Fabula, la recherche en littérature (colloques)

L’effet recherché dans la poétique du roman de la deuxième moitié du xviie siècle : tromperie, illusion, identification ?

Camille Esmein (Univ. de Nice/Équipe Fabula)

(Le présent texte constitue un simple exposé de la problématique présentée lors des journées d’études de juin 2005. Pour un exposé plus complet, voir « La pensée du roman dans la deuxième moitié du XVIIe siècle : un art de l’illusion », à paraître dans la revue XVIIe Siècle, juillet-septembre 2006)

À l’origine du mécanisme d’illusion du lecteur repose l’idée d’une tromperie. En effet, dans la seconde moitié du siècle, l’illusion fait l’objet d’une théorisation qui prend pour acquis les mensonges du romancier : la vérité romanesque alors élaborée consiste à persuader le lecteur et à lui plaire tout à la fois. Si la tromperie reste un phénomène envisagé du côté de l’auteur, il me semble que sa codification va de pair avec une réflexion sur l’effet produit par le récit sur le lecteur. Elle transparaît notamment dans l’usage, nouveau, de deux termes, qu’on rencontre essentiellement à la fin du siècle : intéresser et attacher. Chez Valincour, Charnes et Pavillon (les critiques de La Princesse de Clèves et de La Duchesse d’Estramène de Du Plaisir) et dans les Sentiments sur l’histoire de Du Plaisir, ces termes sont utilisés fréquemment ; ils servent à désigner l’effet produit sur le lecteur par la fiction romanesque en général ou par un roman particulier. La plupart des occurrences traduisent une réflexion sur le phénomène en lui-même, autrement dit sur son mode de fonctionnement : Valincour se demande comment « attacher l’attention » du lecteur, plus encore si celui-ci est un « esprit raisonnable »1 ? Pavillon propose la réponse suivante : en « [faisant] entrer les Gens dans les intérêts » du personnage2.

Chez Du Plaisir, la notion d’attachement est avant tout montrée comme la conséquence de l’émotion du lecteur, puisque la proximité fictionnelle permet de « toucher », et partant de mettre en marche un mécanisme d’« application » :

par Camille Esmein (Univ. de Nice/Équipe Fabula)
Publié sur Fabula le 29 avril 2006
Notes :
1 J.-B. de Valincour, Lettres à Madame la marquise*** sur le sujet de « La Princesse de Clèves » (1678), éd. C. Montalbetti, Paris, Flammarion, coll. GF, 2000, p. 69. Cité dans Poétiques du roman. Scudéry, Huet, Du Plaisir et autres textes théoriques et critiques du xviie siècle sur le genre romanesque, éd. C. Esmein, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 669.
2 E. Pavillon, « À la spirituelle inconnue qui nous a donné La Duchesse d’Estramène », Mercure galant, mai 1682, p. 227, cité dans Poétiques du roman, op. cit., p. 685.
3 Du Plaisir, Sentiments sur l’histoire, dans Sentiments sur les lettres et sur l’histoire, avec des scrupules sur le style, Paris, C. Blageart et G. Quinet, 1683, p. 107-108, cité dans Poétiques du roman, op. cit., p. 767.
4 Ibid., p. 166, cité dans Poétiques du roman, op. cit., p. 779.
5 Ibid., p. 263, cité dans Poétiques du roman, op. cit., p. 762.
6 Ibid., p. 107, cité dans Poétiques du roman, op. cit., p. 767.

Pour citer cet article :Camille Esmein (Univ. de Nice/Équipe Fabula), "L’effet recherché dans la poétique du roman de la deuxième moitié du xviie siècle : tromperie, illusion, identification ?", Fictions classiques, URL : http://www.fabula.org/colloques/document137.php

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