Fabula, la recherche en littérature (colloques)

Manuscrits, mètres, performances: les Jeux d'Arras, du théâtre médiéval?


Journée scientifique organisée le 16 janvier 2009 à l'Université de Nantes par Véronique DOMINGUEZ, Benoît de CORNULIER et Julien GOEURY.


« MANUSCRITS, METRES, PERFORMANCES : LES JEUX D’ARRAS, DU THEATRE MEDIEVAL ? »


À propos du Jeu de Saint Nicolas de Jean Bodel, du Jeu de la Feuillée et du Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle.


Le programme de littérature médiévale de l’agrégation 2009 réunit trois textes composés entre et la fin du XIIe et la fin du XIIIe siècle, et caractérisés par une variété de rimes et de mètres. Dans les manuscrits, ces textes sont intitulés Jeux, et ils se présentent comme des actions où la parole, au moyen de didascalies, est répartie entre divers « personnages ». Dans quelle mesure ces éléments formels, qui au XVe et au XVIe siècles caractériseront des textes dont la performance dramatique est attestée, permettent-ils de désigner les Jeux arrageois comme du « théâtre » — et que désigne ce terme, pour nous et à l’époque concernée ?

Pour répondre à ces questions de genre et de forme, les oeuvres « par personnages » ont été envisagées dans leurs liens à l’oeuvre, lyrique, poétique ou didactique, des auteurs prolixes et reconnus que furent Jean Bodel et Adam de la Halle. Le Jeu de saint Nicolas a été présenté comme l’un des moments du parcours poétique et idéologique du jongleur Jean Bodel, témoignage d’une pratique théâtrale, mais aussi de débats religieux. L’oeuvre d’Adam de la Halle a également été analysée dans ses relations avec la notion fête, selon le type de performance supposé par la lettre du texte et offert par les conditions historiques de la représentation, où acteurs et spectateurs sont interchangeables. Enfin, dans une interrogation sur le rapport de la lyrique et de la performance, les échos entre les chansons ou les jeux-partis d’Adam et les textes au programme ont été mis au jour.

Des réflexions ont également été proposées sur les formes métriques et sur les manuscrits contenant tout ou partie du programme (Paris, BnF, fr. 25566 ; Aix-en-Provence, Méjanes MS 166 [Rés. Ms 14]). D’après leur versification, à quel type de performance pouvaient-ils correspondre ? Et quelles mises en scène peuvent-ils susciter aujourd’hui ? Pourquoi éditer dans sa totalité, sans en retrancher les éventuelles interpolations, le manuscrit BnF, fr. 25566 ? Comment en prononcer le texte, en exécuter la musique, et selon quelles contraintes ? Appuyée sur des exemples de mises en scène ou en musique récentes du Jeu de Robin et Marion, cette journée a permis un approfondissement des principaux aspects du programme d’agrégation, selon les problématiques scientifiques et esthétiques suscitées aujourd’hui par les textes en jeu.

Avec le soutien de TLI-MMA (Textes Langages Imaginaires/Marges Modernité Antiquité, EA n° 4276, Université de Nantes), de "THEO-PO" ("Théories du poétique. XIVe-XVIe", groupe de recherche n° 3063, CNRS, direction M. Gally), et du LLING (Laboratoire de Linguistique, Université de Nantes)



  • Quelques aspects du métier dramatique de Jean Bodel dans le Jeu de saint Nicolas par Jean-Pierre Bordier (Centre des Sciences de la Littérature française - Nanterre)
  • La Feuillée : un jeu pour une compagnie par Pierre-Yves Badel (professeur honoraire à l’université Paris 8)
  • Les jeux d’Arras, exception ou modalité d’une poétique ? par Michèle Gally (Université de Provence)
  • Sur la versification du Jus de Saint Nicolai de Jehan Bodel (vers 1200). par Benoît de Cornulier (Laboratoire de Linguistique de Nantes / Centre d’Études Métriques)

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