foucault. Très tôt, la genèse de l'anthropologie kantienne est questionnée en regard de ce moment critique, moment qui brille comme le jour de la pensée du même en regard de cette autre nuit qu'est la folie. Si l'anthropologie de Kant est donc un trajet parallèle mais secondaire par rapport cette histoire de la folie que Foucault tente de nous raconter, le moment critico-anthropologique se retrouve au centre de l'édifice archéologique dans Les mots et les choses de 1966, au moment où la représentation s’essouffle et où la configuration de notre savoir commence à montrer ses propres limites. En questionnant « cela même à partir de quoi toute représentation, quelle qu’elle soit, peut être donnée2 », la Critique kantienne met en évidence la dimension métaphysique que le xviiie siècle avait tenté de camoufler dans so dim., 13 nov. 2016 23:29:50 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9942 acta De l’indissociabilité du littéraire & du politique : l’entre-deux-guerres, terrain d’expérimentation pour le roman engagé https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9945 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9945/9782812447624FS - copie.gif" width="100px" />« La forme (au-delà comme en deçà de la phrase, s’entend) est une médiation naturelle entre la substance sociale, extra-textuelle, et le sens que prend l’énoncé romanesque », écrivait Henri Mitterand dans Le Discours du roman1. Le riche essai d’Aurore Peyroles, issu de la thèse de littérature comparée qu’elle a soutenue en 2013, débute par la citation d’un autre penseur affilié à la sociocritique (du moins par certains2) : Jacques Rancière, qui soulignait que « quand il est question d’engagement, il est fréquent que l’un des interlocuteurs à la fois entend[e] et n’entend[e] pas ce que dit l’autre3 ». Prenant acte de cette mésentente, c’est bien dans une perspective sociocritique que s’inscrit l’ouvrage d’A. Peyroles, qui  […] se propose de contribuer au renouveau critique et théorique de la notion, connue de tous mais difficilement saisissable, d’engagement littéraire, et de participer au suspens de cette défiance que semble inévitablement provoquer le rapprochement de la littérature avec le domaine politique : en un mot, il s’agit ici de réinscrire la problématique de l’engagement dans le champ de l’analyse littéraire. (p. 11)À cette fin, « l’engagement peut ne pas être considéré comme le surajout d’une dimension politique imposée à la logique littéraire, mais comme un effet inhérent à cette dernière ». (p. 15)C’est en effet l’un des mérites de cet ouvrage que de circuler sans cesse entre analyses micro- et macrotextuelles et études contextuelles, rendues nécessaires par sa définition de l’engagement comme « réaction à une situation » (ibid.), plus précisément comme « réaction opposée à une situation jugée insoutenable » (p. 16).L’attachement d’A. Peyroles aux contextes est d’autant plus indispensable que son corpus d’étude, trilingue, est composé des trois premiers tomes (1934-1942) du Monde réel d’Aragon, de la trilogie USA (1930-1936) de Dos Passos et des quatre volumes de November 1918 de Döblin (1937-1942), tous écrits dans les années 1930. Lors de ces « années […] de l’élaboration de l’engagement littéraire, et non celles de son imposition ou de sa contestation radicale » (p. 19), Aragon, Dos Passos et Döblin se rejoignent en trois éléments : leur expérience des horreurs de la Première Guerre mondiale, leurs sympathies pour le communisme dès la fin des années 1920, et l’inflexion de leur œuvre littéraire des années 1930 par rapport à celle de la décennie précédente, marquée par des expérimentations formelles héritières du surréalisme et de l’express dim., 13 nov. 2016 23:46:35 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9945 acta La musique tient à tout https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9946 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9946/9782812436260FS - copie.gif" width="100px" />En 1803, un chevalier amateur de musique et catalographe improvisé termine un manuscrit intitulé Division du catalogue de la musique pratique1. Il s’agit d’une recension des collections musicales contenues dans la Bibliothèque du Roi. Enthousiaste, c’est « par zèle pour l’art et de manière purement bénévole2 » que ce dilettante a rédigé plus de 4000 notices, réparties en subdivisions aux titres approximatifs3, dont plusieurs comportent, dans le corps du catalogue, des notes et des anecdotes quelquefois utiles, souvent inexactes. De nos jours, les musicologues réservent habituellement à cet ouvrage l’appellation « catalogue Boisgelou », d’après le nom de son compilateur. Si l’on ne peut sous-estimer l’immense valeur bibliographique de ce témoignage, sa lecture reste alourdie tant par les maladresses stylistiques que par le fait que « Boisgelou n’est pas toujours systématique dans la manière dont il procède » (p. 139). Le lire, le parcourir, c’est s’aventurer dans un vaste bocage en friche à la recherche de références potentiellement fécondes.En cela, il est possible de rapprocher le catalogue de Boisgelou de l’entreprise que mène Martin Wåhlberg4 dans La Scène de musique dans le roman du xviiie siècle, ouvrage issu d’une thèse défendue à l’Université norvégienne de sciences et de technologie (Trondheim) en 2011. Tout aussi enthousiaste, le chercheur se laisse guider par la notion de « scène de musique » pour cataloguer, puis commenter diverses occurrences de ces scènes dans un corpus d’une « centaine de romans5 » (p. 20). Le parallèle entre Boisgelou et M. Wåhlberg doit toutefois être pris cum grano salis : si le travail du premier est fait dans l’absence quasi-totale de méthode, celui du second s’applique la plupart du temps à une étude aussi rigoureuse que sensible de son corpus.La scène de musique...La notion de « scène de musique » tire sa justification d’une très pertinente observation : la musique, au xviiie siècle, n’est pas une pratique « abstraite » comme elle peut le paraître aujourd’hui avec la présence de diverses technologies d’enregistrement ou d’écoute. À l’époque, la musique dépend toujours de « la présence physique d’instruments, de chanteurs ou de musiciens. » (p. 16) Ainsi, son incursion dans le roman est inévitablement liée à une mise en scène de musiciens et d’instruments. On ne peut l’évoquer, dit-il, comme « un Kerouac ou un Sartre » (p. 11) parlent des vertus de l’écoute du jazz — par exemple, la « scène » du disque vinyle de Some of lun., 14 nov. 2016 00:01:03 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9946 acta <em>Adolphe</em> : la paradoxale postérité d’un roman singulier https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9917 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9917/9782051027632FS - copie.gif" width="100px" />Dès sa parution en 1816, Adolphe, anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu n’a cessé d’être lu, récrit, traduit, adapté et célébré comme un des grands textes de la littérature française. Aussi est-ce une très judicieuse initiative que celle prise par Léonard Burnand et Guillaume Poisson de marquer le bicentenaire de sa première publication par un volume collectif qui retrace la descendance d’un héros célibataire qui, en mourant, n’a laissé pour ultime trace1 qu’un cahier abandonné dans une auberge de Calabre. Adolphe de Benjamin Constant. Postérité d’un roman (1816-2016) réunit ainsi une vingtaine de contributions ; autant de coups de projecteurs ou d’instantanés sur des œuvres générées par Adolphe en France, en Europe et dans le monde : romans, pièces de théâtre ou opéra, traductions, gravures ou dessins, bande dessinées, films, montages et collages contemporains. Organisé en quatre grandes sections (éditer, traduire, récrire et adapter Adolphe), il est remarquablement illustré, tant par la diversité des œuvres présentées que par la qualité des reproductions en couleurs. Montrant l’étendue et la diversité de cette « postérité », il offre des éléments de réponse à ce qu’est un texte « classique » et ouvre des perspectives sur la place d’un texte dans les constructions de l’histoire littéraire et culturelle.Adolphe, une œuvre singulièreInterroger la « postérité » d’Adolphe présente d’autant plus d’intérêt que ce roman se détache comme une œuvre singulière. Cette singularité tient en premier lieu à la personnalité même de son auteur. En 1816, Benjamin Constant est connu pour le rôle politique qu’il a joué pendant une partie de la Révolution, de 1795 jusqu’à son éviction du Tribunat en janvier 1802. Il s’est à nouveau fait remarquer en acceptant de rédiger pendant les Cent-Jours l’« Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire », une année après avoir publié un violent pamphlet antinapoléonien, De l’esprit de conquête et de l’usurpation (1814), ce qui restera la matière d’une controverse récurrente. Aussi la publication d’un récit de fiction en 1816 a-t-elle été une surprise dans le public, et les journalistes ont eu beau jeu de tirer argument de ces volte-face politiques pour caractériser le roman : « C’est un grand Protée que M. Benjamin de Constant ! Après s’être déguisé en Montesquieu […] le voici qui se transforme en Marivaux2 ». Adolphe, unique récit de fiction qu’il a publié, apparaît donc comme une forme de hapax dans une œuvre qui porte d’abo lun., 31 oct. 2016 22:28:36 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9917 acta Rematérialiser la littérature https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9919 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9919/9782874493058FS - copie.gif" width="100px" />Éloge de la matérialité : pour en finir avec le complexe idéalisteRematérialiser : tel était le titre, voici quelques années, d’un essai de François Dagognet1 qui prenait parti pour une valorisation philosophique du matériel, élevé ainsi à une dignité conceptuelle que la tradition de la pensée occidentale lui avait toujours déniée. Attentif aux expressions signifiantes de la culture matérielle, des objets (Éloge de l’objet : pour une philosophie de la marchandise, Vrin, 1989 ; « Pourquoi l’objet aujourd’hui ? Et pourquoi l’avenir s’ouvre-t-il à lui ? », 19962) aux déchets (Des détritus, des déchets, de l’abject. Une philosophie écologique, 19983), Dagognet a posé les bases d’une philosophie de la matière, dans une perspective voisine de celle que les anthropologues et sociologues anglo-saxons (Daniel Miller, Arjun Appadurai…), ou, en France, Bruno Latour, ont développée depuis la fin du siècle passé ; cette discipline nouvelle, issue d’un material turn est spécifiquement consacrée à la culture matérielle, et considère les objets non seulement comme les produits passifs de l’activité des hommes qui les fabriquent, les mettent en action et les chargent de significations, mais comme les moteurs dynamiques de processus signifiants qu’ils initient, porteurs de destinées propres, en interaction active avec celles des humains, ces nouvelles approches invitent à un décentrement du regard afin de comprendre le processus de modélisation réciproque, de l’homme et du monde matériel. La notion de biographie culturelle des objets, proposée par Igor Kopytoff4 en 1986, abondamment reprise depuis, constitue une étape dans ce déplacement de focale et contribue à un mouvement d’inversion dialectique des rapports sujet-objet. Et si — commence-t-on à se demander — on racontait l’histoire des hommes du point de vue des objets qui les entourent et qui les façonnent autant qu’ils les ont façonnés ? D’abord, il faut accepter qu’un objet, malgré son apparente stabilité ontologique, n’est pas une entité immuable et qu’il est appelé, autant qu’un humain, à évoluer et à changer de statut, de fonction, de signification et même d’identité. Les écrivains ont d’ailleurs été les premiers, avant les sciences sociales, à saisir l’importance de cette labilité et à lui donner sens. Et, dès lors que l’on s’accorde à concéder aux choses une biographie, si ce n’est une intentionnalité, il faut consentir à questionner leur principe actif et leur véritable incidence sur la vie humaine et — plus gra lun., 31 oct. 2016 22:40:40 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9919 acta Huysmans : fin de parcours https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9922 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9922/9782812435546FS - copie.gif" width="100px" />Le dernier livre de Jérôme Solal réunit sept articles publiés précédemment dans diverses revues. Il constitue la fin d’une étude en diptyque dont le premier volet a paru chez le même éditeur en 2010 sous le titre de Huysmans avant Dieu. Tableaux de l’exposition, morale de l’élimination. Composé lui-même de dix articles présentés comme une sorte de Décalogue, ce premier recueil engageait une lecture de l’œuvre de Huysmans à travers sa spatialité (« la pensée de Huysmans est une pensée de l’espace », conçu comme une tension entre intériorité et extériorité) qui trouve aujourd’hui son achèvement. L’agencement chronologique de l’ensemble, scindé en deux par la rupture représentée, après la publication de Là-bas en 1891, par la première retraite du romancier à la Trappe, inscrit la réflexion dans la lignée des lectures autobiographiques (« Tel est Huysmans, tel est Durtal », lit-on p. 68) et finalistes de l’œuvre de Huysmans (« Dix récits, dix stations. À Huysmans, auteur de fictions naturalistes, il faut un décalogue pour aller vers la croix, cette croix qu’on entrevoit à la nuit, dans les reflets de l’étang d’En Route‬‬ », écrivait l’auteur à l’entrée du premier volume, p. 13). La préposition avec vient désormais combler le vide désigné par l’avant annonciateur de la fin de l’aventure spirituelle engagée en 1892 par le romancier converti. ‬‬‬‬Si ces deux volumes accueillent les trente années de production littéraire du romancier, de Marthe, histoire d’une fille en 1876 aux Foules de Lourdes en 1906, le principe qui a présidé à la composition du corpus rappelle ces Christs jansénistes dont les bras à demi fermés ne s’ouvrent qu’à une partie de l’humanité : la rigueur des choix effectués, si féconde et éclairante qu’elle puisse être, se définit par ce qu’elle écarte. J. Solal s’en tient aux textes fictionnels en excluant les autres versants de cette œuvre plurigénérique. La critique d’art, par exemple, même s’il y avait du grain à moudre dans l’analyse de l’espace singulier qu’ont constitué successivement pour Huysmans le Salon annuel de peinture, les expositions publiques ou privées, les salles des musées et pour finir les églises où la peinture religieuse se donne à voir. De même que Huysmans avant Dieu laissait de côté les deux recueils du Drageoir aux épices et de Croquis parisiens, les livres d’inspiration similaire parus après 1892 (Le Quartier Saint-Séverin, Les Gobelins, De tout) ne bénéficient pas de chapitres autonomes, ce qui est également le cas, ma lun., 31 oct. 2016 22:44:44 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9922 acta Fil rouge ou filtre noir : anatomie du polar « made in Africa » https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9926 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9926/9782745329523FS - copie.gif" width="100px" />« — Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Non mais c’est dingue. C’est interdit aux policiers d’ici de faire une enquête ? C’est vrai, ce mensonge ? — […] Si, si, c’est vrai monsieur. Chaque fois qu’on fait une enquête, on tombe immanquablement sur un grand. »1Le dialogue de l’inspecteur de police camerounais et de Georges, agent français au service d’une organisation non gouvernementale, pourrait constituer un point de départ pertinent pour remonter la « filière noire » dont Désiré Nyela se propose de retracer la généalogie. De fait, il tend à souligner d’emblée l’un des points d’achoppement principaux de l’acclimatation africaine du genre du polar, dont l’ancrage est essentiellement occidental. En l’absence d’un dispositif de police efficace, d’une justice équitable et impartiale disposant des moyens nécessaires à la sanction des criminels, comment penser en effet l’émergence du roman policier ? Ne se fonde-t-il pas sur le rétablissement de l’ordre, ponctuellement mis à mal par une dissidence criminelle ? L’analyse que Désir Nyela propose de cet extrait de Trop de soleil tue l’amour de Mongo Beti nous semble à ce titre révélatrice d’une première difficulté de transposition. Examinant le rôle imparti à la police dans ce texte, il conclut à la représentation caricaturale d’une institution « dont l’existence est moins effective que cosmétique », avant de prolonger sa critique dans la note de bas de page en étendant son amer constat à « la plupart des institutions étatiques dans nombre de pays africains » (p. 209). On pourrait même aller plus loin en affirmant que le rôle attribué par le polar africain à une police souvent violente et corrompue ne saurait même étymologiquement se draper d’un prétexte cosmétique, tant ses irruptions sont synonymes de disruption et de triomphe du chaos2. Comment dès lors concevoir l’insertion du polar, fondé sur la permanence d’institutions aussi bien sociales que littéraires, dans un cadre lui-même privé de toute constante institutionnelle ? C’est l’une des questions que D. Nyela, en s’attachant au potentiel transgressif du « polar noir » s’emploie à examiner.L’apport de Georges et Norbert ne s’arrête cependant pas à ce constat institutionnel. Bien plus, la mise en valeur de cette rencontre entre personnages éloignés, associés par la circonstance incongrue d’une mission politique de renforcement du régime, se fonde ici sur l’argument d’autorité du nom de l’auteur. Mongo Béti, « le rebelle »3, apparaît en effet comme une f lun., 31 oct. 2016 22:57:24 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9926 acta Médiatisations d’un génocide https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9928 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9928/9782812432545FS - copie.gif" width="100px" />On voit fleurir depuis quelques années une préoccupation de plus en plus forte et prégnante dans les études culturelles et dans la recherche littéraire pour les questions mémorielles. L’ouvrage de Virginie Brinker s’inscrit dans cette lignée, et plus particulièrement dans la suite de travaux assez récents sur les génocides et le rôle des témoins dans la transmission d’événements relevant des crimes contre l’humanité. 2014, année de publication de l’ouvrage, marque le vingtième anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda entre avril et juillet 1994. À cette occasion, un nombre de publications important a vu le jour1. Néanmoins, l’ouvrage de V. Brinker n’est pas un ouvrage de circonstance, il est issu d’une thèse soutenue en 2011. Contrairement à la plupart des publications de 2014, qui sont essentiellement de caractère historique, V. Brinker entend analyser les œuvres littéraires et cinématographiques qui sont nées de ce génocide et leur travail de médiatisation dans la mesure où le génocide des Tutsi est probablement celui qui a été le plus rapidement médiatisé à une échelle mondiale et celui dont la médiatisation (notamment par la télévision) a d’emblée le plus posé problème.Le corpusLe corpus est beaucoup plus important qu’on ne pourrait l’imaginer : plusieurs dizaines de textes dont le statut par rapport au génocide est assez variable (fiction, témoignage, récit, etc.), près d’une dizaine de films et quelques productions plastiques. Il y a, parmi ces textes, presque un corpus à part, les textes issus de l’opération « Rwanda : écrire par devoir de mémoire », pilotée en 1998 par Nocky Djedanoum. Le projet de N. Djedanoum est né durant l’événement lillois Fest’Africa et a eu pour but de réunir une série d’écrivains africains francophones dans une résidence d’écriture, au Rwanda en 1998, pour que les auteurs2, par le biais de l’écriture, servent de relai à la population rwandaise qui avait vécu le génocide. Le choix du genre de texte produit à cette occasion est laissé à la libre appréciation de chacun des auteurs, ce qui va amener une vraie diversité des genres et des formes de ces textes.Le corpus de V. Brinker est divisé en trois rubriques, primaire, secondaire et contextuelle, mais la distinction entre les catégories n’est peut‑être pas toujours efficiente. Les textes issus du projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire » appartiennent tous au corpus primaire (et ils constituent son matériau de travail privilégié par l’auteur), mais deux autres text lun., 31 oct. 2016 23:00:16 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9928 acta Petits meurtres entre amis https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9903 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9903/9782705691899FS - copie.gif" width="100px" />Qui peut bien être l’auteur de ce quatrain : « C’est un champ de pénombre où passe une venelle / Adressant vaguement aux herbes des secrets / D’amour : où le secret de la chimère belle / Boit : c’est un joyeux soleil qui parle de regret ». Au jeu du diagnostic littéraire, on hésitera à raison entre un Baudelaire plagiant par anticipation « Le dormeur du val » ou un Rimbaud qui aurait eu l’occasion de se pénétrer des Fleurs du mal pour en exploiter leur substance lexicale. Un tel modèle de neutralisation auctoriale, fruit du programme mis en place par l’ALAMO, branche informatique de l’OULIPO, figure dans l’ouvrage qu’Anthony Mangeon (p. 119) consacre à l’influence littéraire. Bien que relevant de l’intervention d’un tiers, cet exemple est précieux. Dans quel autre cas la présence de deux auteurs s’équilibre-t-elle en effet de manière si parfaite que le pouvoir de citation de l’un se manifeste au même moment, et à part égale, par une sourde hantise de l’œuvre de l’autre1 ?Crimes d’auteur fait la démonstration qu’en matière de littérature « signée », un texte ne se situe jamais sur un tel point d’équilibre et vient toujours s’insérer dans un spectre plus large et surtout plus mouvant. Pour Harold Bloom, tout écrivain (surtout depuis le Romantisme) est soumis à une « angoisse d’influence », mélange d’inféodation et de rivalité vis-à-vis de ses pairs, morts ou vivants, alors que Laurent Dubreuil, s’agissant des littératures émergentes, et en particulier de littérature francophone, qualifie une telle tentation mimétique de « possession ». A. Mangeon postule que lorsque ces tensions « deviennent trop insupportables ou écrasantes, s’enclenche une autre phase », qui se manifeste, dans bien des cas, par un désir de violence (p. 183). Or, annonce-t-il au seuil de son étude, quel méfait suprême un écrivain est-il susceptible de commettre vis-à-vis de ses pairs ? « Le plagiat, pour sûr » (4ème de couverture). Il ne s’agit pourtant pas de s’intéresser à un champ de pratique déjà largement couvert par la critique contemporaine. Circulant dans un corpus de textes et de films beaucoup plus varié qu’il n’y paraît à première vue, les lecteurs sont plutôt invités à s’intéresser à des plagiats fictifs. Dans les travaux de fiction relevant des avant-gardes ou s’insérant dans le champ des littératures émergeantes, du roman policier ou du roman de campus, il arrive qu’un vol de fiction ait lieu, qui vient cristalliser ce trouble des écrivains « dès qu’ils entrent dans une relati lun., 24 oct. 2016 07:50:05 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=9903