
| Le message suivant a été posté par le visiteur Laurent Margantin le 07 Avril 2001 : |
Je voudrais aussi ajouter que, comme l´a montré Alain Borer, Rimbaud n´a pas réellement cessé d´écrire, et qu´en Abyssinie, il a écrit des rapports géographiques qui répondent aussi à cette volonté de se mettre « délibérément et définitivement en présence de la réalité » (ce sont les mots de Pierre Campion). Ici, je renvoie à un livre de Kenneth White, Les finisterres de l´esprit (Editions du Scorff, 1998), qui évoque cette nouvelle et ultime activité d´écriture de Rimbaud (qui, comme on le sait, considérait ses poèmes de jeunesse comme des « rinçures »). White cite le poète-géographe à propos du désert du Harar: « Quelques versants de montagnes bien arrosés, tels que ceux du Gan-Libache, offrent une végétation superbe, non moins belle que celle des monts éthiopiens. Le naturaliste Mengès y a reconnu le genévrier gigantesque et la magnifique djibara dressant sa hampe florale à plusieurs mètres de hauteur. Les caféiers prospèrent sur les avant-monts du massif du Choa. La région centrale du pays, l´Ogaden, dont l´élévation moyenne est de 900 m, serait d´après les informations de Sottiro, une vaste région de steppes : après les pluies légères qui tombent dans la contrée, c´est une mer de hautes herbes, interrompues en quelques endroits par des champs de cailloux ». Cette écriture aurait-elle été pour Rimbaud un moyen de revenir à une parole (que Kenneth White qualifie de « géopoétique ») définitivement débarrassée de la fiction ?