Fabula, la recherche en littérature (accueil)

Editoriaux 2012

Deux mille treize

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Toute l'équipe bénévole de Fabula vous souhaite une paisible année 2013, et vous invite à poursuivre avec elle une aventure qui reste pleinement collective et résolument indépendante: en signalant par vous-même vos parutions, appels, événements et manifestations, en vous proposant comme rédacteur pour les comptes rendus à venir dans Acta fabula, ou encore en soumettant des textes ou propositions pour notre Atelier de théorie littéraire, mais aussi en suggérant à votre équipe de recherche de soutenir financièrement Fabula.


Politics "small p"

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Comment la littérature moderne, loin des romans à thèses ou des engagements simplifiés, saisit-elle, invente-t-elle et rénove-t-elle des "modes d'existence politique" ? Quelle est ici sa force, quelle est son impuissance ? Après une récente journée d'étude, et peu de temps après la parution d'un ensemble d'entretiens de Jacques Rancière autour de la "méthode de l'égalité", une conférence exceptionnelle d'Emily Apter (New York University) rouvrira cette semaine la réflexion sur les fictions politiques (ENS, jeudi 20 déc., salle des Actes, 17h).


Le coup de dés d'Althusser

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Tout doit changer tous les deux ans (au moins) dans la formation des enseignants, sauf les programmes d'agrégation qui font preuve d'une tranquille stabilité au point d'obéir à des cycles. 2012 est donc l'année Rousseau comme quarante ans plus tôt : on lira avec profit le cours dispensé à l'ENS par Althusser sur le Discours sur l'origine de l'inégalité, à destination des agrégatifs de philosophie de l'époque, jusqu'alors inédit et publié sous le titre Cours sur Rousseau - 1972, aux éditions Le Temps des cerises. Les mêmes éditions font paraître également sous la direction d'Annie Ibrahim un volume collectif Autour d'Althusser. Pour un matérialisme aléatoire : problèmes et perspectives, qui réunit notamment E. Balibar et O. Bloch, et offre un commentaire du philosophe sur la sentence mallarméenne "Jamais un coup de dés n'abolira le hasard ": cet essai intitulé "Le courant souterrain du matérialisme de la rencontre" soutient que l'histoire n'est que la révocation permanente du fait accompli par le "fait à accomplir" sans qu'on sache à l'avance ni jamais, ni où, ni comment. Signalons encore le texte de présentation d'E. de Ipola Althusser, l'adieu infini (PUF), et rappelons la parution au printemps dernier de l'essai de J. Rancière sur La Leçon d'Althusser (La Fabrique).


Affaires de famille

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L'oeuvre de Freud tombe dans le domaine public, et avec elle tout un continent qui reste en partie à explorer: les Lettres à ses enfants (un volume rassemble chez Aubier celles adressées aux cinq premiers), et dans un volume séparé (chez Fayard) la correspondance échangée avec la seule cadette: Anna (Fayard). La psychanalyse est toujours une affaire de famille.

 


Poésie, vérité, savoir

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L'accès à la vérité par la poésie, la capacité de la poésie à produire un mode de connaissance spécifique restent des questions décisives. Questions que posait, samedi 8 décembre, un entretien de la revue Po&sie, avec M. Pic et G. Didi-Huberman. Mais questions qui sont également au coeur des deux récents ouvrages importants, qui se répondent, d'Y. Bonnefoy et de M. Deguy sur Baudelaire. Questions enfin saisies par l'histoire littéraire, avec une récente publication sur Musset dirigée par G. Séginger, Poésie et vérité, où l'on pourra lire notamment des contributions d'A. Loiseleur, H. Marchal ou encore S. Ledda, aussi bien que, transversalement, par un récent volume sur les pratiques poétiques contemporaines dirigée par H. Azérad. 


Postérité de Bataille

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Cinquante après la mort de Georges Bataille, son oeuvre s'est introduite dans les grands courants de la pensée du XXe siècle pour en perturber durablement les rouages. Plusieurs publications et colloques s'interrogent précisément sur cette postérité et esquissent l'actualité de cette oeuvre indisciplinée. Un colloque se tiendra en Sorbonne les 7 et 8 décembre sur la question de son héritage; la revue Critique, par ailleurs, commémore son fondateur dans un double numéro, qui mesure le grand écart entre le Bataille des années trente et le Bataille du IIIe millénaire, entre le cénacle du Collège de sociologie et le collège planétaire de ses lecteurs d’aujourd’hui. Notons aussi la parution de Sainteté de Bataille de M. Surya, qui étudie la façon dont cette pensée irrigue la philosophie, les arts ou la littérature contemporains. Signalons enfin, et pour preuve, la parution récente d'un volume collectif sur la question ô combien bataillienne du non-savoir.


La bibliothèque et la collection

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Les "leçons américaines" d'Ohran Pamuk qui paraissent ces jours-ci chez Gallimard (Arcades) sous le titre Le romancier naïf et le romancier sentimental sont sans doute promises à la même célébrité que celles d'I. Calvino : dans ces conférences données à Harvard dans le cadre des "Charles Eliot Norton Lectures", le romancier turc développe sa vision de la littérature sous le signe de Schiller, qui distinguait le poète naïf, qui serait du côté de la nature, écrivant spontanément, du poète sentimental, qui doute de son écriture, expérimente, réfléchit à la forme et aux enjeux esthétiques et sociaux de son écriture. Aux mêmes éditions paraît également L'innocence des objets, visite guidée et en images du Musée de l'innocence, créé par O. Pamuk au printemps à Istambul : des vitrines ou des boîtes, contenant des séries d’objets soigneusement disposés, entraînent le visiteur au fil du récit, dans un voyage à travers le temps et l’espace autant que dans l’esprit du collectionneur lui-même, identifié à Pamuk aussi bien qu’à son narrateur amoureux.


Mauthner, philosophe du langage

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J. Le Rider donne ces jours-ci aux éditions Bartillat la première traduction française de l'essai majeur de Fritz Mauthner, Le langage: rédigé en 1906 à la demande de M. Buber, l'ouvrage récapitule les thèses de ses Contributions à une critique du langage pour en dégager de nouvelles perspectives sociolinguistiques. La langue y est définie comme un facteur décisif du conditionnement social et culturel des individus. Ce condensé de scepticisme linguistique radical a exercé une notable influence tout au long du XXe siècle, de Hofmansthal ou Wittgenstein à Borges, Joyce ou Beckett. Le même J. Le Rider fait également paraître une biographie intellectuelle du linguiste et philosophe: Fritz Mauthner, Scepticisme linguistique et modernité, également chez Bartillat. On trouvera sur le site nonfiction.fr un compte rendu groupé des deux publications : "Un roi sans couronne", par H.F. Afeissa.

 


Le Nouveau roman au théâtre

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On peut voir actuellement au Théâtre de la Colline, à Paris, "Nouveau roman", un spectacle écrit et monté par Christophe Honoré. Le cinéaste y met en scène le sérail des Éditions de Minuit, qui donna le jour à ce courant littéraire, qui appartient déjà à l'Histoire, même si quelques-uns des personnages sont encore bien vivants. On y voit toute l'effervescence d'une génération d'écrivains refusant les formes convenues pour ancrer la littérature dans le présent le plus complet. En marge de ces représentations, une table ronde animée par D. Rabaté se tiendra le 3 décembre, autour de la littérature incarnée et de l'espace imaginaire que le théâtre permet de recréer. La figure de Beckett, qui hante et traverse tout le spectacle, est aussi à l'honneur ces derniers temps: toujours aux Éditions de Minuit, paraissent des textes inédits en français : Peste soit de l'horoscope et autres poèmes.


Avec éclat

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Les Éditions de l'Éclat réservent de belles surprises à qui prend le temps de feuilletter (il n'est jamais trop tard) leur catalogue 2012. Qu'on en juge plutôt: un choix de correspondances de Kafka, sous le titre En tout, je n'ai pas fait mes preuves, lumineusement accompagné de la réédition de l'ouvrage séminal de M. Robert, Introduction à la lecture de Kafka. Mais aussi des essais sur la Sainteté de Bataille par M. Surya ou sur Deleuze par J.-C. Martin. Et une salve de textes rares, pour tous les lecteurs qui savent que, par gros temps, les fanions ont autant d'éclat que les meilleurs phares: l'essai sur la philosophie de Pascal intitulé La nuit de Gethsémani de L. Chestov, déjà signalé par Fabula, Sur l'étude de la poésie grecque de F. Schlegel, et l'essai méconnu de L. Spitzer, L'Harmonie du monde. Histoire d'une idée.


Citoyen de Genève

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Nonante deux printemps et presque autant de livres pour J. Starobinski, qui salue à sa manière le passage de témoin entre l'année Rousseau et l'année Diderot en recueillant les articles qu'il a consacrés à ces deux auteurs dans deux fort volumes: Diderot. Un diable de ramage, et Accuser et séduire. Essais sur J.-J. Rousseau (tous deux chez Gallimard), mais aussi, sous le titre L'Encre de la mélancolie (au Seuil) le texte de sa thèse, qui propose d’éclairer les figures prises par la mélancolie au cours des siècles, soit: les formes dans lesquelles la souffrance psychique a été interprétée. En avril 2011, la revue Littérature avait consacré l'une de ses livraisons au critique genevois fêté quelques années auparavant par un numéro de la revue Critique. Ces jours-ci le site laviedesidees.fr publie un entretien avec J. Starobinski.


Diderot dévisagé

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Il va falloir s'y faire, comme le dit Pierre Assouline, qui relate efficacement l'affaire sur son blog: le célèbre tableau peint par Fragonard en 1769, exposé au Louvre et reproduit dans tous les manuels d'histoire de la littérature "ne représente pas le philosophe mais un inconnu, du moins à ce jour. Le détail qui cloche ? La couleur des yeux. Désormais, l'oeuvre s'intitule Figure de fantaisie autrefois identifiée à tort comme Denis Diderot."(À gauche, le Diderot de Fragonard, 1769, Musée du Louvre, désormais faux, mais vraiment de Fragonard, n'en doutons pas. À droite, le vrai, himself, par Van Loo, 1767, Musée du Louvre toujours: l'honneur est sauf). À moins de continuer à regarder la toile de Fragonard avec le regard entêté de Ph. Sollers dans Le Figaro: « La touche enlevée de Fragonard, sa vitesse d'exécution, son brio, sa puissance créatrice, correspondent à l'esprit de l'auteur des Bijoux indiscrets ».


Ecrivains, modes d'emploi

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Que représentent pour nous les écrivains ? Quels sont les territoires de ces étranges créatures que sont les créateurs de textes ? À quoi un écrivain s’emploie-t-il et quels emplois lui octroie-t-on ? En fonction de quels objectifs et dans quels contextes ? Dans cette perspective, l’écrivain, compris comme une figure agissant au sein de l’espace culturel, n’est pas un produit uniquement littéraire : il se trouve constitué par un faisceau de discours et d’images issus d’autres domaines que la littérature, qui lui impriment leur marque, avec lesquels il interagit. Ainsi l’écrivain devient-il une figure publique, mais aussi fréquemment sacralisée, politisée et, également, médiatisée de multiples façons (presse, radio, télévision). C’est à l’exploration de ces territoires de l’écrivain qu'invite le recueil L'Ecrivain, un objet culturel et qu'approfondit l’exposition Écrivains : modes d'emploi, organisée par S. Laghouati, D. Martens et M. Watthe-Delmotte au Musée royal de Mariemont, dont le catalogue est présenté sur Fabula.


Bien Loti

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L'année 2012 aura vu l'entrée d'une bonne partie de l'oeuvre de Pierre Loti dans le domaine public, ce qui nous vaut une salve de rééditions et quelques belles surprises. Signalons notamment aux éditions Bleu autour, un album Pierre loti photographe préparé par A. Quellat-Villéger et B. Vercier, auxquels on devait déjà, aux mêmes presses, un Pierre Loti dessinateur, et qui sont aussi les maîtres d'oeuvre de la publication du Journal aux éditions Les Indes savantes. B. Vercier consacre dans le même temps un essai à P. Loti d'enfance et d'ailleurs. Arthaud fait paraître le recueil des Voyages au Moyen-Orient en rassemblant cinq livres : Le Désert, Jérusalem et La Galilée (récits parus en 1895 du long voyage privé de Loti en 1894, vers la Terre Sainte puis à travers le Proche et le Moyen-Orient), Vers Ispahan (récit de sa traversée de la Perse effectuée en 1900), et La Mort de Philae (long périple dans l'Egypte, assorti d'une croisière sur le Nil en 1907). J.-P. Montier a de son côté réuni les écrits de P. Loti sur le Japon (Ouest-France). On signalera enfin un titre plus inattendu, bien fait pour séduire le chat de Fabula: Vies de deux chattes et autres récits félins (Aubéron).


Comparez!

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À l'infinitif, c'est le titre du volet central, et peut-être la charnière, du triptyque qui offre un ambitieux panorama de la recherche en sciences sociales : Faire des sciences sociales. Critiquer. Comparer. Généraliser (Ehess éd.). On trouvera ces jours-ci sur le site laviedesidees.fr un article de Th. Grillot consacré à l'ensemble de l'oeuvre de "Sir" Jack Goody : "le besoin de comparer. L'anthropologie historique de J. Goody": comparer, pour mieux replacer l’histoire européenne dans l’histoire eurasiatique et mondiale, telle est aussi l'une des ambitions de H.K. Bhabha auquel T. Samoyault a consacré un article dans Acta fabula, à l'occasion de la version française des Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale (Payot): "Traduire pour ne pas comparer". Signalons aussi la nouvelle édition de Comparer l'incomparable de M. Detienne (Points/Seuil).


"Société des amis du texte"

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En 1989 paraissait aux éditions de Minuit un volume consacré à L'Interprétation des textes qui a durablement marqué les études littéraires. Près de vingt cinq ans après, et à l'occasion du départ à la retraite de quelques-uns des contributeurs, l'Université de Lausanne réunit chercheurs et étudiants (tous adhérents de cette "société des amis du texte" dont rêvait R. Barthes) autour de J. Kaempfer, J.-M. Adam, C. Reichler et A. Wyss pour deux journées consacrées aux "Échelles du texte" (15 & 16 novembre), occasion d'un état des lieux sur les rapports – de force ou de complémentarité – qui relient les disciplines engagées dans la théorisation des textes. Avec la participation notamment de M. Collot, H. Merlin-Kajman, Y. Citton, F. Schuerewegen… Signalons aussi la tenue quelques semaines plus tard (7 décembre) et sur le même campus, d'une manifestation intitulée Comment repassionner l'enseignement de la littérature?, à l'initiative d'A. Rodriguez et R. Baroni.


Prénom J.B.

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Un volume d'entretiens avec J.B. Pontalis paraît ces jours-ci aux éditions de l'Olivier sous le titre Le Laboratoire central - Entretiens, 1970-2012, en même temps qu'un essai co-signé par le psychanalyste avec E. Gómez Mango: Freud avec les écrivains (Gallimard), où les deux auteurs examinent ce que la psychanalyse, et tout particulièrement son fondateur, doivent à la littérature. Rappelons à cette occasion la parution en 2007 du volume collectif Le royaume intermédiaire. Psychanalyse, littérature, autour de J.-B. Pontalis, sous la direction de J.-M. Delacomptée et F. Gantheret (Folio Essais).

 


Chestov, philosophe obstiné

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Depuis longtemps indisponible, inégalement traduite et trop rarement convoquée, l'oeuvre de L. Chestov fait l'objet d'un intérêt renouvelé par les efforts conjugués de plusieurs maisons: les éditions Le Bruit du temps poursuivent cet automne la réédition des titres majeurs du philosophe russe mort en 1938, avec La philosophie de la tragédie. Dostoïevski et Nietzsche (avec une postface de G. Steiner) après Athènes et Jérusalem. Essai de philosophie religieuse (suivi de l'essai que lui a consacré Y. Bonnefoy en 1967, "L'obstination de Chestov"), pendant que les éditions de l'Éclat font paraître un essai trop méconnu sur "la philosophie de Pascal": La Nuit de Gethsémani. L'Âge d'homme annonce de son côté la reprise de L'homme sans fin, dans lequel A. Camus voulait voir un hymne à la "révolte humaine contre l’irrémédiable".


Le propre du nom

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Dans Les Mal nommés (Seuil), P. Burgelin enquête sur la façon dont nombre d'écrivains du XXe siècle (et non des moindres: "Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres") ont inventé leur pseudonyme. Acte d’une création de soi comme auteur, l’invention d’un pseudonyme est aussi le produit d'une histoire, au terme de laquelle c’est aussi le nom du père qui se trouve mis à distance... La relation complexe aux aïeux et aux "siens" apparaît ainsi pour bien des auteurs comme un des ressorts secrets de l'oeuvre. P. Boudroit fait paraître de son côté L'Ecrivain éponyme (A. Colin): cette étude qui porte sur les associations et sociétés qui se sont données pour nom le patronyme d'un écrivain offre un éclairage nouveau sur l’évolution du statut de l’écrivain comme figure sociale emblématique. Rappelons la parution l'an passé aux PU de Montréal du volume Nom propre et écritures de soi. Et signalons enfin la conférence de D. Éribon à l'ENS, le 7 novembre prochain: "Le problème du nom propre : État, identité sociale et cohérence du sujet". Le nom est aussi la question retenue par le séminaire Polysémie (à l'ENS encore, dès le 4 décembre).

 


Les visages d'Alexandre

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Les travaux de certains grands historiens ont régulièrement fourni aux études littéraires de solides points d'accroche, et des enjeux théoriques tout aussi stimulants. La dernière publication de P. Briant, titulaire de la chaire d'histoire du monde achéménide au Collège de France, propose une passionante enquête sur l'usage que les Lumières firent de la figure d'Alexandre le Grand. On y observe l'usage qu'une société fait du passé, et surtout, on assiste à un minutieux examen de la recomposition et de la circulation des textes et des savoirs. Résolument historienne, la démarche de P. Briant donne l'exemple d'un dialogue des disciplines en proposant une lecture neuve de cette figure qui traverse toute l'Europe, à l'heure où celle-ci entre dans la modernité.


L'immobilité devenue / Un voyage pur et tranchant  

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Il aura aimé la peinture autant que la poésie, jusqu'à les confondre comme deux arts de la main. Les éditions POL ont annoncé ce lundi la mort de Jacques Dupin, qui suit de bien peu celle de son ami Antoni Tàpies. On lira sur remuet.net un dossier consacré au poète, la notice publiée par BibliObs, ou les pages réunies par L'Express; ou l'on écoutera le poète sur Actualitte.


Avant le cinéma

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Le cinéma, avant que de naître, était déjà là, en diverses cavernes et sur maintes surfaces de projection : voici ce que nous rappellent méthodiquement D. Banda et J. Moure dans Avant le cinéma. L’oeil et l’image (A. Colin), deux auteurs qui avaient auparavant collationné une riche anthologie des Écrits sur le cinéma (2 vol. en Champs/Flammarion). Occasion de rappeler qu'une précédente séance (mai 2012) du séminaire Anachronies, consacrée au pré-cinéma et au cinématisme, est venue récemment nourrir l'entrée "Cinéma" de notre Atelier de théorie littéraire, avec notamment des articles de J.-L. Jeannelle et S. Rabau. Mais aussi que l'un des tout premiers numéros de la revue Fabula-LHT se demandait: "Ce que le cinéma fait à la littérature (et réciproquement)." Signalons enfin la parution aux Presses Universitaires de Vincennes du premier volet d'un triptyque consacré par D. Villain au processus de création cinématographique sous le titre Le travail du cinéma.

 


Aragon tout en rouge

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Révélé par Le Canard enchaîné dans son édition du 24 octobre, le geste de censure des éditions Gallimard qui a amputé d'un chapitre le récent essai de D. Bougnoux consacré à Aragon, la confusion des genres a très vite suscité des réactions sur internet: P. Assouline publie sur son blog un billet très informé intitulé "Effet collatéral de la confusion des genres", et A. Oury résume pour Actualitté cette affaire de cage aux folles. BibliObs donne à lire "en exclusivité" le chapitre censuré, quand nonfiction.fr rend la parole à D. Bougnoux dans un entretien. L'excellente collection "L'un et l'autre" de J.-B. Pontalis n'avait sans doute pas besoin d'une telle publicité. Et Aragon? On ne peut que donner raison à D. Schneiderman qui regrette: "bien des internautes ne liront que le chapitre censuré, voyeurs comblés de la vieille folle fardée, qui s'exhibe dans une chambre d'hôtel. Pour un nombre indéterminé de lecteurs qui n'en connaissent rien d'autre (mais oui, il y en a), Aragon restera ce souvenir ridicule et flou de faux cils et de vaseline". Gallimard et l'exécuteur testamentaire du poète auraient été bien inspirés d'y penser.


Retour à Port-Royal

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Les éditions Flammarion font paraître une anthologie préparée par L. Plazenet réunissant plus de mille pages de textes relatifs à Port-Royal: les voix de Pascal, Racine, Saint-Cyran, Lemaistre de Sacy, etc., prennent place dans le choeur de religieuses anonymes ou d'auteurs moins célèbres. À découvrir en regard du monumental Port-Royal de Sainte-Beuve, naguère réédité dans la collection "Bouquins", et dont les pages consacrées à Pascal font désormais l'objet d'un volume séparé (éd. Bartillat). Sous le titre Spiritualité, on peut lire aussi un florilège de textes de Pascal rassemblés par L. Susini (Agora). Pascal fera encore l'objet d'une journée d'études en Sorbonne le 29 octobre prochain pour commérer le 350e anniversaire de sa mort. À découvrir aussi ce mois-ci dans notre revue des parutions les comptes rendus proposés Ph. Richard des livres de S. Icard, Port-Royal et saint Bernard de Clairvaux (1608-1709) et de M. Pérouse sur la première édition des Pensées de M. Pascal, édition dite "de Port-Royal".

 

 


Anthropologie des Modernes

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Le programme d'une anthropologie des Modernes mené par Bruno Latour au carrefour des disciplines prend aujourd'hui la forme d'une vaste Enquête sur les modes d'existence, auquel le site du théoricien offre à chacun, avec l'introduction de l'ouvrage, de participer. La dernière livraison de la revue Critique est consacrée au penseur de la pluralité des mondes dont l'éditeur habituel, La Découverte, réédite l'essai sur Pasteur: Guerre et paix des microbes, suivi de Irreductions. Le site laviedesidees offre de son côté un entretien avec B. Latour.

 


L'objet comme objet

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Alors que F. Bon fait paraître une Autobiographie des objets (Seuil), petit traité d'anatomie des choses mises au rebut par le progrès, un colloque international réunira à l'Université de Lausanne, du 10 au 12 oct. prochains, spécialistes de littérature et d'histoire sur les "Usages de l'objet. Littérature, histoire, arts et techniques (XIXe-XXe s.)", occasion d'un dialogue entre disciplines historiques (histoire littéraire, sociale, histoire des représentations, sociologie, histoire de l’art, histoire des sciences et des techniques…), sous le patronage commun de W. Benjamin. Rappelons à cette occasion que la livraison de printemps de la revue Agôn (2012, n° 4) était consacrée à l'objet sur la scène théâtrale telle qu'elle s'ouvre aujourd'hui aux différentes arts visuels : "Le statut de l’objet est au coeur des bouleversements esthétiques contemporains et semble même être paradoxalement la pierre de touche de la réflexion menée par les artistes sur les potentialités de l’art vivant à explorer les frontières entre animé et inanimé, vivant et mécanique, réel et virtuel."


Politiques des oeuvres, oeuvre du politique

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Rentrée politique… dans le champ critique : roman et démocratie mis en regard au XIXe siècle par un grand colloque de l'Université de Princeton et de la Sorbonne Nouvelle ou dans le champ contemporain par la revue Fixxion,  théorisation des formes de fiction politique par le groupe de recherche en poétique historique et comparée de l'Université Rennes 2 et la New York University, essais de Jacques Rancière, ou interrogations originales sur les enjeux de la cartographie ou la figure du président de la République, la question politique fait retour en octobre, sur Fabula comme sur le site laviedesidees.fr qui met en ligne tout au long du mois un dossier sur "Art et engagement", où l'on peut lire notamment un article de V. Geré: "Le Beau comme arme politique". Se tient, enfin, au Collège de France, un colloque sur Renan, figure nodale de la IIIe République, en ce qu'il a articulé l'idée de nation à celle de démocratie.


Anachronies : le donné et le construit

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Dans le cadre de la séance inaugurale de la deuxième année du séminaire Anachronies - textes anciens et théories modernes, Carlo Ginzburg donnera une conférence à Paris le vendredi 12 octobre prochain sur l'interaction du donné et du construit dans l'élaboration des hypothèses et des théories, d'une part, et dans l'appréhension des textes, d'autre part. Après cette séance introductive, le séminaire poursuivra la réflexion sur les rapports que peut entretenir l’étude de corpus définis par leur distance chronologique avec des théories perçues comme contemporaines en abordant les questions de l'identification de l'ironie, des outils du commentateur, de la fin et de la temporalité non linéaire au cinéma (avec Peter Szendy), des traductions et de l'original, des âges du suspense, du sujet lyrique ou encore de la présence de l'Antiquité dans les sciences humaines (avec Pierre Bayard), avant une journée d'étude finale en juin 2013. Parallèlement, un séminaire partenaire intitulé Théorie littéraire et littérature antique permettra cette année de préparer et de prolonger les séances d'Anachronies.


Radiguet, complètement

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Les éditions Omnibus offrent en un seul fort volume les Oeuvres complètes de R. Radiguet, trop longtemps réduites à deux de ses titres romanesques seulement : occasion de découvrir son oeuvre poétique et l'ensemble de son théâtre, mais aussi des essais et des contes. Le même éditeur fait également paraître un recueil de cent quarante Lettres retrouvées : quatre années à peine d'une correspondance avec les principaux artistes et intellectuels des années folles : Apollinaire, Aragon, Breton, Cocteau, J. Doucet, C. Brancusi, etc.


"Littérature" : un état des lieux

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Continuons-nous à parler de « littérature » pour désigner un corpus de textes écrits avant la Révolution française, à partir de la mutation sémantique et institutionnelle du nom et de l’adjectif depuis la fin du XVIIIe siècle, par un simple abus de langage ou par pensanteur institutionnelle ? Et continuons-nous à parler de « littérature », au sens hérité de cette mutation, à propos de ce qui s’écrit, se lit, s’enseigne aujourd’hui, par un autre abus, ou par une autre habitude ? En supposant que nous soyons en train de sortir d’une conception de la « littérature » qui, pendant deux siècles, servait entre autres choses à coopter des textes antérieurs à son avènement, avons-nous affaire à la dislocation irrémédiable d’un corpus encore appelé « littéraire », du plus ancien au plus contemporain, ou à sa recomposition, et sous quel nom ? Une même question est posée aux enseignants et aux chercheurs réunis du 3 au 5 octobre au centre Censier (Paris III, salle Las Vergnas) par le groupe Transitions : celle de savoir ce qu'ils entendent désormais par "littérature" dans leurs domaines respectifs. Autrement dit : "Littérature", où allons-nous ? 


J. Rancière, la passion de l'égalité

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Deux livres de J. Rancière paraissent coup sur coup ces jours-ci: Figures de l'histoire (PUF) où le philosophe poursuit sa réflexion sur les images et l'Histoire et la politique de l'art. "Il n’est pas d’image qui, en montrant ou en cachant, ne dise quelque chose de ce qu’il est admis, dans tel lieu ou à tel moment, de montrer ou de cacher. Mais il n’est pas d’image qui ne puisse, en montrant ou en cachant autrement, rouvrir la discussion à propos des scènes que l’histoire officielle avaient figées". Et un recueil d'entretiens intitulé La méthode de l'égalité (Bayard) où le philosophe revient sur les grands moments de formation d'une pensée de l’émancipation: "celle de la participation de tous à l’exercice de la pensée, et donc au gouvernement de la cité".


Ce que le document fait à la littérature

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On ne cesse pas de le redire: une oeuvre littéraire n’est pas un document ; un document n’est pas une oeuvre littéraire. Le document n’est pas un produit de l’imagination ; il n’est pas l’oeuvre d’un auteur ; ce qu’il donne, c’est justement, comme on dit, « ce qui ne s’invente pas ». Pourtant, depuis le XIXe siècle au moins, la notion et le mot de document sont devenus indispensables à la réflexion sur les oeuvres, à l’étude de leur genèse, à celle de leur réception. « L’idée de document » est liée de toutes sortes de manières à « l’idée de littérature ». Après un numéro de Littérature consacré aux "Usages du document en littérature" paru en juin 2012, et en attendant le colloque de l'université de Louvain, l'espace colloques en ligne de Fabula publie les riches contributions d'un colloque organisé à Aix-en-Provence par Claude Pérez, Corinne Flicker et Philippe Jousset intitulé "Ce que le document fait à la littérature (1860-1940)".


Castoriadis, écrivain politique

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Les très nombreux articles de Cornelius Castoriadis antérieurs à l’Institution imaginaire de la société et aux Carrefours du labyrinthe, notamment ceux publiés dans Socialisme ou barbarie, avaient été rassemblés dans les années 1970 dans la collection 10/18, volumes depuis longtemps introuvables. On ne peut que saluer la courageuse initiative des Éditions du Sandre, qui entreprennent non seulement la réédition de ces textes, mais plus largement la publication, en six volumes, de l’ensemble des Écrits politiques de Castoriadis de 1945 à sa mort. Les deux premiers tomes qui viennent de paraître sous le titre La Question du mouvement ouvrier permettent de suivre l’élaboration d’une pensée en constante réélaboration, et – on peut du moins l’espérer – de réintroduire une série de questions qu’on jugerait à tort d’un autre âge. En attendant dès décembre prochain le troisième volume, intitulé Quelle démocratie ?.


Regards croisés

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Se tient à Paris, dans les prochains jours, sous le patronage de l'Unesco un colloque comparatiste sur les oeuvres de Saint-John Perse, Césaire et Glissant. Ces trois figures tutélaires de la littérature francophone du XXe siècle ont fait entendre des paroles poétiques, qui sont autant de visions anticipatrices du monde. Elles furent pleinement partie prenante du mouvement de prise de conscience d’une identité et de l’affirmation d’une diversité propre à ces individualités. Ce colloque sera ainsi l'occasion d'interroger des voix singulières au coeur de notre modernité, de renouveler les lectures que l'on peut en faire, à l'aune du renouveau des études post-coloniales et francophones, et de souligner quelques aspects de ce moment fort de la littérature et de l’Histoire intellectuelle du XXe siècle.


Reprise des cours

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Deux cours de Michel Foucault paraissent coup sur coup en cette rentrée : Du gouvernement des vivants, enseignement délivré au Collège de France durant l’année 1979-1980 et édité par M. Senellart, et Mal faire, dire vrai, fonction de l’aveu en justice, transcription, par F. Brion et B. Harcourt, d'un cycle de conférences tenu en avril-mai 1981 à l’Ecole de Criminologie de l’Université Catholique de Louvain. Ces deux volumes, à la charnière entre la pensée politique des années 1970 et le « souci de soi » des années 1980, entre gouvernement des autres et gouvernement de soi, permettent de mesurer la continuité des préoccupations du philosophe, autour de la question de l’histoire des régimes de vérité. Le second fera l'objet d'une rencontre au centre Wallonie-Bruxelles à Paris, le 6 novembre prochain.


Classiques des sciences humaines

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Heureuse initiative des éditions Armand Colin : la réédition au format de poche des "textes fondateurs des sciences humaines", toutes disciplines. On trouvera par exemple en cette rentrée universitaire, quarante-cinq ans après sa première parution, l'essai fondateur du constructivisme: La Construction sociale de la réalité de P. Berger et Th. Luckmann, présenté par D. Martuccelli et F. de Singly. Ou encore Le Mythe de Dom Juan de J. Rousset, préfacé par G. Forestier.


Contre l'auteur

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Les Presses universitaires de Vincennes publient en cette rentrée les actes du séminaire en résidence organisé en 2009 par S. Rabau et l'équipe Fabula, en partenariat avec le projet Hermès (Histoires et théories de l'interprétation): Lire contre l'auteur. L'introduction de ce volume est disponible en ligne, au format pdf. Une page de l'Atelier de théorie littéraire conserve les archives de ce séminaire, auquel un récent appel à contributions lancé par La Lecture littéraire pour son douzième numéro vient donner en quelque sorte la réplique : "Le contre-texte".


Acta fabula — Dossier critique : "En rythme"

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Ayant pris ses quartiers d'été, notre revue Acta fabula propose un dossier critique éclectique sur la question du rythme, qui entend valoriser une approche interdisciplinaire pour rendre compte d'études qui, depuis quelques années, touchent nombre de sciences humaines. Cette notion, qui provient du répertoire musical, offre de riches perspectives, quand elle est appliquée à l'architecture, à l'histoire, à la pensée, à la littérature ou simplement aux modes de vie. Aussi M. Snauwaert montre-t-elle comment le rythme devient, dans la pensée de Meschonnic, un élément central, opérateur de subjectivité et d’historicité, à même de contrer la logique du signe en plaçant le langage au coeur de la définition humaine ; c'est un rythme identique que M. Boutet étudie à partir du travail de la sociologue A. Bidet sur les rythmes dans le travail. Sur un plan plus littéraire, M. Moreau en envisage la dimension stylistique et poétique à partir d'une réflexion collective sur Michelet et C. Jerusalem, la portée descriptive dans les récits de voyage. La musique et les corps ne sont pas pour autant délaissés : D. Vernozy recense L'Ecole du rythme d'O. Hanse et rappelle la dimension idéologique que peut recéler cette notion. Enfin, J. Peslier nous offre une réflexion originale sur les Images de pensée et questionne la possibilité de représenter le rythme et la vivacité de l'esprit à travers l'image. Un dossier à lire dans tous les sens et à son rythme, tout au long de l'été...


Atelier - Actualiser, ou pas

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L'Atelier de théorie littéraire réunit désormais plusieurs textes autour de la question de l'actualisation: après l'introduction du livre Lire interpréter actualiser dans lequel Yves Citton avait promu, en 2007, une lecture actualisante des textes du passé, il accueille les textes des interventions de la sixième séance du séminaire Anachronies. On pourra ainsi y lire la présentation d'Arnaud Welfringer, Actualiser ou inactualiser? La méthode d'Yves Citton et l'histoire littéraire, les réflexions d'Yves Citton qui revient sur son ouvrage de 2007 et propose de Détourner l'actualisation, ou encore méditer sur les deux raisons et les cinq propositions pour Ne plus actualiser de Sophie Rabau. François-Ronan Dubois, enfin, répond aux propositions avancées au cours de cette séance: Ne pas ne plus actualiser — retour sur les lectures actualisantes, du côté du monde.


Acta fabula — dossier critique : "Mémoire(s) de la perte"

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Le dernier dossier critique d'Acta fabula offre un florilège de réflexions sur la mémoire, l'oubli et la perte. Au-delà du travail même de l'historien, ce sont les mécanismes de mémoire, en tant qu'ils s'efforcent de redonner une chance à ce qui a été perdu, qui sont ici questionnés. Deux comptes rendus sont ainsi consacrés aux récents livres de R. Chartier et J. Schlanger sur les oeuvres sans textes : "Le « librillo de memoria » de Roger Chartier", par L. Depretto, et "La face cachée de la culture humaine", par K. Gosselin. S. Ben Messaoud revient sur l'entreprise de P. Hourcade de reconstituer la bibliothèque de Saint-Simon, et partant, la culture que l'auteur embrassait au moment de la rédaction de ses mémoires. La mémoire du lecteur est encore au centre de l'essai de G. Perrier sur l'oeuvre de Proust, que présente S. Duval. L'effort de remémoration rencontre, c'est inévitable, certaines limites, que N. Picard pointe à partir du dernier ouvrage d'A. Corbin. Notre dossier "Mémoire(s) de la perte" s'efforce ainsi de proposer un échantillon de réflexions, du lecteur à l'écrivain, du critique à l'historien, pour faire revivre "ce qui ne se retrouve jamais, jamais", comme le déplorait Baudelaire.


Proust, Avant Swann, c'est déjà Swann

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Le riche colloque de Cerisy (org. par Antoine Compagnon et Kazuyoshi Yoshikawa), "Swann, le centenaire", qui vient de s'achever, constitue le coup d'envoi d'une année de célébrations : s'annonce déjà  une journée à Nanterre le 3 octobre, intitulée "Proust, d'autres possibles" (org. Karen Haddad et Vincent Ferré), autour de la parution de l'ouvrage de Franc Schuerewegen, Introduction à la méthode postextuelle. L'exemple proustien,  ainsi que le séminaire de l'ITEM ("un siècle de lectures" de Swann), avant d'autres événements, annoncés en France (au Collège de France notamment, ainsi qu'à Nanterre à l'automne 2013) et en Angleterre.


Trente mots

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Trente mots: c'est le nombre de termes que compte le lexique très personnel donné par P. Bergounioux chez Fata Morgana, où paraît également ces jours-ci une réédition de ses Univers préférables qui sont ceux du récit. Au sommaire de l'abécédaire : abandonner, accepter, adultes, affres, Afrique, apurement, arc électrique, attirail, aube, autorail, beauté objective, bêtes, camarades, concepts, (en) dernière instance, détermination, ennui, étymologie, Fellini, frère, grès, Marx, noms d’étoiles, poison, rationalisme, style de vie, Tbilissi, temps, testament, le texte (et dans cette dernière entrée: Stevenson, Verne et bien sûr Faulkner). "Avez-vous remarqué", note F. Bon dans le billet qu'il consacre à ces Trente mots sur son blog, "Marx et Fellini sont les 2 seuls noms propres dans les 30 mots. Pour Marx je savais, pour Fellini je n’aurais jamais supposé. Je n’imagine même pas Pierre dans une salle de cinéma."


En situations

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N. Ferrier fait paraître aux PUPS un essai intitulé Situations avec spectateurs, qui revisite les pensées de G. Debord, B. Brecht et K. Jaspers, trois théoriciens du spectacle pour lesquels "nous ne sommes jamais simplement spectateurs de quelque chose, mais toujours spectateurs à l’intérieur d’une situation depuis laquelle nous pouvons et nous devons nous transformer, nous-mêmes et notre quotidien". On signalera aussi la mise en ligne (podcasts) des doctoriales consacrées l'an passé aux Situations de Sartre, et la récente journée d'étude sur les rapports entre morale et histoire, matérialisme et phénoménologie dans l'oeuvre de Sartre: "autour du manuscrit Cornell".


Atelier - Comme au cinéma

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Peut-on analyser les productions littéraires et artistiques antérieures à l’invention du cinéma en termes cinématographiques? C’est la question que soulève la théorie du cinématisme inspirée des écrits d’Eisenstein. L'entrée Cinéma de l'Atelier s'enrichit d'une rubrique consacrée aux cinématismes (et au pré-cinéma). On y trouvera notamment un article de Sophie Rabau, Victor Bérard ou la préparation du film, extrait du collectif Cinématismes. La littérature au prisme du cinéma paru aux éditions Peter Lang, qui proposent également l'introduction de Jacqueline Nacache: Le cinéma imaginaire (pdf). Ces propositions théoriques ont fait l'objet de la septième séance (4/5/12) du séminaire Anachronies, avec la participation de Jean-Louis Jeannelle: lire Homo cinematographicus: sur l'hypothèse d'une préhistoire du cinéma.


Verdier, la grâce

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On ne saluera jamais trop le travail accompli année après année par les éditions Verdier. Ces dernières semaines ont vu paraître coup sur coup l'essai majeur d'Henri Meschonnic, Langage, histoire, une même théorie, avec une préface de G. Dessons: livre "infaisable", mûri pendant plus de trente ans et achevé en 2008, qui démontre que "tous les mots sont des discours, et l’histoire le devenir collectif de chaque parole", si l'on entend par histoire le rapport signifiant de l’individu à la collectivité. On lira aussi sous les mêmes livrées un nouvel opus de P. Boucheron, L'Entretemps. Conversations sur l'Histoire, belle méditation d'un tableau de Giorgione, et, de J.-L. Comolli, Corps et cadre. Cinéma, éthique, politique, qui offre de "reprendre l’histoire du cinéma comme histoire politique au plus près des corps, de leur soumission ou de leur liberté" face à la pression du cadre. Le rayon "Classiques" propose aussi son lot de nouveautés: une traduction du Messager de Le Tasse (1580), l'un des dialogues les plus mystérieux du poète italien, et une nouvelle édition du Guide des égarés de Maïmonide, écrit pour les Juifs « perplexes », écartelés entre les données de l’Écriture et la rationalité philosophique, et qui se donne comme "un effort d’élucidation radicale du discours prophétique par le moyen de la langue philosophique". Et, comme chaque été, les amis de Verdier se retrouveront au Banquet des livres à Lagrasse (Aude): du 2 au 11 août sur le thème « Ombre et lumière de la solitude », avec notamment J.-C. Milner, P. Bergounioux, M. Rueff…


Textuel

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Textuel compte au nombre de ces revues qu'on doit lire en bibliothèque ou commander dans l'université qui l'imprime. La revue de l'Université Paris 7 Denis Diderot sera bientôt distribuée en librairie, où elle devrait trouver une plus large audience. Parmi ses récentes livraisons, signalons le numéro d'hommage à Francis Marmande, mais également les actes du premier colloque sur Les facultés de juger, ou encore le précieux Cahier Textuel consacré au Quart livre de Rabelais, avec des contributions des meilleurs spécialistes de la Renaissance.


Clelia 2012

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Les Sessions de linguistique et de littérature organisées par l’Association CLELIA depuis plus de quarante ans sont consacrées à l’étude des langues et littératures anciennes et modernes, de la linguistique générale, de l’histoire et de la théorie littéraires. Tous les ans, durant une semaine, à la fin du mois d’août, trois séries de conférences sont ainsi organisées autour de trois grands axes : question d’histoire ou de théorie littéraire, linguistique, présentation d’une langue.  Au programme cette année, du 27 au 31 août à Évian: La Polyphonie, par Henning Nølke, De la mythologie à la mythographie, par Charles Delattre et Introduction au Japonais, par Laurence Labrune.


Un auteur comme un autre

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Les excellentes éditions Anarchasis font paraître l'essai très attendu de L. Canfora: Le Copiste comme auteur, voué à méditer ce paradoxe qui veut que le copiste soit à la fois celui par qui le texte nous est venu et celui dont il faut résolument nier le rôle pour atteindre au texte même. Au lieu de postuler l'existence d'un archétype de l'oeuvre qu'il s'agirait de reconstituer en niant tout l'intervalle qui nous sépare de lui, L. Canfora invite à "pénétrer l’épaisseur du temps de l’existence d’un ouvrage, dans ses rayonnement divers, pour en restituer les aléas depuis les origines, depuis la composition dynamique – jamais close pour ainsi dire – par l’auteur lui-même, et, souvent, ses collaborateurs." Lire la préface de Laurent Calvié dans l'Atelier de Fabula.


Récupérer Mirbeau

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Mirbeau fait partie de ces auteurs inclassables, salué de son vivant aussi bien par un lectorat populaire que par les avant-gardes. Son oeuvre explore tous les genres (théâtre, roman, essais...), dont Mirbeau se plaît à amender les règles. La dernière livraison de Littératures revient justement sur l'écrivain polymorphe, et propose de réévaluer ses apports, en replaçant cette oeuvre dans son époque. Les Cahiers Octave Mirbeau viennent de faire paraître également leur 19e numéro, alors que P. Glaudes procure, au Livre de poche, une édition du Journal d'une femme de chambre, qui fit tant scandale lors de sa parution, et dont on peut regarder désormais la fureur dévastatrice. Le moment est peut-être venu de sauver une figure que Sartre jugeait "irrécupérable".


Ecoute !

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L’écoute est constitutive de l’être au monde de chaque individu, elle gouverne sa capacité de parole et son lien avec autrui. Non seulement conduite esthétique, mais aussi attitude existentielle et parfois épreuve au sein des vies collectives ou individuelles (bruits urbains, propagandes, bain sensible et permanent des bandes-sons imposées), l'écoute se tient au coeur de la vie sociale. Paris VII et le CRAL (CNRS-EHESS) consacrent le 31 mai et le 1er juin un colloque à cette question, qui engage non seulement les pratiques artistiques, mais aussi les modes d'être au quotidien.


Anachronies & Textes possibles

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La critique littéraire est-elle vouée à rester entièrement subordonnée à des textes qui pourraient seuls prétendre à la dignité de la création? Pour clôre l'année 2011-2012, le séminaire Anachronies a accueilli, lors d'une journée d'étude à l'ENS le 1er juin, les contributeurs du collectif Théorie des textes possibles. Pour s'initier à la théorie des textes possibles, qui renoue par certains apsects avec les convictions de la tradition rhétorique, voire de la philologie, on pourra lire dans l'Atelier "L'affaire des textes possibles", par Christine Noille, ainsi que la trilogie que Marc Escola a consacrée aux rapports entre critique et création: "Le chêne et le lierre", "Littérature seconde", et "L'accent circonflexe".


 Corée 2012

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Et si nous entendions ce qui s'invente du côté de la Corée ? C'est ce à quoi nous invite le dernier numéro de la revue Po&sie, en donnant à lire des poèmes mais également, dans une seconde partie, des essais permettant de mieux comprendre la poésie et la culture coréennes. Invitation qui se poursuit avec une série de trois rencontres proposées par Claude Mouchard, au château de Chambord, à la Maison de l'Amérique Latine et au Centre Culturel Coréen.


Et maintenant?

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La nouvelle Ministre française de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, annonce la tenue d'assises de l’enseignement supérieur et de la recherche à l'automne 2012 ainsi qu'une nouvelle loi d’orientation sur l’autonomie des universités au début de l’année 2013. Des assises? Oui, mais comment? demandent Sauvons La Recherche et Sauvons L’Université, qui invitent enseignants chercheurs, chercheurs, ingénieurs, administratifs, techniciens et étudiants à préparer ce moment et à réfléchir aux modalités et aux buts de ces rencontres. On s’étonne par ailleurs de la présence d'anciens promoteurs de la Lru dans le nouveau ministère, dont les syndicats attendent pourtant des signaux forts de rupture. Au-delà de la question de l' évaluation et du refus des conventions État-Idex, une coordination nationale des établissements scientifiques et universitaires appelle à la mobilisation dès maintenant et à la rentrée de septembre.


Carton rouge

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Déclenché à la mi-février 2012, consolidé par la grande manifestation du 22 mars et symbolisé par le désormais fameux carré rouge, le mouvement des étudiants québécois contre la hausse des frais de scolarité ne s'est pas essouflé, au point de contraindre une ministre à démissioner le 14 mai. Mais le gouvernement "libéral" de Jean Charest refuse de négocier et cherche maintenant à restreindre le droit de manifester pour casser le mouvement étudiant : une loi adoptée le 18 mai limite le droit de manifester et menace de très lourdes amendes les organisateurs de piquets de grève. Les enseignants sont entrés à leur tour de plain pied dans le conflit, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université s'étant prononcée contre cette loi. Lire également: La formidable grève des étudiants québécois", par C. Laval. Une journée mondiale de soutien aux étudiants québécois est prévue le 24 juin.


Selon Paulhan

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Quelle est la littérature selon Paulhan ? Les actes du colloque Jean Paulhan et l'idée de littérature, qui s'était tenu à l'IMEC les 18, 19 et 20 mai 2011 et que nous nous venons de publier dans les colloques en ligne de Fabula, reflètent la diversité des angles à partir desquels se laisse approcher la manière dont Paulhan est venu à la littérature, s'est appliqué à la penser, à la rejoindre, à l'habiter, à formuler le problème littéraire, et les difficultés du jugement critique. Ces études, englobant l'activité éditoriale, critique et créatrice de Paulhan, soulèvent la complexité d'une conception de la littérature nourrie à une grande pluralité de sources, sans cesse reformulée dans les diverses formes que prend son oeuvre


Translations: un programme de l'École de littérature

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Translations est le premier volet d’un programme d’échanges entre auteurs, chercheurs, traducteurs et étudiants américains, marocains et français, proposé par L’école de littérature. Il se déroulera successivement à Lagrasse, Casablanca et New York en 2012 et 2013. Il s’ouvre sur une résidence de traductions, du 7 au 14 juillet 2012, à l'abbaye de Lagrasse en France, qui réunira des écrivains, des traducteurs et des chercheurs des États-Unis, du Maroc et de France. Une vingtaine de candidatures sont sollicitées.


Acta fabula — dossier critique : "Écritures du savoir"

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Comment se négocient les rapports de l’écriture au savoir dans le champ littéraire ? De la littérature médiévale aux écrits contemporains, le nouveau dossier d’Acta fabula propose de voir comment, époque après époque, la question de la mise en fiction des savoirs parvient à s’appliquer à des corpus très variés (de Du Bartas présenté par A. Hetzel, à l’encyclopédique XIXe siècle qu'étudient C. Reffait et D. Dupart, en passant par les fictions astronomiques du XVIIe siècle dont rend compte N. Correard, l'inscription de la figure du savant dans la littérature présenté par L. Bozard et l’étude des "passeurs" de sciences à l’époque des Lumières, qu'étudie F. Aït-Touati). La revue des Annales a d’ailleurs consacré tout récemment un numéro, présenté par G. Bellon, aux "Savoirs de la littérature". Mais c’est aussi l’occasion de revenir avec L. Giavarini sur les Leçons sur la volonté de savoir de Foucault, et de réfléchir à ce que la littérature aurait à nous dire de notre monde bien réel. Au-delà donc des enjeux narratifs, thématiques et génériques, l’écriture du savoir nous engage à une réflexion épistémologique plus large, qui nous invite même à reconsidérer le geste critique. Y a-t-il un progrès de la connaissance et de la critique, qui serait en miroir du progrès scientifique ?


Théorie des textes possibles

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Deux ans après la parution sous la direction de F. Lavocat du volume La Théorie littéraire des mondes possibles (Cnrs éd.), dont Acta fabula vient de rendre compte, la revue CRIN (Rodopi) consacre sa dernière livraison à la Théorie des textes possibles, sous la direction de M. Escola. Le séminaire Anachronies (ENS/Fabula) accueillera le 1er juin prochain l'ensemble des contributeurs pour une journée d'étude en présence notamment de P. Bayard: occasion pour chacun de soumettre au débat une proposition théorique (l'Atelier de Fabula en offre un premier florilège), et pour certains de présenter leur tout dernier ouvrage. Ainsi de J. Dubois avec ses Figures du désir. Pour une critique amoureuse, de R. Saint-Gelais avec ses Fictions transfuges, ou encore de F. Schuerewegen avec son Introduction à la méthode postextuelle.


Mandelstam dans le bruit du temps

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Ralph Dutli fait paraître Mandelstam, mon temps, mon fauve: une biographie, aux éditions Le Bruit du temps, maison qui avait donné l'an passé une traduction du titre éponyme du poète, mais aussi Le Timbre égyptien. Paraissent simultanément dans la collection Tel de Gallimard les souvenirs de Nadejda Mandelstam, sous le titre Contre tout espoir. Souvenirs: portrait du poète mais aussi tableau de toute une génération intellectuelle et politique, de Boukharine à Akhmatova, de Pasternak à Chklovski, et chronique de sa rapide réduction au silence dans les années 1920-1930. "Un témoignage exceptionnel sur l'asphyxie de la culture russe qui a accompagné la prise de pouvoir par Staline".


Reconstruction

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Ce qui a été détruit peut être reconstruit. Sous le titre Ne pas trahir 2009, un appel est lancé aux organisations syndicales, aux sociétés savantes, aux associations professionnelles, aux collectifs militants de la communauté universitaire et aux organisations étudiantes pour l'organisation d'une coordination nationale des établissements universitaires le 21 mai 2012. Le Sncs appelle de son côté à une "reconstruction de la science en France". Une première Coordination Nationale des Etablissements Scientifiques et Universitaires était organisée à Paris le 21 mai 2012: lire le communiqué.


L'heure du débat

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Après des réflexions du "Groupe d'Analyse de la Dynamique des Genres et des Styles" consacrées aux enjeux poétiques des querelles classiques, la revue électronique en accès libre Contextes fête son dixième numéro par une réflexion sur les "Querelles d’écrivains (XIXe-XXIe siècles)", des querelles romantiques aux polémiques contemporaines (Camus, Houellebecq, Laurens/Darieussecq, etc.). Lorsque le séminaire Flaubert revient sur les "querelles de l'image", le numéro 8 du de la revue, elle-aussi numérique et ouverte, Argumentation et analyse du discours réfléchit à la manière dont l’insulte fait partie intégrante de nos pratiques sociales et de nos rituels conversationnels dans un numéro intitulé "Insulte, violence verbale, argumentation". C'est donc l'heure des débats, des disputes, des querelles et des polémiques.


Pour l'honneur

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Dans L'Esprit des lois, Montesquieu faisait de l'honneur le principe du gouvernement monarchique, quand les états despotiques se gouvernent par la crainte (on le sait assez) et la démocratie par vertu (on ne veut plus le savoir). La traduction chez Gallimard de l'essai de K. A. Appiah vient nous le rappeler; dans Le Code d'honneur. Comment adviennent les révolutions morales, le philosophe examine quelques révolutions morales (la tombée en désuétude du duel, l'abandon du bandage des pieds en Chine, la fin de la traite négrière dans l'Atlantique), pour cerner ce qu'elles ont en commun, en mettant au jour dans chacune de ces transitions le rôle central dévolu à l'"honneur". Trop longtemps négligée, cette notion, et son corollaire la reconnaissance, méritaient de revenir au coeur de la philosophie morale - et politique. Un volume collectif récemment paru aux PUR s'y emploie: Penser et vivre l'honneur à l'époque moderne, sous la dir. d'H. Drévillon et D. Venturino. Signalons encore à cette occasion l'entrée "Honneur" du très riche Dictionnaire Montesquieu (en ligne), sous la signature de C. Spector.


Tous à genoux

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Il y a les livres qui se lisent d'une seule main, et ceux qu'on doit lire à genoux. Le petit opuscule réédité par Le Mercure de France pourrait bien être de ceux-là: le récit de six agonies exemplaires (Mercure de France) rédigé en 1678 par le tempétueux Armand-Jean de Rancé, et donné sous le titre Relations de la mort de quelques religieux de l'abbaye de La Trappe. Pour ceux que l'exemple tenterait, on recommande toutefois les trois séries de cours consacrés par M. Heidegger à une Phénoménologie de la vie religieuse (Gallimard), qui offrent une relecture des épîtres de saint Paul, des relations entre Augustin et le néoplatonisme et une synthèse sur la mystique médiévale. Ou encore le compte rendu donné dans Acta fabula d'un volumineux ouvrage collectif consacré aux Écrivains face à la Bible (Cerf 2011). Et pour les autres, régulièrement sollicités par le scepticisme, la réédition aux éd. La Découverte d'une livraison restée fameuse de la revue du Mauss (2003), sous la direction d'A. Caillé: Qu'est-ce que le religieux ? Religion et politique.


Fondus enchaînés

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L'histoire des formes et des idées au cinéma rencontre souvent la critique et la théorie littéraires. La collection "Poétique" s’ouvre donc naturellement au septième art avec Fondus enchainés de Marc Cerisuelo, dont un copieux extrait - La fin du grand sommeil de l'introuvable dame du Lac - est reproduit dans la rubrique cinéma de l'Atelier de théorie littéraire de Fabula. Parmi de nombreuses autres ressources, on y trouvera encore différentes contributions à la réflexion sur l'adaptation cinématographique, dont un article consacré à Proust, Ruiz, Schlöndorff et Pinter ("Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu'on fait sont beaux").


Le chemin de Vincennes

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Édité au printemps 2009 pour le quarantième anniversaire de la fondation du Centre expérimental de Vincennes, le volume Vincennes. Une aventure de la pensée critique (Flammarion), supervisé par J.-M. Djian, offrait un bouquet de documents et témoignages inédits sur l'université qui a voulu réinventer l'université. C'est un ouvrage d'une tout autre ambition que font paraître ce mois-ci les PUV sous la direction de Ch. Soulié et sous le titre explicite Un mythe à détruire ? Origine et destin du centre expérimental de Vincennes: une "histoire des premiers pas de cette institution hautement paradoxale, car foncièrement anti institutionnelle", invitation à une "exploration de l’inconscient académique" susceptible de dévoiler quelques-uns des "enjeux académiques, intellectuels et pédagogiques sous-jacents à cette formidable expérience collective". La Bibliothèque numérique de Paris 8 a entrepris de son côté de numériser les riches archives de son "fonds Vincennes", mémoire d'une époque où les intellectuels ne rougissaient pas de faire (de) la politique.


L'anachronisme contrôlé

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Peut-on analyser les productions artistiques antérieures à l’invention du cinéma en termes cinématographiques? C’est la question que soulève la théorie du cinématisme inspirée des écrits d’Eisenstein. Lors de la septième séance du séminaire Anachronies (4 mai), on ne s’arrêtera pas sur ce que le cinéma doit à la littérature ou, à l’inverse, sur ce que la littérature contemporaine doit au cinéma: on préférera s’interroger sur ce que la littérature antérieure a appris sur elle-même grâce au cinéma et débusquer les désirs ou les rêves de cinéma qui l’ont hantée depuis l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle.


À gauche et à droite

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Hasard du calendrier éditorial: la parution de l'essai d'E. Terray, Penser à droite (Galilée) est concomittante de la réédition du livre d'E. Morin Pour ou contre Marx (Champs/Flammarion), et d'une salve d'ouvrages sur les relations entre littérature et politique au siècle dernier: on lira notamment, sous le titre assez élquent Cousu de fil rouge une enquête sur le voyage des intellectuels français en Union Soviétique qui présente documents inédits des archives russes (CNRS éd.), ou encore un ouvrage collectif sur Écrivains communistes français, sous la direction de G. Bridet et C. Petr (L'Harmattan).

 


Le dernier Benveniste

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L'extraordinaire postérité des Problèmes de linguistique générale (1966) a peut-être trop longtemps laissé dans l'ombre les autres ouvrages de Benveniste, et notamment l'ensemble des cours dispensés au Collège de France et restés inédits. La collection "Hautes études" des éditions du Seuil fait paraître ces jours-ci, dans une édition présentée par J.-C. Coquet et I. Fenoglio, les Dernières leçons de Benveniste (1968-1969) qui témoignent d'une impressionnante créativité théorique: invention de concepts et élucidations théoriques, analyses inédites consacrées à l'écriture, le sémanticien a eu jusqu'au bout l'ambition d'établir une théorie générale du langage. Rappelons à cette occasion la parution l'an passé du Baudelaire de Benveniste, établi par C. Laplantine, du volume Relire Benveniste, sous la direction d'E. Brunet et R. Mahrer (Academia), ou encore de l'essai de G. Dessons, Émile Benveniste: l'invention du discours (In Press), dont Acta fabula avait en son temps rendu compte.


Palmanova

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La Cité du soleil publié en 1624 par T. Campanella est généralement présenté comme l'un des textes fondateurs du genre utopique et l'intertexte constant des libertins érudits du premier XVIIe siècle, à l'instar de Cyrano de Bergerac dans ses États et empires de la lune et du soleil. Telle était la lecture que proposait l'an passé encore P. Macherey dans De l'utopie. J.-L. Fournel fait paraître ce mois-ci un essai (A. Michel) qui replace le chef d'oeuvre du philosophe italien dans le contexte intellectuel de la grande mutation de l’Europe sous domination hispanique, en nous invitant à entrer dans La Cité du soleil comme dans un précis de mondialisation.


Atelier - Le théoricien du commun

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Publié en 1926, revu six ans plus tard, «Comment devrait-on lire un livre?» s'inscrit dans une série d'essais que l'auteur de La Promenade au Phare consacre à la littérature en général et au roman en particulier. Virginia Woolf y oppose frontalement la théorie à la critique, mais en articulant la théorie à l'expérience la plus commune de la lecture, au point d'aboutir à une affirmation qui paraîtrait sans doute paradoxale à bien des étudiants comme à bien des chercheurs: l'activité théorique est le plaisir le plus vif de la lecture. «C'est donc bien de l'expérience quotidienne de la lecture, ou pour le plaisir de cette expérience, que procède la réflexion théorique», conclut François-Ronan Dubois dans sa présentation de l'article de Woolf, qu'il traduit pour l'Atelier de théorie littéraire de Fabula.


Après le bovarysme

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Fabula-LHT consacre à la notion de "Bovarysme" un numéro spécial, coordonné par M. Macé. Il s'agit de reconnaître dans la conduite identifiée par Jules de Gaultier une figure importante de l’expérience esthétique (intéressante non en dépit de ses ambivalences, mais à cause d’elles) ; d’observer ses promesses et ses complaisances ; de mettre en valeur sa force de circulation dans des domaines ou on ne l’attendait pas. On observera donc une Emma mélomane, un Derrida conjugal, un Proust apprenti, un Paulhan acrobate, un Michaux en voyage et en colère... ; on découvrira la "biographie d'une traduction", celle de Madame Bovary par Eleanor Marx, la fille de Karl ; on suivra l'aventure de la notion de bovarysme dans les débats politiques en Haïti et en Amérique latine ; on accompagnera une lecture au long cours de Jack London... Acta-Fabula consacre également un dossier de comptes rendus au destin de cette notion dans les études littéraires. Partout on mesure ici la force du rapport entre les sujets et les formes qui les emportent, les nourrissent ou les perdent. (Voir aussi la page de l'Atelier consacrée au bovarysme.)


Une tragédie sans tragique?

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W. Marx vient de faire paraître Le Tombeau d'Oedipe. Pour une tragédie sans tragique (Minuit), essai dans lequel il considère la tragédie grecque comme une pratique et un rituel à jamais perdus. Faute de pouvoir retrouver les conditions de son apparition et d'en connaître les "lieux", la critique s'est consacrée à l'édification d'un échafaudage théorique, qui aurait fini par la dénaturer. F. Dupont questionne, dans Acta fabula, cette hypothèse : "Les dieux ne lisent pas". L'Atelier publie, à cette occasion, "Que nous fait la tragédie grecque?", par W. Marx. Rappelons, également, que les rapports entre tragique et tragédie ont fait naguère l'objet d'une discussion, autour de L'Insignifiance tragique de F. Dupont, qu'on retrouvera à l'entrée "Tragique" de l'Atelier, avec des articles de G. Forestier, S. Rabau et M. Escola.


ENS: le dernier acte

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Vingt jours: c'est le délai, assez peu républicain, qui a séparé l'annonce de la démission de M. Canto-Sperber, qui quitte la direction de l'ENS pour la présidence de Paris Sciences Lettres (l'un de ces Machins qui appellent en effet une stricte "gouvernance"), de la date limite des dépots de candidature pour sa succession. Parmi les sept candidats sur les rangs, revient avec insistance le nom d'Edouard Husson, lui-même revenu de la Chancellerie et d'abord du cabinet de V. Pécresse. Les protestations n'y feront rien: la commission de nomination est nommée depuis le 9 mars. Elle se réunira le 3 avril, et le nom de l'heureux élu devrait être promulgué par décret du Président de la République le 15 avril, soit sept jours avant… le premier tour du scrutin présidentiel.


La scène et l'amphithéâtre

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D'un amphithéâtre l'autre: plusieurs colloques programmés ce printemps sont issus d'un partenariat entre une équipe de recherche universitaire et un théâtre. Ainsi de Penser le spectateur (Univ. de Strasbourg/TNS, 28-30 mars) ou encore de Voix de femmes : théâtre, pouvoir et traduction (Paris 8/TGP, 29 mars). Une équipe de Montpellier propose une formule plus originale encore: un colloque-festival sur La scène de reconnaissance dans les théâtres français et anglais du XVIe au XVIIIe s. (Univ. P. Valéry/Théâtre de la Vignette, 4-6 avril), qui proposera des "arrêts sur scène", et donc des extraits du répertoire baroque, dans la langue de Rotrou comme dans celle de Shakespeare.


Critique et police

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Devenu depuis les best-sellers de P. Bayard un genre à part entière, la critique policière et les enquêtes sur enquêtes sont en ce printemps au centre d'une intense réflexion épistémologique autant qu'historique. En témoignent notamment trois ouvrages récents consacrés à Sherlock (qui arrive donc en tête de tous les palmarès en ce printemps): de D. Meyer-Bolzinger, La Méthode de Sherlock Holmes, de la clinique à la critique (Campagne première), l'essai de N. Lever sur le mythe Sherlock Holmes de Baker Street au grand écran et la traduction de La Science de Sherlock Holmes de E.J Wagner. Ajoutons le livre de L. Boltanski, Énigmes et complots. Une enquête à propos d'enquêtes (Gallimard). Pourquoi donc le roman policier, le roman d'espionnage, la paranoïa et la sociologie devaient-ils être des inventions à peu près concomitantes?


Problèmes d'Alcools ?

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Réunissant le meilleur de la tradition de l'analyse formelle de la poésie (Bauer, Dominicy, de Cornulier), des spécialistes d'Apollinaire, qui ont déjà formé plusieurs générations de chercheurs (Daniel Delbreil), ou de jeunes chercheurs (Alexander Dickow, Laurent Zimmermann), de grands spécialistes du lyrisme (Jean-Michel Maulpoix, Henri Scepi), le colloque "Problèmes d'Alcools" propose aux lecteurs des colloques en ligne de Fabula les actes de la journée d’études organisée par Sylvie Patron à l’Université Paris Diderot-Paris 7.


Sauver l'honneur

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À l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, les Éditions de Minuit ont souhaité remettre en rayon sept ouvrages militants parus lors de la guerre d'Algérie, parmi lesquels La Question d'Henri Alleg (1958) et Les Belles Lettres de Charlotte Delbo (1961). L'initiative est accompagnée d'une plaquette (offerte en librairie et téléchargeable gratuitement sur le site de l'éditeur) intitulée Le droit de désobéissance. Les Éditions de Minuit en guerre d’Algérie et signée par Anne Simonin, auteur notamment de Le Déshonneur dans la République. Une histoire de l’indignité 1791-1958 (Grasset). Le site laviedesidees.fr publie un entretien avec A. Simonin: "Désobéir en République".


Meschonnic

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Trois ans après la disparition d'Henri Meschonnic, la revue Europe consacre l'une de ses récentes livraisons à l'auteur de Critique du rythme. Fin mars, aura lieu un colloque consacré à l'ouverture des "archives H. Meschonnic" à l'IMEC. On peut lire aussi dans Acta fabula une lecture par C. Le Meur de Gloires, la traduction des Psaumes annotés par Meschonnic (Desclée de Brouwer, 2001).


Littérature mondiale

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J. David fait paraître aux éditions des Prairies ordinaires Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la "littérature mondiale". La question goethéenne d'une "weltliteratur" trouve plus d'un écho à l'âge de la globalisation. On relira le long article paru dans Acta fabula de D. Coste intitulé "Le mondial de littérature" qui rend compte notamment de l'essai What is World Literature de D. Damrosch (Princeton U. P., 2003), ou bien l'on se rendra à l'entrée "Littérature comparée, littérature mondiale" de notre Atelier de théorie littéraire. Rappelons aussi les textes réunis naguère par C. Pradeau et T. Samoyault sous le titre Où est la littérature mondiale ? (PUV, 2005), qui offre notamment une traduction du texte d'Erich Auerbach "Philologie de la littérature mondiale" resté trop longtemps inédit en français.


Foucault et la littérature

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Tandis que doit s'achever prochainement la publication des Cours au Collège de France, l'oeuvre de Michel Foucault continue de susciter des travaux et des réflexions dans de nombreux secteurs disciplinaires, et sur diverses périodes. Pour se borner au domaine français, on signalera la réédition d'un hommage à Georges Bataille, la tenue du colloque "Foucault et la Renaissance", premier du genre, à l'Université de Toulouse-Le MIrail, du 13 au 16 mars prochains. Il y sera entre autres question des rapports entre Foucault et la "littérature", rapports sur lesquels l'ouvrage récent de J.-F. Favreau, Vertiges du langage - Michel Foucault et la littérature (1954-1968) propose une synthèse, et qui donnent également lieu en ce second semestre 2012 à un séminaire doctoral, toujours à Toulouse, coordonné par O. Guerrier. Dans une orientation plus volontiers philosophique, on mentionnera aussi les séminaires animés par P. Sabot à Lille ("Avec Foucault") et par J.-F. Braunstein à Paris I.


Actualiser, cinq ans après

49615.jpgEn 2007, en défense des études de "littérature ancienne", de Mme de Clèves et de la guichetière, Yves Citton avait promu, dans Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, une lecture actualisante des textes du passé, qui les applique aux situations présentes en un anachronisme assumé, afin de redonner à la lecture et à l'étude des classiques une pertinence qui n'allait manifestement plus de soi.  Ce neuf mars, Yves Citton est l'invité de la sixième séance du séminaire "Anachronies", où il reviendra sur la question de l'actualisation.

Jules Lemaitre : « un don d’ubiquité familière »

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Il fut « l’inventeur, dans ce temps où il y en a si peu, d’une critique bien à lui, qui est toute une création et où, dans les morceaux les plus caractéristiques et qui resteront parce qu’ils sont tout à fait personnels, il aime à faire sortir d’une oeuvre une quantité de choses qui en pleuvent alors à profusion, un peu comme des gobelets qu’il y aurait mis ». Telle est l’image du geste critique ondoyant de Jules Lemaitre (1853-1914) que dessinait Proust dans son Contre Sainte-Beuve. Cette figure oubliée de la République des Lettres méritait une exhumation : une journée d’études vient de lui être consacrée à l’Université d’Orléans en décembre 2010 dans le cadre du projet « Histoire des idées de littérature (1860-1940) », que vous retrouverez dans notre espace "colloques".


« L’anatomie du coeur humain n’est pas encore faite ». Littérature, psychologie, psychanalyse

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L’« intériorité » plus que jamais : de l’exploration tainienne de « l’intelligence » à l’invention freudienne d’un « inconscient » individuel, en passant par la psychologie pathologique d’un Ribot, s’ouvre tout un éventail de discours et de pratiques qui vont renouveler en profondeur l’image du psychisme humain. Mais au même moment se développe une « littérature psychologique » doublée d’une « critique psychologique ». Ces croisements à la fois féconds et problématiques entre science et création, programme positiviste et enquête herméneutique, sont au centre du colloque de juin 2010 organisé à l’Université Paul Valéry-Montpellier III, dans le cadre du projet « Histoire des idées de littérature (1860-1940) et que Fabula publie en ligne aujourd'hui.


Bouvard & Pécuchet : la suite                               

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On connaît le mot de Flaubert désespérant d'achever Bouvard et Pécuchet:  "Ce sera eux ou moi". Et l'on sait la suite, mais non pas la fin : les personnages survécurent à leur créateur, et le roman resta inachevé. À l'occasion de l'inscription du dernier chef-d'oeuvre de Flaubert à l'Agrégation, un colloque à l'ENS-Lyon tentera ces jours-ci de projeter les « seconds volumes » possibles pour Bouvard et Pécuchet. Deux ouvrages collectifs paraissent également sous la direction de A. Herschberg-Pierrot: Flaubert, l'empire de la bêtise (C. Défaut) et Flaubert. Éthique et esthétique (PUV). Le couple poursuit encore ses aventures en revues: Flaubert et la traduction, pour la revue de génétique; Bouvard et Pécuchet et les savoirs, numéro en ligne de la revue Arts & Savoirs coordonné par G. Séginger, ou encore Fictions du savoir, savoirs de la fiction dans Bouvard et Pécuchet.

 


Les Nouvelles littéraires, une idée de la littérature ?

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Les Nouvelles littéraires, hebdomadaire fondé en 1922 fut pendant l’entre-deux-guerres, et au-delà, l’un des lieux les plus représentatifs de la vie littéraire dans son actualité et sa conception théorique. Les meilleures signatures s’y côtoyèrent dans un titre qui fut radicalement novateur par rapport aux revues littéraires contemporaines. Dans le cadre du programme ANR Histoire des idées de littérature (HIDIL) 1870-1940, le Centre Jacques-Petit (Université de Franche-Comté) lui a consacré une "première campagne de fouilles" que Fabula vous propose de lire en ligne dans son espace "colloques".


Physique-chimie: amphi Descartes

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Deux livres paraissent coup sur coup, qui s'attachent à la pensée scientifique de l'auteur du Discours de la méthode: Descartes, des principes aux phénomènes, sous la dir. de J.-P. Cléro et E. Faye (A. Colin) et de B. Joly, Descartes et la chimie (Vrin). On doit saluer aussi l'édition du texte intégral de la monumentale Vie de Monsieur Descartes par A. Baillet (1691, près de mille pages!). Signalons à cette occasion une autre heureuse édition: Discours de la Momie et de la Licorne d'Ambroise Paré (1582). Et pour les amateurs de critique policière une enquête sur l'Énigme de la mort de Descartes par Th. Ebert (Hermann).

 


Traduttore…

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Parmi les très nombreux ouvrages consacrés à la question de la traduction, on signalera l'essai (récemment traduit de l'anglais) que lui consacre D. Bellos sous le titre Le Poisson et le bananier. Une histoire fabuleuse de la traduction (Flammarion): ce que peut et ce que fait la traduction dans tous les domaines où elle intervient, du jeu littéraire à la diplomatie en passant par le tourisme, la science-fiction ou le sous-titrage (lire un extrait dans l'Atelier de Fabula: "La traduction de textes littéraires") La dernière livraison de la revue Humoresques se demande pour sa part comment "Traduire l'humour". R. Davreu et W. Mouawad dialoguent de leur côté sur la meilleure façon de Traduire Sophocle pour la scène.


Les années Althusser

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J. Rancière fait réentendre à sa paradoxale façon la Leçon d'Althusser (La Fabrique), dont notre époque, où l'ordre capitaliste a repris à son compte l'argument marxiste de la nécessité historique et scientifique, aurait tort de se dispenser. Althusser qui fut au coeur du Moment philosophique des années 1960, comme le rappelait récemment un ouvrage paru sous la direction de P. Maniglier (PUF), mais aussi J. Derrida dans Politique et amitié. Entretien avec Michael Sprinker autour de Marx et d'Althusser (Galilée). En mai dernier également paraissaient les plus que troublantes Lettres à Hélène (Grasset).
 


Pourquoi tant de haines ?

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Les éditions Flammarion publiaient en 2009 une Histoire des haines d'écrivains qui avait fait quelque bruit. La haine serait-elle plus clairvoyante que l'amour en matière de livres? La détestation aurait-elle bon goût? On en jugera avec le recueil par lequel l'auteur de L'Assommoir fit ses débuts en critique littéraire: Mes haines (1866), que donne à lire la collection GF du même éditeur, rassemble les chroniques de la première campagne de Zola en faveur de la modernité esthétique. La haine n'épargne pas les autres arts, comme en témoigne la récente livraison de Recherches & Travaux intitulée La Haine de la musique.


Tintin, Lapinot et les autres...

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Quelques années après sa complète reconnaissance comme pratique artistique, la bande dessinée intéresse désormais de plus en plus de chercheurs, qui y trouvent un terrain particulièrement fertile où théorie du cinéma, théorie littéraire et théorie de l'image se combinent. C'est poursuivre le travail initié par des revues comme Neuvième Art et par ces auteurs qui ont eux-mêmes encouragé et permis une plus ambitieuse lecture de ce que l'on nomme encore parfois avec dédain la "BD". Et la veine est loin d'être tarie : il n'est que de compulser le riche catalogue de la maison d'édition bruxelloise, Les Impressions nouvelles, pour s'en convaincre, ou de suivre la nouvelle collection "Iconotextes", lancée récémment aux Presses universitaires François-Rabelais, avec un premier volume consacré au récit en images chez Hergé. Acta fabula suit le mouvement et propose, cette semaine, deux articles sur Tintin (étudié par L. Gerbier) et sur la maison d'éditions L'Association (présenté par N. Geneix). Dans MetaMaus enfin, Art Spiegelman explore, vingt-cinq ans après la parution de Maus, les questions cruciales soulevées par ce classique de la bande dessinée.


Vertus passives

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L'excellente "petite bibliothèque" des éditions Payot-Rivage propose les actes restés inédits du séminaire donné en 2005 par Carlo Ossola au Collège de France, sous le titre En pure perte. Le renoncement et le gratuit, éloge de ces "vertus passives" qui font plus que force et que rage: patience, renoncement, détachement (la "déprise" selon R. Barthes). On rapprochera cette enquête sur la valeur du renoncement des deux derniers titres d'un autre philosophe italien: G. Agamben, dont le même éditeur a fait paraître l'été dernier De la très haute pauvreté, relecture passionnée du monachisme occidentale, et dont les éditions du Seuil publient ce mois-ci Opus Dei. Archéologie de l'Office dans une traduction de M. Rueff.


Rions un peu avec G. Genette

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 G. Genette fait paraître dans la collection "Fiction & Cie" des éditions du Seuil, Apostille, troisième tome de son abécédaire personnel, opus incertum ouvert avec Bardadrac (désormais au format de poche) et poursuivi avec Codicille. Ce mois de janvier voit aussi la publication de l'un des rares collectifs consacrés au théoricien: La Pensée esthétique de Gérard Genette (PUR), en attendant, pour le printemps, les actes du colloque « Il n'y a rien de plus pratique qu'une bonne théorie ». Gérard Genette et les théories du cinéma. Rappelons aussi l'une des pages de notre Atelier: "Humour: réflexions sur une proposition de G. Genette", par B. Gendrel et P. Moran, ainsi que la parution prochaine d'un entretien avec A. Compagnon et P. Roger dans la revue Critique.


Dossier critique Acta fabula : "Nouveaux chemins de l'histoire littéraire"

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L'histoire littéraire est, depuis quelques années, en plein renouveau critique et théorique, empruntant de nouveaux chemins et s'efforçant de diversifier les points d'accroche pour saisir le phénomène littéraire. Que l'on pense, par exemple à la réflexion de G. Philippe et J. Piat sur la langue littéraire ou au numéro de LHT consacré à "l'histoire littéraire des femmes". Acta fabula a souhaité revenir, dans sa livraison de janvier 2012, sur trois projets récents et engager le débat autour de French Global (ouvrage dirigé par S. Suleiman et C. McDonald, et présenté par J.L. Jeannelle, M. Murat, M. Reid et A. Vaillant), de l'essai L'Histoire littéraire d'A. Vaillant (dont on peut lire l'avant-propos et une mise en application par S. Dubois) et du projet d'histoire littéraire des écrivains (voir les numéros de La Licorne recensé par H. Baty, de la Romanic Review présenté par A. Glinoer et de l'introduction d'un collectif à paraître). Bornes chronologiques, frontières disciplinaires, position du critique, constructions théoriques et fictionnelles: autant de questions soumises à l'examen dans notre dix-neuvième dossier critique.


La beauté, avant toutes choses

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Sous ce titre, on peut lire ce mois-ci un essai "d'herméneutique matérialiste" par G. Molinié, et un ouvrage de G. Dotoli, qui voit dans la beauté "le salut du monde" (tous deux chez Hermann). Mais aussi un dossier ouvert à toutes les contributions sur le site du mouvement Transitions, avec notamment des propositions de J.-P. Sermain, C. Habib, D. Denis, M. Hénaff… Rappelons aussi l'Histoire de la beauté donnée il y a quelques années par U. Eco (Flammarion).


French theory. Les alliés substantiels

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Avec la disparition de ses principales figures, on pouvait croire clos (mais non pas achevé) le corpus de ce qui se nomme partout ailleurs qu'en France la french theory. Les rayons de nos bibliothèques, et nos façons de penser, vont pourtant accueillir dès ce mois-ci quelques nouveaux titres inédits ou jusqu'ici indisponibles, et pour certains inattendus. Après Politique de l'amitié l'an passé, les éditions Galilée donnent deux nouveaux opus de J. Derrida: Histoire du mensonge et Les Yeux de la langue. Le Seuil publie les cours au Collège de France de P. Bourdieu, Sur l'État. Klincksieck donne les Rudiments païens de J.-F. Lyotard. Trois ouvrages de F. Guattari paraissent aussi coup sur coup, un journal qui court de Leros à La Borde,  un recueil de textes qui éclairent la rédaction de l'Anti-Oedipe avec Deleuze, et Lignes de fuite, ou comment faire advenir des possibles dans un capitalisme mondial intégré. Et le mémorable Journal de deuil de R. Barthes reparaît dans un format de poche (Points Seuil). Rappelons aussi l'entretien de M. Foucault publié l'an passé aux éd. Ehess sous le titre Le beau danger (éd. EHESS).


Eh bien : dansez maintenant ! 

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Alors que le centre Pompidou consacre, jusqu'au mois d'avril, une exposition aux liens entre les arts visuels et la danse, un certain nombre de travaux en sciences humaines reviennent, en ce début d'année, sur cette forme d'art. Dans Claudel Danse Japon, M. Wasserman étudie deux ballets dont l'argument est dû à Claudel. L'atelier des doctorants en danse organise pour sa part une journée d'études consacrée aux oubliés de l'histoire de la danse et invite à une réflexion sur l'écriture de cette histoire, dans laquelle la mémoire supplée bien souvent aux traces écrites. Dans Si la danse est une penséeD. Noguez interroge l'essence de la danse, tandis que la revue Le Pan poétique des muses lance un appel à contributions  portant sur les rapports entre la danse et la poésie.  En ce mois de janvier, tout nous incite donc à répondre au mot d'ordre du Pina de Wim Wenders : Dansons, dansons, sinon nous sommes perdus !


La musique donne le "la"

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La récente salve d'ouvrages sur la musique témoigne d'un regain d'intérêt théorique et philosophique pour cet art, en même temps que de l'ouverture interdisciplinaire de la musicologie actuelle. Parmi les titres généraux tout récents, signalons l'anthologie de textes littéraires et philosophiques sur la musique présentée par V. Vivès, et les Éléments d'esthétique musicale, un ouvrage collectif dirigé par C. Accaoui qui dresse le répertoire des "Notions, formes et styles en musique". Rappelons aussi les deux livres de Th. Dommange, L'Homme musical. La notation en mots dans l'oeuvre de Schumann et Instruments de résurrection. Étude philosophique de La Passion selon saint Matthieu de J.-S. Bach. Ou encore, l'ouvrage de T. Picard sur le théoricien Boris de Schloezer, ou celui de Yannick Seité, Le Jazz à la lettre. L'entrée "Musique" de notre Atelier de théorie littéraire abrite une page qui regroupe désormais tous les comptes rendus parus dans Acta fabula sur des ouvrages relatifs à la musique ou aux rapports entre musique et littérature, et qui renvoie aussi, parmi nos colloques en ligne, aux actes d'une journée d'études "Littérature et musique" à l'ENS.


Personnages en quête de théorie

49027.jpgLa catégorie du personnage semble inhérente à toute fiction, et à ce titre anhistorique. Or elle pourrait s’avérer d’un usage problématique lorsqu’elle est appliquée à des oeuvres antérieures au paradigme du roman "réaliste" du XIXe siècle qu’ont largement privilégié certains théoriciens de la notion: elle véhiculerait tout un ensemble de présupposés, notamment en termes d’analyse psychologique, assez étrangers aux fictions antiques ou classiques. La cinquième séance du séminaire « Anachronies » (le 03 février 2012) abordera les problèmes liés à la notion de personnage à partir de deux études de cas: l’Énéide de Virgile et les Fables de La Fontaine.

La Civlisation du journal 

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Vaste entreprise collective, La Civilisation du journal se propose d’étudier d’un double point de vue, à la fois historique et littéraire, le siècle d’or de la presse écrite française. Réunissant plus de soixante auteurs venus de la littérature et de l’histoire politique, culturelle et sociale, cette somme entend aborder les différentes manifestations de l’entrée dans l’ère médiatique qui s’est opérée en France entre 1800 et 1914. L’ouvrage propose ainsi des études consacrées aux conditions concrètes de l’activité journalistique, un inventaire des différentes formes qu’ont pu prendre le périodique au XIXe siècle, des analyses consacrées au matériau textuel lui-même, autant d’entrées qui permettent de mettre au jour l’émergence d’un mode de représentation fondé sur l’écriture et la diffusion périodique, d’une véritable culture de la presse.


Raison des effets

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Nul ne saurait mieux nous en convaincre qu'un journaliste du Figaro dénonçant le "bourdivisme": on a aujourd'hui comme hier de très bonnes raisons de lire et relire P. Bourdieu. Dix ans après sa mort, les éditions du Seuil font paraître, ses cours inédits au Collège de France (1989-1992): Sur l'État, soit cette "fiction collective aux effets bien réels qui est à la fois le produit, l'enjeu et l'espace ultimes de toutes les luttes d'intérêts". Le même éditeur réédite dans sa collection "Points" la seconde partie de l'oeuvre du sociologue dont Les Règles de l'art, et les méconnues Méditations pascaliennes, dialogue inattendu entre deux théoriciens de la "raison des effets". La revue Sciences humaines (disponible en kiosque ou en ligne) consacre un numéro spécial à l'oeuvre du sociologue. Signalons aussi une exposition à Strasbourg qui réunit 150 photographies en noir et blanc prises par Pierre Bourdieu entre 1958 et 1961, lors de son séjour en Algérie.


Perec Condottiere

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"Gaspard Winckler est un peintre faussaire travaillant pour le compte d'Anatole Madera. Depuis plusieurs mois, il consacre son temps à la réalisation d'un faux Condottière, célèbre tableau conservé au Louvre réalisé en 1475 par Antonello da Messina. Dès le début de l'intrigue, Winckler assassine son commanditaire. Enquête sur les mobiles de ce meurtre." Tel est le résumé diffusé par les éditions du Seuil d'un roman inédit de Georges Perec qui paraîtra en mars prochain dans "La Petite Librairie du XXe siècle", sous le titre du Condottière et avec une préface de C. Burgelin. Pour saluer l'événement, la revue Europe, qui fêtera cette année son millième numéro, consacre un numéro double à Perec (n° 993-994).


Bergson dans toutes les poches

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Bergson sera dans toutes les poches en cette année 2012. Tombée dans le domaine public, son oeuvre déjà rééditée dans la collection "Quadrige" aux PUF entre titre après titre au catalogue de la "GF" chez Flammarion: paraissent dès ce mois de janvier, dans des éditions nouvelles, Matière et mémoire et Les deux sources de la morale et de la religion, en attendant L'Évolution créatrice.


Anacharsis 

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Le nom du philosophe scythe désigne par antonomase l’étranger avisé, le « regard du dehors » qui met à distance les moeurs habituelles de la Cité. C'est aussi depuis le début du nouveau millénaire le nom d'une maison d'édition toulousaine spécialisée dans les récits de voyages, d'essais et d'autres textes voués à la rencontre entre les cultures (diff. Les Belles lettres). À son catalogue, on trouve en outre une courageuse collection d'essais, parmi lesquels les récents volumes Bayle et la liberté de conscience ou Les Postures libertines de J.-P. Cavaillé, en attendant le Copiste comme auteur de L. Canfora.


Le Magasin du XIXe siècle

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Se substituant au bulletin Dix-neuvième siècle, Le Magasin du XIXe siècle est une revue annuelle lancée par la Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Doté d’une nouvelle maquette, Le Magasin du XIXe siècle est également marqué par un nouvel esprit éditorial. Désireux de se démarquer des revues scientifiques traditionnelles et animé par un esprit de « vulgarisation », dans l'acception la plus noble de ce terme, Le Magasin du XIXe siècle souhaite s’ouvrir à de nouveaux lecteurs et susciter en eux le goût du XIXe siècle, en leur faisant découvrir le fruit des recherches en cours. Cette première livraison met notamment à l'honneur un dossier consacré à la question des femmes auteurs au XIXe siècle.


Sous le signe de Baudelaire

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Quelques semaines après la sortie du livre d'Yves Bonnefoy et la tenue à Paris d'un colloque international sur les réceptions critiques de l'auteur des Fleurs du Mal, A. Compagnon consacre son cours et son séminaire au Collège de France à Baudelaire, comme figure irréductible, moderne et antimoderne. Occasion pour Y. Bonnefoy de revenir au Collège, ce mardi 10 janvier, pour donner une conférence inaugurale au titre programmatique : "Pourquoi Baudelaire ?". On pourra d'ici là relire l'un des tout premiers articles parus dans Acta fabula, "Bonnefoy lecteur de Baudelaire" par C. Alduy. Se tiendra enfin, au printemps, un colloque sur le même thème. Autant de retours à un poète qui nous permet, comme l'écrit Bonnefoy, de "garder la foi en la poésie".


Acta fabula — Dossier critique : "Le mal, en mots et en images"

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Le mal a progressivement contaminé les arts du « court XXe siècle », modifiant profondément le rapport au réel et les façons d’en rendre compte. Acta fabula propose un aperçu de ces questions, en s’intéressant plus précisément à la seconde moitié du siècle. Cinéma, théâtre, littérature, philosophie, psychanalyse sont autant de domaines, qui ont dû composer avec et sur le mal. O. El Mansouri présente les mises en scène de Titus Andronicus, à partir de l’étude de S. Blanchet‑Beucher, quand P. Coudurier questionne les analyses de S. Rollet sur le traitement par le cinéma des génocides. S. Lacoste revient, pour sa part, sur les vertus heuristiques de Sade, dont É. Marty a démontré l’omniprésence dans les modernes sciences humaines. S. Lacoste et M. Vernet reviennent, enfin, sur l'histoire du mal, depuis la Révolution, à partir d’un collectif consacré aux « Puissances du mal », en tentant par là d'éclairer la confusion morale qui hante encore notre XXIe siècle.


Le commentateur commenté

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Jean-Pierre Richard aura 90 ans cet été. Pour lui rendre hommage, la revue Littérature a demandé à certains écrivains qu’il nous a donné à lire – D. Barbéris, G. Farasse, P. Michon, P. Bergounioux, C. Pradeau et D. Guillaume – de lui consacrer à leur tour un texte. Trois articles inédits du héraut de la critique thématique complètent ce volume, introduit par J.-Cl. Mathieu, qui explore, témoignages et analyses mêlés, la relation commenté/commentateur.

 



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