Editoriaux Points de vue et débats 2007
"Universités: vers quelle autonomie?"
La livraison de décembre de la revue Esprit propose de "s’intéresser aux « acteurs » de l’enseignement supérieur. Les étudiants en premier lieu : leur nombre est désormais stable mais leur identité reste difficile à appréhender et, en partie, méconnue. Comment construisent-ils leurs parcours ? Comment se projettent-ils dans l’avenir ? Comment échappent-ils, ou non, à leur contexte familial et social ?
Pourquoi, ensuite, les présidents d’université se sont-ils imposés comme les principaux interlocuteurs des pouvoirs publics sur ce sujet en quelques années ? Quelles sont leurs visions stratégiques ? Que signifient les rapprochements à l’œuvre au sein des pôles de recherche et d’enseignement supérieur ou à travers des alliances stratégiques, voire des fusions ? Comment intègrent-ils la mobilité internationale parmi leurs préoccupations ?" Nombre d'articles tentent "de décrire des initiatives et des réalisations originales pour nous demander en quoi elles répondent à des besoins de l’enseignement supérieur et en quoi elles ouvrent des perspectives pour tous. Fait inhabituel au sein de l’administration française, ces initiatives nous viennent avant tout de province ou de la périphérie parisienne."
L'empire de l'université

En contestant au " journalisme " le droit d'évaluer la production intellectuelle., P. Bourdieu (
Sur la télévision, 1996) a contribué à façonner le paysage culturel dans lequel nous vivons. Dans
L'empire de l'université (éd. Amsterdam), G. de Lagasnerie montre que cette prise de position était l'aboutissement d'un processus commencé vingt ans plus tôt avec des auteurs comme Foucault, Deleuze ou Derrida, qui s'étaient tous appuyés sur le dehors de l'Université (et notamment sur les journaux) pour imposer leurs travaux contre le conformisme académique, en vinrent eux aussi à s'inquiéter des nouvelles conditions de circulation du savoir. Analysant la façon dont s'est installée l'idée, aujourd'hui partout ressassée, que défendre la pensée impliquerait de défendre l'Université et son " autonomie ", il plaide pour qu'on retrouve le lien consubstantiel qui unit la pensée critique à la multiplicité des paroles " hérétiques ". On peut lire sur le site laviedesidees.fr un premier article sur cet ouvrage:
"Critique de la raison universitaire", par T. Pech.
Assemblée générale, coups de ciseaux et démocratie

L’Université de Paris 8 accueillera, samedi 15 décembre, l’Assemblée générale de la
coordination nationale des personnels universitaires, initialement prévue à l’Université de Paris 3, objet d’une malencontreuse fermeture administrative, décidée par son Président. Le
prix des ciseaux d'or de la censure qui sera remis cet après-midi au Président de l’Université de Paris-Sorbonne, à l’appel de
Sauvons l'Université et
Sauvons la Recherche pourrait donc bientôt récompenser de nouveaux lauréats. Si toutefois l’on n’est pas candidat à ce prix, on pourra signer
la pétition de l'Areser contre la censure, ou encore approfondir une réflexion d’actualité en lisant le texte de Charles Orfanos,
"Universités de démocratie : sauvons les AG", qui offre un détour par l’Athènes démocratique du 5
ème siècle avant J-C. pour traiter la question récurrente de la légitimité des Assemblées générales, ou encore se demander, avec Armelle Andro et Marie-Hélène Bacqué,
"Que faire de la démocratisation à l'Université?" . A quand un prix de l’Université la plus démocrate ?
Le collectif SLU appelle à la création de comités locaux

L'AG interuniversitaire tenue à Jussieu samedi 8/12 à l'initiative de SLU a réuni 350 participants venus d'une trentaine d'universités. Cette assemblée s'est prononcée à la fois pour la constitution d'une coordination nationale des personnels universitaires et pour la création de comités locaux SLU chargés de promouvoir toute initiative collective susceptible d'entraver la mise en œuvre de la loi RLU à compter du 1er janvier prochain. On trouvera dans le
compte rendu une série de propositions "d'actions paralysantes": tous les signataires de la pétition "
Les présidents d'université ne parlent pas en notre nom" sont invités à faire connaître sur le
site de SLU leurs propres initiatives pour une action concertée. On peut aussi méditer le
compte rendu de la délégation reçue au Ministère après la manifestation unitaire de jeudi dernier (6/12). On lira encore avec profit la l
ettre ouverte adressée à Mme Pécresse par la responsable du service Traitements de l'Université de Paris-Sorbonne, qui donne un avant-goût de l'université "autonome" de demain…
Une semaine d'action avec le collectif "Sauvons l'Université".
Pour la semaine qui s'ouvre, le collectif "
Sauvons l'Université" & l'association "
Sauvons la recherche" invitent à trois temps forts de la mobilisation contre la loi RLU: mercredi 5 décembre, une
conférence-débat sur la loi à Paris 8, une
MANIFESTATION NATIONALE UNITAIRE LE JEUDI 6 à 14h (du M° Jussieu au Ministère de la Recherche & de l'Enseignement supérieur) pour laquelle un préavis de grève a été déposé par les organisations syndicales, et une nouvelle
AG inter-universitaire le samedi 8 à 14h (Amphi 2 A, Paris 7, M° Bibliothèque). Une conférence de presse devrait intervenir en début de semaine prochaine. La
pétition lancée par SLR a déjà recueilli plus de 10 000 signatures,
celle de SLU plus de 3 000.
Un nouvel acteur dans le débat sur l'Université: le corps des enseignants & chercheurs.

L' AG commune du collectif
"Sauvons l'université!" et de l'association "
Sauvons la recherche", a réuni aujourd'hui à Jussieu près de 400 enseignants, chercheurs, étudiants et personnels admistratifs, représentants toutes les disciplines et un très grand nombre d'universités françaises. De réelles convergences sont apparues entre les luttes engagées contre le démantèlement des organismes de recherche (dont le CNRS) et le mouvement contre la loi LRU. Une
motion a été votée appelant à la mobilisation du corps enseignant, et à une journée d'action unitaire jeudi prochain, 6 décembre. Ont été également évoquées des actions visant notamment à s'opposer au renouvellement des CA selon les dispositions de la loi LRU (prévu ces jours-ci dans nombre d'établissements), mais aussi au calendrier de renouvellement des offres de formation (LMD 2), La pétition lancée par "Sauvons l'université" en début de semaine sous le titre "
Les présidents d’université ne parlent pas en notre nom. Pour une université collégiale" a déjà recueilli près de 2000 signatures. "Sauvons l'université" lance solidairement un "
Appel pour une autre réforme du service public d’enseignement supérieur et de recherche" signé par plus de 5000 chercheurs en à peine plus de 24h!
Collectif national des enseignants-chercheurs.

À l'initiative d'enseignants de Paris 7 & Paris 8 et des auteurs de la tribune récemment publiée dans
Le Monde sous le titre "
Les présidents d'université ne parlent pas en notre nom", une réunion instituant une coordination nationale des enseignants-chercheurs opposés (au moins sur certains points) à la loi LRU a eu lieu samedi 24 novembre, réunissant des représentants d'une quinzaine d'universités de lettres & sciences humaines. Son but est d’œuvrer à la mise en place d’UNE voix de la communauté des universitaires dans le débat autour de la loi LRU. Un site Internet a été mis en place, sous le nom "
Sauvons l'Université". Pour la semaine qui vient, le collectif propose la diffusion d'un
appel (pétition à signer en ligne), qui a déjà recueilli plus de 300 signatures en 24 h et un
programme d'action concerté notamment avec l'association "Sauvons la Recherche", dont une
Assemblée générale des enseignants-chercheur, jeudi 29, 12h, site Jussieu.
Drôles d'icônes: des mondes universitaires en discorde

Guerre des chiffres : 56 universités sur 88 touchées d’après un
délégué de la coordination nationale à Tours; et plus encore guerre d’icônes sur le net et dans les kiosques. Diffusion d'AG, interviews, manifestations d’étudiants,
pas moins de 130 vidéos mises en ligne sur le site dailymotion en une semaine, le « débat » autour de la loi LRU fait rage et se déplace des amphithéâtres préoccupés à la sphère publique des journaux de 20 heures, non sans mal/heurts. La méfiance des étudiants à l’égard des médias s’est singulièrement accrue, ce dont la presse se fait l’écho (deux articles du 12/11 dans
Le Monde sur les
AG d’étudiants et dans
Libération « Médias non grata à Rennes II », d’où aussi le
« Billet de précision » du journal estudiantin
Contrepoint). Au silence radio qui a entouré les premières critiques font suite le brouhaha, la désinformation et un climat d’agressivité sociale surmédiatisée, souvent en porte-à-faux avec ce qui se passe réellement dans les universités. Comme le remarque André Gunthert sur le blog collectif
Bétapolitique, les images qui font la une sont
troubles, brouillées, aveugles.
La machine médiatique s’emballe, elle simplifie. Elle fait entendre des paroles de Présidents d’université et néglige les principaux intéressés, parmi les personnels enseignants et IATOSS ; on pourra lire en ligne différents appels à s’engager émanant de ces derniers :
appel de l'Université Paris 8 Saint Denis, tribune du monde
« les Présidents d’université ne parlent pas en notre nom »,
les enseignants chercheurs de Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Rouen. Côté étudiants, la vision qu’elle impose de la polémique est frontale, réductrice et décidément binaire. Elle dresse deux clans, « bloqueurs » et « antibloqueurs », dont les images violentes à Nanterre ont cristallisé le duel : la scène
vue ici de l’intérieur du bâtiment et là depuis le fronton
version rue 89 et
France 3. On pourra écouter ce point de vue modéré d’un
étudiant en fac d’arts plastiques à Metz, qui veut faire entendre la voix nombreuse de ceux qui sont contre la loi mais plutôt favorables au mantien des cours et au delà de toute
déclaration péremptoire.
Face à ceux qui s’engagent contre la loi, qu’on appelle déjà la « génération anti-CPE », une nouvelle icône émerge, surexposée au sens travaillé par
Didi-Hubermann dans son séminaire de l’EHESS (en 2006-2007, séminaire continué cette année à l'INHA) , et à contrecourant de la
« Mariane de mai 68 ». Drôles d’
égéries sans doute pour une "refondation" de l'université (selon le
discours adressé aux étudiants par Valérie Pécresse) que ces
figures d’étudiantes pour qui étudier est moins le lieu d'une construction sociale, critique et politique de sa vie d’adulte, que celui d’une vision plus scolaire, placide, où l’on suivrait ses cours en bon Panurge. (photo:
Philippe Leroyer, site Flickr)
La loi LRU en débats

L'équipe Fabula porte à la connaissance de l'ensemble de ses lecteurs, et plus particulièrement peut-être de la communauté enseignante, de récents textes et prises de position relatifs à la loi LRU dite "sur l'autonomie des universités": la
motion votée par la 10e section du CNU, un
appel rédigé par des enseignants-chercheurs de Paris 8 qui constitue une appréciation du texte de loi et vaut aussi comme pétition, une
réflexion d'Anne Berger sur le "modèle américain" souvent allégué, et régulièrement méconnu, dans les débats autour de la réforme, le t
exte d'une pétition parue dans Libération sur les solidarités possibles entre les différents mouvements en cours, la
présentation d'un film réalisé par L'Autre Campagne et Sauvons la Recherche, les
propositions quelque peu déroutantes d'Eric Maurin publiées sur le site "La vie des idées" quant au financement des universités, et le texte d'une récente tribune parue dans
Le Monde sur le rôle présent et futur des présidents d'université.
"Demeurer dans la beauté des choses" - Môquet, Manouchian et les autres

Il y a loin, d’une bouche de métro fleurie et fermée comme un tombeau – Ligne 13, station Guy Môquet, Paris, ce lundi 22 octobre 2007 – à la constellation d’écrits polémiques et d’opinions politiques apparus face à
l’hommage au résistant par vœu présidentiel (voir le
BO n° 30 du 30 août 2007).
Actualité de la résistance par la commémoration,
symbole d’une lutte communiste peuplée d’autres figures,
lettre d’un adolescent sur le seuil,
« propagande ressuscitée »,
vigilance active du CVUH face à l’usage des mythes ou magnification assumée de la patrie, selon
la réponse de Guaino, les commentaires suscités par
la lettre de Guy Môquet sont légion. La métaphore militaire se file dans l’actualité : la querelle enfle jusqu’à la
« guerre d’édition », livrée sur l’
article Guy Môquet de l’encyclopédie libre Wikipédia. Citons le site du
CDDP d’Orléans ou le
blog de P. Assouline, qui proposent un florilège de liens sur la question. Dans la mêlée ou la nuée, on écoutera l’émouvante évocation de son amie d’alors, Odette Nilès, qui prévient contre
l’instrumentalisation de son nom. On se souviendra des beaux vers de
« L’Affiche rouge », poème d’Aragon en hommage à Manouchian,
chanté par Ferré : "demeurer dans la beauté des choses", épitaphe possible d’un vacarme, preuve de l'intranquillité du monde contemporain face aux questions politiques de la mémoire et de la nation. Un pas de côté, enfin, avec
Lettres ultimes: un article de Carine Trévisan pour l'atelier de
Fabula.
Points de vue et débats : une nouvelle section du site Fabula

En ouvrant une section "Points de vue et débats", Fabula souhaite se faire l'écho des débats d'idées qui animent la vie de la recherche universitaire, tout comme de l'inscription dans l'espace social et politique contemporain des réflexions sur la littérature. Sans prendre nécessairement parti, mais sans s'interdire de le faire à l'occasion, Fabula essaiera donc d'informer désormais ses lecteurs des décisions et débats qui forgent la politique scolaire et universitaire, et plus largement de tous les événements susceptibles d'intéresser la communauté des enseignants et chercheurs.
Université et professionnalisation des cursus
Grand chantier de l'université, la professionnalisation des cursus fait question, dans l'articulation et l'équilibrage subtils qu'elle requiert entre université, entreprise et aspirations des étudiants. On pourra lire sur Fabula un extrait exclusif du collectif
Université : la grande illusion, dirigé par Pierre Jourde, donné par Paolo Tortonèse
"Contre la professionnalisation de l’Université". Concrètement, cet infléchissement marqué vers le monde du travail se traduit notamment par la mise en oeuvre de stages en entreprises pour les étudiants. Aux universitaires de veiller alors au "bon emploi" de ces forces vives : la création récente d’un
Comité de suivi des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires, complété d’une Charte des stages étudiants en entreprise, figure ainsi au centre du projet de Valérie Pécresse, comme garant de leur cadre légal. On sait d'ors et déjà que l'application en sera complexe. On suivra avec intérêt les résultats de l'enquête en cours sur le devenir des étudiants, menée par l'
Observatoire européen des politiques universitaires et dont on peut renseigner
le fomulaire mis en ligne depuis juin 2007. Egalement disponible sur le site, une
série d'entretiens sur le sujet, donnés par des professeurs de différentes universités européennes, permettra de nourrir le débat.
Des identités à la carte

À l'heure où le débat sur les mesures de regroupement familial descend du Parlement à la rue, les écrivains P. Chamoiseau publient, sur
le site du nouvel "Institut du Tout-Monde" un appel intitulé
Les murs. Approche des hasards et de la nécessité de l’idée d’identité: "Un peuple ou un individu peuvent être attentifs au mouvement de leur identité, mais ne peuvent en décider par avance, au moyen de préceptes et de postulats. On ne saurait gérer un ministère de l’identité…"
Les universités européennes face au classement de Shanghai

Le site du think thank européen Bruegel vient de mettre en ligne
un dossier (en anglais) d'une dizaine de pages (notamment rédigé par les économistes Philippe Aghion et André Sapir) qui cherche à expliquer la réussite des universités européenens dans le désormais célèbre classement de Shanghai. Dans ce texte qui sera assurément débattu, les auteurs conseillent à la fois une augmentation massive de l'investissement de l'Etat dans ses universités et une autonomie financière accrue de celles-ci. On signalera également l'analyse
proposée par nonfiction.fr du dossier d'Olivier Rey, « Les « petits mondes » universitaires dans la globalisation ».
Responsabilités de l'écrit

Après les récentes polémiques sur l'affaire
Pierre Jourde, c'est maintenant
l'affaire Tintin au Congo qui relance le très vieux débat sur les pouvoirs et les dangers de l'écrit que la conception moderne des rapports entre l'oeuvre et le réel semblait avoir rendu obsolète.
Projet de décret électoral d'application de la loi Pécresse
Le site du syndicat "Qualité de la science" vient de mettre en ligne pour nourrir le débat sur la réforme du fonctionnement des universités françaises le projet de décret électoral d'application de la loi Pécresse (texte modifiant la loi de 1985).