


Confusion, perfusion, ou diffusion, les universités sont traversées par une nouvelle donne politique et programmatique, mais aussi par de grands soulèvements inédits : en 2009, étudiants et professeurs se sont retrouvés dans des luttes où ils ont cessé, ensemble, leurs activités courantes. La revue Multitudes (n°39 - hiver 2009) revient sur les mobilisations universitaires d'ici et d'ailleurs et cherche à analyser les raisons d'une telle onde de choc, également caractérisée par des initiatives alternatives audacieuses cherchant à inventer de nouveaux possibles et de nouveaux rapports au savoir et au monde.
Le mouvement de protestation contre la marchandisation de la connaissance est désormais international (voir notre dossier Education is not for sale). En France, la RGPP est au fondement des prétendues réformes de la culture, de l'enseignement et de la recherche, comme de l'ensemble des services publics. L'enseignement public est particulièrement menacé par la "réforme" dite mastérisation (voir aussi "quand Ubu rencontre Kafka", un communiqué de SLU sur la récente circulaire de cadrage des masters que les Ministères appellent de leurs voeux); une "réforme", tout à la fois chaotique et cohérente, dont l'objectif avoué est de supprimer des postes et de créer les conditions d'un remise en cause du statut de fonctionnaire pour la majorité des enseignants. À terme, on peut craindre la privatisation de l'Éducation Nationale, selon le souhait d'une ancienne directrice de cabinet de l'Élysée. Dans la perspective de cette "main basse sur l'école publique", la réforme du lycée prend aussi toute sa signification. Enseignants, chercheurs, biatos, lycéens, étudiants et parents d'élèves doivent se rassembler: "Ensemble, tout redevient possible..."

Culture, enseignement, recherche: les "réformes" imposées au nom de la RGPP se succèdent et se ressemblent. Jeudi 10, L. Chatel présentera la réforme des lycées au Conseil supérieur de l'enseignement: manifestation à Paris, journée de d'actions et de grève dans toute la France à l'appel de la quasi-totalité des organisations syndicales du Secondaire comme du Supérieur, qui donnent aussi rendez-vous le mardi 15 pour une nouvelle journée nationale de mobilisation contre la mastérisation. Des universitaires ont lancé un appel contre la réforme des lycées, qui rend notamment optionnelle l'histoire et la géographie pour les élèves de Terminale scientifique. Pour le CVUH, c'est la place de l'ensemble des sciences humaines dans l'apprentissage d'une citoyenneté critique qui se trouve sacrifiée. À l'initiative du site Mediapart, une pétition est lancée pour inviter les intellectuels et chercheurs à refuser le «grand débat sur l'identité nationale». Un autre appel émanant d'un groupe d'enseignants-chercheurs en sciences humaines vient réclamer la suppression du "Ministère de l'identité nationale".

Après plus d'un an d'attente, de fausses consultations et de déclarations contradictoires, cette fois nous y sommes, et tous perdants: les Ministres de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la recherche ont enfin présenté le vendredi 13 novembre 2009 aux organisations syndicales "la réforme de la formation et du recrutement des enseignants", la forme des nouveaux concours, leur calendrier et leur intégration aux masters, sans rien retenir des recommandations des différents commissions, groupes de réflexion, instances et forums qui ont eu à coeur d'élaborer une vraie formation des enseignants. Le pire n'est plus à craindre: la formation pédagogique y est totalement sacrifiée, le calendrier absurde, les langues étrangères absentes, les contenus disciplinaires réduits aux seuls programmes scolaires, l'initiation à la recherche illusoire, les épreuves elles-mêmes réduites à un examen… Les réactions continuent à s'amplifier en ce début décembre, venues de tous bords: même au plus fort de la crise du printemps dernier, on n'avait pas assisté à pareille unanimité. À lire: "Nous n'appliquerons pas leur réforme !", appel de SLU à tous les enseignants, de la maternelle à l'université.

Après la France, l'Espagne, l'Italie, la Finlande ou encore le Danemark, puis l'Autriche, l'Allemagne, la Hongrie, la Suisse ou encore la Pologne, c'est au tour de l'Angleterre et de l'Irlande de prendre conscience des conséquences ravageuses du processus de Bologne lancé en 1999. Àu-delà des enjeux européens, le mouvement étudiant est désormais international: voir notre dossier Education is not for sale. Les appels à la convergence des luttes se multiplient et un contre-sommet pourrait se tiendra à Vienne en mars 2010. Une conférence (vidéo en ligne) de G. Azam explique clairement le phénomène de marchandisation de la connaissance à l'échelle européenne et mondiale: Du processus de Bologne à la L.R.U., une catastrophe annoncée.

En 2007, des vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelaient les éducateurs et les jeunes générations à lutter contre la remise en cause des conquêtes sociales de la Libération et du Conseil Nationale de la Résistance (voir la vidéo ou lire le texte de l'Appel). Deux ans plus tard, la 13e Coordination Nationale des Universités réunie le 27 octobre 2009 à Nanterre appelle la communauté universitaire et éducative, les étudiants et les parents d'élèves à entrer en résistance et à tout mettre en oeuvre pour défendre le service public d'enseignement et de recherche. Elle dénonce la privatisation rampante de la recherche et de l'enseignement, de la Maternelle à l'Université, l'instauration d'une logique managériale et l'imposition de l'idéologie du profit financier. Elle dénonce en particulier la loi dite "relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique". Elle invite chaque UFR à discuter et voter des motions, et appelle par ailleurs à refuser la mise en place de masters professionnels d'enseignement: "Nous ne collaborerons pas à une réforme aussi chaotique" (lire à ce propos Mastérisation : "une machine ubukafkaïenne qui ne fait pas rire du tout"). La Coordination Nationale des Universités appelle à des mobilisations locales et à des rassemblements régionaux le 17 novembre 2009, en particulier pour assurer le succès de la journée de grève et de manifestation du 24 novembre 2009: voir le calendrier pour le mois de novembre 2009.

L'inquiétude suscitée chez les étudiants et les universitaires par la "mastérisation" des concours de l'enseignement n'a toujours pas été dissipée ; au contraire même, depuis que sa mise en place est enclenchée et que l'on constate les effets en chaîne. QSF le déplore tandis qu'une relative unanimité se dessine contre ce passage en force qui pourrait se traduire par de nouveaux conflits cette année. Certains, au nom de la "responsabilité", préconisent toutefois de mettre en place cette réforme en tentant d'en limiter les effets pervers. C'est vouloir changer le plomb en or, selon SLU, qui s'arme de patience et d'humour et continue à lutter contre "la pire des réformes possibles". La réunion de la Coordination Nationale Formation Des Enseignants a été l'occasion de définir une ligne commune. La FSU reste quant à elle favorable à cette réforme, malgré quelques timides sursauts de contestation ici et là. Collèges et lycées sont par ailleurs accablés par les suppressions de postes cette rentrée (voir le bilan sur la situation dans le secondaire).
Les rentrées se suivent, et se ressemblent: même demande de "maquettes masters-concours" de la part du Ministère, mêmes impératifs de calendrier et même incapacité de sa part à faire paraître les textes encadrant ces formations sur le plan national comme à définir les épreuves des nouveaux concours… Et conséquemment: même refus des principaux concernés de se prêter au jeu, nouvel appel de la (même) CNU, et nouvelle journée d'actions (le 17 nov. Voir aussi notre calendrier pour le mois d'octobre 2009). À l'heure où il nous faut revivre exactement ce que nous avons vécu à l'automne dernier (les mêmes réunions et les mêmes débats pour voter les mêmes motions), il n'est peut-être pas inutile de retrouver le souvenir de quelques-uns des textes qui ont marqué, sinon nourri, le mouvement du printemps. Un ouvrage vient de paraître qui les rassemble opportunément: L'université et la recherche en colère. Un mouvement social inédit. Inédit, et réitéré.

"Nous avons encore plus de raisons d'être en colère et de nous battre que l'an dernier", a déclaré mercredi 30 septembre la douzième Coordination Nationale des Universités (CNU) réunie à Saint-Denis. Elle réaffirme son refus de la loi LRU, passée en force durant l'été 2007, et s'inquiète des lois & décrets décidés au cours de l'été 2009, dont la loi sur la mobilité des fonctionnaires. Elle appelle aussi à "bloquer l'élaboration et la remontée des maquettes" des futurs masters "métiers de l'enseignement", liés à la réforme de la formation des enseignants qui prévoit notamment que les étudiants qui ont réussi le concours entrent directement en fonction au lieu d'être affectés en IUFM ("ce qui permettra d'économiser des milliers de postes de fonctionnaires stagiaires"). Le 17 novembre est proposé comme journée de manifestations et une nouvelle réunion de la CNU est prévue le 27 octobre (voir notre calendrier d'octobre 2009).

"Un certain président de la République a, dans un passé récent, manifesté éprouver de l'embarras devant La Princesse de Clèves. Aujourd'hui que le gouvernement vient de rédiger une oeuvre législative sans précédent (l'ensemble des décrets sur la mastérisation parus le 29 juillet 2009 et la circulaire sur le même sujet du 5 juin 2009), il est tentant de se livrer à l'exercice inverse, et de la présenter à ladite Princesse. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la Princesse de Clèves ce qu'elle pensait du texte des décrets portant modification des décrets de 1972 relatifs aux statuts des enseignants... Imaginez un peu le spectacle !" Dans La masterisation expliquée à la Princesse de Clèves, C. Noille propose ainsi un état des lieux sur réforme des concours de recrutement. On trouvera encore sur le site de SLU un communiqué de l'Association "Reconstruire l'Ecole" et une analyse de M. Fabre d'abord présentée dans un symposium du colloque "Les enjeux épistémologiques et politiques des sciences de l'éducation : quelle implication des acteurs ?": L'IUFM et ses fantômes. Entre critique radicale, évaluation experte et politique libérale .

"Réussir la masterisation, cela veut aussi dire donner toute sa place à la concertation" assurait V. Pécresse le 15 juillet dernier. La ministre peine toutefois à convaincre une communauté universitaire quelque peu échaudée par l'indifférence d'un "gouvernement apparemment prêt à se passer d'interlocuteurs". Les syndicats ont mis en garde V. Pécresse et L. Chatel, confrontés au risque d'une "rentrée sous haute tension" dans le cas d'une concertation fantoche, mais la "réforme" de la formation des enseignants est bien remise sur les rails. On trouvera sur le site de Sauvons l'Université l'ensemble des décrets, circulaires et communiqués ministériels et réglementaires ainsi qu'une page réunissant textes et appels contre cette "réforme". Une rubrique de ce site est aussi consacrée aux actions, motions et pratiques locales en risposte à la masterisation. À lire aussi: communiqué de la Coordination Nationale des Universités (04/08/09) et la masterisation expliquée aux citoyens par E. Buron.
Les étudiants et personnels des universités l'auront compris cette année, répression et manoeuvres d'intimidation accompagnent les passages en force de nos ministres. Le gouvernement profite maintenant de l'été pour frapper à la tête de la contestation : instituteurs "désobéisseurs" convoqués en conseils de discipline, lycéens menacés de non-réinscription s'ils ne s'engagent pas à ne plus bloquer leur établissement ; enseignants, chercheurs et BIATOSS menacés ou placardisés par leur hiérarchie etc. Un communiqué des porte-parole de la Coordination Nationale des Universités dénonce cette mise au pas généralisée qui prend une tournure franchement alarmante avec l'affaire des 30 stagiaires (IUFM) non titularisés parce qu'ils ont contesté les réformes Darcos (lire également Les apprentis enseignants de l'IUFM saqués pour avoir critiqué la réforme Darcos, Devoir de réserve : la France sur la ligne dure et Les fonctionnaires, citoyens de plein droit; de son côté la FSU Midi-Pyrénées dénonce des pratiques révoltantes). Le gouvernement semble faire le pari que les vacances d'été étoufferont le bruit de ces atteintes à la démocratie.

Le journal Libération publie dans son édition du 1° juillet la version courte du texte d'un appel à Luc Chatel sur la réforme de la formation des enseignants, demandant notamment la suspension immédiate de la publication des décrets réformant le recrutement des enseignants et dénonçant la suppression des 14 000 postes de stagiaires de l'enseignement public. La version intégrale (en attachement au format pdf) est disponible ici et là. Cet appel est déjà signé par 64 organisations syndicales, collectifs, associations professionnelles, sociétés savantes… et pourra servir de base au vote de motions d'instances universitaires (conseils d'UFR, de département, d'école, d'université, CA, etc.). De nouvelles signatures peuvent être envoyées à l'adresse appel.luc.chatel@gmail.com. Si, comme c'est prévisible, la liste des signataires s'élargit, la Coordination Nationale Formation des Enseignants (CNFDE) la mettra à jour sur son site.

Plinio W. Prado vient de publier Le Principe d'Université, un texte bref et offensif en accès libre sur le site des éditions Lignes qui s'en prend à l'ensemble du "processus de Bologne" à l'Université tel que mis en oeuvre dans les réformes: LMD, LRU, réforme des concours, nouveau statut des enseignants-chercheurs... Pour P. W. Prado le fond de ces réformes tient dans l'extension de l'usage comptable du temps à l'Université : "Ce temps consacré au questionnement et à l'écoute, de soi et de l'autre, voilà ce que tend à interdire précisément le surcroît de mobilisation générale et accélérée que le pouvoir politique, administratif et économique entend imposer aujourd'hui à tout un chacun, sur fond de compétition mondiale". Un entretien avec l'auteur est en écoute sur la webradio A Bout de Souffle ; on peut lire aussi sur Fabula: Le principe d'université comme droit inconditionnel (texte de l'intervention de P. Prado lors de la journée interuniversitaire "Université critique pour tous" à Paris 8 en décembre 2007).

Alors que des parents d'élèves ont mis au coeur de leur marche pour l'école la question de la formation des enseignants, un sévère communiqué de la fédération FCPE rejoint les analyses de la communauté enseignante - donnant ainsi raison à la mobilisation en cours dans les universités et les IUFM - et dénonce le dernier coup de force du ministère. Même la CPU (présidents d'universités) s'indigne du mépris du ministre Darcos, qui ignore les consultations en cours (commision Marois-Filâtre), pourtant déjà bien insuffisantes, tandis que les directeurs des quatre ENS ont écrit aux ministres (25/05/09), et qu'une pétition vient d'être lancée en direction de l'opinion publique pour le maintien d'une véritable formation professionnelle des enseignants. Lire aussi le dernier communiqué de presse de la CDIUFM et des communiqués plus anciens de SLU, de la CDIUFM et de la CNFDE.
Le jeudi 4 juin 2009 aura lieu la deuxième édition de "La marche de tous les savoirs (Academic Pride)" organisée par Sauvons la recherche avec les principales associations et syndicats de l'enseignement supérieur et de la recherche. Toutes les personnes attachées à la transmission et au développement des savoirs sont invitées à marcher le 4 juin dans plusieurs villes de France. A Paris, le départ aura lieu à 14h00 devant la Maison des Sciences de l'Homme.

Après quatre mois de mobilisation dans les universités françaises, beaucoup d'établissements (mais pas tous, voir nos nouvelles des universités) mettent fin au blocage ou à la grève afin de permettre aux étudiants de valider leur année et à la communauté universitaire de se remobiliser, en particulier sur la question de la mastérisation (voir l'édito supra et voir le calendrier des prochaines manifestations).
Si cela ne signifie pas la fin d'un mouvement que le gouvernement et les médias enterrent bien trop vite (... mais n'ont-ils pas dit pendant 15 semaines que le mouvement s'essouflait ?), plusieurs revues dressent en cette fin de printemps le bilan d'une contestation sans précédent et qui ne pourra rester sans suite. Signalons entre autres l'article de L. Wajeman ("L'université française existe-t-elle ?") qui paraîtra au moins de juin dans le n°48 de Vacarme ou le dossier proposé dans la dernière livraison de la Revue internationale des livres & des idées (n°11, mai-juin 2009). Le n°33 de la Revue du Mauss rassemble pour sa part des contributions venues d'horizons variés et qui souhaitent oeuvrer à la réinvention d'une démocratie universitaire.

Après le mépris, la manipulation, le mensonge ou encore la diffamation, nos ministres adoptent de nouvelles stratégies pour discréditer un mouvement qui mobilise étudiants et personnels des universités depuis maintenant près de quatre mois. X. Darcos, dont on réclame continûment la démission ici, là et encore là, a ainsi tenté lundi 11 mai d'intimider les étudiants les plus engagés. Plus efficacement, les fossoyeurs de l'enseignement et de la recherche cherchent à grand renfort médiatique à détourner l'attention sur la question des blocages et des examens (sur ces points voir nos nouvelles des universités) et sur celle d'une prétendue mainmise de l'extrême gauche sur le mouvement (étudiants et personnels universitaires ne seraient que de grands enfants qui ne savent pas ce qu'ils font). Modérés ou radicaux, que nous soyons pour ou contre les blocages, pour ou contre les neutralisations ou les validations automatiques du semestre, pour ou contre la reconduction de la grève, une chose est sûre : nous n'avons presque rien obtenu et ne devons pas nous démobiliser. Aussi le printemps et l'été 2009 seront marqués par l'expression de nos colères (voir le calendrier des prochaines manifestations).

Réformes du statut des enseignants-chercheurs, des concours de recrutement des enseignants du secondaire, démantèlement des grands organismes de recherches, baisse de la dotation des universités, nouveau contrat-doctoral… Comme si la coupe n'était pas déjà pleine, un nouveau front vient de s'ouvrir avec la publication au JO du 20 avril de l'accord signé, en toute discrétion, le 18 décembre dernier entre la République Française et le Saint Siège sur l'enseignement supérieur. Il a pour objet « la reconnaissance mutuelle des périodes d'études, des grades et des diplômes de l'enseignement supérieur délivrés sous l'autorité compétente de l'une des Parties […] » (art. 1). L'indignation des Présidents d'Université n'aura donc servi à rien… Il ne s'agit nullement d'une reconnaissance d'équivalences entre diplômes étrangers et diplômes français, mais du droit accordé à un Etat étranger de délivrer des diplômes reconnus par la République française sur son territoire national… On relira à cette occasion des extraits du Discours du Latran de N. Sarkozy: "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur"… Dont acte.
On conclura de cet abandon du monopole de la collation des grades (au choix ou tout à la fois) à un rétablissement subreptice de la loi Falloux, à un nouveau volet du plan de privatisation de l'enseignement, et à un recul sans précédent du principe de laïcité de l'État. Une pétition est d'ores et déjà lancée. On peut consulter aussi le site du Comité 1905, qui vient de porter plainte devant le Conseil d'État. Un article de C. Fourest paru dans Le Monde résume les enjeux de cette nouvelle mobilisation. Et un article du Parisien daté du 16 avril nous apprenait que, parmi les heureux "locataires du Vatican" à Paris figure… B. Kouchner, le signataire de l'accord susdit. Les universités catholiques seront au demeurant les seules à ouvrir des masters "métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation" à l'automne prochaine.
Le député M. Vauzelle vient de prendre par ailleurs l'initiative d'une autre pétition pour l'inscription d'une Charte des services publics dans le texte même de notre Constitution.

Du dimanche 3 mai midi au lundi 4 mai midi, Place de Grève, parvis de l'Hôtel de Ville à Paris, des centaines d'obstinés ont fêté la 1001e heure de la Ronde.
Durant 24h de nombreux artistes, musiciens, chanteurs, comédiens, danseurs, chorégraphes, écrivains ont apporté leurs voix et leurs soutiens à la mobilisation universitaire, pour faire vivre une université démocratique et populaire. À l'issue de cet événement, un nouvel ultimatum a été lancé. Voir des vidéos ici et là.

Viennent de paraître au JO les décrets du 23/04/09 concernant le statut des enseignants-chercheurs et le contrat doctoral unique. Deux pétitions peuvent déjà être signées en ligne (les signatures doivent se faire avec une adresse électronique académique) pour rappeler que, contrairement aux déclarations de Valérie Pécresse, les personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche désapprouvent profondément ces deux décrets. Trois autres pétitions, sur la même page, soulignent que c'est également sans notre approbation que sont mises en place la réforme de la formation des enseignants, celle des organismes de recherche et, plus généralement, la loi LRU. Si l'on souhaite signer chacune de ces pétitions, il faut donc impérativement signer cinq fois. L'importance du nombre de signatures recueillies par ces pétitions dans les jours qui viennent montrera au gouvernement, à la veille des manifestations du 28 avril (fête des Valérie) et du 1er mai et alors que la question de la validation du semestre se pose avec de plus en plus d'acuité, que notre détermination reste intacte. Car, comme le rapppelle le Snesup dans un communiqué récent les Universitaires ne se laisseront pas faire. Outre les manifestations du 28 avril et du 1er mai, on pourra donc participer aux nombreuses A.G. prévues cette semaine dans les Universités, à la 9ème coordination des Universités le 29 avril, ou au contre-sommet de Louvain du 26 au 29 avril. On pourra aussi aller renforcer la ronde qui tourne toujours obstinément place de grève, aller réfléchir une dernière fois au rôle politique de la Princesse de Clèves avant, résolument, d'admettre que deux mots s'imposent : radicalisation et convergence.
Les étudiants et les personnels universitaires français mobilisés depuis le mois de février n'ont rien obtenu et n'obtiendront rien tant que leurs luttes resteront isolées, nationales et sectorielles. L'heure est venue de construire un mouvement unitaire européen ainsi que de véritables convergences avec les autres secteurs en lutte. Le mardi 28 avril (fête des Valérie), tandis que les plus valeureux participeront au contre-sommet européen à Louvain contre le Processus de Bologne (voir aussi Global Week of Action du 20 au 29 avril), les personnels des universités et des hôpitaux manifesteront ensemble à Paris. Un préavis de grève est aussi déposé pour le même jour par les organisations syndicales des entreprises du groupe PPR (FNAC, Conforama, La Redoute...). Le jeudi 30 avril enfin, une assemblée unitaire est prévue à 14H00 à Paris 3 Censier (Amphi A).
À la veille des vacances parisiennes et au moment où la Ministre de l'Enseignement supérieur multiplie les déclarations d'autorité à l'égard d''universités pourtant souveraines quant aux procédures de validation du semestre, SLU lance un appel solennel à l'adresse de la CPU: la réunion plénière du 16 avril est celle de la dernière chance. Dans le même temps, l'Aeres inflige un démenti assez net au Ministre de l'Education nationale en faisant savoir, dans un communiqué officiel, que seuls une dizaine d'établissements lui ont soumis des "masters d'enseignement", et que l'Agence renonce donc à expertiser toutes les formations de ce type. La Coordination Nationale des Universités y voit la preuve que, sans l'accord et la participation des universitaires, rien ne peut leur être imposé. Et pour tous ceux qui sont à Paris ou qui viendraient à s'y trouver: la Ronde infinie des obstinés, place de Grève (Hôtel de ville) ne prend pas de vacances…

En cette dixième semaine de conflit, les initiatives se suivent et se renouvellent. Parmi les plus significatives et les plus symboliques, signalons l'entrée solennelle des 3 Conseils centraux de l'Université Paris 8, mais aussi de quelques élus Verts du Conseil Municipal parisien, dans la Ronde infinie des obstinés qui tourne sans relâche depuis quatorze jours place de l'Hôtel de Ville; le refus pur et simple de la "visite" de l'Aeres par les enseignants & chercheurs de l'EHESS, qui invitent les "experts" à démissionner; une deuxième lettre ouverte adressée à X. Darcos par près de quarante sociétés savantes et associations d'enseignants (dont Fabula) ; la publication d'une édifiante note sur le décret statutaire des enseignants-chercheurs par le collectif Défense de l'université; et partout en France, une vague de démissions sans précédent des fonctions administratives assumées, dans la plupart des cas bénévolement, par les universitaires, à l'exemple de l'université d'Amiens (comme à Aix-Marseille 1, Bordeaux 3, Grenoble 3, Poitiers, Nantes, Toulon, Le Mans, La Rochelle, Tours...), ainsi qu'un refus de participer aux jurys de bac, simple à mettre en place, et qui pourrait avoir des effets spectaculaires.
Et cette semaine, la désormais traditionnelle manifestation hebdomadaire est prévue le mercredi 08 avril, deux jours après la 8e coordination nationale des universités, qui a voté des motions relatives à la poursuite et à l'amplification du mouvement, à la validation du semestre et aux violences policières et tandis que le nombre d'universités envisageant la neutralisation du second semestre ne cesse de croître.

Vendredi, troisième jour du mois d'avril de l'année 2009, un groupe de latinistes a prononcé, sur la place de la Sorbonne, un discours dénonçant les forfaits de l'agrégé de Lettres classiques Xavierus Darcos et de sa principale complice, Valeria Pecressa, accusés de méditer la perte de l'éducation. Lorsque, en 63 avant notre ère, Catilina, un sénateur, fomenta à Rome une révolution, Cicéron, dans un discours prononcé devant le Sénat, révéla le complot et menaça son auteur de mort ou d'exil. Effrayé, Catilina quitta Rome sans avoir pu mener à bien son entreprise. Nos modernes orateurs ont tenté de même, par la seule force de leur verbe, de pousser Darcos à la démission. Voir l'enregistrement de cette déclamation. Lire aussi sur Fabula la page "Rions un peu".

Emboîtant le pas à Henri Maler et Olivier Poche qui analysent dans plusieurs articles (à lire ici et là, et encore là) le traitement du mouvement universitaire de 2009 dans Le Monde, le polémiste Pierre Jourde a envoyé à Fabula une tribune (Cédelle et Rollot sont dans un bateau) dénonçant le "strabisme éditorial" du quotidien qui ne veut percevoir que la très raisonnable bonne volonté de ministres dont la modération et les "gestes" contrastent avec la "grogne" (médialecte pour "contestation d'une réforme") des personnels des universités, des étudiants et des enseignants du primaire et du secondaire. Puisque Le Monde a décidé de manifester le mépris dans lequel il les tient, P. Jourde propose aux contestataires de lui manifester leur mépris en retour. On pourra toutefois soutenir Le Monde, ou bien lire N. Sarkozy, la destruction de l'Université et le choléra mental du journal Le Monde (blog Le grand Barnum, 01/04/09), “Le choix politique de la rédaction du Monde” par J. Valluy, Le Monde n'est plus ce qu'il était ou encore "Les enseignants-chercheurs se foutent du Monde" (Bakchich info, 04/04/09). Ou bien on se reportera à la Charte de bonne conduite vis à vis de ce quotidien (pour une critique de cette initiative: Lettre ouverte à nos amis des Universités (Acrimed 06/04/09). Les protestations se multiplient contre la déformation systématique des faits observée récemment dans d'autres journaux (Le Parisien, pour des incidents survenus à Paris 12 ; La Dépêche, accusée d'avoir déformé des décisions prises à Toulouse en AG concernant la validation du semestre). On pourra encore consulter: De l'impartialité des médias à l'égard de la mobilisation ; Monthubert/Pécresse: "Deux interviews, deux poids, deux mesures, sur France Culture" ; France 2 s'occupe… de l'occupation de Sciences-Po ; Censure sur TF1 ; Universités : les médias à côté du mouvement (Marianne 2, 02/04/09) ou encore Quart d'heure sur les médias et l'université (Contrepoint - Télésorbonne 02/04/09). Pas rancuniers, les grogneurs appellent à soutenir les journalistes de l'AFP qui revendiquent leur indépendance à l'égard des pouvoirs publics

Alors que la mobilisation étudiante ne semble pas s'amenuiser, le gouvernement prétend que la contestation universitaire faiblit, "dénonce" des « noyaux de radicalisation » et multiplie les violences policières. La mobilisation prend des formes originales, comme les rondes d'obstinés, parfois festives avec par exemple les rencontres interuniversitaires du Printemps des colères en région parisienne. La grève "active" continue avec notamment des cours alternatifs sur l'altérité - devant la Cité nationale de l'histoire de l'immigration - ou encore la déclamation de la première "Darcolinaire" sur la place de la Sorbonne. Les démissions administratives se multiplient par ailleurs dans les universités de Province. Le durcissement du mouvement s'est traduit jeudi 26 mars par plusieurs occupations: "Libérez la Sorbonne" (occupée par le rectorat de Paris!) clamaient des personnels occupant la Sorbonne. Le siège du CNRS aussi occupé depuis le matin a été à son tour évacué dans la soirée. Au Mans, une centaine d'étudiants de l'université du Maine a investi le hall de la chambre de commerce et d'industrie; à Orléans quelques dizaines de personnes ont occupé le rectorat (27/03); en Avignon, c'est l'IA puis la mairie qui ont été occupées. Le 02 avril "1000 manifestations" à l'appel des syndicats, coordinations et associations des enseignements primaires, secondaires et supérieurs montreront notre détermination.
Partisans auto-proclamés des "vraies réformes", nos Ministres ont le goût des demi-mesures quand il s'agit pour eux d'admettre leur échec à les imposer. V. Pécresse avait tenté il y a peu une "réécriture" du décret sur le statut des enseignants-chercheurs qui n'a convaincu personne. S'agissant de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire, X. Darcos a présenté vendredi (20/3) comme une issue à la crise un nouveau "calendrier" qui consiste, au mieux, à la repousser de quelques mois en différant d'un an les nouveaux concours. Les différents collectifs qui sont au coeur de la mobilisation actuelle ne s'y sont pas davantage laissés tromper: SLU dénonce une "partie de poker menteur", la Coordination Nationale de la Formation Des Enseignants et la Coordination Nationale des Universités, mais aussi le Snesup-Fsu ou la CD-IUFM s'indignent de la manoeuvre et appellent également à une nouvelle manifestation mardi 24 mars. La crise reste ouverte: une vague de démissions des charges administratives touche déjà plusieurs universités; d'autres se disent prêtes à ne pas délivrer de diplômes cette année. On sait depuis ce soir (22/3) que V. Pécresse quittera bientôt le gouvernement pour un autre destin politique: souhaitons que ce départ annoncé soit l'occasion d'un vrai remaniement ministériel, et que les deux portefeuilles de l'Education et de l'Enseignement supérieur reviennent à des personnalités aptes à entendre l'ensemble des revendications portées par l'actuel mouvement: non seulement les questions de statut et de formation des enseignants, mais aussi le projet de contrat doctoral, la précarisation des personnels, le démantèlement des grands organismes de recherche, le mode de calcul du financement public des universités, et au-delà l'ensemble des effets de la loi dite LRU. La confiance de l'ensemble des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche à l'égard des pouvoirs publics est désormais si bien rompue qu'on ne voit pas d'autre issue à la crise qu'un gel immédiat de toutes les réformes, et la programmation détaillée d'une vraie concertation au bénéfice d'un nouveau projet de loi.
Après la coordination nationale des étudiants, la coordination nationale des universités et la coordination nationale des IUT, une coordination nationale des doctorants et docteurs non titulaires s'est réunie à Saint-Denis le 20 mars 2009. Unissant sa voix à celles des autres mouvements pour dénoncer le processus de Bologne et la stratégie de Lisbonne, et réclamer l'abrogation de la LRU, le retrait du projet de décret relatif au statut des enseignants-chercheurs et du projet de mastérisation, elle exige surtout le retrait du Contrat Doctoral Unique, revendication qui est peut-être moins souvent mise en avant dans les divers commentaires que suscite le mouvement actuel. Lire aussi le communiqué de la deuxième coordination nationale des Doctorants (30/03/09). Sur le CDU, on pourra lire le projet de décret, le compte rendu de son lancement par la ministre, et sa critique par N. Lyon-Caen (pour SLU), par des doctorants de l'université Paris V ainsi que par les collectifs Papera & Jeunes chercheurs. La prochaine coordination se tiendra le 20 avril à Toulouse. Et si l'on se soucie du sort des doctorants, on pourra aussi s'intéresser aux modalités de la campagne d'attribution des allocations de recherche, dites "allocations fléchées".

L'intensité et l'ampleur de la mobilisation dans les universités, les laboratoires et les IUFM ont conduit le gouvernement, le 12 mars, à faire de nouvelles annonces sur la formation des enseignants. Encore une fois le gouvernement n'a pas modifié son canevas, qui reste focalisé sur l'objectif de réaliser, via la suppression de l'année de stage, des économies budgétaires et à terme de recruter les enseignants uniquement sur la base de masters sans concours. Comme beaucoup n'auront pas manqué de le remarquer, le projet de Darcos concernant le stage est d'autant plus stupéfiant qu'il consiste à mettre en place un dispositif proche de celui qu'il a mensongèrement dénoncé lors de sa mémorable interview du 12 février (voir la page Xavier Darcos Supermenteur). Fabula a rassemblé sur une même page (maj 18/03/09) le communiqué commun des deux ministères, une revue de presse et les réactions de syndicats et d'associations : Nouvel enfumage du gouvernement sur la mastérisation. On lira avec une attention particulière la réponse de SLU : Gesticulations dans les ministères : sur un communiqué de X. Darcos et V. Pécresse, ou encore le compte rendu d'une rencontre entre le collectif SVT et l'un des conseillers du ministre (qui évoque en particulier la question de la précarité) ; et l'on suivra avec la même vigilance les évolutions des prochains jours, au moment où le ministre multiplie les déclarations hasardeuses (ainsi de l'idée de sélectionner les candidats... en amont des concours). Maj 20/03/09: Darcos commence-t-il à plier? La Coordination Nationale des Universités dénonce une nouvelle supercherie et exige un retrait total et sans concession des deux volets de la réforme : réforme des concours et réforme de la formation des enseignants. Tous dans la rue le 24 mars !
Comme la mobilisation continue de plus belle dans les Universités, les enseignants-chercheurs ont nettement trouvé un second souffle pour manifester leur ferme opposition aux manoeuvres dilatoires du Ministère, mais aussi, ce qui revient au même, pour montrer à tous leur amour de la réflexion, du verbe et de la littérature. C'est ainsi qu'après La Princesse de Clèves, Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, c'est Gargantua que la communauté universitaire de Paris3 a lu à haute voix devant la Fontaine Saint Michel, le lundi 16 mars, une lecture ouverte par le comédien Denis Lavant. La mobilisation a pris une tournure festive le lendemain à Paris 7 (Nuit de l'université le 17 mars) et a continué le mercredi dans le métro parisien (Université Paris 14: la fac qui bouge). Voir aussi la page Grève active. Cours alternatifs et hors les murs (9): semaine du 30/03 au 04/04/09. Ils sont deux, nous sommes des milliers et ne serons jamais fatigués de lire. Ni de battre le pavé (en particulier en Place de Grève à Paris), de nous rassembler (Printemps des colères) et bien sûr de lutter.
Ainsi donc le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs a été réécrit, avec les organisations syndicales qui avaient accepté de faire le déplacement au Ministère: la réécriture ne convainc vraiment personne, si l'on en juge par les communiqués publiés depuis lors par SLU, qui dénonce une "stratégie du bluff", par QSF, et par le Collectif pour la défense de l'université, qui a quelques doutes juridiques. En dépit des tergiversations de la CPU, elle-même confrontée à une crise, tous dénoncent le caractère dilatoire de ces prétendues "concessions", et rappellent les autres sujets de litige: la réforme de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire, sur laquelle le gouvernement prétend toujours aller de l'avant, au mépris du calendrier et en dépit des messages de la récente Coordination nationales sur la formation des enseignants, mais aussi la réforme des allocations doctorales, le mode de calcul des dotations budgétaires, le statut des personnels précaires, le démantèlement du CNRS, etc. La liste est longue: c'est désormais l'ensemble des dispositifs et effets de la loi LRU qui est clairement mis en cause. Après un mois de crise, la mobilisation ne fléchit pas, comme en témoignent les motions votées par la Coordination nationale des universités; les cours demeurent suspendus dans la plupart des établissements d'enseignement supérieur (mais se multiplient hors les murs), une trentaine d'universités au moins sont désormais bloquées, dont la Sorbonne, et cette nouvelle semaine de conflit est celle du "printemps des chaises"… Dans l'attente de la journée nationale de manifestation qui devrait réunir mercredi prochain l'ensemble du corps enseignant, de la maternelle à l'Université, mais aussi le milieu hospitalier, et au delà la nouvelle journée de grève générale du 19 mars, difficile d'imaginer désormais un scénario de sortie de crise crédible: il y faudra sans doute l'annonce solennelle de l'abandon de l'ensemble des réformes, et de l'ouverture de vraies négociations pour une nouvelle loi-cadre revenant sur l'essentiel de la LRU.
À la faveur d'un troisième délai consenti pour la remise des maquettes de nouveaux masters, le Ministère n'a pas rendu public le nombre de formations qui devaient être officiellement présentées à la date du 13 février dernier. Selon le décompte effectué à cette date par SLU, 46 universités ainsi que les ENS auraient fait connaître leur refus sine die d'élaborer ces nouvelles maquettes. Face au silence des deux Ministres, aussi étourdissant que les précédentes déclarations de X. Darcos, la semaine qui vient de s'écouler a été marquée par une radicalisation de la position de la CPU qui rejoint désormais celle de l'ensemble du mouvement des enseignants-chercheurs. La quatrième réunion de la Coordination nationale des universités a adopté de son côté une série de motions, en appelant à la reconduction du mouvement de grève illimitée (car la grève reste un droit), à l'abrogation de la loi LRU qui figurait déjà parmi les revendications de la Coordination étudiante (14 & 15 fév.) et celles des personnels Iatoss, à la multiplication des actions communes "de la maternelle à l'université", selon un mot d'ordre également inscrit à l'ordre du jour d'une nouvelle réunion publique le 5 mars prochain, mais aussi à la démission des charges administratives à la date du 5 mars ainsi qu'au boycott de toutes les missions d'expertises (Aeres, ANR) — 4 000 scientifiques français s'y sont d'ores et déjà engagés à l'appel de SLR. Une nouvelle journée de manifestations nationale est prévue pour le 26 fév. Mais à parcourir la presse européenne, on constatera que la résistance au processus de Bologne s'organise un peu partout, et on verra un peu plus qu'une coïncidence dans les mouvements qui se font jour à Dublin, Barcelone, ou en Finlande. L'enseignement supérieur est dans l'oeil du cyclone.
C'est le temps qu'il aura fallu aux amoureux de La Princesse de Clèves, réunis à l'initiative des enseignants en grève de Paris 3, pour donner une lecture intégrale du roman de Mme de La Fayette, ce lundi 16 janvier, devant le Panthéon (voir les vidéos). Ouvert par M. Bozonnet & L. Garrel, ce marathon a mobilisé les voix de dizaines de lecteurs, qui se sont succédé de page en page, jusqu'à la nuit tombée pour donner le plus vibrant démenti aux propos réitérés du Président de la République à l'encontre des livre "inutiles", et affirmer à haute voix que l'Université doit rester le lieu de la beauté et non de la performance, de la pensée et non de la rentabilité, de la rencontre avec la différence – culturelle ou historique, et non de la répétition du même. D'autres marathons ont eu ou vont avoir lieu dans d'autres villes de France (voir aussi cette page). Et comme les Enseignants-Chercheurs et leurs étudiants connaissent d'autres textes que La Princesse de Clèves, c'est Le Discours sur la servitude volontaire de La Boétie qui fera l'objet d'une lecture collective, ce vendredi 20 février à 15H. Aux grands auteur(e)s, la patrie reconnaissante!

La date du vendredi 13 février constituait la date-limite pour la remise au Ministère des nouvelles maquettes de Masters supposées intégrer la préparation aux concours de recrutement des enseignants du Secondaire. À l'appel de la Coordination nationale des universités et en cette veille de Saint-Valentin, une cérémonie de "non-remise des maquettes" a été organisée devant le Ministère, avec d'ironiques déclarations d'amour à V. Pécresse. L'Aeres faisait très vite connaître un nouveau délai: jusqu'au 31 mars, aussitôt dénoncé comme une "manoeuvre grossière" par SLU, et qui rend peu crédible l'évaluation de ces maquettes si, comme le veut le Ministère, les nouvelles formations doivent être ouvertes en septembre prochain. Le nombre de maquettes effectivement rendues reste à ce jour difficile à déterminer: selon SLU, au moins 44 universités (dont la quasi-totalité des formations en LSH) ont refusé de les voter, mais ce chiffre est appelé à une rapide révision, si l'on se souvient que la CPU s'est récemment prononcée pour un moratoire. Sur la question du décret des enseignants-chercheurs, des déclarations contradictoires ont circulé durant le week-end: Le Monde croit savoir que la Présidence de la République s'apprête à faire connaître de "nouvelles pistes"… Mais un nouveau front s'est ouvert après les déclarations de X. Darcos sur RMC, qui ont suscité des réactions indignées de plusieurs organisations, dont la CPU & de la CD-IUFM, et le lancement d'une pétition exigeant la démission du Ministre, laquelle a recueilli en trois jours plus de 5000 signatures… Alors que certaines universités réunissent leur Congrès pour adopter les positions de la Coordination nationale des universités, et que se multiplient les initiatives destinées à rendre le mouvement visible à l'extérieur des campus, une nouvelle journée de manifestations est prévue le 19 février, qui devrait voir défiler côte à côte universitaires, chercheurs, étudiants, personnels administratifs et enseignants du secondaire, à l'appel de l'ensemble des organisations syndicales et des collectifs. Le 20 février, la Coordination nationale des universités tiendra sa quatrième AG à Nanterre: la démission des fonctions administratives a été explicitement inscrite à l'ordre du jour.
Des enseignants-chercheurs, personnels biatoss et étudiants de Paris3 et d'ailleurs, mobilisés et en grève proposent le lundi 16 février 2009 à partir de 15h une lecture marathon de La Princesse de Clèves, devant le Panthéon, place du Panthéon, Paris. Marcel Bozonnet, qui a été directeur du Conservatoire National Supérieur d'Art dramatique et administrateur général de la Comédie Française, ouvrira la lecture. Nous nous relaierons et inviterons le public à nous relayer pour lire à haute voix le roman de Madame de La Fayette jusqu'à ce que mort (de la Princesse) s'en suive. Ainsi contribuerons-nous, après d'autres, à la divulgation d'un texte dont la subtilité a récemment souffert de discours moins subtils et témoignerons-nous d'une des réalités de notre métier d'universitaire : prendre le temps de lire et de donner à lire. Tout lecteur volontaire est évidemment bienvenu. D'autres lectures publiques du roman vont avoir lieu en France : à Tours le 16 février, en Avignon le 17, à Aix le 18 et à Montpellier le 19, tandis qu'à Grenoble une lecture commentaire du roman à l'Université Stendhal a eu lieu le jeudi 12 février. Les amours de la Princesse et du Prince de Nemours seront-elles bientôt lues sur toutes les places de France et d'Europe ? N'hésitez pas à signaler vos initiatives locales à Fabula. Et pour ceux qui n'ont pas la possibilité d'assister à ces lectures, La Fayette, Rostand, Molière et d'autres plumes offrent aux lecteurs de Fabula quelques inédits savoureux.
Réunis mardi 9 février à la Sorbonne à l'initiative des présidents Molinié (Paris-Sorbonne) et Binczak (Vincennes à Saint-Denis) et à la veille de la manifestation nationale du 10 qui devrait réunir à la fois les universitaires, les chercheurs, les étudiants et même les lycéens, les présidents d'une dizaine d'université (Grenoble, Rouen, Montpellier, Besançon, Paris 3, Paris 10, Inalco…) ont solennellement interpellé les deux Ministres dans un Appel exigeant "le retrait de tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l'ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l'ensemble de la communauté universitaire" (voir aussi le vidcast). Dans un discours introductif particulièrement virulent, G. Molinié a rappelé: «Depuis plusieurs mois nous tirons la sonnette d'alarme, nous parlons de farce et de mépris. Nous n'avons jamais été entendus, il n'y a de la part de Valérie Pécresse aucune écoute, les choses ne commencent à bouger que grâce à cette mobilisation. Nous avons fait face à l'autisme, le silence, le mépris, l'autosatisfaction, la désinformation publique de la part de la ministre. Non nous ne voulons pas de ces réformes là, calamiteuses, préparées entre technocrates et idéologues. Oui, nous sommes en colère, excédés. Oui nous voulons d'autres réformes.»
La Coordination nationale des universités a rassemblé le 2 février dans l'amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne près de 200 délégués venus de plus 74 universités & établissements de l'enseignement supérieur, représentant la plupart des disciplines et des associations professionnelles (et près de 400 personnes en AG). Elle a pris acte du refus des deux Ministère d'ouvrir des négociations sur les réformes en cours et a logiquement confirmé le mot d'ordre: "le 2 février, les universités et les laboratoires s'arrêtent", en enjoignant l'ensemble des universités à rejoindre le mouvement de "grève totale, reconductible, et illimitée" commencée ce même jour dans une quarantaine d'établissements.. Elle s'est ensuite prononcée sur trois motions, qui appellent (notamment) à une journée nationale de manifestations et d'actions le jeudi 5 février (14h à Jussieu pour les Parisiens), à une manifestation nationale vers le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, le mardi 10 février, à une cérémonie nationale de non remise des maquettes de Masters le vendredi 13 février devant le Ministère et les rectorats. Elle a aussi interpellé l'ensemble des syndicats pour les inviter à chercher toutes les convergences avec les mouvements en cours dans l'enseignement primaire & secondaire, et signalé à la communauté universitaire la nécessaire solidarité de toutes les luttes contre le démantèlement du service public de la recherche et de l'éducation (éclatement du CNRS, précarisation des emplois, ANR & AERES).

Comment répondre à sa ministre quand elle « veut nous dire » (« Ce que je veux dire aux enseignants-chercheurs », Libération en date du 27 janvier 2009), s'adresse à nous sur un ton presque timide, voulant dire (mais ne le disant pas ?), « disant » et non pas « déclarant ». On aurait presque envie de lui « parler » en retour, de renforcer ce lien ténu qu'elle cherche — et n'est-ce pas nouveau, alors que jusqu'à récemment elle n'avait d'yeux que pour les Présidents de nos Universités — à instaurer entre elles et nous. Oui l'on aimerait bien abonder dans son sens, se féliciter avec elle de la "large concertation avec l'ensemble de la communauté universitaire" qu'elle a, nous dit-elle, menée ou encore, pourquoi pas, lui faire confiance comme elle nous fait confiance, puisque, nous dit-elle aussi, "le gouvernement a fait le pari de la confiance". Hélas les enseignants-chercheurs sont une engeance bien ingrate et il semblerait qu'ils n'aient pas compris qu'on les comprenait. Dans sa Réponse à Valérie Pécresse (Libération, 30/1), Isabelle This Saint Jean (SLR) souligne que le refus de modification du décret de 1984 n'est pas celui d'une communauté figée dans son conservatisme, récusant a priori toute réforme mais celui d'une communauté qui a organisé en 2004 des Etats généraux et dont le ministère a systématiquement négligé ou dévoyé les propositions. La même I. This Saint Jean accompagnée de Jean-Louis Fournel (SLU) a d'ailleurs fait preuve de la même incompréhension devant les efforts touchants de notre Ministre, ce lundi 2 février sur France Inter (vidéo en ligne). Hélas encore – en l'un de ces terribles malentendus qui minent les plus belles histoires d'amitié - V. Pécresse, cite, comme un cadeau qui devrait ravir les spécialistes de Sciences Humaines, trois mots de Jacques Derrida, tirés de leur contexte: « professer, c'est s'engager ». Or, s'ils ne sont guère performants, n'ont que peu d'autonomie et possèdent une culture qui n'est pas celle de la rentabilité, les enseignants-chercheurs savent parfois lire et, souvent, ont lu patiemment et longuement Derrida. Le cadeau n'a guère plu, comme en témoigne la réponse d'Anne E. Berger qui dans un effort méritoire de pédagogie (ne faudrait-il pas augmenter ses heures d'enseignement ?) donne à notre Ministre une leçon de philosophie : "L'université sous conditions", réponse d'Anne E. Berger à V. Pécresse. Chère Madame notre ministre, encore un petit effort pour faire de la philosophie, ce à quoi vous semblez aspirer de manière si touchante. Mais, sachez-le, philosopher c'est s'engager sur un chemin qui n'est guère rentable. Vous ne nous direz pas que nous ne vous l'avons pas dit…
Alors qu'une inédite Coordination nationale des universités vient d'appeler les universités et laboratoires de recherche à la grève, avec pour mot d'ordre "Le 2 février, les universités s'arrêtent", d'ores et déjà suivi par plusieurs universités, IUT, IEP, etc.; alors que la journée interprofessionnelle du 29 doit réunir l'ensemble des organisations syndicales pour la défense de l'emploi, des droits sociaux et des services publics, un "Appel de tous les appels" lancé en décembre dernier et qui a déjà recueilli plus de 45 000 signatures, propose de fédérer durablement les différentes luttes contre les "réformes" hâtives qui menacent à la fois le monde du travail social, celui de l'éducation, de la justice, de la santé, mais aussi de l'information et la culture: une réunion de coordination se tiendra le 31 janvier, au "104 rue d'Aubervilliers", pour faire entendre la voix du "pays réel". La Coordination nationale des universités appelle d'ores et déjà à une nouvelle réunion, le 2 février, à la Sorbonne, où devrait également avoir lieu le 9 (à la veille de la date imposée par le Ministère pour la remise des maquettes de masters), une rencontre sur la question des concours de recrutement des enseignants.
La Coordination nationale qui a réuni le jeudi 22 janv. des délégués venus de 46 universités ainsi que différentes associations ou collectifs, dont SLR, SLU, QSF, etc. s'est prononcée par deux motions en faveur d'un mot d'ordre unique: la grève totale et reconductible à compter du 2 février (début du 2d semestre dans la plupart des filières), jusqu'au retrait sans préalable des deux "réformes" les plus critiquées — le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs et la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré.
À la veille des vacances de Noël, les universités de MONTPELLIER 3, RENNES 2, PARIS 8, PARIS 4, PARIS 10, PARIS 3, TOULOUSE 2 ont officiellement fait savoir qu'elles ne "remonteraient" pas au Ministère les maquettes de nouveaux masters préparant aux concours de recrutement : la liste devrait s'allonger dans les premières semaines de janvier, et on voit mal dans ces conditions comment les concours 2010 pourraient être préparés… Le site de SLU fait le compte de toutes les motions votées en ce sens dans les différents conseils centraux, UFR et départements des universités, et les indécis peuvent relire le communiqué des signataires de l'Appel du 8 nov. ainsi que le communiqué de SLU sur la question des maquettes. Pour dénoncer toute tentative de "mise en concurrence", la résistance doit s'organiser désormais académie par académie, à l'exemple de l'AG pour les SHS des 4 universités de l'académie de Créteil le 8 janv.. Mais c'est un nouveau front qui s'est ouvert dès la fin novembre: contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs, dénoncée par de nombreuses AG, dont SLU publie les motions en affichant le calendrier des actions prévues en janvier. Le troisième front est celui des budgets: sans surprise, la loi LRU entraîne mécaniquement le transfert vers les universités des charges incombant jusqu'ici à l'État, et les dotations globales de fonctionnement (DGF), qui affichent des hausses trompeuses, se trouvent de fait en baisse un peu partout: les présidents et les CA font part de l'impossibilité d'établir leur budget 2009. Il est plus que probable que la situation évolue vers un total blocage à la veille du deuxième semestre. La mobilisation ne faiblit pas non plus contre l'ANR & l'AERES: 3 500 scientifiques ont déjà signé le texte par lequel ils s'engagent à refuser toute expertise pour les deux agences, qui peineront à trouver en 2009 les experts sans lesquels il n'est pas d'expertise recevable. Le front des IUT ne désarme pas davantage: la coordination vient de se doter d'un blog, et appelle à une journée d'action le 22 janv. Quant au CNRS: les chercheurs "entrent en désobéissance", à l'instar des professeurs des écoles.