Le tourbillon de l'écriture
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Le message suivant a été posté par
le visiteur Ricard Ripoll le 27 Mai 2002 :
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Cher ami, je me réjouis de votre référence à Lautréamont, et aux Chants de Maldoror, car ce texte, avec Les poésies, constitue un moment essentiel de ma réflexion autour de la littérature et du concept de création. Je suis persuadé qu'il est erroné de mettre dos à dos des réalités qui sont le plus souvent imbriquées les unes dans les autres. Pour moi, il n'y a pas de frontière fixe entre Réel et Fiction, Vérité et Mensonge, Je et Il, et au-delà entre roman et poème. Ce qui m'intéresse c'est bien la zone intermédiaire où se joue ces passages, ces incertitudes, là où il devient impossible de décider de quoi il s'agit. Le texte de Lautréamont/Ducasse est l'exemple parfait de cette friction créative qui, même, désorganise la chronologie puisque l'on pourrait se risquer à concevoir, de façon je reconnais abusive mais qui ouvre des hypothèses intéressantes, les Poésies comme introduction des Chants qui, eux-mêmes, réclame la poétique futur apportée par les Poésies. Il y a comme un tourbillon, une spirale, si chère à Lautréamont, qui "relance" à l'infini le texte et qui le régénère.
Lorsque je parlais de "friction proétique", je tenais compte en même temps, du gommage entre la théorie et la pratique, et de la collision entre la vie réelle et la réflexion intellectuelle. Ainsi je me suis amusé à introduire deux R pour enrichir du signe de la présence d'une histoire personnelle (symbolisée par mes initiales, ou celles de Raymond Roussel, à qui je rendais un hommage)cette "fiction poétique" qu'il me semblait nécessaire de revendiquer au moment où la poésie était conçue du côté d'un discours transparent, entièrement situé sous l'emprise de l'authentique et de l'expression d'un moi. Le Je que je visais était celui qui ouvre le chant quatrième des Chants de Maldoror : "C'est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant". Une fois cela établit, JE peut parler, puisqu'il va devenir le lieu de la friction, l'intermédiaire, la zone où confluent les passé et le présent, la réalité et l'imagination..., JE du tourbillon, JEU de l'écriture.