

Dans le prolongement des luttes engagées au semestre dernier (après les vagues de 2009 et 2010) par les étudiants au Royaume-Uni, en Allemagne, Italie, Grèce, Autriche, Bulgarie, Portugal, Irlande... qui ont partout manifesté principalement contre la hausse des droits d'inscription, mais aussi plus généralement contre la précarisation des conditions d'étude et de travail à l'Université, le collectif transnational EduFactory appelle tous les étudiants entrés en résistance à se réunir à Paris du 11 au 13 février. Voir également l'agenda militant de février 2011.
D. Moatti, dans Le numérique éducatif, étudie l'imaginaire techniciste qui s'est imposé en France dans l'enseignement. Dès la fin des années 1990, le film Le cartable de Big Brother de F. Gillery s'appuyait sur un ouvrage de G. de Sélys et N. Hirtt (Le Tableau noir) pour dénoncer le rôle majeur des technologies de l'Information et de la Communication dans la démolition de l'éducation publique et gratuite alors amorcée à partir de directives de l'Omc (plus d'informations sur le site "Reconstruire l'école" et sur celui de l'Aped, lire aussi "L'école, grand marché du XXIème siècle", de G. de Sélys). Big Brother a un cartable (et l'annonce récente du "plan de développement des usages du numérique à l'école" laisse craindre le pire), il a aussi un cahier de textes ainsi que des fichiers comme la base élèves, utilisée selon Resf pour retrouver les familles sans-papiers. La Ldh de Toulon s'inquiète par ailleurs du Livret Personnel de Compétences et de son application numérique et appelle à une prise de conscience des dangers du fichage généralisé (voir aussi cette page). Au-delà de l'enseignement, les libertés individuelles semblent particulièrement menacées par l'Acta et la Loppsi 2 (illustration: "1984 was not supposed to be an instruction manual").
On a souvent noté l'influence que la pensée de Wilhelm von Humboldt (le fondateur de l'Alma Mater Berolinensis), notamment par son rationalisme, son libéralisme et la place qu'elle fait à l'idée de nature humaine, a exercé sur la pensée de Noam Chomsky. Les éditions Raisons d'agir, qui avaient déjà consacré un livre intitulé Le cauchemar de Humboldt aux réformes universitaires dans le cadre du 'processus de Bologne", publie Réflexions sur l'université qui regroupe des textes anciens de Chomsky et un entretien récent qui montre la force et la constance des idées, peu connues, surtout dans le monde francophone, développées par l'auteur sur ce sujet. Lire également une présentation de cet ouvrage par Corinne Delmas sur le site Liens-socio.
Le Grand Emprunt n'est pas qu'une affaire d'argent: au nom de "l'excellence" ("le plan social de la science") et à travers les projets "Equipex", "Labex" et "Idex", le gouvernement lance discrètement une nouvelle réforme du fonctionnement de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui augmentera l'emploi précaire et accélérera la paupérisation de nombreuses équipes ainsi que l'abandon de pans disciplinaires entiers. Après un premier appel à la résistance, l'intersyndicale Enseignement supérieur et recherche dénonce le tripatouillage de la LRU dans l'urgence parlementaire et organise une Assemblée Générale à Paris le mardi 14 décembre (voir l'agenda militant de décembre 2010). SLU sonne également l'alarme: une loi LRU II a été votée en catimini le 1er décembre dernier. Lire aussi les analyses d'un syndicat d'étudiants sur les conséquences du Grand Emprunt et d'autres motions ou communiqués (Strasbourg, Le Mans, Montpellier III...).
Parce qu'il diagnostique un déficit de transmission et d'éducation politique, "Le Pavé" met en scène des conférences gesticulées et militantes particulièrement savoureuses pour lutter contre le "nouvel esprit du capitalisme". Réhabiliter l'éducation populaire et envisager une autre histoire de l'éducation, déjouer le discours de la langue de bois (voir aussi le dictionnaire de la langue de bois), réfuter les sophismes visant à justifier la prétendue réforme des retraites ou encore repenser la question du salariat, tels sont quelques uns des objectifs de Franck Lepage et de la coopérative d'éducation populaire "Le Pavé".
Ukraine, Allemagne, Autriche, Grande Bretagne, Macédoine, Suisse, Grèce, Bulgarie, Italie, Irlande, Pays-Bas, etc. Après les premières bourrasques d'automne, une tempête hivernale s'abat sur les universités européennes. Pour un historique remontant plus loin dans la crise universitaire britannique, on peut aussi consulter ces articles du Guardian signalés par Slr. Sur la situation en Italie et pour saisir les racines de la contestation de la loi Gelmini, lire D'où vient la réforme ? (sur Slu) ainsi que Universités italiennes en révolte et University reform in Italy: Unions and associations say no, sur Slr. L'hiver est glacial, mais le printemps sera chaud...
Le 20 octobre, une assemblée (comptes rendus ici et là) des enseignants "stagiaires" - mis devant une classe à temps plein et sans formation professionnelle - s'est réunie pour tirer le bilan de la première rentrée scolaire depuis la mise en place par Darcos, Pécresse et Chatel, de la prétendue "mastérisation" du recrutement des enseignants. La catastrophe était annoncée depuis le début de l'année 2008 par Fabula, SLU, plusieurs autres associations et certains syndicats. Le collectif "stagiaire impossible" et l'intersyndicale ont rencontré le ministre le 1er décembre, jour où la directrice de l'Iufm du Limousin a démissionné. Une coordination nationale des "stagiaires impossibles" se tiendra à Paris le 11 décembre (voir l'agenda militant de décembre 2010).
De Strasbourg à Paris 6 et Lyon 2, en passant par les ENS d'Ulm et Cachan, le mouvement social contre la précarité s'amplifie dans les universités françaises tandis que, un peu partout en Europe, les étudiants manifestent contre la marchandisation du savoir, contre l'augmentation des frais d'inscription et pour des conditions d'étude décentes. La précarité, ça concerne aussi les enseignants du primaire et du secondaire, où la mastérisation, qui va créer un vivier de précaires. Lire également un communiqué de l'Intersyndicale de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Le jeudi 09 décembre était organisée une journée de mobilisation contre la précarité dans la Fonction Publique, prélude à une autre journée d'action autour du 20 janvier. Voir l'agenda militant.
Nouvelle étape mardi 30 novembre 2010 dans la lutte des étudiants qui secoue toute l'Italie: les députés italiens ont voté en faveur de la réforme Gelmini (307 voix pour, 252 voix contre) et le décret de loi doit maintenant passer devant le sénat. Mais les étudiants italiens refusent toujours d'euthanasier leur université et le mouvement de contestation s'amplifie. Au fil des journées de mobilisation, l'intensité de la lutte, l'indignation et la détermination qui animent ce mouvement étudiant témoignent de sa force. L'Italie n'est pas un cas isolé, puisque les étudiants se révoltent également en Grande-Bretagne et plus largement dans toute l'Europe. En photo ci-contre: un "bookblock" italien (voir aussi des galerie de photos: 1 2 3 4).

Ukraine, Allemagne, Autriche, Grande Bretagne, Macédoine, Suisse, Grèce, Bulgarie, Italie, Irlande, etc. La Vague Globale d'Action pour l'Éducation déferle sur les universités européennes en cet automne 2010. Un peu partout dans le monde, des milliers d'étudiants ont défilé contre la marchandisation de l'enseignement le 17 novembre, journée Internationale des Étudiants (qui avait cristallisé l'an dernier les mouvements universitaires nationaux). Depuis cette date, les étudiants continuent à se révolter. En France, journée de mobilisation nationale des enseignants stagiaires et de leurs soutiens et rassemblement devant le ministère de l'Éducation Nationale mercredi 1er décembre 2010.
À l'heure où l'on entend que le mouvement social "s'essoufle" ou "se radicalise" (chansons connues), les actions, occupations et blocages demeurent nombreux (voir aussi l'agenda militant de novembre). Mention spéciale aux élèves de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, qui, avec les employés de maintenance de l'établissement et des techniciens du CNRS, se mobilisent depuis deux semaines contre les faibles salaires et le statut précaire des contractuels de l'ENS. L'École est ainsi bloquée depuis lundi 8 novembre. Le mouvement s'amplifie de jour en jour et pourrait bien faire tâche d'huile: des AG interfacs des travailleurs de l'enseignement supérieur et de la recherche se sont tenues les lundi 22 et lundi 29 novembre.
Autour de stands d'éditeurs, d'associations et d'ateliers-débats, le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire organise une université d'automne sur les enjeux politiques de l'histoire. Des thèmes comme Histoire et citoyenneté, Transmission et vulgarisation, Démocratie et colonisation, Démocratie et république, Fabrique scolaire de l'histoire, Théâtre et histoire... seront abordés les vendredi 26 et samedi 27 novembre à la Bourse départementale du travail de Bobigny (voir également l'agenda militant de novembre 2010).
"Le Président et le gouvernement ont décrété la fin du mouvement social. Ils ont voulu enterrer, par une parole aussi arrogante que ridiculement performative, la contestation populaire la plus puissante et la plus longue depuis 1968. Ils ont tenté de la dissoudre par l'intimidation, la provocation et la répression, le doute et les manoeuvres en tous genres. Aux 2500 arrestations ont succédé une guerre psychologique inédite et un bombardement médiatique, si obséquieusement manipulateurs qu'ils pourraient bien s'être retournés contre leurs instigateurs. (...) On a voulu prendre le peuple pour un enfant (..). Mais le peuple est adulte, responsable et légitime dans sa protestation. Ses enfants réfléchissent un peu plus et un peu mieux que bien des conseillers politiques". Lire la suite de ce billet que Pascal Maillard dédie notamment "aux amis vacataires". L"heure n'est pas à la résignation: voir l'agenda militant du mois de novembre et signer l'appel pour un référendum sur la réforme des retraites.

Dans l'actuelle mobilisation pour la défense des retraites "se mêlent tout à la fois le refus d'une réforme inique, le rejet d'un pouvoir politique insupportable, mais aussi le dégoût absolu du spectacle de la finance, la contestation frontale sinon du capitalisme lui-même du moins de sa forme présente, et pour finir la défense d'une certaine forme de vie" écrit F. Lordon dans un billet intitulé "Le point de fusion des retraites". Plusieurs assemblées étudiantes, les coordinations étudiante & lycéenne et l'intersyndicale Enseignement Supérieur & Recherche appellent à poursuivre le combat. Les délégués des assemblées interprofessionnelles réunis à Tours le 06/11 appellent à une action symbolique le 11 novembre à 11h et à une journée d'action de blocage économique le 15 novembre. Voir l'agenda militant du mois de novembre et signer l'appel pour un référendum sur la réforme des retraites.
La mobilisation contre la "réforme" des retraites (et la "pédagogie" du flash-ball...) ne cesse de s'amplifier et gagne désormais les universités, où les assemblées se multiplient. Le Snesup ainsi que des personnels de l'Université de Paris-Sorbonne appellent à entrer en grève reconductible, à l'instar des personnels de l'université du Havre et d'un nombre croissant de collègues du primaire et du secondaire. Prochaines journées d'action: 16, 18, 19, 20, 21, 26 et 28 octobre (liste des manifestations). Plus d'informations dans l'agenda militant d'octobre et novembre 2010.
Des échanges sur des forums ou sur des listes de messagerie témoignent de la colère croissante des "stagiaires" de l'Éducation Nationale, ces nouveaux titulaires des concours de recrutement désormais envoyés dans les classes sans formation aucune. En faisant travailler les débutants à plein temps - 18 heures de cours par semaine au lieu de six heures -, le gouvernement compense (mal) la saignée des suppression de postes (et ce n'est pas terminé...). Les médias se font parfois l'écho du désarroi ou de la colère des stagiaires (voir en particulier le dossier que le portail de France Inter consacre à la question). Un site a été mis en place pour permettre aux stagiaires impossibles de donner corps à leur légitime mécontentement. Les assemblées se multiplient et des actions commencent enfin à être menées: voir l'agenda militant d'octobre 2010, ainsi que le site de la "Vague Globale d'Action pour l'Éducation".
Après les journées du 2 et du 5, la mobilisation contre la casse des retraites et la politique du pilori ne cesse de s'amplifier et prendra sans doute de nouvelles formes entre les journées d'action du 12 et du 16 octobre (liste des manifestations). Les syndicats et associations du Supérieur et de la Recherche appellent les enseignants, les chercheurs et les étudiants - car la retraite est aussi une "affaire de jeunes" - à "accentuer la mobilisation contre une réforme injuste". Le Snesup ainsi que des personnels de l'Université de Paris-Sorbonne appellent à entrer en grève reconductible, à l'instar d'un nombre croissant de collègues du primaire et du secondaire, soutenus par de nombreux lycéens. Des assemblées sont prévues dans les universités et une coordination étudiante francilienne est organisée à Tolbiac le 14. Un rassemblement est prévu le 15 à 14h devant la Sorbonne. Plus d'informations dans l'agenda militant d'octobre 2010.
Une "Vague Globale d'Action pour l'Éducation" va naître aux États-Unis le 7 octobre puis s'amplifier lors des mobilisations contre le FMI à Washington du 8 au 10 octobre. Le sommet de la vague sera constitué d'actions coordonnées à l'échelle mondiale pendant la semaine du 15 au 21 novembre, plus particulièrement lors de la Journée Internationale des Étudiants le 17 novembre. Voir un communiqué sous forme vidéo. Les étudiants, les enseignants et les chercheurs français resteront-ils sourds à cet appel alors que l'enseignement public et gratuit est plus que menacé, en France, par la privatisation à peine rampante de l'école et de l'université, par la destruction de la formation (ou "mastérisation") et par les suppressions de postes?
Pour préserver la pérennité du système de retraite par répartition des attaques d'un gouvernement qui bafoue la démocratie, les syndicats et associations du Supérieur et de la Recherche appellent les enseignants, les chercheurs et les étudiants (car la retraite est aussi une "affaire de jeunes") à lutter "ensemble contre un recul de société". Pour l'intersyndicale de Paris 4, le projet de réforme n'est "ni amendable, ni négociable" et doit être combattu jusqu'au retrait. Des assemblées sont prévues pour préparer la mobilisation sur la durée à partir du 23 septembre (voir l'agenda militant de septembre 2010). Poolp propose un florilège de références documentaires pour comprendre le contexte économique et les enjeux de la réforme . Sur Poolp, lire aussi le billet Exigeons la même retraite que celle des parlementaires. Voir également ici et là une "conférence gesticulée" sur les retraites. Lire enfin un article de Catherine Mills (MCF en économie à Paris 1): "retrait du projet de loi et construction par les luttes d'une réforme alternative de leur financement".
En cette rentrée 2010, le système éducatif public français apparaît saigné à blanc par les suppressions de postes (y compris de Rased et Emplois de Vie Scolaire) et la suppression de la formation des enseignants (sous couvert de "mastérisation"). Un rapport interne contredit même la propagande du ministère, qui cache de moins en moins bien ses intentions. L'ultra-droite et les ploutocrates (pardon, les "libéraux") peuvent se réjouir: l'école est sur le chemin de la privatisation, comme s'en félicite Challenge(s) qui annonce "la fin de l'école gratuite" en rendant hommage au sinistre de l'Éducation. Les professeurs débutants en sont parfois réduits à prendre eux-mêmes des cours privés. L'État n'a plus d'argent, mais en trouve pour financer l'école catholique (lire Ecole: silence, on privatise). La Fondation Saint-Matthieu et la Fondation pour l'école, consacrées à financer les écoles privées (et confessionnelles), sont mêmes reconnues d'"utilité publique". Le livre Main basse sur l'école publique éclaire la généalogie d'un mouvement pour le moins inquiétant, dans lequel on retrouve aussi bien de très hauts fonctionnaires que des proches du Club de l'Horloge ou de l'intégrisme catholique.

Privatisation de moins en moins rampante, mastérisation, suppressions de postes, réforme du lycée, scandale du Crédit Impôt Recherche, marché de l'évaluation, loi sur la mobilité des fonctionnaires, primes individualisées (dont les PES), contrat doctoral, atteintes aux libertés fondamentales d'opinion et d'expression, expulsions, Lolf, Lru et Rgpp, hausse des frais d'inscription à l'université, partenariats public-privé, fichage, lettres classiques et langues anciennes menacées, prétendue réforme des retraites et haine de la démocratie, bouclier fiscal, "affaires", train de vie à l'Élysée, dans les ministères et dans les airs, retour en douce des OGM, politique nationaliste, sécuritaire, autoritaire et xénophobe, etc. Vous faites quoi à la rentrée ?

Le 29 juillet 2010, Solidaires, la Fcpe, l'Ageps, le Sen & Slu ont déposé au Conseil d'État 6 requêtes contre des textes publiés par le ministère de l'Éducation nationale dans le cadre de sa réforme dite de "masterisation", dont les décrets publiés tout juste un an plus tôt ont constitué le point de départ réglementaire. La mobilisation citoyenne des personnels, des étudiants et des parents d'élèves contre des réformes nuisibles à la qualité des services publics d'éducation se poursuit.
"Il ne peut (...) être question en aucun cas pour moi d'accepter la distinction qui m'est proposée et (...) certainement encore moins d'un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l'égard de l'Éducation nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable". Jacques Bouveresse a envoyé une lettre au ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour affirmer une nouvelle fois son refus d'être décoré de la Légion d'honneur.

L'appel 100 000 voix pour la formation lancé par la Coordination Nationale Formation Des Enseignants (CNFDE) et soutenu par la plupart des syndicats, les coordinations, de nombreuses associations et sociétés savantes, les mouvements pédagogiques et une multitude de personnalités, vient de dépasser les 100 000 signatures: des parents, des étudiants, des enseignants, des chercheurs, comme de nombreux autres citoyens, demandent démocratiquement l'abandon de la "mastérisation". La CNFDE remercie vivement les 100 000 signataires de cet appel et appelle tous ceux qui le pourront, là où ils seront, à s'opposer dès la rentrée, avec la plus grande vigueur, à la démolition de la formation.
Les universités italiennes sont engagées dans un nouveau bras de fer avec le gouvernement. Au menu des derniers volets de la loi Gelmini: coupes budgétaires, limitation des statuts, précarisation, augmentations des droits d'inscription... Occupations et grèves se sont succédées depuis le mois de mai 2010 et les examens sont actuellement bloqués dans de nombreuses universités. Pour intensifier la protestation, les organisations et les associations universitaires proposent du 5 au 9 juillet une semaine nationale de mobilisation de tous les personnels (enseignants, chercheurs, agents techniques et administratifs, étudiants). Dans un entretien en ligne, E. Decleva, président de l'équivalent italien de la CPU, tire la sonnette d'alarme.
Tout a été dit sur les risques et les incohérences de la réforme des enseignants, inlassablement dénoncée depuis deux ans par l'ensemble de la communauté éducative. Ceux qui ont eu à prendre connaissance de la récente avalanche des décrets n'auront pas manqué de relever d'étonnantes contradictions, qui laissent au moins un doute sur leur légalité. À une semaine de l'ouverture des inscriptions aux concours de recrutement, la bataille juridique est désormais lancée: SLU, la FCPE, Sud-Éducation, rejoints par la FSU et soutenus par SLR, engagent un recours suspensif devant le Conseil d'État. La procédure a un coût: SLU lance son "grand emprunt", avec un appel à toutes les bonnes volontés. Dans le même temps, certains articles de la loi LRU sont renvoyés au Conseil constitutionnel, au terme d'un premier examen par le rapporteur public. La mobilisation continue en juin et juillet.

Répondant à une invitation de Jacques Bouveresse, Noam Chomsky a participé le 28 mai dernier au colloque Rationalité, vérité et démocratie (vidéos en ligne sur le site du Collège de France. Voir aussi la conférence Interpretation and understanding: language and beyond). Pour accueillir Noam Chomsky, Serge Halimi a le lendemain a qualifié de "non récupérable" le critique des intellectuels, du pouvoir et des médias. Le texte de la conférence prononcée à La Mutualité à la suite de cette présentation le confirme sans doute, comme l'intervention dans une émission télévisée (ici et là). La venue de Chomsky est l'occasion de corriger quelques idées reçues ou de lire en ligne deux titres initialement parus dans la collection "Contre-feux" des éditions Agone: Responsabilités des intellectuels. Démocratie & marché, Nouvel ordre mondial, Droit de l'homme (1998) et De l'espoir en l'avenir. Propos sur l'anarchisme et le socialisme (2001). À noter, toujours aux éditions Agone, la parution du recueil Raison & liberté. Sur la nature humaine, l'éducation & le rôle des intellectuels, préfacé par J. Bouveresse. Un nouveau site est enfin consacré à ce compagnon de route du socialisme libertaire, héritier des Lumières et de la tradition rationaliste.
Rassemblement devant le ministère le 19 mai, journée d'actions le 20 mai, rassemblement à 12h devant le rectorat de Paris (Gambetta) le 25 mai, journée de mobilisation unitaire le 27 mai (liste des manifestations) : la lutte citoyenne contre la mastérisation et pour la défense de l'enseignement est sans relâche. Voir l'agenda militant de mai et celui de juin, ainsi que les pages mastérisation & stages: chronique du mois de mai 2010 et mobilisation en mai contre la mastérisation. Il est encore temps de se mobiliser pour éviter le désastre.

Six écoles, cinq collèges, trois lycées, quatorze ufr ou universités, neuf centres de formation (Iufm) et une vingtaine d'associations et syndicats ont participé samedi 10 avril à une assemblée générale unitaire contre la destruction de l'enseignement public, en particulier contre "l'opération de casse de l'Éducation nationale" baptisée "mastérisation". La motion intitulée "Nous n'acceptons pas..." dénonce l'empire de l'idéologie managériale dans l'ensemble des services publics et appelle tous les citoyens, étudiants, stagiaires, parents, enseignants et Biatoss à se mobiliser, de la maternelle à l'université, contre les prétendues "réformes" de l'Éducation. L'assemblée appelle tous les personnels à imaginer des actions locales visibles et attend un mot d'ordre unitaire de toutes les organisations syndicales en vue d'une grève reconductible en mai 2010. L'assemblée recommande enfin de s'opposer partout à la remontée des maquettes de masters "enseignement". Sur Fabula, lire les pages Front du refus et Non c'est non!

SLU publie un communiqué soutenant l'action des départements qui ont décidé de ne pas préparer à l'écrit du Capes 2010 (tandis que dans d'autres universités... toutes les demi-mesures sont à l'étude). La Fcpe diffuse de son côté des modèles de motions à voter dans les écoles, collèges et lycées pour s'opposer à l'absence de formation pratique des nouveaux enseignants. On peut par ailleurs lire un texte d'A. Ouzoulias intitulé "Le cauchemar de J. Ferry", sur la première année d'exercice professionnel des futurs stagiaires, ou signer trois pétitions importantes, pour la formation des enseignants, contre la nouvelle épreuve du Capes "Agir de manière éthique et responsable", ou en soutien au jury du Capes de Lettres classiques.

Comment vendre aux prochains titulaires des concours de recrutement à la fois l'allongement de la durée de leurs études et la disparition de leur année de formation professionnelle ? Faute de savoir justifier autrement la réforme, L. Chatel promet 10 % d'augmentation aux nouveaux enseignants, en faisant preuve d'une franchise confondante : la mesure représente un coût global de 196 millions d'euros, "c'est-à-dire exactement la moitié des économies réalisées par le non-renouvellement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite". Les économies budgétaires formaient l'unique ressort de toute l'affaire : voilà donc une réforme à moitié sacrifiée. La mobilisation continue dans les premier et second degrés.

États-Unis, Angleterre, Autriche... le mouvement international contre la marchandisation du savoir n'est plus un mot d'ordre, mais bien une réalité. Les étudiants et les universitaires français vont-ils y rester indifférents, alors que le second degré est maintenant mobilisé? Les acteurs du système éducatif et les citoyens doivent s'unir massivement contre la mastérisation, mais aussi les suppressions de postes et la réforme du lycée sans oublier le Crédit Impôt Recherche, le marché de l'évaluation, la loi sur la mobilité des fonctionnaires, les primes individualisées (dont les PES), le contrat doctoral, les atteintes aux libertés fondamentales d'opinion et d'expression, les expulsions, la Lolf, la Lru, la Rgpp...

Faisant une nouvelle fois preuve de lucidité et d'indépendance, un quotidien national présente la réforme du lycée comme un ensemble de "propositions concrètes et pragmatiques", "juste une réforme de fond". On s'interroge, pourtant, ici et là: faut-il aimer le nouveau lycée ?, faut-il appliquer la réforme ? La prise de conscience est d'abord venue des lycéens eux-mêmes (toute comparaison avec l'engagement contre la LRU par les étudiants les premiers...), puis les historiens, les économistes et les sociologues sont "montés au créneau". Au tour des "littéraires" de prendre conscience de l'objectif réel des nouveaux programmes: avaliser la destruction progressive de l'Éducation publique, gratuite et laïque. La prétendue réforme prétend "renflouer" la filière L ? Mais "avec 3 heures 30 de français par semaine en moins sur trois ans pour un élève suivant le cursus littéraire (126 h supprimées au total), les mots du ministère résonnent comme un habile camouflage d'une diminution radicale de la place du français dans l'enseignement" (pétition). Dans un récent communiqué, les sociétés savantes s'inquiètent pour les séries technologiques et dénoncent notamment la disparition d'enseignements disciplinaires précis et un déséquilibre accru entre filières.

Le passage en force du gouvernement français sur la mastérisation a entraîné une multiplication de motions prises par les conseils centraux des Universités (lire tous les communiqués). Après la mobilisation inédite de 2009, un nouveau front du refus se dessine ainsi en France, tandis que les autres pays européens sont successivement gagnés par des mobilisations universitaires contre le processus de Bologne. Au-delà de l'Europe, de nombreuses universités protestent contre la privatisation et la marchandisation du savoir (voir aussi le blog Universities in Crisis).
À noter, dans l'agenda militant, le débat européen L'Université brûle-t-elle ? qui se tiendra en Sorbonne le 11 février, mais aussi un appel pour une participation au contre sommet du 11 mars 2010 à Vienne et encore: un nouvel appel pour une mobilisation européenne contre la stratégie de Lisbonne. La résistance aux logiques de dérégulation, de mise en concurrence et de rentabilité financière viendra-t-elle au printemps 2010 du monde étudiant et universitaire?

"Nous ne sommes peut-être plus dans la rue, mais les sujets chauds n'ont pas disparu" déclarait récemment un enseignant-chercheur d'une célèbre université parisienne.
De la Maternelle à l'Université, il est toutefois temps de se rassembler pour lutter, au-delà des intérêts corporatistes, contre la déforme ("désastreuse et inapplicable") de la formation des enseignants, mise en place par un gouvernement dont l'ambition de plus en plus claire est de faire main basse sur l'enseignement public.
Mastérisation (voir ici, là ou encore là et là), mais aussi suppressions de postes, réforme du lycée, scandale du Crédit Impôt Recherche, loi sur la mobilité des fonctionnaires, primes individualisées (dont PES), contrat doctoral... sans oublier la Lolf, la Lru et la Rgpp: l'horizon s'assombrit et les raisons de relancer la mobilisation ne manquent pas, comme le soulignent encore les motions de la CNU du 25 janvier 2010.

On les attendait depuis si longtemps… Les Rois Mages ont déposé au JO (6/1/10) les programmes des épreuves des nouveaux concours de recrutement des enseignants du Secondaire, Capes et Agrégation. Pour les Capes de Lettres modernes & Lettres classiques, voyez plutôt ici. Deux épreuves écrites d'admissibilité et deux épreuves orales d'admission seulement, sans oublier l'entretien qui vérifiera que les futurs enseignants sont à même "d'agir en fonctionnaire de l'État", mais plus de langue vivante (à quoi bon?). Tous nos voeux de succès. Lire aussi le communiqué de presse du SNCS et le tableau comparatif des "nouveaux" Capes élaboré par SLU.