

Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a annoncé à la Conférence des présidents d'université, réunis jeudi 20 novembre 2008 en séance plénière, le report au 15 février 2009 de la date limite pour le dépôt des projets de masters "enseignement", sans annoncer d'autre concertation et sans pouvoir donner les précisions nécessaires sur le profil exact des épreuves des différents concours; les épreuves du Capes de LM ont toutefois été précisées officieusement — — Les organisations à l'initiative de l'Appel du 8 novembre, prenant acte des décisions ministérielles, demandent désormais un abandon explicite du calendrier de la réforme et appellent chacun des signataires (11 000 à ce jour, 24/11) à "prendre toute initiative, individuelle ou collective, qu'il jugera opportune afin d'enrayer la mise en place par les ministères concernés des nouveaux masters et des nouveaux concours". — Dès le 21, le CA de Lyon 2 a invité à la tenue d'AG par composante avec enseignants et étudiants. — À Paris 13, le CA a adopté dès le 21 une motion issue d'une AG, en s'engageant à ne pas remettre de maquettes. Il en va de même à Grenoble (en grève le 27 nov.), Nanterre, Lille 3, etc., et dans toutes les universités appelées à des AG cette semaine. — La contestation de la réforme des statuts rejoint désormais celle contre les nouveaux masters & concours: la pétition lancée par SLU, SLR, la FSU etc. compte déjà plus de 9000 signatures.

La réforme du Lycée que le gouvernement veut mettre en place dès la rentrée 2009 signe-t-elle l'arrêt de mort des langues anciennes ? C'est ce que craignent les associations qui promeuvent et défendent l'enseignement du latin, du grec et, plus généralement, des matières littéraires. On trouvera en ligne une pétition sur le site de l'association pour la Sauvergarde des Enseignements Littéraires, ainsi qu'une lettre ouverte à M. Darcos rédigée par la CNARELA à télécharger et à envoyer au ministre.

Après les lycéens allemands au début du mois puis les étudiants espagnols qui manifestent pour la défense de l'enseignement public, c'est au tour des étudiants français de rejoindre le mouvement impulsé par la jeunesse italienne contre le démantèlement des services d'enseignement et de recherche. En France, les enseignants ont décidé décidé de se mobiliser au cours de la semaine du 17 au 21 novembre 2008 avec pour point d'orgue une journée de grève massive le 20 novembre. Le Monde du 19 novembre propose une récapitulation de leurs revendications et le Snes propose de faire le point sur la réforme des lycées.

Le 7 novembre dernier, Fabula était le premier site à rendre public le texte d'un inquiétant appel d'offres - émanant des ministères de l'Education et de l'Enseignement supérieur - pour une "veille de l'opinion", en particulier sur les sites internet "commentateurs" de l'actualité. Nos ministres veulent "repérer les leaders d'opinion", les "lanceurs d'alerte", "analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau", "décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation" et "anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise". Flicage? Fichage? Ou simple extension à Internet des traditionnelles revues de presse, (afin d'adapter la propagande ministérielle)? Le Monde prend l'affaire au sérieux. Libération se fait l'écho des messages "rassurants" de Xavier Darcos, obligé de répondre devant l'Assemblée nationale, qualifiant les vives et nombreuses réactions suscitées par la nouvelle de "vraies hantises et purs fantasmes". Dans Libération toujours, Stéphane Mahon, dirigeant de la société i&e Décision qui assure depuis deux ans la "veille de l'opinion", explique le sens de son travail et veut récuser l'accusation de flicage. Mais que sait ce M. Mahon de l'utilisation par les ministères des informations que sa société leur transmet pour quelques dizaines, sinon centaines, de milliers d'euros? Certains prennent la chose avec humour, tel Daniel Mermet dans son émission radiophonique (France Inter) ou encore Olivier Ertzscheid, qui se dénonce à son propre ministère. Continuons à rire tant qu'on le peut encore, mais la crise de confiance que révèle cette affaire semble être installée d'autant plus durablement que les approximations et les "petits arrangements" de nos ministres avec la vérité exaspèrent de plus en plus. Les récents témoignages de réfractaires à la base élèves ne contribuent par ailleurs pas à rassurer.

Lancé au terme d'une assemblée générale qui fédérait les principales associations ayant pris position contre la réforme des concours de recrutement, l'Appel du 8 novembre a recueilli en quelques jours la signature d'un très grand nombre de collectifs, associations (dont l'équipe Fabula), conseils centraux, présidents d'université, "personnalités qualifiées", parlementaires, etc. Il sera remis cette semaine, avec la centaine de motions déjà votées dans les universités, aux deux Ministères et à la CPU. Désormais, l'Appel du 8 novembre est une pétition publique, proposée à la signature de tous ceux, enseignants du Secondaire comme du Supérieur, étudiants, parents d'élèves et simples citoyens que la question de la formation des futurs enseignants concernent (près de 7000 signatures en quatre jours seulement!).
Mais on n'oubliera pas de signer aussi la pétition contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs (à peu près autant de mécontents).
Rappelons encore la récente initiative de SLR (« Sauvons la Recherche »): un « moratoire sur les expertises de l'ANR et de l'AERES » assez expédient ; ses signataires (2500 à ce jour) s'engagent individuellement à ne pas effectuer d'expertises pour l'une des deux Agences au cours de la présente année universitaire. S'il est difficile de se soustraire à « l'évaluation », rien (pour l'heure), ne nous oblige à devenir à notre tour des « évaluateurs », et que serait une « expertise » sans « experts » pour la produire et la cautionner ?
Avec deux clics de plus, on peut aussi faire part au journal Le Monde de son "témoignage" sur toutes les réformes en cours, mais apparemment pas sur la loi LRU largement ignorée par ce quotidien…
Vendredi 7 nov., une réunion a rassemblé à la Sorbonne les principaux responsables des Masters des Universités parisiennes intra et extra muros: les participants se sont engagés à ne pas rendre en décembre au Ministère les maquettes des nouvelles formations, et ont également exprimé leur inquiétude sur les principes mêmes qui animent cette réforme en exigeant l'ouverture de vraies négociations sur les nouveaux concours. Le lendemain, 8 nov., une assemblée générale a réuni à l'initiative de SLU les différentes associations professionnelles qui s'étaient déjà prononcé contre la réforme: le texte d'un Appel commun a été adopté, d'abord proposé à la signature de toutes les "personnes morales" (associations, collectifs, conseils centraux & présidents des universités, etc.) concernées pour être ensuite collectivement adressé aux deux Ministères, à la CPU et à la CD-IUFM, et désormais ouvert à signatures individuelles. À la veille du week-end, Fabula & SLU étaient encore informés d'un "appel d'offres" lancé par les deux Ministères pour "la veille de l'opinion dans les domaines de l'enseignement et de la recherche", tellement inquiétant qu'on a pu croire d'abord à un canular. L'information a depuis été relayée par plusieurs sites d'information, dont Rue89 mais aussi Libération et Le Monde. Il y a plus inquiétant encore: le projet de révision du décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs, que chacun devrait méditer. On peut déjà prendre la mesure des changements qui interviendront pour tous les enseignants-chercheurs dès la rentrée prochaine en se penchant sur la "lecture" que propose A. Kahn des nouvelles modalités de "gestion du personnel", et la réponse des premiers intéressés. À méditer aussi: les appels à la désobéissance civile qui se multiplient dans l'enseignement primaire, et encore: l'expérience italienne (lire ci-dessous)…
En Italie, la réforme Gelmini, du nom de la ministre de l'Education du gouvernement Berlusconi, passe mal. Elle prévoit des aménagements pour tout le système scolaire italien de l'école primaire au lycée. Point d'achoppement : la réforme prévoit une baisse des crédits (7,4 milliards d'euros de moins entre 2009 et 2012) pour l'éducation et des suppressions de postes d'enseignant (87 400 postes d'enseignants et 45 000 emplois administratifs). Les lycéens sont montés au créneau, rejoints par les étudiants qui, eux, protestent contre l'adoption d'une loi rédigée par le ministre de la Fonction publique, Renato Brunetta, et celui du Trésor, Giulio Tremonti. Cette loi « 133/2008 » prévoit une réduction du budget ordinaire de l'enseignement supérieur de 1,4 milliard d'euros entre 2009 et 2013 (20% du budget actuel), et l'arrêt du recrutement de professeurs et chercheurs, dès 2009. Le site franco-italien Bellaciao propose plusieurs brèves, articles et vidcasts sur ce sujet, ainsi qu'un communiqué intitulé "La réforme Tremonti-Gelmini doit être bloquée", signé par un collectif de doctorants & chercheurs de l'Université de Naples. Plusieurs organisations appellent à un rassemblement de soutien aux universités italiennes en lutte le 14 novembre 2008, journée de grève générale dans l'enseignement supérieur en Italie.
Jour après jour et université après université, que ce soit à l'échelle des départements, des assemblées du personnel ou des conseils centraux, les motions se multiplient qui demandent un moratoire sur une réforme incohérente, menée à la hâte et sans concertation, certains départements n'hésitant pas à rendre d'ores et déjà public leur refus de rendre les maquettes des nouveaux Masters à la date imposée. L'association SLU a diffusé un appel national exigeant à la fois un moratoire, la mise en oeuvre de vraies discussions, le maintien des concours 2010 en l'état, et appelant à un refus commun d'élaborer les nouvelles formations. Sur le site de SLU également, on peut lire une analyse détaillée des enjeux et périls de cette réforme, ainsi que le texte d'un appel aux étudiants, mais aussi tenir le compte (ce que Fabula ne parvient plus à faire…), jour après jour, des innombrables motions votées contre cette réforme, ou regarder sur YouTube le défilé des instances qui s'opposent à cette réforme. Le samedi 8 novembre, SLU donne rendez-vous à tous ceux que la réforme concerne pour décider d'une action commune.

Le Ministère de l'Éducation nationale a dévoilé aujourd'hui le texte encadrant la réforme des concours, qui dessine les contours des épreuves, mais sans en donner le détail selon les différentes disciplines. Fabula, qui vous en offrait la synthèse dès hier (lire ci-dessous), vous donne accès à la version intégrale de ce texte (pdf), également disponible sur le site du MEN. Les maquettes des différents Capes, mais aussi la nouvelle épreuve prévue pour l'oral de l'agrégation, devraient être connus d'ici trois semaines ou un mois. Les présidents des Universités et les directeurs des IUFM ne seront pas associés à leur élaboration. Les responsables des formations sont invités à travailler de leur côté sur de nouvelles maquettes de Master dans l'ignorance de la réalité des épreuves (et dans l'attente encore de l'évaluation par l'Aeres des précédentes maquettes elles-mêmes élaborées à marche forcée au cours de l'année dernière)…
Mais l'inquiétude est ailleurs: au terme de cette intégration de la préparation aux concours au sein d'un diplôme universitaire, c'est une logique de certification d'aptitude qui s'imposera au détriment du principe d'un concours national de la fonction publique.
L'Association SLU appelle à une Assemblée Générale de tous les personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche qui se tiendra ce samedi 18 octobre à la Sorbonne amphithéâtre Bachelard, de 9h30 à 12h30, suivie de l'AG de SLU l'après-midi: "Quelle université voulons-nous? Savoirs, recherche, transmission, statuts".
La configuration générale du nouveau Capes devrait être connue le 13 oct. : deux épreuves écrites d'admissibilité disciplinaires (5h, coeff. 2) avec une dimension épistémologique et historique, et deux épreuves orales (une "leçon" et un entretien de connaissance du système éducatif sur dossier), sans programme spécifique (autre que le savoir disciplinaire de la Licence) pour ce concours dont l'écrit aurait lieu à la fin du 1er semestre de M2. Avant l'oral, donc au 2e semestre, la formation proposée par les universités pourra comporter un stage.
L'Agrégation sera modifiée par l'ajout d'une ou deux épreuves "pédagogiques", à l'oral sans doute ; le programme de textes serait renouvelé tous les deux ans. Elle pourra être préparée par les étudiants inscrits en M2, mais dans les faits, la plupart des étudiants passeront ce concours à Bac + 6. Les lauréats seraient « appelés à enseigner en priorité dans les classes d'examen du lycée, les CPGE, les STS et le premier cycle de l'université ».
Les universités proposeront une préparation aux concours, mais celle-ci ne saurait être « diplômante » : elle figurera sans doute dans les maquettes comme une spécialité sous la mention d'un Master « disciplinaire ».
Le Ministère de l'Enseignement Supérieur va envoyer aux universités une circulaire comportant des "orientations" pour les nouvelles maquettes.

La situation est plus que confuse quant à la très prochaine réforme des concours de recrutement: alors même que l'Aeres n'a pas encore rendu ses évaluations sur les maquettes de Master qui lui ont été soumises au printemps dernier, le bruit court que chaque université doit désormais proposer de nouvelles maquettes faisant une place à la préparation, à Bac + 5, de ce qui s'appelait jusqu'à aujourd'hui le Capes. Les rumeurs divergent sur la date à laquelle ces maquettes "rénovées" devraient parvenir au Ministère: fin octobre? décembre? janvier? À notre connaissance et à cette date (3/8), aucune université n'a reçu d'injonctions ministérielles précises en ce sens ou de "lettre de cadrage"… Les seuls documents officiels connus à ce jour tiennent dans un laconique communiqué du Conseil des Ministres passé inaperçu à la veille de l'été, la très vague "Charte relative aux principes directeurs de la réforme et du recrutement des enseignants", saluée par un communiqué de V. Pécresse et diffusée sur Fabula, plus récemment par une inquiétante note de la CPU préconisant des épreuves par académie et donc la fin du concours national. Les choses s'éclairent un peu à la lecture du compte rendu de la réunion de la "Coordination Concours Lettres" (??) avec M. Sherringham, conseiller du ministre de l'Éducation nationale" (3/10) qui évoque notamment le sort de l'agrégation, ou du communiqué de la CD-IUFM qui présente le premier profil des nouvelles épreuves.
Dans l'attente d'une définition plus précise de ce que sera le prochain concours, où la discipline ne fera vraisemblablement plus l'objet que d'une unique épreuve à l'écrit, selon les différents projets encore à l'étude, la seule urgence est sans doute de dire notre opposition à la création de Masters "Métiers de l'enseignement" et d'appeler plutôt à la définition d'un "parcours" sous ce nom au sein des Masters "Recherche" existants, en réaffirmant notre attachement à la formation "disciplinaire" des enseignants, en amont du concours mais aussi tout au long de leur carrière. Notre devoir est aussi d'inviter les étudiants préparant actuellement le Capes à s'inscrire en Master 1, et à solliciter un inédit "système d'équivalence" pour pouvoir, le cas échéant, repasser le concours l'an prochain.
L'AERES vient de poster sur son site un texte d'ordre général sur la bibliométrie, et expose les principes retenus, mais aussi ceux envisagés pour l'avenir; comme on sait, aucun classement n'a été finalement proposé pour les lettres et les arts. Au même moment, les unités doivent rassembler des chiffres et des fichiers Excel et quantifier non seulement la production de leurs membres, mais celle, banalisée, de toute l'équipe. Il est temps d'inviter la communauté des chercheurs et des enseignants-chercheurs à entrer en débat et à s'emparer de ces sujets. Nous relayons, dans les pages de Fabula, les déclarations des délégués scientifiques de l'AERES pour le domaine des lettres et pour celui des arts, qui expliquent le choix du renoncement à publier un classement des revues scientifiques. On peut aussi lire un provocant article de David Koepsell, "Back to Basics: How Technology and the Open Source Movement Can Save Science", qui explore, du côté des nouvelles technologies, des solutions pour sortir de l'inflation quantitative des publications.

Après le (très discuté) classement des revues en Littérature proposé par l'ERIH (European Reference Index for the Humanities), une instance dont la légitimité demeure assez obscure, l'Aeres vient de faire paraître sa propre liste pour certaines disciplines des SHS. Des universitaires français ont appelé au boycott, dont l'association "Sauvons l'Université" (SLU), dont le site consacre l'une de ses rubriques aux questions "bibliométriques", lancera dans les jours qui viennent une initiative à ce sujet. L'association Go!Doc (Réseau des professionnels de l'information scientifique et technique en Île-de-France) invite à une réunion d'information le 23 septembre 2008 à l'EHESS.
Rappelons au passage que les rapports Hoffmann - sur le recrutement et la carrière des chercheurs - et Schwartz - relatif à la mise en oeuvre du volet « Personnel » de la loi sur l’autonomie des universités - ont été remis au Ministère dans le courant de l'été.
La loi LRU est désormais en vigueur: de nouveaux principes régissent le fonctionnement des établissements universitaires et de nouvelles règles gouvernent les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs. Les premiers décrets d'application ont été adoptés alors que, parallèlement, la commission présidée par le conseiller d'État Rémy Schwartz mène une « réflexion sur l'avenir des personnels de l'enseignement supérieur » et remettra son rapport début juillet. La communauté universitaire se doit, dans les différentes instances auxquelles ses membres participent comme au sein des universités, de réfléchir aux enjeux juridiques de cette réforme. Dans un article de La Semaine juridique, Aude Rouyère et Frédéric Sudre soulignent l'impact de cette loi sur la gestion des établissements et le statut de ceux qui assurent les missions et l'avenir de l'Université.
La réforme ministérielle imposée brutalement en France aux titres de l'« autonomie », de la « liberté » et de la « responsabilité » menace en réalité pour P. W. Prado l'indépendance des universités. Dans le texte de son intervention à la "journée "Université critique pour tous" tenue en 2007 à Paris 8 (Vincennes à Saint-Denis), il dénonce un "nouvel anti-intellectualisme d'État", véritable "esquisse d'une forme nouvelle de barbarie", et affirme que toute démarche visant à repenser l'université et ses missions doit nécessairement partir du principe d'indépendance ou d'inconditionnalité.

Le 28 mai dernier, Antoine Prost, historien de l’éducation, a lancé dans Le Monde un appel à lutter contre les réformes Darcos de l’enseignement primaire. Cet appel est désormais relayé par les Cahiers pédagogiques: « Evitons la catastrophe ». De son côté, le collectif Unis Contre les Réformes Darcos dénonce une "vision passéiste de l’école" et un "appauvrissement sans précédent des apprentissages et des objectifs" et appelle les instituteurs à la désobéissance pédagogique. Le 17 juin à Paris, (juste après la promenade...) une réunion publique aura lieu au lycée Louis le Grand: "Non aux programmes Darcos de l’école primaire".
Après l'Academic pride le 27 mai et le freezing le 07 juin au Salon de la Recherche, Sauvons La Recherche appelle au blocage du CA du CNRS et à d'autres actions Le 19 juin. Pour SLR "le gouvernement est (...) en train d’essayer de mettre l'enseignement supérieur et la recherche sous son contrôle direct et au service de l'économie, incapable de comprendre que la science n’est pas un simple outil technique de production de richesse": Tout ce que vous voulez savoir sur les actions du 19 juin.

Nouvelle attaque contre la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre: deux députés de la majorité ont déposé un amendement au projet de loi sur la modernisation de l'économie visant à raccourcir le délai de deux ans pendant lequel il est interdit de pratiquer des rabais supérieurs à 5 % sur le prix des livres. L'objectif est de stimuler le marché et de « réduire le nombre extrêmement élevé de livres invendus qui sont détruits chaque année » (Le Monde du 29 mai 2008). Syndicats et libraires craignent une « une explosion du prix des livres » et un « bouleversement total du marché du livre, dont les seuls bénéficiaires seraient quelques grands acteurs de la distribution». Pour la Maison des écrivains, un tel amendement témoignerait d'une "grave impéritie politique en matière d’art et de culture et une scandaleuse atteinte aux écrivains et à leurs œuvres". Le site Art Actu et La Tribune de l'art s'en inquiètent également, le secteur du livre d'art étant parmi les plus menacés par cet amendement.

Paru dans la collection «L'Univers historique» au Seuil, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne a donné lieu à un grand nombre de débats dans la presse papier et sur le web. L'auteur, Sylvain Gouguenheim, entreprend de réviser l'idée d'une participation du monde islamique à l'élaboration des savoirs en Europe à l'époque médiévale. Dans Acta Fabula, Florian Louis propose de revenir sur les tenants et les aboutissants de cet épisode historiographico-médiatique qui ouvre d’intéressantes pistes de réflexion sur l’impact des médias, et notamment de l’internet, sur le travail des chercheurs en sciences humaines et sociales ainsi que sur les usages publics qui en sont faits.

Le Pacte Recherche, la loi LRU et le démantèlement des organismes de recherche s’inscrivent dans une politique de remise en cause des services publics. Associations et syndicats de la recherche et de l'enseignement supérieur appellent à faire du jeudi 15 mai et du samedi 24 mai deux journées de mobilisation massive et unitaire.
Sauvons La Recherche appelle par ailleurs tous les personnels et les usagers de l’enseignement supérieur et de la recherche à participer à une grande marche des savoirs, ou Academic Pride, le 27 mai 2008 dans toutes les villes de France. À Paris, le départ aura lieu à 14h30 devant la Maison des Sciences de l’Homme (54 bd Raspail), "parce que les sciences humaines et sociales, qui apportent un regard critique et distancié sur notre monde sont parmi les sciences les plus menacées" (SLR). Le cortège se dirigera vers le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’où il repartira à reculons, pour dire combien les politiques actuellement menées sont régressives. La marche se terminera à Jussieu. On aura juste le temps de courir à l'ENS pour un débat sur "l'évaluation en sciences humaines & sociales", à 17h, en salle Dussane.


"Le Président veut-il la peau de la Princesse de Clèves?" demande Pierre Assouline dans un billet consacré à de nouvelles déclarations sur le roman de Mme de La Fayette. Pour Grégoire Leménager (Bibliobs), ce petit roman du XVIIe s. est bien "dans le collimateur de l'Elysée", le Président voulant, selon Christine Lapostolle, passer La Princesse de Clèves au Kärcher (Libération). De ce troisième ou quatrième épisode de "l'affaire de Clèves", on pourra aussi retenir quelques accommodements désinvoltes avec la vérité. On doutait déjà, sur Betapolitique et culturecritique, de la véracité de l’anecdote de la pauvre guichetière mise à la question avec ce roman. L'actuel Résident de l'Élysée est certes coutumier de ce type d'approximation, comme l'a notamment souligné l'émission "Arrêt sur images". Dans sa dernière attaque, le Résident vient au secours des "innombrables"[?] fonctionnaires qui l'appellent à la rescousse parce qu'il sont obligés, pour "assumer" leur "promotion professionnelle", de passer des concours ou de "faire réciter par coeur [??] la Princesse de Clèves". Derrière l'acharnement contre l'amante du duc de Nemours affleure encore une fois une stratégie de fragilisation de la Fonction Publique: la précarisation (pardon, la "promotion professionnelle") est notamment liée à la remise en cause des concours (éditorial ci-dessous).

Mieux que le classement de Shangaï: l'échelle de Vincennes. Une équipe de chercheurs de Seine Saint-Denis vient de proposer de nouveaux paramètres pour l'évaluation et le classement des établissements d'enseignement supérieur. Son échelle dite « de Vincennes » (en l’honneur de l’université arrivée en tête en 2008) fait ainsi une place à des critères tels que: la modicité des droits d’inscription, le nombre d’étudiants accueillis au mètre carré, le nombre d’anciens étudiants ou de professeurs à avoir gagné un grand Prix dans une discipline artistique, le nombre d’anciens étudiants ou de professeurs ayant publié un ou plusieurs ouvrages grand public à succès, le nombre de disciplines nouvelles créées dans cet étalissement, etc. En appliquant ces critères, c’est l’Université Paris VIII « Vincennes à Saint-Denis » qui prend la tête du classement, suivie par l’Université de Californie à Los Angeles et de l’Université du Québec à Montréal.


Lindsay Waters, responsable éditorial aux Presses de l’Université d’Harvard, s'inquiète dans L'Éclipse du savoir (Allia, mars 2008) de l’avenir du livre, en particulier dans le domaine des sciences humaines. Il dépiste les causes de cette crise qu’il traite comme le symptôme majeur d’une éclipse du savoir ou d'une haine de la théorie. Cette dérive ne concernerait pas que l’université américaine: les projets actuels de réforme de l’enseignement supérieur en France engagent selon L. Waters l’université dans la voie dont il entend démontrer l’impasse. Un récent article de Libération réfléchit sur l'une des maximes de l'ouvrage: «la théorie est ce qui surgit lorsque notre manière de construire le monde se heurte au monde».

"Le passé et l’histoire ne sont plus seulement l’objet d’une politique commémorative et d’organisation du souvenir, mais deviennent les instruments privilégiés de contrôle du débat public et de régulation de la vie politique" note le Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire. L'école (Lire: "Les bataillons scolaires de la mémoire") est bien sûr le premier terrain d'une instrumentalisation contre laquelle entend lutter le CVUH qui organise les 14 et 15 mars prochain un colloque sur l’enseignement des questions socialement vives en Histoire et en Géographie. Signalons aussi la parution de Mémoires et histoire à l’Ecole de la République. Quels enjeux ? qui fait écho au travail du CVUH sur les programmes scolaires. Dans La Fourberie de Clisthène, A. Le Bihan prend la défense des historiens mis en cause par le biographe élyséen de Georges Mandel dont il faut interpréter les erreurs et omissions quant à la période 1934-1944. Autre publication: Comment N. S. écrit l’histoire de France.
Devant l'imbroglio né du remplacement des commissions de spécialistes par les "comités de sélection", le Ministère vient d'adresser une note aux présidents d'université réunis dans la CPU, valant instructions officielles pour la campagne de recrutement 2008 des enseignants-chercheurs: le détail du texte permet de comprendre que, dans la plupart des cas, les universités ne sont nullement tenues d'adopter dès cette année le principe d'un comité de sélection par poste à pourvoir, mais qu'elles peuvent proroger les actuelles commissions de spécialistes. La diversité des cas de figure envisagés jette néanmoins un sérieux doute sur la légalité de la procédure: si, lors de la présente campagne, certains candidats sont recrutés par des comités de sélection et d'autres par des commissions de spécialistes, qu'en est-il du principe (constitutionnel) de l'égalité d'accès à la fonction publique? Les listes d'emplois proposés (MCF & PR) ont été publiées aux JO du 26 février.

Conforama annonce un partenariat avec l'université Panthéon Sorbonne pour créer la "DM Academy". Il s'agirait d'un nouveau "cursus unique et entièrement construit sur mesure", destiné à former des directeurs de magasins ("DM") Conforama. Le personnel devrait suivre des conférences spécifiques à "l'univers Conforama" et des "modules managériaux" dispensés par l'université Paris I. Ça a tout l'air d'une blague, mais l'information est tirée d'un communiqué de Conforama. Pour la section de la FSE (Fédération Syndicale Etudiante) de Paris I, "c’est aujourd’hui la logique de la LRU qui se déploie avec vulgarité et ostentation" (Communiqué de presse du 18 février 2008). Un communiqué de la présidence de Paris I assure toutefois que "la création d'un diplôme de Paris 1 dédié à une entreprise particulière ne saurait être envisagée".

Le rapport de la «commission pour l'évolution du métier d'enseignant» sera officiellement remis lundi 4 février. Présidée par le conseiller d'Etat Marcel Pochard, la commission propose plusieurs changements qui concernent essentiellement le secondaire: plus d’autonomie pour les établissements, rôle accru des proviseurs ... Le journal Le Monde s’est procuré une première mouture de ce rapport, dont Fabula reproduit les principaux points. On pourra lire aussi sur le site de SLU: Bientôt "l’autonomie" des collèges et des lycées ? par Frédéric Caupin.

L'équipe Fabula porte à la connaissance de la communauté universitaire le "relevé de conclusions" de la Conférence des directeurs d'IUFM, instituts désormais intégrés aux universités: on verra que trois options sont envisagées qui visent toutes trois à créer des Mastères "enseignement", au profit de procédures de certification qui se substitueraient aux actuels concours, dont le Capes. Nous invitons nos lecteurs à nous faire connaître toutes les informations dont ils disposent sur cette question. On pourra encore lire le communiqué de la SAES au sujet des concours de recrutement ou se reporter aux propositions du "rapport Pochard" sur les nouveaux modes de recrutement.

À l'appel de l'intersyndicale du Supérieur, des coordinations nationales des étudiants & enseignants-chercheurs et de SLU une nouvelle manifestation contre la loi LRU partira le 24 janvier prochain de Jussieu (13h) pour rejoindre à Bastille (14h) la manifestation de l'ensemble de la fonction publique pour les salaires, l'emploi, les statuts et les services publics. L'association SLU lance deux autres actions de plus longue durée: un appel à ne pas voter les statuts imposés par la LRU (le seul vote indispensable avant le 11 février portant sur le nombre des membres des futurs CA); et un appel à organiser dans chaque université une consultation des personnels, en rendant publics les résultats: "Organisons nous-mêmes la consultation que le gouvernement n'a pas voulu organiser!". On peut aussi consulter sur le site SLU la carte de la mobilisation. Prochaine réunion de la coordination des personnels: le 26 janvier à Saint-Denis.

La loi RLU prévoit la dissolution prochaine des commissions de spécialistes et l'institution, sur décision des seuls nouveaux conseils d'administration restreints, de "comités de sélection" pour CHAQUE nouveau concours de recrutement d'enseignant-chercheur. Fabula vous offre de télécharger la lettre de cadrage adressée par le Ministère aux Présidents d'université le 9 janvier dernier, relative à la composition de ces comités. On peut lire sur le site de SLU un commentaire de ces textes. L'Andès (association française des docteurs) propose le 19 janvier prochain une matinée de débats sur le recrutement des enseignants-chercheurs en France : Les procédures actuelles et leur évolution dans le cadre de la loi sur la réforme des universités.

Le récent livre de C. Salmon, Storytelling. Une machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (éd. La Découverte) fait l'objet d'appréciations nuancées sinon divergentes dans les recensions parues sur la Toile; F. Martel relève sur le site nonfiction.fr une série d'anachronismes, amalgames et approximations ("Une storytelling à la française"); Ph. Roussin, pour Libération, est plus indulgent: "Dans le livre de Christian Salmon, on apprendra, non sans surprise, comment la théorie du récit, née en France dans les années 60, a trouvé aux Etats-Unis des prolongements et usages auxquels ses inventeurs n’auraient sans doute pas pensé. La narratologie a été recyclée dans le marketing, le management, la politique : avis aux amateurs et d’abord aux professionnels" ("Le récit du plus fort"), et rappelle cette récente formule de B. Kouchner: «Nous devons repartir à la conquête de la narration du monde. Un peuple incapable de diffuser son message devient un peuple invisible et inaudible.»