Fabula, la recherche en littérature (accueil)

Editoriaux 2010

Les facultés de juger

Sous le titre Les facultés de juger. Critique et vérité, un colloque réunira à Paris du 7 au 10 avril prochain journalistes, critiques professionnels, critiques universitaires, éditeurs de revues et écrivains, pour proposer une formulation contemporaine de la question du jugement esthétique. Qu'en est-il aujourd'hui du geste critique ? Comment juge-t-on, à l'aune de quelles règles et pour quel partage esthétique ? Quelles relations entretiennent désormais, au plan théorique, critique et création, et comment s'articulent dans la poétique des oeuvres la réflexion critique et le geste créateur ? Le temps est peut-être venu de s'attaquer au soupçon anti-intellectualiste qui anime une part de l'opinion publique et des médias. Soyons résolument critiques !

"Intus, et in cute"

Pour une histoire de l'intime et de ses variations : tel est le mot d'ordre que lancent A. Coudreuse et F. Simonet-Tenant dans le dernier numéro de la revue Itinéraire, destiné à offrir une perspective diachronique sur une question qui n'a de sens de replacée dans un cadre historique précis. C'est précisément à cette tâche qu'ont été consacrées différentes publications récentes : Les Ecrits du for privé en Europe du Moyen Age à l'époque contemporaine aux PU de Bordeaux, Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives de F. Simonet-Tenant chez Academia Bruylant, Le Moi et ses modèles : genèse et transtextualités chez le même éditeur, ou encore Les Journaux de la vie littéraire aux PUR. On y voit que "la question de l'intime et de ses variations au cours des derniers siècles fonctionne comme une chambre d'échos de notre société et de ses contradictions", ainsi que l'écrivent A. Coudreuse et F. Simonet-Tenant. "Comme l'amour dans la fameuse formule de Rimbaud, l'intime est sans doute à réinventer".

Dossier critique d'Acta fabula  : "Actualité d'Hermann Broch"

Quelques mois après la traduction en français aux Éditions de l'Éclat de La Théorie de la folie des masses, Acta fabula revient sur Hermann Broch, auteur encore trop peu reconnu en France. Vincent Ferré, qui a coordonné ce numéro, propose quelques repères sur la réception française de son oeuvre et les travaux universitaires qui lui sont consacrés. L'oeuvre de Broch est protéiforme, en ce qu'il est à la fois penseur, écrivain, philosophe, sociologue, et politologue : rendant compte de cette foisonnante diversité, Dj. Gani présente trois de ses livres traduits récemment en français (Théorie de la folie des masses, Logique d'un monde en ruine, Autobiographie psychique) et éclaire sa pensée pratique et politiqueses écrits philosophico-poétiques sans oublier la figure de l'écrivain. On se reportera également, dans le prolongement de ce dossier, à la recension par V. Message (publiée dans un précédent numéro d'Acta fabula) de l'ouvrage de Gunther Martens, qui interroge la question de l'autorité chez Broch et Musil, ainsi qu'à la présentation par V. Ferré de la Dégradation des valeurs - ces notes de lecture entendent faciliter l'accès à un texte que l'on prend parfois pour un condensé de la pensée de Broch, en particulier sur la question des valeurs et de leur désintégration.

Pour la poésie contemporaine

La poésie contemporaine est aussi fragile dans sa diffusion qu'essentielle par le rôle qu'elle joue au coeur de la pensée de la littérature. Soutenue depuis plus de trente ans par la revue Po&sie, qui offre un espace à la création mais aussi à la philosophie et à la théorie littéraire (on trouvera dans son dernier numéro  des textes de création, deux hommages à H. Meschonnic, une étude sur G. Ungaretti). Elle fait également l'objet d'un séminaire en cours, « La poésie contemporaine, hypothèses théoriques et critiques » (Paris 4 / ENS), où interviendront notamment M. Rueff, J. Daive, V. Magrelli et J.-M. Gleize. A lire aussi, le travail de synthèse de V. Vivès en foliothèque à propos d'une oeuvre incontournable, les Poèmes d'Yves Bonnefoy. A lire ou relire, l'étude, parue il y a quelques mois, de S. Baquey à propos d'un autre poète contemporain important, Denis Roche.

L'Oeuvre parle

Décédée en décembre 2004, Susan Sontag laisse une oeuvre complexe et protéiforme, mais soutenue de part en part par une même exigence intellectuelle, rétive à toute forme de concession. Les éditions Christian Bourgois proposent aujourd'hui de la réunir au fil de volumes dont cinq ont déjà paru : on retrouvera donc en premier lieu la célèbre étude Sur la photographie, l'essai L'Écriture même, consacré à Barthes dont elle était proche, et La maladie comme métaphore, analyse littéraire doublée d'une seconde analyse s'attachant au cas des représentations du sida. Le quatrième volume propose le premier roman de Sontag, Le Bienfaiteur, quand le cinquième regroupe sous le titre L'Oeuvre parle une série de textes de jeunesse, dont le fameux "Le style Camp". Pour compléter ces lectures, on pourra encore se plonger dans les carnets et journaux de l'écrivain : le titre Renaître inaugure une série de trois ouvrages qui en présentent une sélection.

Faire des histoires

Popularisé par le livre de C. Salmon, Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (2007), le terme de "storytelling" est au centre du dernier livre d'Yves Citton, Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Amsterdam, 2010), qui propose de faire du "triomphe de la fable" un instrument d'émancipation. L'Atelier de théorie littéraire de Fabula accueille de larges extraits de cet ouvrage, au sein d'une nouvelle entrée "storytelling" qui regroupe comptes rendus et liens utiles. Les deux auteurs débattront de leurs thèses respectives le 25 février prochain, à l'occasion aussi de la parution de Kate Moss machine de C. Salmon. Un colloque à Leeds nous invite également à "chercher l'intrigue", en s'intéressant à l'importance du "storytelling" dans la fiction populaire.

Le sociologue, l'écrivain et l'historien

Après La Condition littéraire (2006), le sociologue B. Lahire se confronte avec Franz Kafka à un monument de la littérature mondiale. Au-delà de la "biographie sociologique", Lahire pose les bases d'une théorie de la création littéraire qui entend dépasser à la fois l'enfermement dans le texte et l'enfermement dans le champ: les oeuvres ne sont envisagées ni comme des solutions esthétiques à des problèmes formels ni comme des manières de jouer des coups dans un "champ littéraire". Le prologue de cet ouvrage ambitieux (mais qui, selon P. Assouline, pourrait inquiéter les littéraires) peut être consulté sur le site des éditions La Découverte. Aux éditions Agone, Le Sociologue et l'Historien reprend cinq entretiens entre R. Chartier et P. Bourdieu, qui revient sur quelques concepts fondamentaux, notamment ceux d'"habitus" ou de "champ".

Lire: le sens du corps, le sens du temps

Deux séminaires successifs, ce vendredi 12 février à l'université Paris VII, invitent à rouvrir la question de la lecture et de l'interprétation. Le matin, Raphaël Baroni est invité à débattre de la pensée de Ricoeur et de la place de l'expérience temporelle dans la lecture; l'après-midi, un bilan des réflexions récentes sur la métaphore de la contagion au théâtre permettra d'ouvrir une vaste réflexion sur le rôle du corps dans la compréhension et l'interprétation des textes. Après une journée consacrée à la question de la simulation, "Ce qui arrive au lecteur", ces deux séminaires s'inscrivent dans un projet collectif, Hermès, qui porte sur l'histoire, les pensées et les pratiques de l'interprétation.

Marivaux journaliste

L'inscription d'un auteur au programme des Agrégations de lettres nous vaut une salve d'ouvrages critiques, dont Fabula tient le registre. Elle est parfois l'occasion d'heureuses initiatives éditoriales: ainsi en va-t-il de Marivaux. Outre la parution d'une livraison de la Revue des Sciences Humaines qui brosse le portrait d'un "Marivaux moderne et libertin", on pourra redécouvrir que le dramaturge fut aussi l'un des tout premiers promoteurs du roman à la première personne, avec une nouvelle édition du Paysan parvenu, mais aussi un singulier "journaliste": le promoteur d'une dizaine de "périodiques" dont il fut l'unique rédacteur, vingt-cinq années durant. La collection GF-Flammarion livre en deux forts volumes une nouvelle édition de l'ensemble de ces Journaux, au carrefour du reportage urbain, de l'essai philosophique et de la fiction narrative ou épistolaire: du Spectateur français à l'Indigent philosophe, Marivaux s'émancipe toujours mieux de la tradition des "moralistes" du siècle précédent, pour inventer, avec un nouveau genre littéraire, une pratique impertinente de la philosophie.

Révolutions homériques

Comment le nom d'Homère a-t-il pu être convoqué au cours de l'Histoire au nom d'un retour à l'origine, pour en être en même temps le garant de la rupture littéraire et esthétique ? De Lucien de Samosate à Aragon et James Joyce, en passant par la Renaissance, la Querelle des Anciens et des Modernes, les Lumières et le Romantisme, on ne compte plus les "révolutions homériques": issu d'une journée d'études organisée à l'ENS par l'équipe Fabula et le Centre de l'Université Chicago à Paris, un récent ouvrage collectif en établit la chronologie. Le texte d'introduction à cette journée peut être consulté dans l'Atelier de théorie littéraire.

Du style!

Sous le titre "Du style !", la dernière livraison de la revue Critique offre un panorama des ouvrages récents où se dessine un "tournant anthropologique" dans l'appréhension des pratiques du style, qu'elles soient littéraires, musicales, gestuelles, psychiques ou économiques, religieuses, ou encore politiques… Un séminaire s'attache aux pratiques et aux pensées du style, sous l'intitulé "Faire des manières" (à l'EHESS, à partir du 2 février), tandis qu'une réflexion solidaire de ces questions se tient à l'ENS-LSH. On lira encore dans notre revue des parutions Acta fabula le compte rendu consacré au récent ouvrage de de J.-D. Gollut, Le Sens du style. L'entrée "Style" de notre Atelier de théorie littéraire propose elle aussi un ensemble de références sur les enjeux et l'actualité de la question.

Retour sur Homi K. Bhabha et les postcolonial studies

Le 28 mai dernier, Homi K. Bhabha recevait à Saint-Denis le doctorat honoris causa de l'université Paris 8. T. Samoyault et M. Cuillerai publient dans un dossier critique d'Acta fabula les textes de leur intervention, prononcée à cette occasion. La parution, en traduction, des Lieux de la culture en 2008 chez Payot mettait à l'honneur l'un des théoriciens les plus influents des études postcoloniales, jusqu'à alors méconnu en France. L'Atelier de fabula propose, par ailleurs, une série de réflexions sur les études postcoloniales et recense les différents articles parus dans Acta fabula à ce sujet.

Histoire culturelle

Simple signe des temps ou infléchissement sensible des recherches en sciences humaines, les PUF font paraître ces jours-ci, directement au format semi-poche, le premier dictionnaire consacré à l'histoire culturelle de la France, du XIXe siècle à nos jours, sous la direction de C. Delporte, J.-Y. Mollier et J.-F. Sirinelli: quelques 300 articles qui traitent de tous les "objets de culture, acteurs culturels, usages et pratiques, mais aussi sensibilités et valeurs, croyances et imaginaires communs, normes et univers symboliques", qui éclairent les comportements collectifs de la société française. On signalera aussi la parution concomitante d'ouvrage collectif consacré à L'Espace culturel transnational, sous la direction d'A. Boschetti. L'Atelier littéraire de Fabula offre de son côté un panorama des "études culturelles". Signalons la venue à Paris ce mois-ci de la théoricienne G. C. Spivak à l'occasion de la parution en France de deux de ses essais les plus célèbres. Ainsi que la journée d'études "Le postcolonial comparé: anglophonie, francophonie" oragnisée par C. Joubert (Paris 8), le 19 février prochain. Ainsi que la traduction française des essais de R. Williams sous le titre: Culture et matérialisme.

Moraliste ou mémorialiste?

Il fallait un successeur à Pascal dans la rubrique, désormais fixe, "littérature & débats d'idées", des programmes de Français pour les Terminales littéraires: ce sera Charles de Gaulle, et le tome III des Mémoires de guerre, dont on connaît le titre: "Le Salut". Pascal Quignard succèdera à Laclos pour le chapitre "langage verbal & images", et ses limpides Matins du monde aux Liaisons dangereuses. Pour le reste, on garde l'indépassable Homère au rang des "grands modèles littéraires", et il revient toujours à Beckett de sonner la Fin de partie.

"Je préfère faire confiance au réel..."

Samedi 16 janvier, une rencontre est organisée avec Carlo Ginzburg, auteur du Juge et l'historien. Considérations en marge du procès Sofri, dont toute l'oeuvre explore la manière dont on peut dire le droit et écrire l'histoire. Seront présents, à l'occasion de deux nouvelles parutions (annoncées pour la fin de l'année 2010 aux éditions Verdier) et d'un débat autour des rapports entre historiographie et fiction : Carlo Ginzburg, Simona Cerutti, Krzysztof Pomian, Jacques Rancière, et Martin Rueff.

Retour vers le Japon

Le rapport entre la France et le Japon, fait à la fois d'attirance, de questionnement, d'incompréhension, créateur de renouvellement grâce au détour par l'altérité, a joué un rôle important depuis le 19e siècle au moins. Un prochain colloque à l'ENS revient sur cette question pour le 20e siècle, de Malraux (évoqué par H. Godard) à Barthes (dont parlera Cl. Coste), ou à J. Roubaud (présent par le biais d'un film inédit). Rappelons à cette occasion la republication récente d'un recueil d'articles de M. Pinguet, dédicataire de L'Empire des signes encore peu connu en France, ainsi que les ouvrages sur la question de Ph. Forest et de M. Ferrier ou encore Ch. Doumet. Autant d'outils pour explorer ce rapport de « contresens » productif, selon le mot de Proust repris par Ph. Forest pour son livre naguère recensé dans Acta, qui relie la France au Japon.

Le démon de l'analogie

Il y a tout juste un an, P. Bayard prouvait de façon incontestable, dans Le Plagiat par anticipation, que Maupassant avait plagié Proust ; aujourd'hui, c'est au tour de M. Darrieussecq, dans son essai Rapport de police, de démontrer qu'Une Partie de campagne plagie Les Raisins de la colère (et réciproquement, ce qui est peut-être une circonstance atténuante). À croire que l'oeuvre de Maupassant, peuplée de personnages experts en imposture, hantée par la figure du double, et féconde en mystifications littéraires, n'est qu'une mosaïque de copiés-collés en tous sens. En attendant les compléments d'enquête qui ne manqueront pas de faire toute la lumière sur ces ténébreuses affaires, on suivra les réflexions de M. Darrieussecq, qui s'interroge, à partir d'une position manifestement borgésienne, sur le sens de la "plagiomnie", l'accusation calomnieuse de plagiat, laquelle fait fond sur toute une mythologie romantique quant à l'originalité, la singularité, l'unicité de chaque auteur – et méconnaît le grand principe de toute herméneutique littéraire, selon lequel il n'est aucun texte qui ne finisse, moyennant un peu d'ingéniosité ou de paranoïa, par ressembler à un autre.

Prochainement en librairie (et sur cet écran)

L'équipe Fabula vous invite à prendre connaissance des principales publications annoncées par les éditeurs pour l'année 2010, d'un seul coup d'oeil mais un rayon après l'autre: histoire littéraire, critique, poétique, génétique, esthétique et sciences humaines, tout y est déjà. Tous les titres que nos pages Parutions signaleront fidèlement jour après jour, et dont notre revue en ligne Acta fabula rendra compte mois après mois, en proposant également des dossiers critiques. Après celui consacré au Centenaire de la Nrf en décembre, on découvrira prochainement un ensemble d'articles consacrés au théoricien américain des post-colonial studies H. K. Bhabha.

Meilleurs voeux

"Je ne prendrai pas de calendrier cette année, car j'ai été très mécontent de celui de l'année dernière !" (Alphonse Allais).
L'équipe Fabula souhaite à tous ses visiteurs une année 2010 riche en lectures, projets, idées, échanges, débats et rencontres. Une année obstinément solidaire dans le nouveau monde des universités "autonomes" et concurrentielles.

Editoriaux 2009...

Editoriaux 2008...

Editoriaux 2007...

Editoriaux 2006...

Editoriaux 2005...

Editoriaux 2004...


Fil d'information RSS    Fabula sur Facebook    Fabula sur Twitter