Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Corps dansants, corps écrivants http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9998 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9998/9782745329882FS.gif" width="100px" />Embarquons‑nous dans un « voyage […] dans le non‑dit d’un rapport qui, selon nous, n’a jamais été aussi fort que depuis 1950 et qui paradoxalement, n’a jamais été aussi tu. » (p.16). Cette contradiction entre d’une part un lien qui « n’a jamais été aussi fort » et, d’autre part, la « conspiration du silence » des partis concernés (poètes, danseurs et chercheurs) est le point de départ du travail d’Alice Godfroy, docteure en littérature comparée, danseuse et pédagogue du mouvement. Selon elle, les poètes délaissent les danseurs, les chorégraphes ignorent les poètes, et les chercheurs se taisent sur le lien entre danse et poésie. Ce silence non seulement intrigue l’auteure mais la fait aussi réagir. Elle nous entraîne à sa suite dans un parcours inédit qui découvre une relation dynamique entre deux arts toujours précédés du silence.Danse & poésie : un couple maudit ?Le propos d’A. Godfroy repose sur l’intuition que la danse et la poésie partagent une même genèse « en‑deçà de l’intentionnalité de la parole » (p. 10). La chercheuse sait qu’il ne suffit pas d’énoncer cette intuition, qu’elle va devoir la démontrer en évitant les écueils et en tenant compte de la méfiance de tous les professionnels : les intellectuels se méfient du corps, les chercheurs en littérature comparée se méfient des études interartielles et les chercheurs en études interartielles se méfient de la danse(p. 22). L’auteure s’attaque donc à trois terrains encore empreints de lourds soupçons, même s’ils ne sont plus maudits. De plus, alors qu’elle est déjà suspecte, elle choisit d’étudier quatre poètes qui ne semblent pas s’intéresser de prime abord à la danse. Elle relève le défi avec sérieux et éveille ainsi la curiosité du lecteur. Celui‑ci est guidé par l’auteure qui prend le temps de définir ses mots, de justifier ses choix et de développer ses intentions. Cette conscience des difficultés va l’aider à mettre en place une méthode pour les surmonter. Tout d’abord, elle doit faire face à la diversité des œuvres, obstacle habituel quand on veut parler de l’art en général. Aussi, si la danse n’est pas réduite à des chorégraphies particulières, la poésie est regardée sous l’angle de l’œuvre de seulement quatre poètes pour que la recherche « n’implose pas sous le poids de la diversité » (p.22). Ces quatre poètes n’ont pas été choisis au hasard ; en plus de liens biographiques, leurs œuvres présentent des similitudes. Les quatre poètes se rapprochent par la solution qu’ils ont trouvée à la lun., 09 janv. 2017 14:14:55 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9998 acta Les <em>Œuvres complètes</em> de Rousseau : l’édition du troisième millénaire http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10002 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10002/AghMS01b.png" width="100px" />Le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau aura vu fleurir, en 2012, une quantité impressionnante de célébrations, de colloques, de conférences, d’expositions, de publications, et une entreprise de publication des Œuvres complètes menée rapidement à bon port par les éditions Champion. Les sceptiques étaient en droit de se demander s’il était vraiment nécessaire de réaliser presque en parallèle, quoiqu’avec une temporalité de réalisation décalée et retardée, une autre vaste entreprise de publication des Œuvres complètes du même auteur, patronnée celle-ci par les éditions Garnier. Rousseau n’est certes pas un auteur comme les autres, il a toujours déchaîné les passions, alimenté les conflits et exacerbé les rivalités. Mais que pouvait-il donc y avoir de si nouveau à trouver dans le corpus de ses écrits déjà scrutés, épluchés, anatomisés jusque dans leurs plus discrètes virgules par des générations de chercheurs dévoués et souvent fétichistes ? Outre qu’il est difficile d’être véritablement novateur en labourant des champs aussi intensément fréquentés depuis aussi longtemps, l’équipe moins véloce de chez Garnier n’était-elle pas vouée à réchauffer les quelques trouvailles émergées des recherches les plus récentes ? Alors que tant d’auteurs injustement méconnus attendent encore impatiemment les premières Œuvres complètes qui rendront enfin justice à leur singularité hétérodoxe (Tiphaigne de La Roche, Bordelon, Mouhy, Chassaignon), pourquoi remettre tant d’énergie à ré-exhumer une œuvre dont tout semble nous dire qu’elle est déjà mise en pleine lumière ?À ces interrogations légitimes, le premier volume de l’édition Garnier a répondu d’une façon admirablement désarmante — en prenant à contrepied les anticipations, en faisant exploser les cadres prescrits, en rusant avec les normes d’usage, mais surtout en excédant de toutes parts ce que les attentes les plus folles étaient en droit d’espérer, et cela sans manquer de respecter à la lettre le cahier des charges le plus exigeant. Le contrepied débute par le choix de commencer par la fin. Le premier volume publié est en réalité le dernier de la série, celui qui rassemble en un tome XX les ultimes écrits de Rousseau, Les Rêveries et la trentaine de cartes à jouer, sur lesquelles il rédigeait (dans ses promenades ?) quelques notes ou quelques idées amenées à prendre place en tel ou tel détour de ses écrits.Derrière les contingences des rythmes variables de préparation d’une aussi vaste entreprise, l’int lun., 09 janv. 2017 14:18:02 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10002 acta La Renaissance, en passant par la Lorraine http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10005 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10005/9782917030097FS.gif" width="100px" />Publiés début 2015, voici les actes d’un congrès international tenu dans la capitale lorraine en juin 2013, fils de la manifestation Nancy 2013, l’effet Renaissance. « La Renaissance en Europe dans sa diversité » : le titre est bien ambitieux, et pourra même paraître un peu prétentieux de prime abord. Volumes en main (si l’on peut dire), il s’avère bien refléter dans l’ensemble la somme des contributions réunies au fil d’un peu plus de 1600 pages. Disons d’entrée qu’il faudrait être un Braudel pour rendre compte honnêtement de cette publication. Avouons dans la foulée que nous ne sommes pas Braudel — nous ne pouvons même pas, sans usurpation, prétendre au titre d’« historien ». Comment dès lors proposer ne serait-ce qu’un simple aperçu d’une somme de quatre-vingt-seize articles — si nous avons bien compté — consacrés aux « Juifs de Lorraine à l’époque de la Renaissance », à l’ « [accueil] à la cour de Naples des élites itinérantes », au « paraître vestimentaire princier à la cour d’Henri II de Lorraine (1608-1624) », à « l’imprimerie hébraïque au xvie siècle à Istanbul et Venise », à « l’étude de l’arabe en Europe aux xve et xvie siècles », à « l’anatomie des banlieues de Londres à la Renaissance », au « vocabulaire nautique chez Rabelais, témoignage des échanges en Europe maritime », aux « poètes silésiens du xviie siècle », ou encore à la représentation de la Renaissance au cinéma - « avec ou sans fraise » ? Tentons donc, pour les besoins de l’exposé, de mettre un peu d’ordre dans cette diversité. Temps long, espace largeEt tout d’abord, de quelle « Renaissance » s’agit-il ? On sait que certains historiens, au premier chef desquels Jacques Le Goff, récusent l’idée même d’une « Renaissance », concept tardif dû à l’historien suisse Jacob Burckhardt, au profit d’un (très) « long Moyen Âge » courant de la fin du iie siècle à la révolution industrielle du xixe siècle1. Ce n’est évidemment pas la chronologie qui prévaut ici, mais, tout de même, une Renaissance version long métrage. Soit, pour reprendre le format de Peter Burke, du xive au début du xviie siècle2. Ou, pour reprendre le titre d’une célèbre collection des éditions Vrin intimement liée aux recherches du CESR de Tours, « de Pétrarque à Descartes ». Vu de l’espace, cette fois-ci, l’on notera l’importance des études centrées sur la Lorraine (23 au total), puis sur l’Italie (16), la France (7), l’Espagne (6), le Saint-Empire (5), l’Orient au sens large (Turquie, Indes, Chine : 3), l’Angleterre (2), l’E lun., 09 janv. 2017 17:23:58 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10005 acta La place de la judéité. Littératures avant & après Auschwitz http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10007 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10007/9791026700029FS.gif" width="100px" />Le lien intrinsèque entre la littérature et la judéité est apparu au cours du xxe siècle dans toutes ses complexités en regard des tribulations de l’Histoire, « la Grande [...] avec sa grande hache1 ». C’est sur le malaise grandissant face au Juif, qui connaît des périodes de latence et des rebondissements, que Maxime Decout s’interroge d’une manière éclairante et pertinente, en s’appuyant sur l’examen des champs littéraires, historiques et philosophiques. Ce sont d’abord deux événements antisémites qui ont politisé l’identité juive en constituant pour l’écrivain, juif ou non-juif, deux scènes primitives qui influencent considérablement sa réflexion et son écriture : l’affaire Dreyfus et Auschwitz. Partant de là, la fracture épistémologique signifiée par Auschwitz, qui exclut toutes les possibilités d’expression par la parole ou par l’écriture, est à l’origine d’un certain silence des écrivains. Silence qui se transformera ensuite en une réappropriation d’une mémoire juive brisée par l’horreur des camps. La redécouverte de la judéité n’émergera que plus tard, à travers un attachement particulier au livre, au texte, au mot et au signe, et annoncera l’avènement des approches postmodernes. Il s’agit pour M. Decout de dessiner « le portrait général des judéités d’une époque », de « lire l’histoire de ces écritures [de la judéité] comme le révélateur de notre lien à la littérature, à l’histoire et à l’homme » (p. 11). Objet d’étude passionnant approché avec une réelle lucidité et une objectivité permanente, en mettant l’accent sur l’aspect politique des phénomènes socioculturels qui se reflètent dans la littérature.De l’affaire Dreyfus à Auschwitz : une politisation de la judéité À l’origine de ce questionnement profond sur la judéité, demeure le statut particulier du Juif au sein de la nation. Ce dernier, ayant accédé à l’émancipation au cours du xixe siècle, a toujours suscité la fascination et la répulsion à la fois, constate M. Decout : « phénomène polymorphe », la figure du juif véhicule « les plus vieux stéréotypes attachés à toutes les incarnations du racisme » (p. 13). Si le discours identitaire juif est construit par les écrivains juifs et philosémites, l’antisémitisme participe également de manière active à son élaboration. C’est ainsi que l’affaire Dreyfus éveille la judéité et « fonde son rapport actif au politique » (p. 36). C’est face aux écrits de Drumont, Maurras et Barrès que se façonne, au tournant du xxe siècle et jusqu’à l’apogée de la renai lun., 09 janv. 2017 17:27:10 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10007 acta La griffe de Dieu http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10010 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/10010/9782745328960FS.gif" width="100px" />L’herméneutique est née dans le champ théologique. Elle possède donc une pleine légitimité pour travailler les auteurs catholiques de l’entre-deux guerres. Telle est la conviction du livre de Carole Auroy. Comprendre les textes alliant toujours le fini et l’infini ou l’amour du monde et l’étrangeté au monde, dans ce que l’on peut entendre comme un authentique feuilleté de significations, revient ainsi à croiser incessamment les sciences humaines pour développer une plus juste lecture des œuvres. Le pari de l’essai se formule donc de façon simple (« dans le domaine français, on doit notamment évoquer le rôle capital exercé par Paul Ricœur dans les échanges qui s’effectuent entre réflexion philosophique, théorie littéraire, et pratique de la critique – rôle dont le présent ouvrage espère témoigner » ; p. 8) et ne permet alors plus que l’on s’étonne d’y croiser soixante-dix fois Ricœur et trente-huit fois Girard en cours d’analyse. Tout juste pourrait-on trouver cela abyssal si l’on demeurait attaché à la pratique de la micro-lecture dans les études littéraires et si l’on croyait révolu le temps des commentaires thématiques d’ensemble en masses compactes. Mais il convient avant tout de rendre justice aux choix d’auteur, et le livre de C. Auroy nous le permet aisément tant est impressionnante l’ampleur des matières embrassées et stimulante la hauteur des vues spirituelles proposées. L’important développement méthodologique qui introduit l’ouvrage n’en est pas moins nécessaire pour faire comprendre au lecteur la direction du livre. Les grands axes y sont présentés : l’herméneutique sera partout et cernera la question originelle qui se trouve pénétrer tout texte et rejaillir, à partir de la conscience de l’auteur, sur tout le processus d’écriture ; le texte se lit toujours moins qu’il ne se vit et nous appelle à retrouver le rôle de l’émotion dans la compréhension des œuvres (ce qui n’est pas sans suggérer toutefois, et paradoxalement, qu’une lecture phénoménologique serait sans doute ici tout aussi indiquée pour cerner une telle dimension) — or il s’agira surtout de rechercher l’émotion ressentie à l’époque de publication, pour contextualiser la réception et ne pas quitter ainsi un mouvement herméneutique — ; le rapport fondamental des écrivains à la parole (« la pratique de la traduction biblique par Claudel, les voyages de Green entre le français et l’anglais les rendent particulièrement attentifs au processus de l’accueil linguistique », p. 12) engage l’écou lun., 09 janv. 2017 17:46:20 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10010 acta Le pouvoir ne naît pas absolu, il le devient http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9976 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9976/9782070147137FS.gif" width="100px" />Après s’être intéressée à la naissance de l’imaginaire monarchique1 en France, c’est sur son évolution que se penche Arlette Jouanna dans Le Prince absolu : Apogée et déclin de l’imaginaire monarchique. De toute évidence, l’ouvrage procède d’une volonté synthétique : en effet, s’il recouvre une large période chronologique — de la fin du xvie siècle au terme du règne de Louis XIV —, et brasse un corpus imposant — qui va du très célèbre Léviathan de Hobbes, au moins illustre De la réformation d’un État de Géraud de Cordemoy — il n’a rien d’une somme écrasante et difficile d’accès. Bien au contraire : concis et précis, il s’applique à mettre à la portée de chacun un tableau complexe de ce qu’a vraiment été l’absolutisme au Grand Siècle, sans renoncer pour autant à la rigueur scientifique la plus pointue. Aussi voyons‑nous en cet ouvrage un travail notable pour rendre accessible au grand public une étude aussi efficace que consciencieuse, menée par une spécialiste de la période. D’aucuns regretteront peut‑être sa concision : A. Jouanna passe parfois rapidement sur certains points qu’on aimerait voir plus développés. Néanmoins, cela ne nuit en rien à la qualité de l’ouvrage, et stimule tout lecteur attentif et désireux d’approfondir le sujet. L’intention de mettre sa réflexion à la portée d’un grand public ne fait pourtant pas de l’ouvrage d’A. Jouanna un résumé, une simple compilation de travaux déjà menés par ailleurs. Un de ses mérites est de choisir une approche nouvelle, qui consiste à mettre en regard histoire et réflexion politique. Elle procède donc de façon dialectique, pour faire ressortir nettement le fait que le pouvoir monarchique français, au xviie siècle, n’a jamais été absolu à proprement parler, mais toujours en cours d’absolutisation. Cela signifie que l’image qu’on pourrait se faire d’un pouvoir spontanément et pleinement absolu, universellement accepté et indiscuté, est tout simplement fausse, voire absurde. Sa méthode a donc le mérite de détruire de fond en comble le fantasme d’une monarchie parfaite et univoque, et de montrer un siècle en constante controverse, tout aussi soucieux de liberté que d’éthique. Ainsi dresse‑t‑elle le tableau contrasté d’une ère de soupçons et d’angoisses autant métaphysiques que politiques. Pour étudier et expliquer la résistible progression de la monarchie française vers un absolutisme qui ne s’est jamais pleinement réalisé, A. Jouanna allie progression chronologique et études thématiques : dans un premier tem lun., 02 janv. 2017 09:18:59 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9976 acta Le discours sur les factions : une politique de la littérature ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9980 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9980/9782812445903FS.gif" width="100px" />Le pari des auteurs de ce recueil d’articles est d’abord, disent-ils, de saisir le sens historique d’une évolution sémantique qui a vu le mot de « faction » devenir tout à fait péjoratif au cours du XVIIe siècle, tandis que ce qui apparaissait comme une certaine neutralité axiologique initiale serait passé dans le mot de « cabale ». Ce projet somme toute modeste a un but autrement ambitieux qui est de « saisir la sphère politique dans son aspect pratique plutôt que comme schéma abstrait » (p. 9). Il faut sans doute comprendre que les auteurs ne se proposent d’entrer ni dans le champ très balisé de la science politique, ni surtout dans celui de l’histoire politique qui tente de penser l’absolutisme comme construction théorique et pratique, à la manière principalement de ce qu’ont proposé Fanny Cosandey et Robert Descimon dans L’Absolutisme en France1. La « littérature » du titre est ici mobilisée pour atteindre cette dimension pratique, sans que soit néanmoins explicité ce qui met la littérature du côté de la « pratique », et même si certains articles la laissent envisager du côté des actions d’écriture et de publication. Le titre du recueil a d’ailleurs quelque chose d’un peu paradoxal par rapport à cette centralité recherchée, en ce qu’il définit d’emblée le champ étudié à la marge de la politique, dans le cadre des rapports de la littérature et de la politique. Le segment historique défini dans le titre (de la Ligue à la Fronde) détermine ce qui est par ailleurs un peu plus qu’un cadre proposé à la réflexion, plutôt un point de vue sur la construction absolutiste sous l’angle de la division et de la dissidence. La Ligue, la Fronde : la première ouvrit le projet d’une autre monarchie possible, la seconde est considérée comme la « dernière » révolte de la noblesse dans un moment de fragilité monarchique, selon le récit qui est généralement fait de la Fronde et qui est, globalement, repris ici. Le cadre est donc fourni par deux événements de faction dont il est postulé qu’ils définissent en leur temps et au-delà de celui-ci le discours sur la faction. Deux moments qui se comprennent comme la production d’un paradigme de la dissidence et sa reproduction, ainsi que le suggère l’organisation chronologique des articles réunis en deux parties : la première intitulée « À la naissance de la Ligue », la seconde « Ramifications, répétitions, amplifications ». Malina Stefanovska et Adrien Paschoud ont ainsi rassemblé des historiens et des littéraires, qui proposent l lun., 02 janv. 2017 09:21:52 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9980 acta Soleil rayonnant ou prince idolâtre : critiques & protestations envers la propagande artistique de Louis XIV http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9984 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9984/9782842923686FS.gif" width="100px" />L’étude des usages politiques des œuvres d’art par la monarchie française, en particulier sous le règne de Louis XIV, est un chantier déjà ancien. Des ouvrages de Louis Marin1et de Jean-Marie Apostolidès2 jusqu’à la grande monographie du spécialiste britannique d’histoire culturelle Peter Burke3, ce domaine d’étude a fait l’objet d’un travail constant, à échelle internationale. Avec cet ouvrage, Henrik Ziegler s’inscrit dans ce vaste mouvement, en prenant bien soin d’ancrer sa démarche dans les problématiques de ce champ, pour mieux éclairer des aspects jusqu’à présent obscurs de la « stratégie de la gloire » louis-quatorzienne4.L’objet que se propose d’étudier H. Ziegler est celui de la réception de l’art royal, et plus particulièrement des phénomènes qui se produisent « entre la mise en scène artistique de la personne de Louis XIV et les critiques contemporaines correspondantes » (p. 17). L’un des principaux points aveugles de la recherche réside selon lui dans ce phénomène d’interaction qui, sous toutes ses formes, de l’adhésion au rejet en passant par l’objection ou le détournement, semble être assez systématiquement pris en compte par le pouvoir royal. En d’autres termes, le roi n’est pas ignorant des effets de sa stratégie artistique sur ce que l’historien appelle bel et bien un « public » (p. 19) ; attentif aux réactions de ce public, le roi aurait ainsi adapté régulièrement sa politique de représentation, comme l’indique l’étude de plusieurs cas bien précis.Le livre se structure précisément sur l’examen minutieux de trois de ces cas : d’abord la devise royale « Nec pluribus impar » ; ensuite certaines statues monumentales du roi ; enfin sur l’art versaillais, notamment les cycles picturaux de la Grande Galerie. Le premier chapitre se concentre ainsi sur la devise solaire du roi. H. Ziegler montre les implications politiques subtiles de son apparente polysémie, l’expression pouvant être comprise tantôt comme l’affirmation, dans une optique dynastique, que Louis XIV est « pareil à ses prédécesseurs » (p. 31), tantôt comme « une revendication potentielle d’un pouvoir de dimension universelle » (p. 33), dans le cadre de concurrence politique avec la puissance des Habsbourg d’Autriche et d’Espagne. Bref, la devise solaire n’est pas employée uniquement « comme une forme décorative universelle compréhensible et au contenu anodin, mais comme un instrument de combat politique destiné à transmettre au parti adverse des messages concrets ». Il s’agit donc bie lun., 02 janv. 2017 09:23:46 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9984 acta Les masques politiques de la tragédie française http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9988 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9988/9782840509059FS.gif" width="100px" />Tout comme les pièces de Corneille sont construites sur une « évidence royale1 », le genre de la tragédie semble reposer sur une forme d’« évidence politique », tant la multiplicité des sens du et de la politique peut s’y déployer, aussi bien par les sujets qui y sont traités que par les personnages qui y apparaissent. Aussi l’entreprise de Lise Michel était-elle ambitieuse. L’ouvrage – issu de sa thèse – se propose d’analyser le mode de représentation du politique dans la tragédie française, à une époque où les deux fils de son sujet se croisent et se tissent : les années 1630 à 1650, moment où l’absolutisme royal se pense et s’organise, et où la tragédie classique naît de l’élaboration des règles et de la disparition progressive de la tragi-comédie.L’ouvrage s’inscrit dans une histoire critique récente foisonnante, aux approches et aux lectures multiples. Si L. Michel revendique sa dette envers les travaux de G. Forestier2, ceux d’H. Merlin-Kajman3 sont eux aussi sollicités, tout comme, en ce qui concerne la caractérisation des personnages politiques, ceux d’E. Bury4. Dans l’ensemble de ce paysage critique, l’angle choisi est assumé : reprenant les analyses de G. Forestier, L. Michel considère que « si les présupposés politiques d’un auteur ou d’une époque sont bien activement à l’œuvre – donc détectables – dans les rouages de la dramaturgie, la construction de l’action tragique en tant que telle relève d’un projet proprement poétique » (p. 15). Sans nier la perspective socio-historique, ni la prégnance des idéologies politiques du xviie siècle, il va s’agir ici d’identifier la « spécificité du poétique tragique ». En effet, « il y a un usage (donc une forme d’inscription) du politique propre à la tragédie, parce qu’il y a des codes dramatiques propres à la tragédie, aussi soumis soient-ils aux variations d’un contexte historique » (p. 16).À cet égard, la méthode et la démarche adoptées par l’ouvrage sont particulièrement logiques. Dès l’introduction, le lecteur voit s’éclaircir la polysémie volontairement portée par le sous-titre, qui laisse « politique » sans article. La politique s’entend ainsi « aussi bien comme une démarche spéculative » (la réflexion sur le pouvoir) que comme « un ensemble d’actes éminemment pratiques » (qui ressortissent à la décision de celui ou de celle qui détient ce pouvoir), par ailleurs généralement soumis à un jugement de valeur négatif (la politique est perçue, au xviie siècle, comme mauvaise, manipulatrice, constamment pl lun., 02 janv. 2017 09:25:32 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9988 acta Des philosophes chez les guerriers http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9990 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9990/9782842923563FS.gif" width="100px" />Le xviie siècle européen est à raison perçu comme un siècle de fer. De la guerre de Trente Ans, révolte de la Bohème qui débouche sur un conflit international embrasant l’ensemble de la chrétienté à la guerre de course en Méditerranée, des révolutions anglaises aux guerres civiles françaises, entre derniers conflits de religion et Fronde, le premier xviie siècle est incontestablement guerrier. La seconde moitié du Grand Siècle, après les traités de Westphalie, accentue encore cette sensation d’une omniprésence de la guerre, que Louis XIV sur son lit de mort avoue avoir « trop aimée ». Son règne est en effet marqué par les conflits armés, qui l’opposent souvent à l’Europe coalisée et pèsent sur le royaume entier, directement, par les destructions matérielles aux frontières et l’ampleur des mobilisations d’hommes — plus de 450 000 dans un pays qui compte 20 millions d’habitants pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg — et indirectement, par la médiation fiscale. Le roi de guerre dirige en personne de nombreux sièges1 : victorieux, ils sont instrumentalisés par la propagande royale pour exalter les hauts faits d’armes d’un monarque chef de guerre. La toile de Lebrun, Le roi prend Maastricht en treize jours, célèbre l’issue rapide du siège en 1672, tandis que la prise de Namur en 1692 est une des nombreuses occasions saisies par les lexicographes, les peintres et les poètes stipendiés par la Cour pour célébrer un roi poliorcète et glorieux, vainqueur magnanime. L’expansion européenne entamée au xvie siècle déplace la violence guerrière européenne à l’échelle mondiale : les Espagnols conquièrent le Mexique et le Pérou, les Portugais « contrôlent » le Brésil et s’implantent ponctuellement, faute de troupes et de moyens, en une série de comptoirs sur les côtes indiennes et chinoises, où ils sont concurrencés puis remplacés par les Anglais et Hollandais. Ces thalassocraties commerçantes, souvent gérées par de vastes compagnies monopolistiques qui disposent de vastes pouvoirs régaliens, sont avant tout des outils de conquêtes militaires, contrôlant d’importantes flottes de guerres, des troupes et des forteresses. Le monde devient un champ de bataille où se mesurent les puissances européennes mais aussi asiatiques, africaines et américaines, parfois balayées et surprises par la violence du choc initial, mais qui conservent souvent d’immenses forces de résistance pour s’opposer aux tentatives de domination européennes. Le refus de l’européocentrisme et la promotion lun., 02 janv. 2017 09:26:27 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9990 acta Lukács, une idée du roman http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9971 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9971/RomMS11b.png" width="100px" />Le numéro 8 de la revue Romanesques, de l’Université de Picardie-Jules Verne, publie aux éditions Garnier un important dossier intitulé « Lukács 2016 : cent ans de Théorie du roman », dont les pièces ont été réunies par Carlo U. Arcuri et Andréas Pfersmann ; il contient en outre un important article de Lukács jusqu’ici inédit en français. Ce numéro fait suite, à distance, à un précédent volume de Romanesques, le n° 4, publié en 2011, où Carlo U. Arcuri et Christophe Reffait associaient déjà, à plusieurs contributions relatives à la romance, deux articles inédits de Lukács.Ce dossier est précédé d’un essai de la romancière espagnole Belén Gopegui qui, sous le titre « Un coup de pistolet au milieu d’un concert », pose, en s’appuyant sur deux passages célèbres de Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme, la question de l’écriture romanesque de la politique au xxe siècle. Estimant que les romans de cette époque tendent à dangereusement escamoter le politique, au risque de précipiter dans l’inexistence des visions du monde susceptibles de se réaliser et de changer le cours des choses, elle rapporte ces silences à la confiscation de la vraisemblance par les tenants du discours dominant. À la suite de cet essai paraît un article d’Alain Schaffner, « Romanesque, idéalisation et projection dans Du côté de chez Swann », consacré à l’opération dialectique par laquelle Proust dénonce « la psychologie des romans à l’eau de rose », tout en affinant l’idée que chacun compose sa réalité par le moyen de projections romanesques.Le dossier « Lukács 2016 » s’ouvre sur un texte de Lukács encore inédit en français, qui fut publié dans la revue allemande Die Linkskurve en 1931 : « Reportage ou figuration ? Remarques critiques sur un roman d’Ottwalt ». L’auteur d’Histoire et conscience de classe, loin de suivre la ligne officielle du parti, y entend dissiper l’illusion suivant laquelle les techniques du reportage, fondées sur la collation de documents et leur montage, seraient spécialement propres à rendre compte du présent. Il voit dans ces expérimentations l’expression d’une sorte d’idéalisme à rebours : faute que s’y entrelacent étroitement forme et contenu, elles manquent, en définitive, l’humain et font paradoxalement le jeu des valeurs qu’elles prétendent combattre.Michael Löwy et Robert Sayre se fondent, dans « Le Romantisme (anticapitaliste) dans La Théorie du roman », sur une conception du romantisme appréhendé comme vision du monde, qui constituerait une dénonciati mar., 20 déc. 2016 11:32:18 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9971 acta Spécificités des lettres belges du XIX<sup>e</sup> siècle : de la réécriture des mythes du XVI<sup>e</sup> siècle à l’émergence des formes d’écriture de langue française http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9967 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9967/9782875742766-us - copie.jpg" width="100px" />Directeur des Archives et Musée de la littérature (Bruxelles), président de l’Association européenne des études francophones, écrivain, professeur, chercheur et critique littéraire, Marc Quaghebeur assume la direction de plusieurs collections, dont « Archives du futur » (chez Labor, puis à La Renaissance du livre) et « Documents pour l’Histoire des Francophonies » (P.I.E. Peter Lang)1. Il est aussi responsable des séries « Congo-Meuse » (L’Harmattan) et « Balises - Cahiers de poétique des Archives et Musée de la littérature » (Didier Devillez). Auteur d’une Anthologie de la littérature francophone de Belgique. Entre réel et surrél2, il a publié, en plus de son œuvre de création3, de nombreux essais4 et articles critiques. Histoire, Forme et Sens en Littérature. La Belgique francophone entend cerner les processus littéraires spécifiques dont la persistance est avérée à travers le temps, de même que la réélaboration constante de ses paramètres thématiques, formels et esthétiques. Sont ainsi concernés au premier plan les rapports des écrivains à l’Histoire, à la Langue et à la Littérature. Chercher à comprendre comment s’articulent les éléments de cette triade notionnelle, quelles Formes ils génèrent, comment ils font Sens pour le lecteur constituent les principales interrogations de l’ouvrage (les majuscules dans le titre ne sont donc pas anodines). Les analyses qui composent ce premier tome d’une série à venir couvrent la période qui prépare l’Indépendance du pays (1830) jusqu’à l’aube du premier conflit mondial (1914). Il s’agit d’un ouvrage érudit, très dense et extrêmement bien documenté, notamment sur les plans historique, générique, thématique, formel et pictural. Les chapitres des trois premières parties5 du livre sont constitués d’études transversales ayant fait l’objet d’une réécriture et d’une restructuration : « Aux confins du réel ; au bord du fantastique » (p. 23‑64) ; « Le xvie siècle : un mythe fondateur » (p. 67-94) ; « Avatars et permanence du mythe du xvie siècle » (p. 95‑145) ; « Bruxelles, ville d’accueil, creuset d’une littérature (p. 149‑170) ; « De Paris à Bruxelles. Et de Bruxelles à Paris » (p. 171-198). Les chapitres des quatre autres parties6 de l’ouvrage comprennent des analyses inédites consacrées à des œuvres peu étudiées de grands écrivains de la période symboliste : Le Cahier bleu (p. 295‑310) et L’Intelligence des fleurs (p. 341‑350) de Maurice Maeterlinck (1862‑1949) ; James Ensor (p. 311-338) d’Émile Verhaeren (1855‑1916) ; jeu., 08 déc. 2016 13:02:31 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9967 acta Prose/poésie : frictions, jonctions http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9960 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9960/9782812438035FS - copie.gif" width="100px" />Idées de la poésie, idées de la prose : par ce titre, Michel Sandras indique clairement que son propos concerne les différentes conceptions qu’on a pu avoir, en France, de la poésie et de la prose. Mais le terme de « conception » apparaît vite trop vague : M. Sandras étudie non pas seulement les théories que l’esthétique et la critique ont élaborées à leur sujet, mais aussi les représentations de l’une et l’autre formes d’écriture et la manière dont, au cours de l’histoire, varient les points de friction ou de jonction de la prose et de la poésie. Qu’elles s’opposent, rivalisent, s’adossent l’une à l’autre ou se tournent le dos, la poésie et la prose, dans leur relation tendue, nous renvoient toujours à un imaginaire de la langue et de la littérature. Et parce qu’il s’agit d’imaginaire et d’écriture littéraires, ces représentations engagent des formes historiques de la sensibilité et parfois même une politique de l’écriture : le choix de la prose ou de la poésie, qui peut être le choix de leur opposition radicale, ou à l’inverse de leur indifférenciation revendiquée, ou bien de leur mélange, ou encore du glissement, plus ou moins aisé, de l’une à l’autre, est envisagé pour lui‑même. La question du genre littéraire n’en est qu’une conséquence — et c’est là une des originalités du livre : le choix de la prose ou de la poésie est considéré comme prioritaire par rapport à celui du genre, ce qui rend possible et même nécessaire l’attention à toutes les formes d’hybridation ou de mixité entre l’un et l’autre régimes d’écriture. La prose est ainsi analysée dans le poème, dans l’essai et les petites proses poético-spéculatives (ou spéculo-poétiques ?) qu’affectionne notre époque ; la poésie, hors du vers comme dans le vers, voire dans le roman, et partout où la modernité revendique une indifférenciation de la poésie et de la prose. C’est d’ailleurs cette indifférenciation que M. Sandras réévalue, montrant que l’idée moderne de la poésie est rendue dans et par la prose, son flux, sa scansion propre, sans pour autant qu’elle rompe avec l’idée antique d’une célébration. La prose, elle, est située sur l’autre versant : celui de la défaite d’une idée de transcendance ou de divinité, mais aussi de la construction, voire de la langue du poème. Si l’indistinction entre prose et poésie est discutée (comme l’est aussi l’affirmation de Barthes bien connue : « Il n’y a plus de poètes, ni de romanciers : il n’y a plus qu’une écriture »), M. Sandras accorde une importance parti mer., 07 déc. 2016 12:37:15 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9960 acta Des vies autres : pour une philosophie politique de l’ordinaire. http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9962 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9962/9782711626649FS - copie.gif" width="100px" />Daniele Lorenzini enseigne à l’Université Paris-Est Créteil après avoir soutenu, en 2014, un doctorat intitulé Sur la politique des conduites, pour une histoire du rapport entre subjectivation éthique et subjectivité politique, dontla publication consacrée aux « techniques de l’ordinaire » qui nous intéresse ici est en partie issue. Les travaux de Michel Foucault inspirent la quasi totalité des analyses de D. Lorenzini dans ce texte, et déterminent, in fine, la mise en perspective de la pensée foucaldienne avec celle des deux autres théoriciens convoqués : Pierre Hadot (1922-2010) et le philosophe américain Stanley Cavell (né en 1926). Dans cette confrontation entre Foucault, Hadot et Cavell, l’auteur se réfère à un certain nombre de cours dispensés par Foucault au Collège de France : au premier chef Sécurité, territoire, population (1977-1978) ainsi que dernier cours assuré par le philosophe avant sa disparition, en 1984, publié sous le titre Le courage de la vérité, et correspondant au deuxième tome du cours au Collège de France traitant du Gouvernement de soi et des autres. Mais D. Lorenzini commente également les cours effectués en 1974-1975 (Les anormaux) ou en 1981-1982 (L’herméneutique du sujet), textes entretenant aussi une relation avec sa problématique.La référence foucaldienne est donc décisive, et éclaire en définitive les analyses visant Hadot et Cavell. Le philosophe américain est moins présent que Foucault ou Hadot, probablement parce que ses développements théoriques sont moins directement concernés par les « techniques de l’ordinaire » (l’expression practice of the ordinary apparaît cependant sous sa plume1). Hadot est, de ce point de vue, certainement plus proche de Foucault — même s’il s’en distingue, et pour de puissants motifs théoriques2. L’intention de l’auteur, dans Éthique et politique de soi, Foucault, Hadot, Cavell et les techniques de l’ordinaire, est de ramener la philosophie politique à l’ordinaire, condition pour effectuer un nouage entre éthique et politique. L’enjeu est donc bien de penser l’éthique et la politique à partir d’une expérience fondamentale, bien qu’inédite : celle de l’ordinaire. L’auteur rappelle que les préoccupations liées à l’ordinaire apparaissent dans les travaux de Sandra Laugier3, elle même inspirée par la pensée de Ludwig Wittgenstein, de Ralph Waldo Emerson et de Henry David Thoreau — note donc la diversité des courants de pensée ayant suscité la réflexion d’une « représentante » de la philosophie an mer., 07 déc. 2016 12:42:19 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9962 acta Intertextualités aragoniennes, ou l’aventure d’un réalisme expérimental http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9955 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/9955/74242 - copie.png" width="100px" />J’imite. Plusieurs personnes s’en sont scandalisées. La prétention de ne pas imiter ne va pas sans tartuferie, et camoufle mal le mauvais ouvrier. Tout le monde imite. Tout le monde de le dit pas1.La préface d’Aragon pour Les Yeux d’Elsa (1942) pourrait servir d’exergue à l’ouvrage collectif dirigé par Dominique Massonnaud, spécialiste du réalisme et des théories de la représentation, et Julien Piat, stylisticien dont les travaux font le lien entre littérature et linguistique. Aragon imite en effet, les autres mais aussi lui-même, jouant sans cesse avec le réemploi de certains textes et de certains motifs. Visant à « éclairer la genèse d’une œuvre protéiforme » (p. 7) qui procède à la fois par remaniements récurrents et par expérimentations renouvelées, les différentes contributions abordent ainsi la « fabrique » romanesque aragonienne sous l’angle de l’inter- et l’intratextualité.L’ambition n’est pas totalisante : la plupart des articles se concentrent sur l’étude d’un seul roman (deux sont exclusivement consacrés à Blanche ou l’oubli), voire d’un seul aspect de l’intertextualité déployée dans telle ou telle œuvre. Si cet éclatement entrave nécessairement un aperçu général de la question2, il permet une grande précision d’analyse. L’éclairage est partiel mais il montre à quel point le réemploi est l’un de ses ressorts majeurs de l’écriture romanesque aragonienne, l’organisation chronologique du recueil soulignant la permanence du procédé. Les collages des années 1920 qui constituent dès l’origine le roman en espace de confrontation des discours, la réécriture romanesque « de parlures socialement marquées ou de fait divers » (p. 16) dans LeMonde réel, la réflexivité revendiquée dans les romans plus tardifs qui dérivent au gré des insertions et des digressions : toutes ces modalités de la citation et de la réécriture justifient l’angle d’analyse adopté par le recueil, qui se livre moins à « une savante et traditionnelle critique des sources et des filiations » (p. 9) – qui reste d’ailleurs à faire – qu’à une étude précise de la dimension littéraire du geste même de transposition : c’est en termes de reconfiguration et de réinterprétation que les hypotextes sont envisagés. Quels facteurs déterminent leur sélection ? Quelles transformations leur fait subir leur recyclage romanesque et leur réactualisation au fil des années ? Le réemploi de certains textes ou motifs, empruntés à d’autres ou à soi-même, est toujours envisagé dans sa relation aux cotextes, mais mer., 30 nov. 2016 15:31:10 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=9955