¶1 Le texte qui suit est un résumé de l’article qui paraîtra très prochainement
¶2 La question des rapports entre littérature et philosophie semble tenir au présupposé d’une parentée implicite, sur la valeur duquel il conviendrait de statuer. Qu’ils soient envisagés comme des domaines séparés ou indistincts, l’idée même de les rapprocher dans cette interrogation implique un tel présupposé. Face à cette question, il existe généralement deux attitudes différentes. La première consiste à considérer la littérature et la philosophie comme deux domaines ontologiquement distincts, l’un réprésentant l’ordre du concept et du vrai, l’autre celui de l’émotion et de la fiction. La seconde refuse cette distinction ontologique qui véhicule une conception de la littérature et de la philosophie où chacune prive l’autre de ce qu’elle s’attribue à elle-même. Dans cette alternative, toute tentative de traitement de la question semble définitivement vouée à l’indiscernabilité ou à l’exclusion réciproque des deux domaines. Il est à noter que les motifs d’ordre ontologique évoqués sont conditionnés par des orientations philosophiques elles-mêmes inscrites dans un contexte historique. Si l’intérêt de la littérature pour la philosophie est manifeste, notamment dans les grandes oeuvres romanesques qu’il est souvent difficile de détacher de visées philosophiques, la question des rapports entre littérature et philosophie est avant tout une question philosophique. La réponse dépend, en effet, étroitement de la relation que les philosophes eux-mêmes peuvent entretenir avec la littérature. Comme le souligne Philippe Sabot, dans son petit ouvrage intitulé Philosophie et littérature, le concept moderne de « littérature » peut être identifié comme un concept philosophique, produit historiquement par les philosophes en vue de délimiter leur propre domaine d’activité. Dans cette perspective, le discours littéraire est généralement assujetti au discours philosophique, seul le contenu du texte littéraire étant digne d’intérêt dans la mesure où il illustre des concepts philosophiques préétablis. Ces démarches sont le reflet de philosophies qui cultivent une idée et essaient d’en trouver une illustration, en considérant que le but de la philosophie est la description des essences. Du schéma romantique heideggerien de la littérature comme dévoilement d’une vérité philosophique à la « littérarisation » derridienne de la philosophie, en passant par l’interprétation deleuzienne de la littérature comme illustration de concepts philosophiques préconstruits, l’ensemble des démarches philosophiques visant à répondre à la question a toujours finalement conclu à une séparation ou à une indistinction de la philosophie et de la littérature. Il existe cependant une autre approche, plus pragmatique, représentée en particulier par certains philosophes américains contemporains, qui semble montrer que le second terme de l’alternative permet l’ouverture vers une troisième voie. Ce type d’approche philosophique n’envisage pas plus la littérature et la philosophie comme deux domaines ontologiquement distincts, qu’elle ne les croit indiscernables. Cette approche ne consiste pas à retrouver dans le texte littéraire quelque chose qui est déjà là, mais à le concevoir, à l’inverse, du point de vue de ses effets pratiques, comme un objet pragmatique et expérimental.