Fabula, la recherche en littérature (accueil)

Editoriaux 2013

66, année analytique

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L'année 66 a-t-elle plus à nous dire que les multiples histoires des sciences humaines de la Libération à la fin des années 70 ? Entrer dans le complexité d'un moment particulier, dont le découpage obéit certes à l'arbitraire de toute chronologie, mais qui vit paraître coup sur coup Critique et vérité de Barthes, Figures de G. Genette, Les Mots et les Choses de Foucault, Problèmes de linguistique générale de Benveniste, ou les Ecrits de Lacan, et qui vit sortir sur les écrans Masculin féminin de Godard,  La Guerre est finie de Resnais, La Religieuse de Rivette, ou encore Au hasard Balthazar de Bresson : tel était l'objet du cours d'Antoine Compagnon au Collège de France durant l'année 2010-2011. Nos deux revues, Fabula-LTH et Acta Fabula, s'associent pour publier les actes du séminaire lié à ce cours "1966, annus mirabilis" (LHT, n° 11)  et pour relire aujourd'hui quelques-unes des plus importantes publications ou des sorties les plus marquantes de cette année analytique ("Dossier critique, n° 31). On y verra que la révolution théorique alors à l'oeuvre y a sans cesse croisé de profondes mutations sociologiques : 66 fut notamment l'année où entra en vigueur la réforme des régimes matrimoniaux qui rendait effective la capacité juridique de la femme mariée (égale avec son mari dans la gestion des biens) - les femmes et la jeunesse, auscultées par Godard, étaient bien les agents de la modernisation alors en cours. 


La classicisation des classiques

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"La littérature, c'est ce qui s'enseigne", disait Barthes, qui ajoutait: "Un point c'est tout". Rares sont toutefois les chercheurs à se pencher sur les bancs des classes de littérature. Presque unique en son genre, la somme élaborée année après année par R. Albanese, et trop discrètement publiée aux éditions L'Harmattan vient révéler les ressorts de la classicisation des classiques: après l'auteur du Cid (Corneille à l'école républicaine : Du mythe héroïque à l'imaginaire politique en France 1800-1950) et celui des Fables (La Fontaine à l'école républicaine: Du poète universel au classique scolaire), voici venu le tour du plus classique des dramaturges : Racine à l'école républicaine ou les enjeux socio-politiques de la tragédie classique (1800 -1950). Rappelons à cette occasion la parution l'an passé de L'Invention des classique de S. Zékian (CNRS éd.).


La littérature occupée

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On connaît le mot paradoxal de Sartre: "Nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'Occupation allemande". Qu'en fût-il des lieux de la littérature? M. Poulain fait paraître (Folio Histoire) les résultats de son enquête:  Livres pillés, lectures surveillées. Les bibliothèques françaises sous l'Occupation. Un ouvrage collectif supervisé par M Dambre ((Presses de la Sorbonne nouvelle) vient de son côté dresser la topographie des Mémoires occupées. Fictions françaises et Seconde guerre mondiale de M. Bardèche à A. Gatti, couvrant tous les genres littéraires ainsi que les arts du spectacle. Sigalons à cette occasion l'initiative du Centre de Recherche d’Histoire Quantitative (CNRS-Université de Caen) qui développe la base "EGO 39-45" sur les "Écrits de Guerre et d’Occupation (1939-1945)". Et rappelons le récent appel à contributions: En guerres : traductions et traducteurs littéraires en langue française (1914-1918/1939-1945), lancé dans le cadre du projet ANR HTLF (« Histoire de la Traduction en Langue Française »).

 


Grands astreignants

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En mars dernier, la revue Critique pouvait saluer "le beau triptyque" publié par J. Starobinski dans la seule année 2012. Le site laviedesidees n'était pas en reste, qui proposait un entretien avec l'auteur de L’Encre de la mélancolie, Diderot, un diable de ramage, et Accuser et séduire. Essais sur Jean-Jacques Rousseau. Paraissent aujourd'hui aux éditions suisses de La Dogana, Approches du sens, riche volume supervisé par Michaël Comte, qui réunit une salve d'articles rares ou inédits du critique et les actes du colloque de Berne et Genève sous l'intitulé À distance de loge. Parmi nos grands astreignants, on doit aussi compter J.-P. Richard, auquel était consacré une récente livraison de la revue Littérature, dont J. Majorel rend compte ce mois-ci pour Acta fabula. Rappelons que la troisième livraison de Fabula-LHT portait sur l'art des "microlectures", sous le titre "Complications de textes".


Paul Éluard, Capitale de la douleur

60076.jpgCapitale de la douleur figure aujourd'hui au programme de l’agrégation de Lettres. Voilà sans doute de quoi permettre à ce poète pourtant national de sortir d’un certain purgatoire critique, et de revenir sur la scène universitaire. L'espace "Colloques" de Fabula vous propose de lire cinq communications qui tentent de dégager quelques grandes lignes de forces, ou de faille, du recueil, tendu entre vérité lyrique et figuration de soi, parole première et « répétitions », « désespoir » et « délivrance », optique et haptique. Les textes essaient d’approcher cette poésie dans laquelle le Jaccottet de L’Entretien des Muses voyait « l’accord comme spontané, comme naïf, entre modernité et tradition ».

La vie comme un livre

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Fabula a déjà eu l'occasion de saluer la collection "Le livre la vie" des éditions C. Defaut: une belle aventure placée sous la direction d'I. Grell, où des essayistes se proposent de relever le défi lancé naguère par R. Barthes : « prendre un livre classique et tout y rapporter de la vie pendant un an ». Après les essais de C. Vargaftig sur Diderot, de F. Noudelmann sur Mishima, de Ph. Vilain sur Duras, et le splendide Beaucoup de jours de Ph. Forest sur James Joyce, deux nouveaux titres arrivent sur les tables des librairies ce mois-ci: Personne(s) de S. Chiche, d'après Le Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, et L'autre saison, de J.-L. Steinmetz, d'après Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud.


Hériter d'un passé, traverser le quotidien

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L'héritage de Barthes et de ses contemporains sera à l'honneur cette semaine à l'EHESS. Le Centre de recherches sur les arts et le langage fêtera le jeudi 28 novembre les 30 ans de sa création, lorsque, après la mort de Roland Barthes et fédérés autour de son héritage, Raymond Bellour, Claude Bremond, Hubert Damisch, Gérard Genette, Louis Marin, Christian Metz et Tzvetan Todorov se sont associés pour faire naître un lieu de réflexion générale sur l'esthétique, les oeuvres, leurs pratiques et leurs effets ; cette journée est organisée autour de 4 tables rondes, centrées sur l’un des fondateurs du CRAL, ouvrant des questions qui nous engagent tous. Le CRAL organise également ce lundi 25 novembre, pour la première séance de son séminaire collectif, un débat autour des travaux de Michael Sheringham et de son livre, Traversées du quotidien, en présence de l'auteur ; ce livre poursuit avec éclat une démarche d'anthropologie littéraire de la vie quotidienne qu'avait ouverte en son temps Roland Barthes, après Henri Lefebvre ou Georges Perec.


La figure de l'"écrivain catholique"

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Y a-t-il un sens à parler d'une poétique de l'écrivain catholique ? Si l'étiquette confessionnelle a longtemps paru ne concerner que les polémiques idéologiques, il y a lieu de s'interroger sur le rôle que l'appartenance religieuse des écrivains catholiques a pu jouer dans leur idée et leur pratique de la littérature. Trois journées seront prochainement consacrées à poser les bases d'une histoire littéraire des écrivains catholiques : le samedi 23 novembre 2013 à Paris-Sorbonne (avec la présence de Sylvie Germain), le 23 janvier 2014 à l'Université d'Angers et le 6 février 2014 à l'Université de Lorrain-CLSH Nancy. On peut y voir l'occasion de signaler la convergence entre les récents travaux de Claire Daudain (Dieu a-t-il besoin de l'écrivain? Péguy, Bernanos, Mauriac, 2006), Jacques Julliard (L'Argent, Dieu et le Diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne, 2008), Frédéric Gugelot (La Conversion des intellectuels au catholicisme en France (1885-1935), 2010), Pauline Bruley (Rhétorique et style dans la prose de Charles Péguy, 2010), de Marie Gil (Péguy au pied de la lettre, 2011), Aude Bonord (Les "Hagiographes de la main gauche". Variations de la vie de saints au XXe siècle, 2011), ou encore Marie-Eve Benoteau-Alexandre (Les Psaumes selon Claudel, 2012). 


"Les voyages diffèrent" 

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A la suite de Jacques Roubaud qui proposa son supplément au Voyage d'hiver de Perec, un nombre croissant d'Oulipiens est reparti sur les traces d'Hugo Vernier, auteur génial d'une oeuvre disparue que le professeur de lettres Vincent Degraël découvrait dans la nouvelle de Perec. Ces divers voyages sont aujourd'hui rassemblés  en volume dans Le Voyage d'hiver et ses suites, agrémentés d'une postface de Jacques Roubaud, "Les voyages diffèrent". Cette initiative ravira les amateurs d'écriture collective, de "littérature au second degré" (G. Genette) et tous ceux que fascine la présence entêtante des textes fantômes.


Epistémocritiques

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On sait combien la littérature a toujours entretenu avec le domaine des savoirs une relation complexe, faite d’éclairages, mais aussi de suspicions réciproques. Plusieurs ouvrages récents interrogent à nouveaux frais ces échanges et les configurations spécifiques – entre héritages formels et inflexions thématiques – par lesquelles ils trouvent à se concrétiser : après la somme de Pierre-Henri Kleiber sur Les Dictionnaires surréalistes, Denis Saint-Amand revient, dans Le Dictionnaire détourné, sur la façon dont ce genre savant a été, tout au long d’un XIXe siècle marqué par le développement de la vulgarisation scientifique, récupéré par des auteurs désireux de le réinventer de façon satirique. Mais comment un écrivain apprend-il ce qu'il sait ? C'est ce que se demande O. Lumbroso, à propos de Zola. Dans le collectif Muses et ptérodactyles, dirigé par Hugues Marchal, ce sont les passages de ces discours scientifiques dans le domaine poétique qui sont mis à l’honneur, à l’occasion d’une anthologie riche et commentée, faisant dialoguer autant Chénier et Rimbaud que Laforgue et Mercier. La Pléiade, après avoir accueilli l'Histoire naturelle de Buffon, propose une nouvelle édition de l'ouvrage homonyme de Pline,  et Anne-Gaëlle Weber se penche sur les récits de voyage savants, dans Les Perroquets de Cook tandis un collectif étudie les Poétiques scientifiques dans les revues des avant-gardes, que l'on reparle de l'Encyclopédie méthodique et qu'on nous appelle à venir parler à Athènes des rapports entre science et littérature...


La cote du veau

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Le manque aurait dû s'en faire sentir plus tôt: l'Atelier de théorie littéraire nous régale désormais d'une nouvelle entrée Calembour, qui vient secouer l'entrée Humour : elle accueille pour l'heure des réflexions sur "le déni de calembour" dans la critique littéraire, découpées dans le Veau de Flaubert que publie A. Vaillant (Hermann), lequel fait également paraître un ouvrage collectif sur Le Rire moderne (PU Paris-Ouest). Une récente journée d'études nous invitait en septembre dernier à l'ENS-Lyon pour "Rire de l'autorité, autoriser le rire". Mais il n'est pas trop tard pour répondre à un appel à contributions jeunes chercheurs lancé par l'Université de Victoria: "L’Humour, le ludique, le rire : approches interdisciplinaires". Tant pis pour les gens sérieux.

 


Bourdieu devant Manet

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Manet une révolution symbolique (Seuil/Raisons d'agir) réunit le cours que le sociologue donna au Collège de France à la toute fin du siècle dernier (dont on peut écouter sept séances sur le blog de G. Quélennec), et un essai inachevé intitulé Manet l’hérésiarque, coécrit avec Marie-Claire Bourdieu, son épouse, à la fin des années 80 puis abandonné. Ces leçons qui visent à définir les notions d'avant-garde et de révolution esthétique, et à les défendre tout à la fois contre le populisme et contre l’intellectualisme, sont à lire comme un prolongement salutaire aux Règles de l’art (1992).


Acta fabula - Dossier critique : Le signe & le sens

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Dans un nouveau dossier critique intitulé "Ce qui a fait signe & ce qui fait sens", Acta fabula se penche sur la mémoire de la linguistique, et les grandes figures de son histoire: Saussure et Benveniste, qui ont tous deux récemment fait l'objet d'une salve d'éditions et d'études susceptibles de renouveler l'approche de la langue que nous leur devons, mais aussi le Cercle linguistique de Prague, et plus à l'Est encore: l'école russe des années 1920 et 30, qu'on aurait tort de réduire au seul Bakhtine: Volochinov, Jakubinskij, et quelques autres. Avec ce dernier dossier critique, Acta Fabula voudrait donc réaffirmer le sens des trajectoires intellectuelles et humaines de trois penseurs au moins ; de le (re)trouver, par la prise en compte du contexte intellectuel auquel chacun répondait et par l’attention au travail de la pensée dont les manuscrits inédits permettent de suivre la trace, mais aussi de le (ré)investir, grâce à la compréhension de la dimension historique de notre propre lecture, et au gré de l’arbitraire découpage disciplinaire actuel. Ces réflexions posent « un regard nouveau pour un dire nouveau » non seulement sur le passé, mais aussi, souhaitons-le, sur l’avenir des sciences humaines.


Paris n'existe pas

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On s'en persuadera avec Franz Hessel, qui initia W. Benjamin aux Flâneries parisiennes (Rivages), ou en entrant dans le "vrai Paris" sur les pas de Paul-Ernest de Rattier dont les éditions Allia rééditent Paris n'existe pas, ou encore en plongeant dans les bas-fonds avec les Chroniques du Paris apache (1902-1905) qui réunissent au Mercure de France les Mémoires de Casque d'Or et La Médaille de mort d'Eugène Corsy. Paris, capitale de la modernité pour D. Harvey (Les Prairies ordinaires) ou V. Fabbri qui consacre un essai au philosophe des passages ((L'Enfance de la ville. Essai sur Walter Benjamin, Hermann), ou capitale de la révolution pour D. Garrioch qui publie La fabrique du Paris révolutionnaire (La Découverte), ou en amont encore: impossible capitale de la monarchie, comme l'enseignent Les Histoires de Paris (XVIe-XVIIIe s.) sous la direction de L. Turcot et Th. Belleguic (Hermann), et plus près de nous: lieux de toutes les mémoires, pour E. Morin (Mon Paris ma mémoire, Fayard). Et si Paris était tout simplement Capitale des signes, comme le voulait K. Stierle dans un livre paru en 2001, dont L. Giavarini avait rendu compte pour Acta fabula: "Paris entre lisible et visible".

 


La cause de Sartre

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« Le problème qui nous intéresse, c’est le problème de la subjectivité dans le cadre de la philosophie marxiste. » La question n'a rien perdu de son actualité : rares sont les phénomènes que l'on peut saisir au niveau de la seule conscience individuelle, et on ne peut appréhender la subjectivité qu'en examinant comment les conditions objectives sont intériorisées et vécues, pour tenter d’expliquer comment peuvent se constituer des formes de praxis collectives: sous le titre Qu'est-ce que la subjectivité? Les Prairies ordinaires donnent une nouvelle vie à la conférence donnée par J.-P. Sartre en 1961. L'actualité éditoriale met par ailleurs le philosophe en dialogue: G. Hanus nous invite ainsi à Penser à deux. Sartre et Benny Levy face à face (L'Âge d'homme) et Les Temps modernes à lire "Sartre avec Freud", tandis que la revue Europe place Sartre au voisinage de Diderot. Y. Hamel nous fait visiter L'Amérique selon Sartre (PU Montréal). SIgnalons encore Situations de Sartre (Hermann) sous la direction de C. Pagès et M. Schumm, qui offre des articles consacrés plus spécifiquement à la théorie sartrienne de la littérature, de la poésie et de l’art, ainsi que la réédition au format de poche du Dictionnaire Sartre (Champion) supervisé par F. Noudelmann et G. Phillipe.


Swann more time !

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Alors que viennent de paraître les actes du colloque Swann le centenaire de Cerisy-la-Salle (dir. A. Compagnon, K. Yoshikawa, avec M. Vernet), la très belle édition chez Gallimard des placards de Swann conservés à la fondation Bodmer, et que commence la mise en ligne sur Fabula de "Proust : dialogues critiques" (dir. K. Haddad, V. Ferré), voici que s'annoncent trois nouveaux colloques ("Swann at 100", dir. A. Watt à Exeter les 16-18 décembre, "Swann à Nanterre", dir. K. Haddad et F. Schuerewegen, 30/31 octobre, "1913: La transgression des genres", dir. M. Naturel et A. Corre-Rivière, 14-16 novembre) ainsi que le séminaire de l'équipe Proust à l'ITEM, "Du côté de chez Swann et son siècle de lectures", qui réservera une place, le 18 novembre à une journée d'étude sur les "cent ans de Swann, cent ans d'édition proustienne" (N. Mauriac Dyer). Quant au 14 novembre, 100 ans jour pour jour après la publication de Du côté de chez Swann, il sera marqué par une rencontre autour de Proust et l'Italie (avec J.-Y. Tadié, A. Bouillaguet...). Yes, Swann more time!


Uri Eisenzweig, la suite

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Dans une note de bas de page de ses Fictions de l'anarchisme (Christian Bourgois, 2001), Uri Eisenzweig annonçait une "trilogie consacrée à la transformation des rapports entre le politique et le fictionnel à la fin du XIXe siècle". Voici que paraît aux Editions du Seuil le deuxième volet, La Naissance littéraire du fascismeconsacré au "moment paradoxal" de l'affaire Dreyfus. L'universitaire américain y poursuit sa réflexion sur les relations entre récit et action, recherche du vrai et représentation de l'autre, et propose, en guise d'épilogue, une lecture du fameux Journal d'une femme de chambre.

 


K. Ross. La littérature et l'événement

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Professeur de littérature comparée et spécialiste d'histoire culturelle, K. Ross nous avait naguère appris à Rouler plus vite, laver plus blanc. Modernisation de la France et décolonisation au tournant des années soixante (Flammarion) ou encore à rêver à Mai 68 et ses vies ultérieures (Agone); elle fait paraître ces jours-ci, aux indispensables éditions des Prairies ordinaires, Rimbaud, la commune de Paris et l'invention de l'histoire spatiale en nous invitant à penser la parenté entre un événement poétique, l'œuvre de Rimbaud, et un événement politique, la Commune définie comme un moment d’appropriation, de défense et de transformation d’un lieu par ses habitants mêmes. K. Ross sera à Paris le 21 octobre prochain pour une conférence intitulée "Le luxe communal", à l'invitation du département de sociologie de la Sorbonne et de R. Keucheyan qui fait paraître de son côté Hémisphère gauche. Cartographie des nouvelles pensées critiques (éd. La Découverte).


Il n'y a pas de contexte

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Un récent appel à communications, Construire le contexte: une expérience de lecture, propose de lire un texte délié de son contexte historique pour interroger nos pratiques de théorisation et de critique: ai-je besoin d’une histoire (et si oui, de laquelle) pour lire, décrire, ou interpréter une œuvre? La question peut aussi s'entendre dans l'autre sens: car les textes ont aussi cette propension à devenir le contexte de nos théories, dès lors qu'on élabore à partir d'eux des catégories transtextuelles. C'est Le Page disgracié de Tristan L'Hermite (1643) qui a été choisi pour l'expérience. S'agissant de l'auteur, signalons que le site de l'association des amis de Tristan fait peau neuve, à l'occasion de l'inscription de son unique œuvre narrative au programme de l'agrégation.


Littérature et histoire en débats

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Comment comprendre l’actuelle cristallisation, dans les études littéraires et l’esthétique, autour des notions d’archive, de document et de témoignage, et que penser du « retour au réel » ou « retour à l’histoire » de la littérature et de l’art ? Tandis que paraissent des œuvres d’écrivains qui semblent entreprendre d’écrire l’histoire à leurs manières, abondamment analysées et débattues par la critique littéraire, des travaux d’historiens se donnent volontiers pour objets des œuvres littéraires, prennent position dans des polémiques à leur sujet, remettent l’écriture littéraire à l’honneur selon diverses perspectives, produisent des textes qui relèvent des deux pratiques ou travaillent en direction de l’épistémologie. Telles sont parmi d'autres les pistes de réflexion du colloque « Littérature et histoire en débats » qui s’est déroulé les 10, 11, 12 janvier 2012 à Paris, et dont Fabula publie aujourd'hui les actes.


L'excentricité de la théorie

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Parmi les nouveautés de l'Atelier, on pourra découvrir ou redécouvrir les actes d'un "chantier" initié par des enseignants de l'Université Paris 8 sous le titre Banlieues de la théorie, d'abord paru dans l'Agenda de la pensée contemporaine (Flammarion, 2008): la théorie est-elle par nature et fonction ex-centrique, vouée aux marges et à la marginalité? Par quelle fatalité le centre se montre-t-il aussi régulièrement inapte à la prise de risque intellectuelle? Au sommaire, des essais de M. Costantini, G. Dessons, T. Samoyault, F. Noudelmann et P. Bayard, dont l'Atelier publie également un article datant de 2005 mais resté jusqu'ici confidentiel: "Comment ennuyer le lecteur?", pensée paradoxale et par là même excentrique, qui fait une nouvelle fois la preuve des liens que la spéculation théorique entretient avec l'humour. "L'humour la théorie", tel est l'objet d'un article de M. Escola nouvellement introduit au sommaire de la dizième livraison de Fabula-LHT: L'aventure poétique.


L'écoute et la voix

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Dans La Voix verticale (Belin), B. Clément, se met à l'écoute des voix que font entendre les philosophes ou les théoriciens (Platon, Rousseau, Nietzsche, Freud, Foucault, Levinas), les poètes ou les romanciers (Beckett, Blanchot, Deguy, Sarraute), lorsqu'ils usent de l'antique figure de la prosopopée. G. Lachenaud nous met de son côté sur Les Routes de la voix. L'Antiquité grecque et le mystère de la voix (Belles Lettres), dans un parcours herméneutique qui conduit d’Homère, Hésiode ou Platon à Proclus et aux Chrétiens, auxquels répondent comme en écho les voix des poètes ou des penseurs modernes. On pourra lire également dans Acta fabula, le compte rendu par J. Le Blanc de l'ouvrage de S. Nancy,  La Voix féminine et le plaisir de l’écoute en France aux XVIIe et XVIIIe siècles (Classiques Garnier). Un colloque se tiendra du 4 au 6 novembre prochain à la Sorbonne nouvelle sur "La Voix du public. Manifestations sonores des spectateurs aux XVIIe et XVIIIe s.". On pourra aussi découvrir les ressources proposées à l'entrée "Voix" de l'Atelier de théorie littéraire.


Une année avec Ossola

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Après En pure perte. Le renoncement et le gratuit (Payot & Rivages 2011) et des Conversations sur le temps avec M. Butor (La Différence, 2012), Carlo Ossola prolonge son enquête sur les vertus perdues avec deux nouveaux titres: À vif. La création et les signes (Imprimerie Nationale), belle méditation sur le sens du mythe de Pygmalion et le défi du regard, ainsi que Le Continent intérieur (éd. du Félin), cinquante deux "stations" de lecture pour resaissir la mémoire de la culture européenne. Une halte par semaine de l'année.

 


Usages du monde

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Parce que la rentrée ne doit pas signifier la fin des voyages, l'agence Fabula vous propose des séjours dans le temps tout autant que dans l'espace. On pourra ainsi découvrir aux éditions Payot les récits de voyage inédits de N. Bouvier, sous le titre Il faudra repartir (Payot) sur près d'un demi-siècle (de 1948 à 1992, de Copenhague à la Nouvelle-Zélande en passant par l'Afrique du Nord ou la Chine), heureux suppléments à L'Usage du monde, le plus jeune des classiques du XXe siècle dont un colloque saluera prochainement le cinquantenaire. On fera ensuite avec Diderot le Voyage en Hollande (aux bien nommées éditions de La Découverte), pour apprendre comment fonctionne une république et ce qu'il en est de la tolérance. On aura alors le courage nécessaire pour se rendre  dans l'Afrique mussolinienne, avec C. Malaparte dont les éditions Arléa offrent le Voyage en Éthiopie (1939). On emportera dans tous les cas le Panorama du voyage (1780-1920)  de S. Venayre (Belles Lettres). Les préparatifs peuvent commencer à la page "Récit de voyage" de l'Atelier de théorie littéraire.


L'éthos & l'étoffe

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L'été se terminant, la rentrée universitaire s'ouvre par une série de colloques, dont certains s'intéressent à des objets peu travaillés ou singuliers, comme le tissu, l'hyperbole ou encore le poème oralisé. Chacun d'entre eux interroge la posture de l'écrivain et de son personnage, entre diction et représentation, ethos et étoffe. Le colloque "Sociopoétique du textile" examine ainsi la question du tissu et du vêtement chez les écrivains du XIXe siècle, dans une perspective sociologique et poétique, de la vestignomonie initiée par Balzac à l’écriture des portraits des personnages romanesques. Les journées consacrées à "L'hyperbole rhétorique" et à "Dire la poésie" reviennent quant à elles sur la question et la manière de dire. La première interroge la figure de l'hyperbole, de sa définition à ses usages et ses effets, quand la seconde revient sur la question de la diction et de la mise en voix de la poésie; si dire et entendre de la poésie se fait à part égale avec la lecture silencieuse, la spécificité de ce "mode d’existence" implique qu’on en interroge l’histoire, la forme et les enjeux. Texte, tissu, voix: le ton de la rentrée est donné.


Les essais de la rentrée

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Riche rentrée aux éditions du Seuil:V. Message fait paraître Romanciers pluralistes : l'essai d'un romancier sur une lignée de romanciers qui, à l'instar de Cervantès ou Rabelais, envisagent le genre comme dialogue entre des points de vue antagonistes sur la réalité (à son sommaire: Musil, Fuentes, Pynchon, Rushdie et Glissant, autant d'œuvres qui donnent à voir "des mondes que la montée en puissance du pluralisme libère et désoriente"). F. Bon enseigne que Proust est une fiction, en cherchant à prendre la mesure de l'indémodable modernité de l'univers proustien, et en s'affranchissant aussi en romancier des réalités chronologiques pour faire dialoguer par exemple Proust et Baudelaire. F. Lordon donne à lire La Société des affects, un titre qui se souvient peut-être de G. Debord et qu'accompagne ce sous-titre intempestif : Pour un structualisme des passions; le risque est grand, souligne-t-il, que le " tournant émotionnel" des sciences humaines "porte à son comble le retour à l'individu et signe l'abandon définitif des structures, institutions, rapports sociaux, par construction coupables de ne pas faire de place aux choses vécues. Comment articuler les émotions des hommes et le poids de détermination des structures ? Comment penser ensemble ces deux aspects également pertinents, et manifestement complémentaires, de la réalité sociale?" C. Perret propose de son côté un Essai sur la torture qui offre un commentaire de l'essai d'un auteur trop oublié, Jean Améry (1912-1978), pour interroger les prémices de l'institution d'une torture d'Etat. Dans Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014), S. Audoin-Rouzeau tente d'appliquer aux siens l’écriture spécifique d’habitude mise en œuvre pour parler des combattants des tranchées, des femmes en deuil ou des enfants de la guerre: travail d'historien encore, plutôt que récit de famille.

Toujours plus historiennes, les éditions Gallimard annoncent notamment le deuxième tome II longtemps attendu, de La Fable mystique de M. de Certeau, par les soins de L. Giard toujours, ainsi que la traduction de l'enquête, plus récente mais également très attendue, de S. Luzzato, Padre Pio. Miracles et politique à l'âge laïc.


Dossier critique Acta fabula — L'aire du témoin

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Notre revue des parutions inaugure sa nouvelle livrée (lire ci-dessous: "la mue d'été de Fabula") avec un riche dossier critique consacré à la question du témoignage, de sa possibilité comme de son efficience ou de sa permanence: récits de témoins, victimes ou bourreaux, et travaux historiographiques sur la mémoire des violences historiques, des camps nazis aux prisons cambodgiennes, des montagnes turques aux steppes soviétiques. Sous le titre "L'aire du témoin", ce dossier envisage la littérature comme art de mémoire. Que transmet-on du passé lorsque celui-ci a été le lieu d'expériences inimaginables? Selon quelles modalités la violence subie peut-elle être léguée? Quel public est susceptible de recevoir ces récits marqués par la terreur? Loin d'être seulement une figure fantomatique de l'Histoire (à la différence du "témoin intégral" selon G. Agamben), le témoin est porteur, selon la formule de S. Rollet, d'une "éthique du regard": à la fois "testis" (tiers) et "superstes" (rescapé). Au sommaire de cette livraison d'Acta fabula, des comptes rendus des livres récents de R. Pahn, H. Rousseau, P. Bayard, Ch. Lacoste, etc. Sur les rapports entre littérature et mémoire, on pourra se reporter aussi à l'entrée "Témoignage" de l'Atelier de théorie littéraire. Signalons aussi le récent numéro de La Licorne sur "Le sens du passé" supervisé par M. Hersant, J.-L. Jeannelle et D. Zanone et l'appel à contribution portant sur le siècle (1914-2014) qui vit apparaître le genre littéraire du témoignage.


Coups de points

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Après l'ouvrage signé par Isabelle Serça, Esthétique de la ponctuation (Gallimard, 2012) dont S. Pétillon a récemment rendu compte dans Acta fabula, c'est au tour de P. Szendy de proposer un essai À coups de points (Minuit, 2013); le théoricien se propose d'ouvrir un champ plus vaste que celui de la ponctuation : une stigmatologie (du grec stigmê : « point ») apte à analyser les effets ponctuants partout où ils apparaissent, dans l'expérience esthétique comme dans la production autobiographique de soi, pour tenter de "construire philosophiquement – avec Hegel, Nietzsche et quelques autres – un concept de ponctuation attentif au rythme et à la pulsation du phrasé, ainsi qu’aux portées politiques inhérentes à tout coup de point." Pour ce qui aiment mettre les points surtout sur les "i", on recommandera le Précis d'érudition pointilleuse de P.-M. Bertrand.


La mue d'été de Fabula

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L’équipe Fabula a le plaisir de vous annoncer le lancement des nouvelles maquettes des deux revues du site : Fabula-LhT et Acta fabula, ainsi que celle des colloques en ligne. Ces pages ont été repensées pour faciliter la circulation au sein de ces espaces et rendre la lecture des articles plus agréable, quels que soient les supports (tablette, écran ou téléphone). Au titre des nouveautés: les dossiers critiques d’Acta fabula disposent désormais d'une URL et sont consultables directement à partir de leur sommaire; un index des deux revues, décliné par notion et par auteur; des passerelles d’une revue à l’autre pour les numéros groupés, comme c’était le cas récemment pour « L’Aventure poétique »; un nouveau système d'affichage des notes de bas de page.
La mue complète de fabula.org s’achèvera au cours de l'été -  les mises en ligne des "nouvelles" et les réponses aux emails envoyés à l'équipe se feront donc moins rapides jusqu'au 20 août. En attendant, toute l’équipe de Fabula vous souhaite une agréable navigation dans ces nouveaux espaces et espère que cette renaissance du site saura vous surprendre et vous séduire.
 


Histoire de la littérature : plus on en parle, plus on la fait

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C'est une constante de la littérature moderne : en même temps qu'il écrit son œuvre, tout écrivain produit une histoire de la littérature. Ces histoires "indigènes" ont fait l'objet d'un programme de recherche international lancé en 2004 dont Fabula avait hébergé les travaux. Après les journées consacrées à L'Idée de littérature dans les années 1950, au Classicisme des modernes ou aux effets de "Déplacements, dégagements", après les publications du collectif sur Les Ecrivains auteurs de l'histoire littéraire, du numéro spécial de la Romanic Review : Literary Histories of Literatures, des actes des colloques sur les Fictions d'histoire littéraire et L'Anthologie d'écrivain comme histoire littéraire, paraît enfin aux PUPS le volume final de synthèse de ces recherches : L'Histoire littéraire des écrivains. Il envisage les formes prises par ces récits, sans les exalter ni les dénigrer, mais avec l'intention de donner de la visibilité à un phénomène à la fois omniprésent et inaperçu, caractéristique des littératures françaises et francophones des 19e et 20e siècles. Espérons que sociologues et historiens de la littérature voudront s'emparer de cette nouvelle forme d'histoire littéraire, comparable dans son entreprise de rénovation et dans son ambition au volume Global French dirigé par C. McDonald et S. Suleiman (les débats suscités lors de la parution de Global French avaient également été publiés dans l'Atelier) . 


L'aventure continue

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À tous ses lecteurs, habitués, inconditionnels, hagiographes et autres, la revue Poétique réserve, pour sa livraison n° 173, quelques surprises : une nouvelle couverture (un tel changement ne s'était vu qu'une seule fois dans l'histoire de la revue, en 1987), un nouveau format de 150 pages, une nouvelle périodicité, semestrielle, destinée à mieux épouser le rythme de la recherche, et un conseil de rédaction élargi. Elle reste néanmoins fidèle encore et toujours à sa vocation première : "promouvoir la réflexion théorique, qu’elle soit générale ou élaborée à partir de textes particuliers, favoriser le dialogue entre les différentes perspectives critiques et, plus largement, donner à s’interroger sur le pourquoi et le comment des études littéraires".

 


Deux, ou plus de deux

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Considérés depuis le début des années 2000 comme des références majeures pour la réflexion sur le genre, deux ouvrages de la biologiste américaine Anne Faust-Sterling paraissent simultanément en français, à l'initiative de deux éditeurs qui viennent courageusement pallier l'abandon par les grandes maisons de leur mission historique: l'indispensable tâche de traduction des essais théoriques. On lira donc chez Payot Les cinq sexes. Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants, et à La Découverte, Corps en tous genres. La dualité des sexes à l'épreuve de la science, pour troubler nos oppositions convenues, entre genre (social) et sexe (biologique), entre culture et nature. Le site laviedesidees.fr consacre un article à ce dernier ouvrage: "La différence sexuelle démêlées", par M. Raz.

 


La théorie littéraire des écrivains

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Au cours de ces dernières années, l'Atelier de théorie littéraire a régulièrement proposé un panorama des écrivains face à l'histoire de la littérature: on peut y lire les résultats du projet ACI sur  "L'histoire littéraire des écrivains", dont un texte co-signé par M. Macé, J.-L. Jeannelle, M. Murat et V. Debaene est venu récemment rappeller le programme. Existe-t-il par ailleurs une théorie littéraire des écrivains? Les auteurs consacrés entrent-ils en théorie comme en pays conquis, ou y lancent-ils des incursions comme en territoire ennemi? Fabula donne à lire les actes d'un colloque organisé à Besançon en novembre 2011 sous le titre "Les écrivains théoriciens de la littérature (1920-1945)", réunissant une quinzaine de portraits — ou comment Rivière, Grenier, Paulhan, Mounier, Breton, Artaud, Reverdy, Dérème, Valéry, Green, Gide, Fernandez, Chestov, Némirovsky, Blanchot sont venus au rendez-vous de la théorie, en solitaires, en formation plurielle, en dialogue ou en duel.


Dossier critique Acta fabula — "Aux listes et caetera"

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Dans Penser/Classer, Perec lançait cette liste de questions: "Que me demande-t-on, au juste? Si je pense avant de classer? Si je classe avant de penser? Comment je classe ce que je pense? Comment je pense quand je veux classer?". La passion des listes caractérise une bonne part de la littérature contemporaine qui semble avoir trouvé dans la déclinaison paradigmatique une alternative au récit, mais aussi tout un pan du discours critique dont les tendances actuelles montrent la fécondité de l'usage des formes de l'abécédaire, du dictionnaire, du florilège, de l'inventaire. Acta fabula, qui dresse chaque mois le catalogue de nos lectures, a voulu réunir dans un même dossier les récentes publications consacrées au  "vertige de la liste", pour reprendre le titre de l'essai d'U. Eco paru en 2009, qui s'empare aussi bien des écrivains que des critiques et des philosophes. Au sommaire : P. Bergounioux, G. Genette, U. Eco, B. Sève, P. Assouline, et caetera.


Acta fabula 2.0

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Riche de plusieurs milliers de comptes rendus de livres parus depuis la toute fin des années 1990 et d'une trentaine de dossiers critiques portant sur des questions de théorie et d'histoire littéraires, Acta fabula poursuit sa mue: elle bénéficiera très bientôt d'une nouvelle maquette, et fait dès maintenant son entrée sur les réseaux sociaux. Vous pouvez désormais nous suivre sur twitter (@acta_fabula), consulter notre page Facebook ou rejoindre notre groupe facebook pour prolonger les réflexions amorcées dans les articles que nous publions et nourrir le débat. Rappelons encore une fois qu'Acta fabula est une revue participative, qui repose sur le volontariat et les candidatures spontanées: consultez la liste des ouvrages en attente de rédacteur, très régulièrement abondée, et récemment mise à jour. Il y en a pour tous les goûts, et le temps est venu de choisir ses lectures de l'été!


L’héritage littéraire de Paul Ricœur

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Du concept d'identité narrative à celui de d’ipséité, l’œuvre de Paul Ricœur a inauguré un nouveau champ interdisciplinaire sur les textes et a profondément marqué les études littéraires des trente dernières années : à l'heure du centenaire de la naissance du philosophe, Fabula est heureux de vous annoncer la mise en ligne d'un colloque organisé par la Chaire du Québec contemporain de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, en collaboration avec le Centre de recherche sur les arts et le langage (EHESS/CNRS) et avec le concours du Fonds Ricœur et réunissant 26 communications sur cette question si centrale dans nos débats critiques contemporains.


Le nouveau lecteur

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L'achat en est souvent onéreux, mais la parution récente de manuscrits d'écrivains en fac-similé offre une entrée dans le texte et dans l'oeuvre, aussi différente que renouvelée. La publiation récente du manuscrit de L'Écume des jours permet de suivre la rédaction d'un roman, avec ses repentances mais surtout au gré d'une énergie compulsive, qui entraîne le lecteur dans son envoûtante poésie. La publication du Cahier 53 des brouillons de la Recherche du temps perdu offre une expérience comparable: le lecteur y suit ligne à ligne le processus d'écriture. Autant de parutions qui frayent la voie à de nouvelles pratiques de lectures, certes plus intuitives mais aussi plus solidaires du geste de l'écrivain. Ce retour au texte s'accompagne d'un retour de l'auteur. Signalons, enfin, que Gallica met gratuitement à disposition une quantité considérable de documents manuscrits, et que les Éditions de la BnF lancent, avec Candide, des éditions numériques, proposant l’affichage synchronisé du texte et d'une copie manuscrite annotée par Voltaire. Se tient d'ailleurs le 27 juin à l'ENS une réflexion sur l'usage des manuscrits classiques, sous la férule de N. Ferrand. Peut-être commence-t-on à voir à quoi ressemble le lecteur du XXIe siècle.


Iconographies de l’écrivain       

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L’écrivain est certes quelqu’un qui écrit. Mais en tant que figure publique, il s’agit également d’un individu que l’on représente par l’image. Et plus que jamais au cours de la modernité récente. Si l’iconographie des écrivains a pendant longtemps été délaissée en tant qu’objet d’études, depuis quelques années, notamment depuis la parution  d’Iconographies de l’auteur de Jean-Luc Nancy et Federico Ferrari, plusieurs publications se sont intéressées à cette problématique. Ce fut en particulier le cas de deux numéros de revue : Interférences littéraires en 2009 et, tout récemment, Image and Narrative. Dans le prolongement de ces recherches, le groupe MDRN (www.mdrn.be) de l’Université de Louvain et le projet Phlit (www.phlit.org) de l’Université de Rennes collaborent à l’organisation d’un colloque consacré aux photographies des écrivains. Cette rencontre sera organisée en juin 2014 au Centre culturel international de Cerisy. L’appel à contributions de ce colloque est disponible ici.


V. Descombes, une philosophie de l'esprit

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« Il est regrettable que les philosophes ne lisent pas plus souvent des romans » (Proust. Philosophie du roman, 1987) : une telle déclaration aurait dû en retour inviter davantage de littéraires à fréquenter l’œuvre philosophique de Vincent Descombes, qui se plait à penser avec la littérature, de Proust à La Fontaine en passant par Chateaubriand ou Baudelaire, et à examiner ces « embarras de langage » dont Jean Paulhan faisait autrefois son miel. Sa philosophie de l'esprit, opposée à tous les paradigmes qui isolent l'individu de son inscription sociale, conduit à une interrogation politique sur les conditions d'une identité collective au sein des sociétés démocratiques contemporaines. On lira le compte rendu dans Acta Fabula  de son dernier essai Les Embarras de l’identité, avant de découvrir des entretiens tout juste parus, où le philosophe retrace son parcours intellectuel, et de se rendre du 23 au 25 mai à l’EHESS pour un grand colloque sur son oeuvre, qui s’achèvera par un dialogue entre Vincent Descombes, Charles Taylor et Étienne Balibar.


Menacée de fermeture, La Quinzaine littéraire lance un appel à soutiens

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La Quinzaine littéraire, née en 1966, de l’impulsion, de la volonté et de la passion d’un homme : Maurice Nadeau dont on a fêté les 100 ans en 2011, connait un mois de mai décisif, suite à de graves difficultés de financement, et sa publication pourrait être suspendue dès la fin du mois. Dans les colonnes du numéro à paraître le 16 mai prochain, M. Nadeau signe un appel intitulé "Non, vous ne laisserez pas mourir La Quinzaine!": il y annonce la création d'une société participative des lecteurs et collaborateurs. On peut déjà en prendre connaissance sur un blog des lecteurs créé pour l'occasion, en même temps que des différents moyens de venir en aide au journal.


Dossier critique Acta Fabula : Beckett, début de partie

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Beckett est‑il encore devant nous ? Son audience ne cesse en tous cas de s'élargir, si l'on en juge par le nombre des pièces visibles à la scène, aussi bien que par les travaux et colloques portant sur son œuvre tant romanesque que théâtrale. Du point de vue éditorial, outre la publication chez Minuit de poèmes inédits fin 2012 et celle, en cours depuis 2009 (Cambridge U.P.), des quatre volumes de sa correspondance, la littérature critique sur Beckett connaît un second souffle depuis quelques années, lié notamment à l’ouverture des archives beckettiennes. Un dossier Acta fabula, dont l'intitulé cultive l'antiphrase, offre un tour d'horizon des parutions récentes les plus marquantes.


Cendrars, le plus vrai

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L'ami Blaise entre dans la Pléiade avec deux volumes supervisés par C. Leroy et intitulés tout uniment (non sans audace): Œuvres autobiographiques. Une publication qu'accompagne un Album Cendrars, dû à L. Campa. Les éditions Zoé (Lausanne) entreprennent de leur côté la publication de l'immense correspondance, dont les deux premiers volumes paraissent ces jours-ci: la correspondance avec R. Guiette, et surtout les lettres échangées avec H. Miller, sous la direction de C. Le Quellec Cottier, qui a également réuni les actes d'un récent colloque Aujourd'hui Cendrars (Champion). Les mêmes éditions Zoé offrent encore au public deux CDs d'entretiens avec Cendrars: Sous le signe du départ.


Morales de résistance

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Revenant s'attabler au bar de l'hôtel Lutétia, J. Semprun se confronte à nouveau à son passé, et revient sur son expérience de la torture dans un texte inédit: Exercices de survie (Gallimard). Paraissent aussi aux éd. Libella-Maren Sell, sous le titre Le langage est ma patrie, des entretiens de l'auteur de L'écriture ou la vie avec F. Appréderis, et aux éd. Flammarion/Climats trois portraits de grandes figures intellectuelles européennes, trois théoriciens de la démocratie comme "morale de résistance": Le métier d'homme - Husserl, Bloch, Orwell : morales de résistance.


Le monde d'Orwell

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Plusieurs portraits de G. Orwell paraissent simultanément: J. Conant, Orwell ou le pouvoir de la vérité de J. Conant (Agone) et George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984 de L. Gill (Lux), ou encore L'Autre vie d'Orwell de J.-P. Martin, (Gallimard, "L'un et l'autre"), pendant qu'une livraison de la revue Agone s'attache à George Orwell, entre littérature et politique. De G. Orwell, il est aussi question dans les Suites anglaises de Ph. Arnaud: De Swift à Joyce, Stevenson, Orwell, et quelques autres; Ph. Arnaud y exerce son "droit de suite", conçu comme exercice de prérogatives sur la bibliothèque: "grâce aux classiques de la littérature de langue anglaise, que s’agit-il de recouvrer si ce n'est la jouissance ?", en faisant la démonstration que "les voies du roman européen passent par l’Angleterre."
 


156 arbres font une forêt

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Éric Dussert nous invite à entrer dans Une forêt cachée, avec ses 156 portraits d'écrivains oubliés (La Table Ronde): la grande cohorte des "humbles, injustement négligés, vaincus par une postérité désastreuse, des romanciers non réédités, directeurs de revue et de collection, traducteurs et originaux un peu fous, fantaisistes, rentiers, pauvres, suicidés, ronds-de-cuir, savants et incultes… tout un monde de mendiants et d'orgueilleux". É. Dussert "dessine un paysage démocratique et sans hiérarchie, dont il repousse l'horizon", selon Claire Paulhan qui préface le volume, dont Fabula vous invite à parcourir la table des matières comme votre prochaine liste de lectures. Signalons qu'on doit au même É. Dussert la récente réédition de À prendre ou à laisser - Le programme de lecture du professeur d'optimisme d'Henri Roorda (Mille & Une nuits), qui figure logiquement au 56e rang de la Forêt cachée. Roorda commence au demeurant à sortir du bois de l'oubli: Les Saisons indisciplinées paraissent aux indispensables éditions Allia. La ligue contre la bêtise et autres fantaisies théâtrales est également disponible depuis peu (éd. Le Flibustier).
 


Les fables de la lecture

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Après La Mémoire des œuvres (rééd. Verdier poche) et Présence des œuvres perdues (Hermann), qui se sont très vite imposés comme des ouvrages de référence sur la question de la permanence des œuvres et l'historicité propre de la littérature, et un essai voué à La Vocation comme promesse démocratique (Hermann), J. Schlanger nous revient avec un nouvel opus, plus libre encore, dont le titre résonne comme celui d'un roman policier : La Lectrice est mortelle (Circé). La théoricienne y narre quelques aventures de lecture: "aventures vitales, affectives, intensément intimes, dont les héros ne sont pas fictifs, ni les oeuvres", et autant de cas bien réels qui se laissent "traverser comme des fables.


Malraux, résistant du roman

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"Non" : c'est sous ce sous-titre que paraissent enfin chez Gallimard les fragments, scènes et esquisses inédits du grand roman de la Résistance auquel André Malraux n'a cessé de songer comme à "une épopée qui devait être à la Résistance française ce que L’Espoir fut à la guerre d’Espagne", et ce alors même que l'auteur des Noyers de l'Altenburg avait délaissé l'écriture romanesque depuis 1943. Le volume qui paraît ces jours-ci est issu d'un dossier génétique complexe auquel Jean-Louis Jeannelle consacre de son côté un essai : Résistance du roman (CNRS éd.) : il y envisage le roman de la Résistance comme le "chaînon manquant permettant de comprendre comment l’auteur de L’Espoir est devenu celui du Miroir des limbes". Rappelons que J.-L. Jeannelle avait accordé au mémorialiste une place de choix dans son étude d'ensemble sur le genre mémorial : Écrire ses mémoires au XXe siècle (Gallimard, 2008). La redécouverte de Non poursuit ainsi l'important travail autour de l'oeuvre malrucienne dont ont récemment témoigné la publication de ses Essais dans le t. VI de la Pléiade, la sélection de lettres par François de Saint-Chéron (dont Mamadou Abdoulaye Ly a rendu compte dans Acta Fabula), ainsi que le dernier numéro de Présence africaine dirigé par Raphaël Lambal et consacré à "Malraux et l'Afrique". 


La nostalgie, camarade

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Les éd. Autrement font paraître un essai inattendu de B. Cassin intitulé La Nostalgie, et sous-titré: Quand donc suis-je chez moi?, méditation sur la Méditerranée, mer de l'Odyssée et de l'impossible retour. Dans cette enquête cheminant en compagnie d'Ulysse, d'Enée et d'Hannah Arendt, la philosophe montre, avec une érudition polyglotte, que la nostalgie est moins une affaire de sol, que de langue natale.Paraît également ces jours-ci un volume collectif consacré à L'Écriture de la nostalgie dans la littérature arabe, sous la direction de Kadhim Jihad Hassan et Brigitte Foulon, qui fait la part belle à l'extrême Occident musulman (Al-Andalus), territoire ayant cristallisé le sentiment de perte chez les Arabes, et qui s'est peu à peu érigé en paradigme de la nostalgie dans leur production littéraire. Rappelons à cette occasion l'existence au catalogue des éd. GF-Flammarion d'une anthologie des productions de l'Espagne musulmane réunie en 2009 par la même B. Foulon sous le titre El-Andalus.


Cassirer, la philosophie dans l'histoire

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Les éditions Belin font paraître ces jours-ci la première monographie en langue française sur le philosophe allemand Ernst Cassirer, signée par C. Maigné qui a également supervisé une récente livraison de la Revue germanique internationale consacré à l'auteur de la Philosophie des formes symboliques. Le titre le plus fameux de celui qui se voulait  "historien parmi les philosophes, philosophes parmi les historiens" était au centre d'un récent colloque dont les actes sont parus aux PUR : Ernst Cassirer et l'art comme forme symbolique (2010) sous la direction de M. Van Vliet. Rappelons que les mêmes éditions Belin nous offrent au format de poche les indispensables essais sur Rousseau, Kant, Goethe (2011).


La discordance des temps

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Comment et selon quels rythmes la modernité s’est-elle imposée comme un nouveau régime d’historicité ? C. Charles vient de faire paraître Discordance des temps : une brève histoire de la modernité (A. Colin), réflexion historiographique qui brosse aussi une large fresque sociale; lle site laviedesidees lui consacre un article. On rapprochera cette interrogation de l'essai récemment paru de H. Rousso, La Dernière Catastrophe. L'histoire, le présent et le contemporain (Gallimard) ainsi que de la méditation proposée au printemps dernier par P. Boucheron sous le titre L'Entretemps. Conversations sur l'histoire (Verdier), mais aussi du volume recueilli par L. Ruffel, Qu'est-ce que le contemporain? (C. Defaut), dont on peut lire l'introduction sur le site voxpoetica, et un compte rendu dans Acta fabula: "La fabrique du contemporain". L'entrée "Contemporain" de notre Atelier de théorie littéraire offre d'autres ressources encore, et notamment un article d'H. Garric intitulé "L'histoire littéraire et le contemporain: pour une révolution".


Toute image est politique

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Comment peut-on analyser les images? Carlo Ginzburg (re)lance la question dans un nouvel opus, qui réunit quatre essais d'iconographie politique, en postulant que toute image est avant tout une image politique. L'historien italien s'inscrit ainsi dans le sillage d'Aby Warburg, sans sa quête des "modèles d'une gestualité pathétique intensifiée" au bénérice d'une étude des manipulations que permettent les images. La pensée de l'historien de l'art allemand se trouve par ailleurs au cœur de plusieurs travaux contemporains sur l'inscription de l'image dans nos sociétés. G. Didi-Huberman, notamment, s'est s'intéressé au rôle des images dans notre connaissance de l'Histoire, comme l'a récemment montré Th. Golsenne dans un article mis en ligne dans Acta fabula: La connaissance par montage. Signalons que C. Ginzburg sera l'invité d'A. Compagnon, le 19 mars, au Collège de France, où il se livrera à un exercice "d'ego histoire" à partir de Proust.


Dossier critique — Acta fabula : "Let's Proust again!"

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Acta fabula devance le déferlement de publications annoncées pour le centenaire de la parution Du côté de chez Swann, pour faire le point sur les études proustiennes et tenter de décrire les orientations critiques et théoriques de ces dernières années, en croisant les perspectives. Qu'écrit-on sur Proust en français, en anglais, en japonais ou en italien, Proust restant l'un des rares auteurs français lus dans le monde entier? Sans prétendre à l'exhaustivité, nous avons fait le pari de la pluralité des approches et d'un sommaire hétéroclite, qui refuse de resteindre Proust au cercle des proustiens. Signalons aussi la livraison prochaine d'un numéro de la NRf qui s'attache également à montrer toute la fraîcheur de Proust et de son oeuvre. Alors, let's Proust again! (re)lisons la Recherche !


Fantôme de Benjamin

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En 1981, Giorgio Agamben découvrait des manuscrits restés inédits de W. Benjamin à la Bibliothèque nationale de France. Trente ans plus tard, le penseur italien propose la première édition qui s'efforce de reconstruire le livre sur Baudelaire auquel Benjamin a travaillé dans les deux dernières années de sa vie. Grâce à un montage minutieux, interpolant des fragments inédits dans d'autres textes déjà connus - que Jean Lacoste avait notamment traduits et publiés en 1979 - cette édition richement annotée permet de suivre le développement des différentes étapes de l'écriture de Benjamin et la genèse de sa lecture de Baudelaire. Ce livre "fantôme" qu'Agamben a patiemment reconstruit, dans la plus pure tradition philolologique, offre un modèle d'écriture "matérialiste", dans lequel la théorie éclaire les processus matériels de création, mais où ces derniers jettent en retour un nouvel éclairage sur la théorie.


Lire Claude Simon

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Claude Simon, certainement pas assez lu ni connu en France au regard de l'importance de son oeuvre, et qui disait lui-même après la publication de L'Invitation être "rejeté presque à l'unanimité dans (son) propre pays", est l'objet, tandis que parait le second tome de ses oeuvres en Pléiade, d'un important colloque dans les jours à venir pour le centenaire de sa naissance, où l'on entendra notamment M. Butor, P. Quignard et M. Deguy. Rappelons également la parution récente de l'ouvrage de M. Calle-Gruber, Claude Simon, une vie à écriredont on lira le compte rendu ici.


Tönnies

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Éclipsé auprès du public français par la notoriété de G. Simmel ou M. Weber, Ferdinand Tönnies constitue l'une des figures les plus originales de la pensée sociologique allemande dans son moment fondateur. Les éditions Gallimard nous donnent enfin accès à sa Critique de l'opinion publique, "tentative à peu près unique pour donner un statut authentiquement conceptuel à cette entité aussi insaisissable que sollicitée, et pour comprendre sa place dans les systèmes politiques contemporains". On pourra découvrir également aux PUF son essai sur Karl Marx, sa vie et son oeuvre, où il retrace les étapes et le cheminement intellectuel qui ont conduit à la parution du Livre 1 du Capital sur lequel le sociologue fonde sa propre appréhension théorique du monde social.


L'art et la manière

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La dernière livraison de La Licorne (102, 2012) brosse une Histoire de la manière, sous la direction d'A. Bernadet et de G. Dessons, auteur de deux ouvrages sur une notion que la pensée théorique a eu peut-être le tort de délaisser en l'abandonnant à l'esthétique la plus traditionnelle: L'Art et la manière (Champion, 2004), et plus récemment La Manière folle. Essai sur la manie littéraire et artistique (Municius, 2010), deux titres dont Acta fabula avait rendu compte en son temps : la page "Manière" de l'Atelier de théorie littéraire regroupe l'ensemble des ressources sur la notion, en donnant un écho au "chantier anthropologique, artistique et littéraire" ouvert à ce sujet sur le site Polart (Politique de l'art).

 


Le risque de Céline

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On ne peut pas davantage nier l'importance des romans de Céline que minimiser l'abjection des pamphlets. On voudrait pouvoir distinguer deux Céline, pour haïr l'un et admirer l'autre, mais cette voie paresseuse s'avère impraticable: les deux versants de l'œuvre sont dans une exacte continuité de style, de ton comme d'énergie: la thèse de R. Tettamanzi, parue sous le titre l'Esthétique de l'outrance, éd. du Lérot, 1999), en avait fait la démonstration, et l'édition par ses soins des Écrits polémiques de Céline, au Québec (éd. Huit) où la chose est juridiquement possible, achève de nous en convaincre. Comment lire Céline "après ça", c'est-à-dire au fond: comment lire Céline, et "comment approcher l'abjection", selon les mots de J. Kristeva ? La question est courageusement posée par un appel à contributions pour un colloque à l'Université Laval: "Les pamphlets de Céline : enjeux d’une réédition et bilan de la recherche". On trouvera dans l'Atelier de Fabula un récent dossier consacré à l'auteur encombrant. Signalons aussi l'enquête de C. Sutermeister: L.-F. Céline à Sigmaringen. Réalité et fiction dans d'un château à l'autre, dont P. Assouline a rendu compte sur son blog dans un billet intitulé: "Un roman peut-il servir de source aux historiens ?"


La taille des romans

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Comment comprendre, dans la très longue histoire du roman, la propension du genre à la démesure ? Et qu'en est-il de l'attraction du lecteur pour les très grands romans ? Sous le titre La Taille des romans et sous la direction de T. Samoyault et A. Gefen, la collection "Théorie de la littérature" des éditions Garnier accueille les actes d'un colloque qui avait réuni à l'initiative de l'équipe Fabula, dans le cadre pastoral de la Fondation des Treilles, une dizaine de spécialistes des théories de la fiction et des différentes époques de la tradition romanesque, des contrées du Graal à la Terre du milieu de Tolkien. Romans parus par parties séparées, feuilletons, cycles, continuations, greffes et stolons: le roman comme l'amour est peut-être hanté par ce "dur désir de durer" dont parlait Céline. Rappelons qu'un précédent volume paru dans la même collection sous la direction d'A. Del Lungo proposait d'interroger les frontières de l'œuvre romanesque en confrontant Le début et la fin: une relation critique.


L'exposition aux manuscrits

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Signalée sur son blog nouvelle formule par cet infatigable arpenteur du web littéraire qu'est P. Assouline: une initiative originale de l'équipe Aragon de l'Item en cette année anniversaire. L. Vigier a demandé aux différents chercheurs de dire les relations personnelles qu'ils entretiennent avec les manuscrits aujourd'hui hébergés dans le Fonds Triolet Aragon du département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, depuis le legs de mai 1977. Geste capital, qui devait donner naissance au sein du CNRS à l'Institut des Textes et Manuscrits modernes, accompli en conscience par le poète et romancier:  "Ne fallait-il pas mettre à la portée de ceux que l'on appelle des chercheurs, non seulement l'écrit figé par la publication, mais le texte en devenir, saisi pendant le temps de l'écriture, avec ses ratures comme ses repentirs, miroir des hésitations de l'écrivain comme des manières de rêveries que révèlent les achoppements du texte?"


Le lecteur au labyrinthe. Comment lire Maurice Scève ?  

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Il n’est pas de texte à la fois plus banal dans son propos (même si un recueil pétrarquiste entièrement consacré à une seule femme est une absolue nouveauté en français à Lyon en 1544) et plus déconcertant dans sa forme et sa démarche que Delie, object de plus haulte vertu de Maurice Scève. Le programme de l’agrégation de Lettres de cette année a été l’occasion pour quelques spécialistes de poésie de revenir à ce recueil et de repenser la question même de son interprétation. Un colloque en ligne à découvrir sur Fabula.


Une histoire commune

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Les éditions Albin Michel font paraître ces jours-ci le second tome d'une monumentale histoire des Musulmans en Europe sous la direction de J. Dakhlia et B. Vincent : Passages et contacts en méditerrannée, après un premier volume intitulé Une intégration invisible dont le site laviedesidees.fr a déjà rendu compte: un diptyque tout autant théorique qu'historique qui invite à rompre avec la problématique toujours sous-jacente du « choc des civilisations », en montrant que les frontières politiques et religieuses ne recoupent pas nécessairement des ensembles culturels cohérents, et que des dynamiques intégratrices animent, de part et d’autre, de longue date, et au coeur même de leurs structures, les sociétés en contact. Deux autres ouvrages récemment parus proposent des analyses sur la situation des musulmans du crépuscule de la Renaissance jusqu'à l'orée des Lumières: L. Valensi chez Payot avec Ces étrangers familiers. Musulmans en Europe (XVIe-XVIIIe siècles) et S. Cerutti chez Bayard avec Etrangers. Etude d’une condition d’incertitude dans une société d’Ancien Régime. Pour remonter encore dans le temps, on pourra ouvrir l'essai d'I. Poutrin, La conversion forcée des musulmans. Espagne, 1491-1609 (PUF), ou deux volumes parus naguère chez Champion: d'A. Leclercq, Portraits croisés. L'image des Francs et des Musulmans dans les textes sur la première croisade, et une édition des Chroniques latines et arabes, chansons de geste françaises des XIIe et XIIIe siècles. Signalons encore la publication des Entretiens de Bagdad d'A. Miquel (Bayard), qui mettent en scène une série de dialogues entre le calife Ma'mûn (qui régna de 813 à 833) à Bagdad et une série d'interlocuteurs sur des sujets aussi divers et brûlants que les différences entre les religions, la sexualité et les plaisirs, l'éducation, l'exercice du pouvoir, la guerre, la lecture des textes sacrés: cette histoire est sans doute aussi "notre histoire".


Dossier critique — Acta fabula : "Anywhere out of the nation"

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Weltliteratur, Postcolonialisme, littératures‑mondes: autant de mots forgés pour repenser le lien complexe existant en littérature entre la nation et l’ailleurs; ce dernier terme désignant, selon une acception plus ou moins serrée, les territoires d’outre‑mer, les anciennes colonies, l’Europe de l’Est, l’Afrique ou le monde non‑francophone. Acta fabula propose un nouveau dossier critique, qui tente d’explorer les modalités autant que les limites d’une approche globale de la littérature, en questionnant les théories qui ont ouvert l’histoire littéraire française à d’autres histoires et à d’autres mémoires: de Goethe à G. Spivak, en passant par les concepts élaborés par les premiers théoriciens des postcolonial studies ou par P. Casanova, les différentes contributions s’intéressent à des parutions qui interrogent le mythe national et renouvellent les approches universitaires francophones et de littérature comparée. Ce dossier fait le choix de se concentrer sur les enjeux historiques et théoriques du second XXe siècle, en prenant la France comme exemple d’un pays, d’un régime et d’une culture, qui cherche son identité dans la diversité, et en posant la question de l’irréductibilité de la nation.


P. Bayard enfin sérieux?

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Aurais-je été résistant ou bourreau? C'est la plus grave des questions qui donne son titre à la nouvelle "fiction théorique" de P. Bayard (toujours aux éditions de Minuit, et toujours dans la collection "Paradoxe"): un essai dont le narrateur fictif n'hésite pas à mettre en scène les possibles de sa propre existence en se transportant dans le temps jusqu'à l'heure d'un choix crucial; une réflexion à l'irréel du passé qui vient théoriser, avec l'ouverture du champ des possibles, les conditions de toute création. Rappelons à cette occasion, outre la page de notre Atelier de théorie littéraire qui regroupe les recensions et débats relatifs à l'ensemble de l'œuvre de P. Bayard, l'ouvrage collectif  Pour une critique décalée, coordonné par L. Zimmermann, paru il y a quelques mois aux éditions C. Defaut.


L'aventure Poétique

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Histoire, critique, poétique : chacune a ses présupposés, ses limites, ses enjeux, mais aussi ses propres atouts, ses charmes, et pour tout dire ses séductions. D’où vient que la poétique, telle que l’incarnent pour nous depuis plus de quarante ans la revue et la collection Poétique, continue, après tant d’années de vie intellectuelle commune, d’être aussi séduisante ? C'est la question à laquelle entend répondre le n° 10 de Fabula LHT intitulé, sur le modèle de "l'aventure sémiologique" de Barthes, "l'aventure poétique"  –  avec ou sans majuscule, selon l'humeur et la saison. En complément, la revue Acta publie comme de coutume un dossier, consacré aux dernières livraisons de la collection Poétique ainsi qu'à de récents ouvrages de théorie et d'esthétique. La poétique est une fête, que toute l'équipe Fabula vous souhaite résolument joyeuse !


Fabula.org chez Remue.net

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Remue.net est, comme Fabula.org, presque un ancêtre dans la chronologie accélérée du web :  fondé par François Bon, écrivain, en 1996 avant qu'il ne devienne un collectif littéraire en 2000, le site est à travers sa revue trimestrielle numérique, ses chroniques et ses dossiers, un atelier de création et d'expérimentation littéraire mais aussi un espace de réflexion sur le devenir de l'écriture contemporaine. C'est dire si nous sommes heureux d'être invités par cette équipe et son animateur, Sébastien Rongier, à venir raconter notre propre projet et à débattre du web littéraire et intellectuel le vendredi 18 janvier 2013 à 20 heures au Centre Cerise (Paris 2ème).

 


Comptes à rebours

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Le récent livre de Peter Szendy, L'Apocalypse-cinéma. 2012 et autres fins du monde (Capricci 2012), envisage la temporalité du cinéma comme compte à rebours et l’histoire du cinéma comme une histoire de sa fin à chaque fois rejouée: penser la fin du monde, c’est porter le cinéma au bord de sa disparition. Au bout du compte, à la fin du décompte, le cinéma rêve de se reconstituer en se perdant. C’est alors la question de l’anachronie qui surgit, puisque le présent se trouve à lire en fonction d’un avenir posé comme déjà connu. Peter Szendy était l'invité de la séance du séminaire Anachronies du 11 janvier 2013.



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