


Et si nous entendions ce qui s'invente du côté de la Corée ? C'est ce à quoi nous invite le dernier numéro de la revue Po&sie, en donnant à lire des poèmes mais également, dans une seconde partie, des essais permettant de mieux comprendre la poésie et la culture coréennes. Invitation qui se poursuit avec une série de trois rencontres proposées par Claude Mouchard, au château de Chambord, à la Maison de l'Amérique Latine et au Centre Culturel Coréen.

Déclenché à la mi-février, consolidé par la grande manifestation du 22 mars et symbolisé par le désormais fameux carré rouge, le mouvement des étudiants québécois contre la hausse des frais de scolarité ne s'est pas essouflé, au point de contraindre une ministre à démissioner le 14 mai. Mais le gouvernement "libéral" de Jean Charest refuse de négocier et cherche maintenant à restreindre le droit de manifester pour casser le mouvement étudiant : une loi adoptée le 18 mai limite le droit de manifester et menace de très lourdes amendes les organisateurs de piquets de grève. Les enseignants sont entrés à leur tour de plain pied dans le conflit, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université s'étant prononcée contre cette loi. Lire également: La formidable grève des étudiants québécois", par C. Laval. Une manifestation de soutien au mouvement étudiant québécois était prévue à Paris le 22 mai 2012.

Quelle est la littérature selon Paulhan ? Les actes du colloque Jean Paulhan et l'idée de littérature, qui s'était tenu à l'IMEC les 18, 19 et 20 mai 2011 et que nous nous venons de publier dans les colloques en ligne de Fabula, reflètent la diversité des angles à partir desquels se laisse approcher la manière dont Paulhan est venu à la littérature, s'est appliqué à la penser, à la rejoindre, à l'habiter, à formuler le problème littéraire, et les difficultés du jugement critique. Ces études, englobant l'activité éditoriale, critique et créatrice de Paulhan, soulèvent la complexité d'une conception de la littérature nourrie à une grande pluralité de sources, sans cesse reformulée dans les diverses formes que prend son oeuvre

Translations est le premier volet d’un programme d’échanges entre auteurs, chercheurs, traducteurs et étudiants américains, marocains et français, proposé par L’école de littérature. Il se déroulera successivement à Lagrasse, Casablanca et New York en 2012 et 2013. Il s’ouvre sur une résidence de traductions, du 7 au 14 juillet 2012, à l'abbaye de Lagrasse en France, qui réunira des écrivains, des traducteurs et des chercheurs des États-Unis, du Maroc et de France. Une vingtaine de candidatures sont sollicitées.

Comment se négocient les rapports de l’écriture au savoir dans le champ littéraire ? De la littérature médiévale aux écrits contemporains, le nouveau dossier d’Acta fabula propose de voir comment, époque après époque, la question de la mise en fiction des savoirs parvient à s’appliquer à des corpus très variés (de Du Bartas présenté par A. Hetzel, à l’encyclopédique XIXe siècle qu'étudient C. Reffait et D. Dupart, en passant par les fictions astronomiques du XVIIe siècle dont rend compte N. Correard, l'inscription de la figure du savant dans la littérature présenté par L. Bozard et l’étude des "passeurs" de sciences à l’époque des Lumières, qu'étudie F. Aït-Touati). La revue des Annales a d’ailleurs consacré tout récemment un numéro, présenté par G. Bellon, aux "Savoirs de la littérature". Mais c’est aussi l’occasion de revenir avec L. Giavarini sur les Leçons sur la volonté de savoir de Foucault, et de réfléchir à ce que la littérature aurait à nous dire de notre monde bien réel. Au-delà donc des enjeux narratifs, thématiques et génériques, l’écriture du savoir nous engage à une réflexion épistémologique plus large, qui nous invite même à reconsidérer le geste critique. Y a-t-il un progrès de la connaissance et de la critique, qui serait en miroir du progrès scientifique ?

Deux ans après la parution sous la direction de F. Lavocat du volume La Théorie littéraire des mondes possibles (Cnrs éd.), dont Acta fabula vient de rendre compte, la revue CRIN (Rodopi) consacre sa dernière livraison à la Théorie des textes possibles, sous la direction de M. Escola. Le séminaire Anachronies (ENS/Fabula) accueillera le 1er juin prochain l'ensemble des contributeurs pour une journée d'étude en présence notamment de P. Bayard: occasion pour chacun de soumettre au débat une proposition théorique (l'Atelier de Fabula en offre un premier florilège), et pour certains de présenter leur tout dernier ouvrage. Ainsi de J. Dubois avec ses Figures du désir. Pour une critique amoureuse, de R. Saint-Gelais avec ses Fictions transfuges, ou encore de F. Schuerewegen avec son Introduction à la méthode postextuelle.

Ralph Dutli fait paraître Mandelstam, mon temps, mon fauve: une biographie, aux éditions Le Bruit du temps, maison qui avait donné l'an passé une traduction du titre éponyme du poète, mais aussi Le Timbre égyptien. Paraissent simultanément dans la collection Tel de Gallimard les souvenirs de Nadejda Mandelstam, sous le titre Contre tout espoir. Souvenirs: portrait du poète mais aussi tableau de toute une génération intellectuelle et politique, de Boukharine à Akhmatova, de Pasternak à Chklovski, et chronique de sa rapide réduction au silence dans les années 1920-1930. "Un témoignage exceptionnel sur l'asphyxie de la culture russe qui a accompagné la prise de pouvoir par Staline".

Ce qui a été détruit peut être reconstruit. Sous le titre Ne pas trahir 2009, un appel est lancé aux organisations syndicales, aux sociétés savantes, aux associations professionnelles, aux collectifs militants de la communauté universitaire et aux organisations étudiantes pour l'organisation d'une coordination nationale des établissements universitaires le 21 mai 2012. Le Sncs appelle de son côté à une "reconstruction de la science en France". Une première Coordination Nationale des Etablissements Scientifiques et Universitaires était organisée à Paris le 21 mai 2012: lire le communiqué.

Après des réflexions du "Groupe d'Analyse de la Dynamique des Genres et des Styles" consacrées aux enjeux poétiques des querelles classiques, la revue électronique en accès libre Contextes fête son dixième numéro par une réflexion sur les "Querelles d’écrivains (XIXe-XXIe siècles)", des querelles romantiques aux polémiques contemporaines (Camus, Houellebecq, Laurens/Darieussecq, etc.). Lorsque le séminaire Flaubert revient sur les "querelles de l'image", le numéro 8 du de la revue, elle-aussi numérique et ouverte, Argumentation et analyse du discours réfléchit à la manière dont l’insulte fait partie intégrante de nos pratiques sociales et de nos rituels conversationnels dans un numéro intitulé "Insulte, violence verbale, argumentation". C'est donc l'heure des débats, des disputes, des querelles et des polémiques.

Dans L'Esprit des lois, Montesquieu faisait de l'honneur le principe du gouvernement monarchique, quand les états despotiques se gouvernent par la crainte (on le sait assez) et la démocratie par vertu (on ne veut plus le savoir). La traduction chez Gallimard de l'essai de K. A. Appiah vient nous le rappeler; dans Le Code d'honneur. Comment adviennent les révolutions morales, le philosophe examine quelques révolutions morales (la tombée en désuétude du duel, l'abandon du bandage des pieds en Chine, la fin de la traite négrière dans l'Atlantique), pour cerner ce qu'elles ont en commun, en mettant au jour dans chacune de ces transitions le rôle central dévolu à l'"honneur". Trop longtemps négligée, cette notion, et son corollaire la reconnaissance, méritaient de revenir au coeur de la philosophie morale - et politique. Un volume collectif récemment paru aux PUR s'y emploie: Penser et vivre l'honneur à l'époque moderne, sous la dir. d'H. Drévillon et D. Venturino. Signalons encore à cette occasion l'entrée "Honneur" du très riche Dictionnaire Montesquieu (en ligne), sous la signature de C. Spector.

Il y a les livres qui se lisent d'une seule main, et ceux qu'on doit lire à genoux. Le petit opuscule réédité par Le Mercure de France pourrait bien être de ceux-là: le récit de six agonies exemplaires (Mercure de France) rédigé en 1678 par le tempétueux Armand-Jean de Rancé, et donné sous le titre Relations de la mort de quelques religieux de l'abbaye de La Trappe. Pour ceux que l'exemple tenterait, on recommande toutefois les trois séries de cours consacrés par M. Heidegger à une Phénoménologie de la vie religieuse (Gallimard), qui offrent une relecture des épîtres de saint Paul, des relations entre Augustin et le néoplatonisme et une synthèse sur la mystique médiévale. Ou encore le compte rendu donné dans Acta fabula d'un volumineux ouvrage collectif consacré aux Écrivains face à la Bible (Cerf 2011). Et pour les autres, régulièrement sollicités par le scepticisme, la réédition aux éd. La Découverte d'une livraison restée fameuse de la revue du Mauss (2003), sous la direction d'A. Caillé: Qu'est-ce que le religieux ? Religion et politique.

L'histoire des formes et des idées au cinéma rencontre souvent la critique et la théorie littéraires. La collection "Poétique" s’ouvre donc naturellement au septième art avec Fondus enchainés de Marc Cerisuelo, dont un copieux extrait - La fin du grand sommeil de l'introuvable dame du Lac - est reproduit dans la rubrique cinéma de l'Atelier de théorie littéraire de Fabula. Parmi de nombreuses autres ressources, on y trouvera encore différentes contributions à la réflexion sur l'adaptation cinématographique, dont un article consacré à Proust, Ruiz, Schlöndorff et Pinter ("Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu'on fait sont beaux").

Édité au printemps 2009 pour le quarantième anniversaire de la fondation du Centre expérimental de Vincennes, le volume Vincennes. Une aventure de la pensée critique (Flammarion), supervisé par J.-M. Djian, offrait un bouquet de documents et témoignages inédits sur l'université qui a voulu réinventer l'université. C'est un ouvrage d'une tout autre ambition que font paraître ce mois-ci les PUV sous la direction de Ch. Soulié et sous le titre explicite Un mythe à détruire ? Origine et destin du centre expérimental de Vincennes: une "histoire des premiers pas de cette institution hautement paradoxale, car foncièrement anti institutionnelle", invitation à une "exploration de l’inconscient académique" susceptible de dévoiler quelques-uns des "enjeux académiques, intellectuels et pédagogiques sous-jacents à cette formidable expérience collective". La Bibliothèque numérique de Paris 8 a entrepris de son côté de numériser les riches archives de son "fonds Vincennes", mémoire d'une époque où les intellectuels ne rougissaient pas de faire (de) la politique.

Peut-on analyser les productions artistiques antérieures à l’invention du cinéma en termes cinématographiques? C’est la question que soulève la théorie du cinématisme inspirée des écrits d’Eisenstein. Lors de la septième séance du séminaire Anachronies (4 mai), on ne s’arrêtera pas sur ce que le cinéma doit à la littérature ou, à l’inverse, sur ce que la littérature contemporaine doit au cinéma: on préférera s’interroger sur ce que la littérature antérieure a appris sur elle-même grâce au cinéma et débusquer les désirs ou les rêves de cinéma qui l’ont hantée depuis l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle.

Hasard du calendrier éditorial: la parution de l'essai d'E. Terray, Penser à droite (Galilée) est concomittante de la réédition du livre d'E. Morin Pour ou contre Marx (Champs/Flammarion), et d'une salve d'ouvrages sur les relations entre littérature et politique au siècle dernier: on lira notamment, sous le titre assez élquent Cousu de fil rouge une enquête sur le voyage des intellectuels français en Union Soviétique qui présente documents inédits des archives russes (CNRS éd.), ou encore un ouvrage collectif sur Écrivains communistes français, sous la direction de G. Bridet et C. Petr (L'Harmattan).

L'extraordinaire postérité des Problèmes de linguistique générale (1966) a peut-être trop longtemps laissé dans l'ombre les autres ouvrages de Benveniste, et notamment l'ensemble des cours dispensés au Collège de France et restés inédits. La collection "Hautes études" des éditions du Seuil fait paraître ces jours-ci, dans une édition présentée par J.-C. Coquet et I. Fenoglio, les Dernières leçons de Benveniste (1968-1969) qui témoignent d'une impressionnante créativité théorique: invention de concepts et élucidations théoriques, analyses inédites consacrées à l'écriture, le sémanticien a eu jusqu'au bout l'ambition d'établir une théorie générale du langage. Rappelons à cette occasion la parution l'an passé du Baudelaire de Benveniste, établi par C. Laplantine, du volume Relire Benveniste, sous la direction d'E. Brunet et R. Mahrer (Academia), ou encore de l'essai de G. Dessons, Émile Benveniste: l'invention du discours (In Press), dont Acta fabula avait en son temps rendu compte.

La Cité du soleil publié en 1624 par T. Campanella est généralement présenté comme l'un des textes fondateurs du genre utopique et l'intertexte constant des libertins érudits du premier XVIIe siècle, à l'instar de Cyrano de Bergerac dans ses États et empires de la lune et du soleil. Telle était la lecture que proposait l'an passé encore P. Macherey dans De l'utopie. J.-L. Fournel fait paraître ce mois-ci un essai (A. Michel) qui replace le chef d'oeuvre du philosophe italien dans le contexte intellectuel de la grande mutation de l’Europe sous domination hispanique, en nous invitant à entrer dans La Cité du soleil comme dans un précis de mondialisation.

Publié en 1926, revu six ans plus tard, «Comment devrait-on lire un livre?» s'inscrit dans une série d'essais que l'auteur de La Promenade au Phare consacre à la littérature en général et au roman en particulier. Virginia Woolf y oppose frontalement la théorie à la critique, mais en articulant la théorie à l'expérience la plus commune de la lecture, au point d'aboutir à une affirmation qui paraîtrait sans doute paradoxale à bien des étudiants comme à bien des chercheurs: l'activité théorique est le plaisir le plus vif de la lecture. «C'est donc bien de l'expérience quotidienne de la lecture, ou pour le plaisir de cette expérience, que procède la réflexion théorique», conclut François-Ronan Dubois dans sa présentation de l'article de Woolf, qu'il traduit pour l'Atelier de théorie littéraire de Fabula.

Fabula-LHT consacre à la notion de "Bovarysme" un numéro spécial, coordonné par M. Macé. Il s'agit de reconnaître dans la conduite identifiée par Jules de Gaultier une figure importante de l’expérience esthétique (intéressante non en dépit de ses ambivalences, mais à cause d’elles) ; d’observer ses promesses et ses complaisances ; de mettre en valeur sa force de circulation dans des domaines ou on ne l’attendait pas. On observera donc une Emma mélomane, un Derrida conjugal, un Proust apprenti, un Paulhan acrobate, un Michaux en voyage et en colère... ; on découvrira la "biographie d'une traduction", celle de Madame Bovary par Eleanor Marx, la fille de Karl ; on suivra l'aventure de la notion de bovarysme dans les débats politiques en Haïti et en Amérique latine ; on accompagnera une lecture au long cours de Jack London... Acta-Fabula consacre également un dossier de comptes rendus au destin de cette notion dans les études littéraires. Partout on mesure ici la force du rapport entre les sujets et les formes qui les emportent, les nourrissent ou les perdent. (Voir aussi la page de l'Atelier consacrée au bovarysme.)

W. Marx vient de faire paraître Le Tombeau d'Oedipe. Pour une tragédie sans tragique (Minuit), essai dans lequel il considère la tragédie grecque comme une pratique et un rituel à jamais perdus. Faute de pouvoir retrouver les conditions de son apparition et d'en connaître les "lieux", la critique s'est consacrée à l'édification d'un échafaudage théorique, qui aurait fini par la dénaturer. F. Dupont questionne, dans Acta fabula, cette hypothèse : "Les dieux ne lisent pas". L'Atelier publie, à cette occasion, "Que nous fait la tragédie grecque?", par W. Marx. Rappelons, également, que les rapports entre tragique et tragédie ont fait naguère l'objet d'une discussion, autour de L'Insignifiance tragique de F. Dupont, qu'on retrouvera à l'entrée "Tragique" de l'Atelier, avec des articles de G. Forestier, S. Rabau et M. Escola.

Vingt jours: c'est le délai, assez peu républicain, qui a séparé l'annonce de la démission de M. Canto-Sperber, qui quitte la direction de l'ENS pour la présidence de Paris Sciences Lettres (l'un de ces Machins qui appellent en effet une stricte "gouvernance"), de la date limite des dépots de candidature pour sa succession. Parmi les sept candidats sur les rangs, revient avec insistance le nom d'Edouard Husson, lui-même revenu de la Chancellerie et d'abord du cabinet de V. Pécresse. Les protestations n'y feront rien: la commission de nomination est nommée depuis le 9 mars. Elle se réunira le 3 avril, et le nom de l'heureux élu devrait être promulgué par décret du Président de la République le 15 avril, soit sept jours avant… le premier tour du scrutin présidentiel.

D'un amphithéâtre l'autre: plusieurs colloques programmés ce printemps sont issus d'un partenariat entre une équipe de recherche universitaire et un théâtre. Ainsi de Penser le spectateur (Univ. de Strasbourg/TNS, 28-30 mars) ou encore de Voix de femmes : théâtre, pouvoir et traduction (Paris 8/TGP, 29 mars). Une équipe de Montpellier propose une formule plus originale encore: un colloque-festival sur La scène de reconnaissance dans les théâtres français et anglais du XVIe au XVIIIe s. (Univ. P. Valéry/Théâtre de la Vignette, 4-6 avril), qui proposera des "arrêts sur scène", et donc des extraits du répertoire baroque, dans la langue de Rotrou comme dans celle de Shakespeare.

Devenu depuis les best-sellers de P. Bayard un genre à part entière, la critique policière et les enquêtes sur enquêtes sont en ce printemps au centre d'une intense réflexion épistémologique autant qu'historique. En témoignent notamment trois ouvrages récents consacrés à Sherlock (qui arrive donc en tête de tous les palmarès en ce printemps): de D. Meyer-Bolzinger, La Méthode de Sherlock Holmes, de la clinique à la critique (Campagne première), l'essai de N. Lever sur le mythe Sherlock Holmes de Baker Street au grand écran et la traduction de La Science de Sherlock Holmes de E.J Wagner. Ajoutons le livre de L. Boltanski, Énigmes et complots. Une enquête à propos d'enquêtes (Gallimard). Pourquoi donc le roman policier, le roman d'espionnage, la paranoïa et la sociologie devaient-ils être des inventions à peu près concomitantes?

Réunissant le meilleur de la tradition de l'analyse formelle de la poésie (Bauer, Dominicy, de Cornulier), des spécialistes d'Apollinaire, qui ont déjà formé plusieurs générations de chercheurs (Daniel Delbreil), ou de jeunes chercheurs (Alexander Dickow, Laurent Zimmermann), de grands spécialistes du lyrisme (Jean-Michel Maulpoix, Henri Scepi), le colloque "Problèmes d'Alcools" propose aux lecteurs des colloques en ligne de Fabula les actes de la journée d’études organisée par Sylvie Patron à l’Université Paris Diderot-Paris 7.

À l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, les Éditions de Minuit ont souhaité remettre en rayon sept ouvrages militants parus lors de la guerre d'Algérie, parmi lesquels La Question d'Henri Alleg (1958) et Les Belles Lettres de Charlotte Delbo (1961). L'initiative est accompagnée d'une plaquette (offerte en librairie et téléchargeable gratuitement sur le site de l'éditeur) intitulée Le droit de désobéissance. Les Éditions de Minuit en guerre d’Algérie et signée par Anne Simonin, auteur notamment de Le Déshonneur dans la République. Une histoire de l’indignité 1791-1958 (Grasset). Le site laviedesidees.fr publie un entretien avec A. Simonin: "Désobéir en République".

Trois ans après la disparition d'Henri Meschonnic, la revue Europe consacre l'une de ses récentes livraisons à l'auteur de Critique du rythme. Fin mars, aura lieu un colloque consacré à l'ouverture des "archives H. Meschonnic" à l'IMEC. On peut lire aussi dans Acta fabula une lecture par C. Le Meur de Gloires, la traduction des Psaumes annotés par Meschonnic (Desclée de Brouwer, 2001).

J. David fait paraître aux éditions des Prairies ordinaires Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la "littérature mondiale". La question goethéenne d'une "weltliteratur" trouve plus d'un écho à l'âge de la globalisation. On relira le long article paru dans Acta fabula de D. Coste intitulé "Le mondial de littérature" qui rend compte notamment de l'essai What is World Literature de D. Damrosch (Princeton U. P., 2003), ou bien l'on se rendra à l'entrée "Littérature comparée, littérature mondiale" de notre Atelier de théorie littéraire. Rappelons aussi les textes réunis naguère par C. Pradeau et T. Samoyault sous le titre Où est la littérature mondiale ? (PUV, 2005), qui offre notamment une traduction du texte d'Erich Auerbach "Philologie de la littérature mondiale" resté trop longtemps inédit en français.

Tandis que doit s'achever prochainement la publication des Cours au Collège de France, l'oeuvre de Michel Foucault continue de susciter des travaux et des réflexions dans de nombreux secteurs disciplinaires, et sur diverses périodes. Pour se borner au domaine français, on signalera la réédition d'un hommage à Georges Bataille, la tenue du colloque "Foucault et la Renaissance", premier du genre, à l'Université de Toulouse-Le MIrail, du 13 au 16 mars prochains. Il y sera entre autres question des rapports entre Foucault et la "littérature", rapports sur lesquels l'ouvrage récent de J.-F. Favreau, Vertiges du langage - Michel Foucault et la littérature (1954-1968) propose une synthèse, et qui donnent également lieu en ce second semestre 2012 à un séminaire doctoral, toujours à Toulouse, coordonné par O. Guerrier. Dans une orientation plus volontiers philosophique, on mentionnera aussi les séminaires animés par P. Sabot à Lille ("Avec Foucault") et par J.-F. Braunstein à Paris I.
En 2007, en défense des études de "littérature ancienne", de Mme de Clèves et de la guichetière, Yves Citton avait promu, dans Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, une lecture actualisante des textes du passé, qui les applique aux situations présentes en un anachronisme assumé, afin de redonner à la lecture et à l'étude des classiques une pertinence qui n'allait manifestement plus de soi. Ce neuf mars, Yves Citton est l'invité de la sixième séance du séminaire "Anachronies", où il reviendra sur la question de l'actualisation.

Il fut « l’inventeur, dans ce temps où il y en a si peu, d’une critique bien à lui, qui est toute une création et où, dans les morceaux les plus caractéristiques et qui resteront parce qu’ils sont tout à fait personnels, il aime à faire sortir d’une oeuvre une quantité de choses qui en pleuvent alors à profusion, un peu comme des gobelets qu’il y aurait mis ». Telle est l’image du geste critique ondoyant de Jules Lemaitre (1853-1914) que dessinait Proust dans son Contre Sainte-Beuve. Cette figure oubliée de la République des Lettres méritait une exhumation : une journée d’études vient de lui être consacrée à l’Université d’Orléans en décembre 2010 dans le cadre du projet « Histoire des idées de littérature (1860-1940) », que vous retrouverez dans notre espace "colloques".

L’« intériorité » plus que jamais : de l’exploration tainienne de « l’intelligence » à l’invention freudienne d’un « inconscient » individuel, en passant par la psychologie pathologique d’un Ribot, s’ouvre tout un éventail de discours et de pratiques qui vont renouveler en profondeur l’image du psychisme humain. Mais au même moment se développe une « littérature psychologique » doublée d’une « critique psychologique ». Ces croisements à la fois féconds et problématiques entre science et création, programme positiviste et enquête herméneutique, sont au centre du colloque de juin 2010 organisé à l’Université Paul Valéry-Montpellier III, dans le cadre du projet « Histoire des idées de littérature (1860-1940) et que Fabula publie en ligne aujourd'hui.

On connaît le mot de Flaubert désespérant d'achever Bouvard et Pécuchet: "Ce sera eux ou moi". Et l'on sait la suite, mais non pas la fin : les personnages survécurent à leur créateur, et le roman resta inachevé. À l'occasion de l'inscription du dernier chef-d'oeuvre de Flaubert à l'Agrégation, un colloque à l'ENS-Lyon tentera ces jours-ci de projeter les « seconds volumes » possibles pour Bouvard et Pécuchet. Deux ouvrages collectifs paraissent également sous la direction de A. Herschberg-Pierrot: Flaubert, l'empire de la bêtise (C. Défaut) et Flaubert. Éthique et esthétique (PUV). Le couple poursuit encore ses aventures en revues: Flaubert et la traduction, pour la revue de génétique; Bouvard et Pécuchet et les savoirs, numéro en ligne de la revue Arts & Savoirs coordonné par G. Séginger, ou encore Fictions du savoir, savoirs de la fiction dans Bouvard et Pécuchet.

Les Nouvelles littéraires, hebdomadaire fondé en 1922 fut pendant l’entre-deux-guerres, et au-delà, l’un des lieux les plus représentatifs de la vie littéraire dans son actualité et sa conception théorique. Les meilleures signatures s’y côtoyèrent dans un titre qui fut radicalement novateur par rapport aux revues littéraires contemporaines. Dans le cadre du programme ANR Histoire des idées de littérature (HIDIL) 1870-1940, le Centre Jacques-Petit (Université de Franche-Comté) lui a consacré une "première campagne de fouilles" que Fabula vous propose de lire en ligne dans son espace "colloques".

Deux livres paraissent coup sur coup, qui s'attachent à la pensée scientifique de l'auteur du Discours de la méthode: Descartes, des principes aux phénomènes, sous la dir. de J.-P. Cléro et E. Faye (A. Colin) et de B. Joly, Descartes et la chimie (Vrin). On doit saluer aussi l'édition du texte intégral de la monumentale Vie de Monsieur Descartes par A. Baillet (1691, près de mille pages!). Signalons à cette occasion une autre heureuse édition: Discours de la Momie et de la Licorne d'Ambroise Paré (1582). Et pour les amateurs de critique policière une enquête sur l'Énigme de la mort de Descartes par Th. Ebert (Hermann).

Parmi les très nombreux ouvrages consacrés à la question de la traduction, on signalera l'essai (récemment traduit de l'anglais) que lui consacre D. Bellos sous le titre Le Poisson et le bananier. Une histoire fabuleuse de la traduction (Flammarion): ce que peut et ce que fait la traduction dans tous les domaines où elle intervient, du jeu littéraire à la diplomatie en passant par le tourisme, la science-fiction ou le sous-titrage (lire un extrait dans l'Atelier de Fabula: "La traduction de textes littéraires") La dernière livraison de la revue Humoresques se demande pour sa part comment "Traduire l'humour". R. Davreu et W. Mouawad dialoguent de leur côté sur la meilleure façon de Traduire Sophocle pour la scène.

J. Rancière fait réentendre à sa paradoxale façon la Leçon d'Althusser (La Fabrique), dont notre époque, où l'ordre capitaliste a repris à son compte l'argument marxiste de la nécessité historique et scientifique, aurait tort de se dispenser. Althusser qui fut au coeur du Moment philosophique des années 1960, comme le rappelait récemment un ouvrage paru sous la direction de P. Maniglier (PUF), mais aussi J. Derrida dans Politique et amitié. Entretien avec Michael Sprinker autour de Marx et d'Althusser (Galilée). En mai dernier également paraissaient les plus que troublantes Lettres à Hélène (Grasset).

Les éditions Flammarion publiaient en 2009 une Histoire des haines d'écrivains qui avait fait quelque bruit. La haine serait-elle plus clairvoyante que l'amour en matière de livres? La détestation aurait-elle bon goût? On en jugera avec le recueil par lequel l'auteur de L'Assommoir fit ses débuts en critique littéraire: Mes haines (1866), que donne à lire la collection GF du même éditeur, rassemble les chroniques de la première campagne de Zola en faveur de la modernité esthétique. La haine n'épargne pas les autres arts, comme en témoigne la récente livraison de Recherches & Travaux intitulée La Haine de la musique.

Quelques années après sa complète reconnaissance comme pratique artistique, la bande dessinée intéresse désormais de plus en plus de chercheurs, qui y trouvent un terrain particulièrement fertile où théorie du cinéma, théorie littéraire et théorie de l'image se combinent. C'est poursuivre le travail initié par des revues comme Neuvième Art et par ces auteurs qui ont eux-mêmes encouragé et permis une plus ambitieuse lecture de ce que l'on nomme encore parfois avec dédain la "BD". Et la veine est loin d'être tarie : il n'est que de compulser le riche catalogue de la maison d'édition bruxelloise, Les Impressions nouvelles, pour s'en convaincre, ou de suivre la nouvelle collection "Iconotextes", lancée récémment aux Presses universitaires François-Rabelais, avec un premier volume consacré au récit en images chez Hergé. Acta fabula suit le mouvement et propose, cette semaine, deux articles sur Tintin (étudié par L. Gerbier) et sur la maison d'éditions L'Association (présenté par N. Geneix). Dans MetaMaus enfin, Art Spiegelman explore, vingt-cinq ans après la parution de Maus, les questions cruciales soulevées par ce classique de la bande dessinée.

L'excellente "petite bibliothèque" des éditions Payot-Rivage propose les actes restés inédits du séminaire donné en 2005 par Carlo Ossola au Collège de France, sous le titre En pure perte. Le renoncement et le gratuit, éloge de ces "vertus passives" qui font plus que force et que rage: patience, renoncement, détachement (la "déprise" selon R. Barthes). On rapprochera cette enquête sur la valeur du renoncement des deux derniers titres d'un autre philosophe italien: G. Agamben, dont le même éditeur a fait paraître l'été dernier De la très haute pauvreté, relecture passionnée du monachisme occidentale, et dont les éditions du Seuil publient ce mois-ci Opus Dei. Archéologie de l'Office dans une traduction de M. Rueff.

G. Genette fait paraître dans la collection "Fiction & Cie" des éditions du Seuil, Apostille, troisième tome de son abécédaire personnel, opus incertum ouvert avec Bardadrac (désormais au format de poche) et poursuivi avec Codicille. Ce mois de janvier voit aussi la publication de l'un des rares collectifs consacrés au théoricien: La Pensée esthétique de Gérard Genette (PUR), en attendant, pour le printemps, les actes du colloque « Il n'y a rien de plus pratique qu'une bonne théorie ». Gérard Genette et les théories du cinéma. Rappelons aussi l'une des pages de notre Atelier: "Humour: réflexions sur une proposition de G. Genette", par B. Gendrel et P. Moran, ainsi que la parution prochaine d'un entretien avec A. Compagnon et P. Roger dans la revue Critique.

L'histoire littéraire est, depuis quelques années, en plein renouveau critique et théorique, empruntant de nouveaux chemins et s'efforçant de diversifier les points d'accroche pour saisir le phénomène littéraire. Que l'on pense, par exemple à la réflexion de G. Philippe et J. Piat sur la langue littéraire ou au numéro de LHT consacré à "l'histoire littéraire des femmes". Acta fabula a souhaité revenir, dans sa livraison de janvier 2012, sur trois projets récents et engager le débat autour de French Global (ouvrage dirigé par S. Suleiman et C. McDonald, et présenté par J.L. Jeannelle, M. Murat, M. Reid et A. Vaillant), de l'essai L'Histoire littéraire d'A. Vaillant (dont on peut lire l'avant-propos et une mise en application par S. Dubois) et du projet d'histoire littéraire des écrivains (voir les numéros de La Licorne recensé par H. Baty, de la Romanic Review présenté par A. Glinoer et de l'introduction d'un collectif à paraître). Bornes chronologiques, frontières disciplinaires, position du critique, constructions théoriques et fictionnelles: autant de questions soumises à l'examen dans notre dix-neuvième dossier critique.

Sous ce titre, on peut lire ce mois-ci un essai "d'herméneutique matérialiste" par G. Molinié, et un ouvrage de G. Dotoli, qui voit dans la beauté "le salut du monde" (tous deux chez Hermann). Mais aussi un dossier ouvert à toutes les contributions sur le site du mouvement Transitions, avec notamment des propositions de J.-P. Sermain, C. Habib, D. Denis, M. Hénaff… Rappelons aussi l'Histoire de la beauté donnée il y a quelques années par U. Eco (Flammarion).

Avec la disparition de ses principales figures, on pouvait croire clos (mais non pas achevé) le corpus de ce qui se nomme partout ailleurs qu'en France la french theory. Les rayons de nos bibliothèques, et nos façons de penser, vont pourtant accueillir dès ce mois-ci quelques nouveaux titres inédits ou jusqu'ici indisponibles, et pour certains inattendus. Après Politique de l'amitié l'an passé, les éditions Galilée donnent deux nouveaux opus de J. Derrida: Histoire du mensonge et Les Yeux de la langue. Le Seuil publie les cours au Collège de France de P. Bourdieu, Sur l'État. Klincksieck donne les Rudiments païens de J.-F. Lyotard. Trois ouvrages de F. Guattari paraissent aussi coup sur coup, un journal qui court de Leros à La Borde, un recueil de textes qui éclairent la rédaction de l'Anti-Oedipe avec Deleuze, et Lignes de fuite, ou comment faire advenir des possibles dans un capitalisme mondial intégré. Et le mémorable Journal de deuil de R. Barthes reparaît dans un format de poche (Points Seuil). Rappelons aussi l'entretien de M. Foucault publié l'an passé aux éd. Ehess sous le titre Le beau danger (éd. EHESS).

Alors que le centre Pompidou consacre, jusqu'au mois d'avril, une exposition aux liens entre les arts visuels et la danse, un certain nombre de travaux en sciences humaines reviennent, en ce début d'année, sur cette forme d'art. Dans Claudel Danse Japon, M. Wasserman étudie deux ballets dont l'argument est dû à Claudel. L'atelier des doctorants en danse organise pour sa part une journée d'études consacrée aux oubliés de l'histoire de la danse et invite à une réflexion sur l'écriture de cette histoire, dans laquelle la mémoire supplée bien souvent aux traces écrites. Dans Si la danse est une pensée, D. Noguez interroge l'essence de la danse, tandis que la revue Le Pan poétique des muses lance un appel à contributions portant sur les rapports entre la danse et la poésie. En ce mois de janvier, tout nous incite donc à répondre au mot d'ordre du Pina de Wim Wenders : Dansons, dansons, sinon nous sommes perdus !

La récente salve d'ouvrages sur la musique témoigne d'un regain d'intérêt théorique et philosophique pour cet art, en même temps que de l'ouverture interdisciplinaire de la musicologie actuelle. Parmi les titres généraux tout récents, signalons l'anthologie de textes littéraires et philosophiques sur la musique présentée par V. Vivès, et les Éléments d'esthétique musicale, un ouvrage collectif dirigé par C. Accaoui qui dresse le répertoire des "Notions, formes et styles en musique". Rappelons aussi les deux livres de Th. Dommange, L'Homme musical. La notation en mots dans l'oeuvre de Schumann et Instruments de résurrection. Étude philosophique de La Passion selon saint Matthieu de J.-S. Bach. Ou encore, l'ouvrage de T. Picard sur le théoricien Boris de Schloezer, ou celui de Yannick Seité, Le Jazz à la lettre. L'entrée "Musique" de notre Atelier de théorie littéraire abrite une page qui regroupe désormais tous les comptes rendus parus dans Acta fabula sur des ouvrages relatifs à la musique ou aux rapports entre musique et littérature, et qui renvoie aussi, parmi nos colloques en ligne, aux actes d'une journée d'études "Littérature et musique" à l'ENS.
La catégorie du personnage semble inhérente à toute fiction, et à ce titre anhistorique. Or elle pourrait s’avérer d’un usage problématique lorsqu’elle est appliquée à des oeuvres antérieures au paradigme du roman "réaliste" du XIXe siècle qu’ont largement privilégié certains théoriciens de la notion: elle véhiculerait tout un ensemble de présupposés, notamment en termes d’analyse psychologique, assez étrangers aux fictions antiques ou classiques. La cinquième séance du séminaire « Anachronies » (le 03 février 2012) abordera les problèmes liés à la notion de personnage à partir de deux études de cas: l’Énéide de Virgile et les Fables de La Fontaine.

Vaste entreprise collective, La Civilisation du journal se propose d’étudier d’un double point de vue, à la fois historique et littéraire, le siècle d’or de la presse écrite française. Réunissant plus de soixante auteurs venus de la littérature et de l’histoire politique, culturelle et sociale, cette somme entend aborder les différentes manifestations de l’entrée dans l’ère médiatique qui s’est opérée en France entre 1800 et 1914. L’ouvrage propose ainsi des études consacrées aux conditions concrètes de l’activité journalistique, un inventaire des différentes formes qu’ont pu prendre le périodique au XIXe siècle, des analyses consacrées au matériau textuel lui-même, autant d’entrées qui permettent de mettre au jour l’émergence d’un mode de représentation fondé sur l’écriture et la diffusion périodique, d’une véritable culture de la presse.

Nul ne saurait mieux nous en convaincre qu'un journaliste du Figaro dénonçant le "bourdivisme": on a aujourd'hui comme hier de très bonnes raisons de lire et relire P. Bourdieu. Dix ans après sa mort, les éditions du Seuil font paraître, ses cours inédits au Collège de France (1989-1992): Sur l'État, soit cette "fiction collective aux effets bien réels qui est à la fois le produit, l'enjeu et l'espace ultimes de toutes les luttes d'intérêts". Le même éditeur réédite dans sa collection "Points" la seconde partie de l'oeuvre du sociologue dont Les Règles de l'art, et les méconnues Méditations pascaliennes, dialogue inattendu entre deux théoriciens de la "raison des effets". La revue Sciences humaines (disponible en kiosque ou en ligne) consacre un numéro spécial à l'oeuvre du sociologue. Signalons aussi une exposition à Strasbourg qui réunit 150 photographies en noir et blanc prises par Pierre Bourdieu entre 1958 et 1961, lors de son séjour en Algérie.

"Gaspard Winckler est un peintre faussaire travaillant pour le compte d'Anatole Madera. Depuis plusieurs mois, il consacre son temps à la réalisation d'un faux Condottière, célèbre tableau conservé au Louvre réalisé en 1475 par Antonello da Messina. Dès le début de l'intrigue, Winckler assassine son commanditaire. Enquête sur les mobiles de ce meurtre." Tel est le résumé diffusé par les éditions du Seuil d'un roman inédit de Georges Perec qui paraîtra en mars prochain dans "La Petite Librairie du XXe siècle", sous le titre du Condottière et avec une préface de C. Burgelin. Pour saluer l'événement, la revue Europe, qui fêtera cette année son millième numéro, consacre un numéro double à Perec (n° 993-994).

Bergson sera dans toutes les poches en cette année 2012. Tombée dans le domaine public, son oeuvre déjà rééditée dans la collection "Quadrige" aux PUF entre titre après titre au catalogue de la "GF" chez Flammarion: paraissent dès ce mois de janvier, dans des éditions nouvelles, Matière et mémoire et Les deux sources de la morale et de la religion, en attendant L'Évolution créatrice.

Le nom du philosophe scythe désigne par antonomase l’étranger avisé, le « regard du dehors » qui met à distance les moeurs habituelles de la Cité. C'est aussi depuis le début du nouveau millénaire le nom d'une maison d'édition toulousaine spécialisée dans les récits de voyages, d'essais et d'autres textes voués à la rencontre entre les cultures (diff. Les Belles lettres). À son catalogue, on trouve en outre une courageuse collection d'essais, parmi lesquels les récents volumes Bayle et la liberté de conscience ou Les Postures libertines de J.-P. Cavaillé, en attendant le Copiste comme auteur de L. Canfora.

Se substituant au bulletin Dix-neuvième siècle, Le Magasin du XIXe siècle est une revue annuelle lancée par la Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Doté d’une nouvelle maquette, Le Magasin du XIXe siècle est également marqué par un nouvel esprit éditorial. Désireux de se démarquer des revues scientifiques traditionnelles et animé par un esprit de « vulgarisation », dans l'acception la plus noble de ce terme, Le Magasin du XIXe siècle souhaite s’ouvrir à de nouveaux lecteurs et susciter en eux le goût du XIXe siècle, en leur faisant découvrir le fruit des recherches en cours. Cette première livraison met notamment à l'honneur un dossier consacré à la question des femmes auteurs au XIXe siècle.

Quelques semaines après la sortie du livre d'Yves Bonnefoy et la tenue à Paris d'un colloque international sur les réceptions critiques de l'auteur des Fleurs du Mal, A. Compagnon consacre son cours et son séminaire au Collège de France à Baudelaire, comme figure irréductible, moderne et antimoderne. Occasion pour Y. Bonnefoy de revenir au Collège, ce mardi 10 janvier, pour donner une conférence inaugurale au titre programmatique : "Pourquoi Baudelaire ?". On pourra d'ici là relire l'un des tout premiers articles parus dans Acta fabula, "Bonnefoy lecteur de Baudelaire" par C. Alduy. Se tiendra enfin, au printemps, un colloque sur le même thème. Autant de retours à un poète qui nous permet, comme l'écrit Bonnefoy, de "garder la foi en la poésie".

Le mal a progressivement contaminé les arts du « court XXe siècle », modifiant profondément le rapport au réel et les façons d’en rendre compte. Acta fabula propose un aperçu de ces questions, en s’intéressant plus précisément à la seconde moitié du siècle. Cinéma, théâtre, littérature, philosophie, psychanalyse sont autant de domaines, qui ont dû composer avec et sur le mal. O. El Mansouri présente les mises en scène de Titus Andronicus, à partir de l’étude de S. Blanchet‑Beucher, quand P. Coudurier questionne les analyses de S. Rollet sur le traitement par le cinéma des génocides. S. Lacoste revient, pour sa part, sur les vertus heuristiques de Sade, dont É. Marty a démontré l’omniprésence dans les modernes sciences humaines. S. Lacoste et M. Vernet reviennent, enfin, sur l'histoire du mal, depuis la Révolution, à partir d’un collectif consacré aux « Puissances du mal », en tentant par là d'éclairer la confusion morale qui hante encore notre XXIe siècle.

Jean-Pierre Richard aura 90 ans cet été. Pour lui rendre hommage, la revue Littérature a demandé à certains écrivains qu’il nous a donné à lire – D. Barbéris, G. Farasse, P. Michon, P. Bergounioux, C. Pradeau et D. Guillaume – de lui consacrer à leur tour un texte. Trois articles inédits du héraut de la critique thématique complètent ce volume, introduit par J.-Cl. Mathieu, qui explore, témoignages et analyses mêlés, la relation commenté/commentateur.