La fiction ou l'expérimentation des possibles
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Le message suivant a été posté par
le visiteur Marie-Laure Ryan le 03 Mai 2001 :
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Nancy, J'ai apprecie l'attention que vous avez donne a mes commentaires et l'eloquence que vous avez deployes a defendre votre position. Il me semble que notre difference se reduit a ceci: Vous pensez que le lecteur de la fiction fait reellement une experience fictionnelle. Je pense que le lecteur de la fiction fait fictionellement une experience de realite, au moins quand ce lecteur est proprement immerge. En fait je pense que les deux propositions decrivent la meme experience de deux points de vue differents. Ces jeux de mots me font penser a une citation de Lewis Carroll: "So, either I've been dreaming about Sylvie," I said to myself, "and this is reality." "Or else I've really been with Sylvie, and this is a dream." Ce qui me gene par contre c'est votre rejet categorique de la notion de monde possible comme philosophiquement gratuite, alors que vous attribuez une valeur didactique a toutes les experiences de pensee. Il me semble que la postulation de mondes possibles pour expliquer la semantique des operateurs modaux et de la fiction est l'exemple parfait d'une experience de pensee. Elle se rapporte a des entites eminement possibles les mondes possibles eux-memes. Si le possible fait partie du reel, comme vous le proclamez, les mondes possibles en font egalement partie. Quel est des lors le critere qui vous permet de leur nier toute valeur explicative ? Cela me ramene a la question qui me gene depuis le depart. Dans mon systeme il y a plusieurs modes d'experiences de pensee. Je vous concede que j'ai tort de denier une valeur didactique aux experiences ludiques, mais je pense toutefois qu'il y a une difference de priorite. L'experience de pensee de David Lewis au sujet des mondes possibles est didactique avant d'etre ludique; Harry Potter est ludique avant d'etre didactique; sinon, je ne vois pas pouquoi les enfants se rueraient sur ces livres plutot que sur les manuels scolaires. Dans votre systeme il n'y a pas de differentes sortes d'experiences de pensee; ou du moins, vous ne mentionnez pas de criteres differentiels. Est-ce a dire que vous placez la philosphie de David Lewis et Harry Potter dans le meme panier, celui des "versions du monde" ? Admettons qu'il n'y a pas de difference au niveau du mode d'interpretation et d'evaluation entre les experiences de pensees de Lewis et de J.K. Rowling. Qu'en est-il du discours qui proclame l'existence de faits concrets et reels, comme l'histoire ? (Meme si l'on nie l'existence objective de faits, comme Rorty, il n'en reste pas moins que le mode declaratif de l'histoire presuppose qu'il y des faits, et que ceux-ci sont independents de l'opinion de la communaute.) L'histoire est-elle aussi une experience de pensee ? Si oui, quel est le type de discours qui n'en serait pas une ? Et si l'histoire n'est pas une experience de pensee, qu'est-ce qu'elle pourrait bien etre ? En resume: puisque vous ne sembler pas accepter l'idee de la Panfictionalite, comment caracterisez-vous le discours non-fictionnel ?