Ecrivains, événements.
Comment faire l'histoire des inventions? L'histoire littéraire fait-elle toute sa place à la puissance de disruption des événements et des singularités? Ce sont les questions posées par Adrian Tudurachi dans "
De l'accident comme projet de l'histoire de la littérature". Généralement indépendante de la conception de l'histoire comme processus continu et objectif, rarement orientée par un souci de périodisation ou d'unification du passé, l'histoire littéraire semble toujours construire des ensembles incomplets et inédits:
Déplacements, dégagements... L'atelier accueille, à ce titre, un ensemble de textes issus d'un projet collectif consacré, en France, en Allemagne, et aux Etats-Unis, à
l'Histoire littéraire des écrivains; il s'est agi d'étudier la manière dont les écrivains pensent et configurent leur aventure collective, élaborent une idée de la littérature en en faisant le récit, dans une construction globale qui entre en relation de concurrence ou de complémentarité avec l'histoire littéraire savante.
Lyrisme et performance

Où est la poésie? Comment la dire? Une
réflexion collective menée en discussion avec les travaux de Jonathan Culler s'interroge sur la définition du lyrisme: comment les poèmes traversent-ils le temps? comment faire l'histoire du
lyrisme? Y a-t-il une continuité entre ses formes anciennes, ritualisées, et l'expressivité moderne? A l'intérieur d'une réflexion plus générale sur la "
fortune du performatif" dans les études littéraires, J. Culler propose de faire de l'apostrophe la figure-clé de l'adresse poétique. L. Jenny expose quant à lui les principes de
l'énonciation lyrique, M. Murat observe les "clés de la poésie" des
anthologies de Gide ou d'Arland, et dans un ouvrage récemment réédité, J.-C. Milner s'interroge sur ce qu'il faut d'attention à la langue pour
Dire le vers.
Proust, partage de l'incertitude

Les doutes, les surprises et les révélations se répètent, s'aggravent ou se renversent dans
À la recherche du temps perdu. Plusieurs articles récents en témoignent. L'Atelier accueille les travaux d'un séminaire piloté par K. Haddad-Wotling et V. Ferré (Paris 10/ Paris 13), dont une journée a été dédiée à
Proust et l'incertitude ; on peut y lire une réflexion d'A.-I. Squarzina consacrée à
Proust et Cervantès, et aux conflits de la folie et de la lucidité. Dans la dernière livraison de
LHT, C. Pradeau observe
les conseils qui passent d'un lecteur à l'autre, et M. Macé la difficulté qu'éprouve Marcel à
suivre un nouvel écrivain dans sa phrase. Au sein de l'Equipe Proust, dans les pages web de l'ITEM, N. Mauriac élabore une
poétique de la surprise et de la reconnaissance sur lesquelles culminent les chocs, les inversions et les
étonnements proustiens.
L'oeuvre d'art littéraire

Quelle sorte d'objet l'oeuvre littéraire est-elle? Quelle sorte d'objet faut-il qu'elle soit pour qu'elle affecte son lecteur et produise un
effet ? C'est la question posée par le philosophe R. Ingarden en 1931, et dont
Jean-Baptiste Mathieu propose ici une lecture; une
réflexion collective lui a récemment été consacrée, et la notion d'
acte esthétique a été également remise à l'honneur par un ouvrage de B. Saint Girons. C'est à cette même énigme qu'ont tenté de répondre les penseurs de la fiction, en proposant de voir dans les univers fictifs de véritables mondes; Françoise Lavocat s'interroge dans leur sillage:
l'oeuvre littéraire est-elle un monde? Le plaidoyer d'Yves Citton pour les
lectures actualisantes offre un éclairage important sur ces débats en en déployant les enjeux pratiques.
Contributions à l'étude du complexe de Victor Bérard.

Le complexe de Victor Bérard désigne ces moments où "le voyageur, traversant des espaces réels, croit reconnaître des lieux de passage des héros de la fiction" (Christine Montalbetti,
Le Voyage, le monde, la bibliothèque). Traducteur et commentateur de L'
Odyssée, Victor Bérard (1864-1931) pensait qu'Homère avait décrit, à partir d'instructions nautiques phéniciennes, des lieux et des itinéraires maritimes réels. En compagnie du
photographe Frédéric Boissonnas, il partit donc en bateau
dans le sillage d'Ulysse. Le
complexe de Victor Bérard peut-être rattaché au domaine de la
métalepse, si l'on désigne ainsi avec Gérard Genette toute "transgression, figurale ou fictionnelle, du seuil de la représentation".
La bibliothèque en feu?

La
Bibliothèque est en feu dans les pages récentes de l'Atelier de Fabula: Christophe Pradeau médite sur
le "jeu de l'île déserte", qui postule une réduction de la littérature aux dimensions d'une blibliothèque de voyage ou d'exil, Julia Peslier et Anne Bourse s'interrogent sur le désordre que la
pensée comparatiste parvient à mettre dans nos rayonnages ordinaires, et construisent au long d'un important dossier théorique plusieurs
scénographies de la bibliothèque littéraire. Paul-André Claudel s'intéresse à ce qui tombe des étagères, scrute ce qui semble ne plus compter et disparaît dans la
poussière du temps, et Michel Murat invite, avec le poème en prose, à méditer sur "
le dernier livre de la bibliothèque".
Travaux en cours... de publication dans l'atelier.

L'atelier accueille cette année les travaux de deux séminaires de
littérature comparée. Quelles idées de l'homme, de la cité et de l'art sont en jeu lorsque des modernes reviennent à la matière des mythes de l'antiquité gréco-romaine? demandent Véronique Gély et Anne Tomiche dont le séminaire sur
la littérature occidentale (1910-1950) et les mythes gréco-romains inaugure la page
modernité antique de l'atelier. Observant un ralentissement des études françaises sur Proust et la littérature étrangère, Karen Haddad-Wotling et Vincent Ferré ont pour leur part souhaité relancer la réflexion sur les rapports de Proust avec les écrivains de la
modernité ou avec les classiques étrangers. Les textes ou les résumés des trois journées d'étude
Proust dans la recherche comparatiste, bilan et nouvelles perspectives sont aussi dans l'atelier.
Littératures factuelles: nouveaux chantiers de l'atelier.

Du nouveau dans différents chantiers de la rubrique
littératures factuelles de l'atelier: avec
Génétique et autobiographie, dossier extrait de
L’Écriture autobiographique : itinéraire d’une recherche, à paraître dans le numéro 28 de la revue
Lalies, Philippe Lejeune dresse le bilan de ses travaux de
critique génétique des
écritures de soi; dans le chantier sur le
genre épistolaire initié par Marc Escola, Irène Langlet entame une réflexion sur les correspondances électroniques et inaugure ainsi une nouvelle page sur l'
e-pistolaire; mise à jour régulièrement, la page consacrée aux
pratiques historiographiques propose enfin différents dossiers et liens.