Fabula, la recherche en littérature (accueil)

Editoriaux 2009

Alfred Jarry n'est pas mort

Alors que le centenaire de la mort de Jarry s'éloigne, l'actualité autour du père d'Ubu ne fléchit pas. À l'occasion de l'entrée au répertoire d'Ubu Roi, les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française explorent la figure complexe de ce Surmâle de Lettres, touche-à-tout qui s'identifia tant à son personnage que l'on a tendance à oublier ses autres masques : poète symboliste, romancier, dessinateur, chroniqueur de l'actualité… Loin des théâtres officiels, Ubu Roi fonctionna parfois comme une arme politique redoutable : la dimension internationale de cette oeuvre, qui fut dans bien des pays un moyen de porter sur la scène les contradictions et la violence des régimes totalitaires, transparaît dans les actes du colloque Jarry et la culture tchèque. Enfin, l'Almanach illustré du Père Ubu de 1899, parodie des almanachs populaires qui faisaient la joie de tous, fait l'objet d'une réédition en fac-similé ; mais pour que les lecteurs puissent savourer tout l'humour de Jarry, qui se gausse des travers de ses contemporains, le volume est accompagné de commentaires érudits qui tâchent d'en extraire tout le suc.

Imaginer Sartre heureux

Chez Sartre, a-t-on l'habitude de lire, pas de détente – pas de repos, de dégagement ni même de gaîté... Aucun bonheur, alors, dans la philosophie et l'expérience sartriennes ? La pensée de Sartre a pourtant fait place à une véritable théorie de la « joie » ; sa littérature à la figuration de « moments parfaits » ou d'instants mélodiques ; et sa vie à des régions d'euphorie, de plaisir au piano, de coïncidence avec soi. Après une journée consacrée à "Sartre et les sciences sociales", la session littéraire du colloque annuel du Groupe d'études sartriennes, les 19 et 20 juin prochains, à l'ENS (au 29 rue d'Ulm) se penche sur ces bonheurs de Sartre, et accueille en particulier une table ronde autour du livre de François Noudelmann, Le Toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano.

Émotions & puissance de la littérature

Pourquoi pouvons-nous avoir peur en lisant un  roman ? Pourquoi nous arrive-t-il de rire ou de pleurer au théâtre ? Qu'est-ce qu'une émotion esthétique ? Notre intérêt pour les effets, la puissance (ou l'impuissance) des oeuvres littéraires, comme l'étude des émotions autorisées ou provoquées par la littérature, a été récemment relancée par la pragmatique, la philosophie contemporaine de l'action ou encore les sciences cognitives, les théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture. Le groupe Phi, l'équipe Telem, le Lila et Fabula vous attendent nombreux vendredi 12 juin à l'ENS (45 rue d'Ulm) à partir de 9h45 pour discuter de ces questions avec Sophie Marchand, Frédérique Leichter-Flack, Michel Collot, Béatrice Bloch, Marilyn Heck, Frédérique Toudoire-Surlapierre, Timothée Picard et Régis Jauffret. 

Fabula-LHT n° 6 : "Tombeaux pour la littérature"

« ÉPOQUE (LA NÔTRE). Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu'elle n'est pas poétique. L'appeler époque de transition, de décadence », notait Flaubert en 1880 dans son Dictionnaire des idées reçues. Plus que jamais ce conseil semble avoir été suivi à notre époque où les tombeaux de la littérature sont en passe de devenir un véritable genre critique, où Richard Millet stigmatise le Désenchantement de la littérature, où Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, où William Marx rend compte d'un long Adieu à la littérature Le sixième numéro de Fabula-LHT, coordonné par Alexandre Gefen, évoque les multiples formes que prend cette posture théorique, réinscrite à son tour dans une perspective historique. Trois documents, de Jacques Rivière, de Raymond Dumay et de Jacques Etienne Ehrmann, esquissent une généalogie du discours déclinologique. Un article de Kôjin Karatani, traduit par Misako Nemoto, offre une échappée géographique et culturelle. Enfin, un entretien avec Dominique Viart montre que le cadavre de la littérature bouge encore... pour un moment du moins. La prochaine livraison de Fabula-LHT se demandera si "les femmes ont une histoire littéraire" propre.

L'événement poétique

Cela nous arrive-t-il encore de réfléchir à partir des poèmes à ce que pourrait être pour nous, pour la langue et pour l'histoire la poésie ? Une journée consacrée à La Poésie comme événement, le 11 juin prochain à l'ENS, ouvrira cette réflexion sur la poésie comme forme d'action particulière que les poèmes contiennent quand ils affectent des sujets, lecteurs ou écrivains. La notion d'événement est au centre de la pensée du lyrisme et de la performance poétique de Johathan Culler, dont l'Atelier propose une présentation, et qui interviendra lors de cette journée ; dans sa version narrative, elle a récemment fait l'objet d'un ouvrage dirigé par P. Glaudes et H. Meter, Le Sens de l'événement, et d'un colloque de l'Université du Québec, Poétique et imaginaires de l'événement.

Figures du style

Un an après la parution du livre d'É. Bordas qui en inventoriait les divers emplois dans les domaines les plus variés, la réflexion sur l'extension du mot "style" se poursuit. La problématique proprement littéraire est reprise dans un essai de D. Gollut qui s'interroge sur le sens du style, tandis que la question générale des manières d'être individuelles est posée par G. Bolens à partir d'une stylistique du corps dans le récit. On retrouvera également, à propos de Barthes, la question du style de vie, lié à un souci éthique où le goût de la nuance et de la délicatesse travaille aussi bien l'existence que l'écriture. La récente réédition d'un ouvrage de 1990 de L. Jenny, qui plaidait résolument pour une conception du style comme singularité discursive, et anticipait les débats à venir avec les tentatives de rhétorisation de la notion, aidera à approfondir ce questionnement sur les multiples figures du style.

La librairie Fabula ferme ses pages

Depuis plus d'un an, l'équipe Fabula vous proposait régulièrement, avec une sélection d'essais, les services d'une librairie en ligne dédiée aux études littéraires. La fréquentation de cette Librairie Fabula n'a jamais été à la hauteur de nos espérances, et le semestre de grève qui vient de s'écouler n'est pas resté sans incidences sur les chiffres de vente… Nous mettons fin à regret à une activité qui visait aussi à pallier la quasi-absence de subsides publics pour un site associatif (rappelons à cette occasion que pour soutenir Fabula vous pouvez inviter votre équipe de recherches à adhérer à l'association). Nous réfléchirons dans les mois qui viennent à la possibilité d'affilier nos pages parutions à une librairie en ligne généraliste, pour que l'ensemble des titres déjà répertoriés et non plus une simple sélection puissent être proposés à la vente.

François Cheng, une vie ouverte…

Essayiste, traducteur, calligraphe, romancier et poète, François Cheng est devenu l'une des grandes figures de la littérature française de ce début de siècle. Récompensé par de nombreux prix, il a été élu en 2002 à l'Académie Française. M. Bertaud vient de lui rendre un bel hommage dans François Cheng. Un cheminement vers la vie ouverte. L'Association Européenne François Mauriac donnera cet été la parole à plusieurs chercheurs autour du « Dialogue dans l'oeuvre de François Cheng » (Strasbourg, 2-5 juill.). Rappelons que l'académicien a fait paraître en 2008 L'un vers l'autre : en voyage avec Victor Segalen, et un Pèlerinage au Louvre. Et signalons enfin qu'en 2006 l'oeuvre de F. Cheng a fait l'objet d'une journée d'étude , dont les actes forment une livraison de la Revue de Littérature Comparée (2007).

2005-2009, Louise Labé : une créature de papier ?

En 2005, les oeuvres de Louise Labé étaient inscrites pour la première fois au programme de l'Agrégation de lettres. Dans la floraison de travaux généralement consécutifs à un tel événement, paraissait en 2006 un livre inattendu de Mireille Huchon qui contestait l'attribution à Louise Labé des  Oeuvres parues en 1555 et rééditées en 1556: Louise Labé, une créature de papier. Cette remise en cause s'inscrit-elle dans la grande tradition cléricale consistant à dénier aux femmes la paternité de leurs oeuvres? La SIEFAR a ouvert son site aux spécialistes (de Louise, de la littérature féminine, des supercheries littéraires...) pour faire la lumière sur cette affaire. En 2007, Françoise Duroux et Mary McKinley revenaient sur l'affaire Louise Labé dans la revue Critique (n°737). On pouvait croire le dossier clos. Il n'en est rien : Claude Vercey et Luce Guilbaud viennent de le rouvrir…

L'horizon romantique

Nous le savons au moins depuis L'Absolu littéraire  de J.-L. Nancy et P. Lacoue-Labarthe : nous sommes tous des romantiques allemands. La relecture de l'étude de W. Benjamin dernièrement rééditée achèvera de nous en convaincre : Iéna aura été la matrice culturelle de la modernité européenne, façonnant en particulier les évidences herméneutiques et poétologiques dont la rémanence se donne à lire dans notre rapport contemporain à la littérature. Les actes d'un important colloque reviennent une nouvelle fois sur les enjeux esthétiques d'un tel transfert culturel, tandis qu'un récent ouvrage collectif reprend la question du point de vue politique. Mais si le romantisme, loin d'être simplement une origine et un héritage, dessinait aussi un horizon et un futur possible ? La prochaine livraison de la revue Critique soulève cette hypothèse, et propose une réévaluation de ce passé qui ne manque pas d'avenir.

Comment on écrit l'histoire

L'intérêt particulier observé ces dernières années pour la poétique des genres factuels peut se lire dans les nombreux travaux récemment consacrés au discours historique, où les problématiques littéraires semblent devoir se transposer aux objets de l'historien. La revue Écrire l'histoire consacre ses volumes 3 & 4 à la question du détail et invite à une réflexion sur la microlecture historienne, tandis qu'A. Rowley et F. d'Almeida proposent, dans un geste d'obédience oulipienne, une série de variations sur les possibles de l'histoire. Comme nous le rappelle une récente livraison de la revue Cartes blanches, la question est donc, plus que jamais, de savoir comment on l'écrit : les rééditions des réflexions de L. Febvre ou E. Quinet sur les présupposés et les modalités d'un tel discours viennent à point nommé pour éclairer un genre dont bien des praticiens, des historiens romains à  Michelet, sont avant tout des écrivains.

"Exercices d'autodiction préposthumes"

Critiques et théoriciens sont toujours plus nombreux à nous offrir des fragments de leur autobiographie intellectuelle ou à se livrer à ce que G. Genette a un jour nommé, sans rire mais sait-on jamais ?, l'exercice de l'autodiction préposthume. Cela nous vaut de la part de l'auteur de Discours du récit, un réjouissant Codicille, qui fait suite à son non moins enlevé Bardadrac (une rencontre avec G. Genette aura lieu à Paris le 26 mai); M. Ozouf n'est pas en reste qui s'adonne à l'art de la Composition française ; comme d'autres de Paris à Jérusalem, M. Fumaroli donne son itinéraire de Paris à New York (et retour) ; F. Maspero conte ses Saisons au bord de la mer ; on rendra encore grâce aux éd. Allia de nous offrir ce mois-ci les très inattendus Fragments autobiographiques où la spécialiste anglaise de la Renaissance, Frances Yates, évoque ses années de formation et sa carrière d'autodidacte au sein du Warburg Institute (un volume d'essais inédits sur Science et tradition hermétique accompagne cette parution).  

Jours de colère

C'est sans doute l'état d'esprit de nombre d'universitaires français au quatrième mois du conflit qui les oppose à leurs Ministères, mais c'est aussi le thème d'une salve d'ouvrages collectifs récemment parus: de la colère comme moteur de la vie intellectuelle… Colères d'écrivains sonde « l'extraordinaire pouvoir verbal de la colère » (Genet); on découvrira aussi avec Le mot qui tue une "histoire des violences intellectuelles de l'Antiquité à nos jours". La haine étant l'un des masques de la colère, on s'intéressera encore à la petite Histoire des haines d'écrivains. De Chateaubriand à Proust, de Anne Boquel & Etienne Kern (Flammarion). Mais la rébellion constitue peut-être le principe majeur du changement dans l'espace français: J. Nicolas fait une place à tous les irréductibles, à tous les refus jetés à la face des hiérarchies et des pouvoirs dans La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789. Et l'on n'hésitera pas davantage à faire de la colère, avec P. Sloterdijk dans Colère et Temps. Essai politico-psychologique, le moteur principal de la civilisation occidentale, d'Homère à Lénine, de la Bible au Petit Livre rouge, de Caïn à Freud…

L'autre Réforme

L'année 2009 correspond au cinq centième anniversaire de la naissance de Jean Calvin. À cette occasion de nombreuses manifestations auront lieu un peu partout en Europe. On redécouvrira ainsi ses Oeuvres en Pléiade, et à travers les travaux d'O. Millet qui vient de rééditer l'Institution de la religion chrestienne, quelques temps après les Trois libelles Anonymes. De nombreuses manifestations scientifiques et festives célébreront l'auteur protestant. À l'université de Mulhouse, O. Millet donnera une conférence sur Jean Calvin et ce qu'il représentait au XVIe siècle pour cette Europe en construction, O. Christin dressera son portrait à travers son iconographie, J.-L. Mouton nous fera partager sa vie dans une courte biographie, et Y. Krumenackel reviendra sur celle-ci en nous proposant une vision Au-delà des légendes. N. Hamel le mettra même en scène dans une de ses créations : Le Miroir de mon âme.

Kateb Yacine, Nedjma

Nedjma a été mise au programme des classes préparatoires cette année. À l'écrit, les candidats à l'ENS-LSH ont finalement eu à disserter sur le Salon de 1767 de Diderot, mais le fait que ce roman soit inscrit à ce programme est lourd de résonances culturelles et politiques: l'oeuvre de Kateb Yacine se trouve ainsi reconnue et étudiée comme une partie du patrimoine français et algérien. Fabula accueille dans sa section colloques en ligne les actes de la Journée d'études Kateb Yacine, Nedjma organisée à l'Université Paris Diderot, le 31 janvier 2009. Oeuvre incandescente, presque mythique, parfois énigmatique, Nedjma croise une multiplicité des sources culturelles et de points de vue et transgresse ou subvertit amoureusement la langue française.

Inventaires

L'Institut Mémoires de l'Édition Contemporaine a illustré, grâce à deux récentes publications de sa collection "Inventaires", les deux directions, solidaires plutôt qu'antagonistes, que peut prendre le travail de mise en valeur de fonds d'archives. D'un côté l'on trouvera l'établissement et le classement minutieux des oeuvres d'un écrivain ainsi que des études qu'il ou elle a suscitées, tâche sisyphéenne  dernièrement accomplie à partir des écrits de Marguerite Duras ; de l'autre la réflexion théorique sur la façon dont la constitution et l'interprétation des dossiers de genèse amènent inévitablement à revoir notre rapport même aux textes, réflexion dont un ouvrage collectif dirigé par Olga Anokhina et Sabine Pétillon s'efforce aujourd'hui d'élaborer une synthèse. Une occasion pour relire (et éventuellement compléter) les pages consacrées dans l'atelier de Fabula à cette science des possibles - que ce soient ceux de Flaubert, de Zola ou de Proust - qu'est la critique génétique.

2009, Année Koltès

Considéré aujourd'hui comme un "classique contemporain", B.-M. Koltès est mort il y a 20 ans. Sa ville de naissance, Metz, et l'association "Quai Est" organisent pour commémorer cette disparition un ensemble de manifestations intitulé "2009 L'Année Koltès" dont une journée d'études programmée le samedi 25 avril. Son éditeur, Minuit, annonce par ailleurs deux nouvelles parutions : Lettres et Nickel stuff. Scénario pour le cinéma (on peut lire les premières pages de l'une comme de l'autre). Le site web de France Culture consacre également un très riche dossier au dramaturge. Vient aussi de paraître: S. Palm, Bernard-Marie Koltès. Vers une éthique de l'imagination.

Manuscrits, mètres, performances: les Jeux d'Arras (agrégation 2009)

Sous l'égide du Centre d'Études Métriques, la faculté de Nantes organise chaque année une journée d'études abordant les questions formelles posées par les oeuvres au programme de l'agrégation. La journée organisée le 16 janvier 2009 à par Véronique Dominguez, Benoît de Cornulier et Julien Goeury était entièrement consacrée au Jeux arrageois inscrits au programme de littérature médiévale: le Jeu de Saint Nicolas de Jean Bodel ainsi que le Jeu de la Feuillée et le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle, qui posent maintes questions de forme, aux plans métrique et générique. Fabula accueille dans son espace dédié aux colloques en lignes les actes de cette journée.  Voir aussi notre page agrégation 2009.

Décès d'Henri Meschonnic

Henri Meschonnic est décédé le 08 avril 2009. Théoricien du langage et de la littérature, traducteur, poète, il était entré au Centre universitaire expérimental de Vincennes en 1969 et avait participé à sa fondation. Il poursuivit une brillante carrière à l'Université Paris 8 dont il avait été vice-président du Conseil scientifique de 1989 à 1993 et directeur de l'Ecole doctorale « Disciplines du sens » (actuellement « Pratiques et théories du sens »), qu'il avait fondée en 1990. Parmi ses dernières publications: Dans le bois de la langue (2008, compte rendu dans Acta Fabula: Défense et illustration de la pensée des langues) et  Pour sortir du postmoderne (2009). Comme Arnaud Bernadet dans notre Carnet, P. Assouline lui rend hommage sur son blog .

Parade rimbaldienne

À l'occasion de la parution en Pléiade d'une nouvelle édition des Oeuvres complètes de Rimbaud, dont on peut lire une présentation dans la dernière livraison d'Acta fabula, une conférence a réuni le 12 février 2009 au musée d'Orsay André Guyaux, qui a dirigé cette édition, et l'écrivain Pierre Michon. On pourra télécharger au format pdf le texte de la conférence d'André Guyaux ou encore un extrait de la Lettre de la Pléiade n°35:  « Le cas Rimbaud : géométrie variable ». Au cours de la conférence, Pierre Michon a lu un extrait de son Rimbaud le fils. L'enregistrement de cette lecture peut être écouté ici. La biographie de Rimbaud par Steinmetz est par ailleurs rééditée chez Tallandier et Jean Ristat imagine à partir de "Voyelles" un long poème en forme de pièce de théâtre: Le Théâtre du ciel. Une lecture de Rimbaud. Signalons enfin la dernière livraison - hors série - de la revue Parade sauvage, conçue en hommage au rimbaldien Steve Murphy (Illustration © P.J. Morisseau)

Signé Beckett

Tous les regards étant tournés vers le Mexique lors du dernier Salon du Livre, la bonne nouvelle venue de Cambridge est passée un peu inaperçue: la parution du premier volume des Lettres de Samuel Beckett pour la période allant de 1929 à 1940; quatre volumes sont annoncés qui offriront un large choix parmi les 17 000 écrites par l'auteur de Molloy, pour certaines en français. Souhaitons que les éditions de Minuit puissent acheter les droits de cette monumentale correspondance. Rappelons à cette occasion la récente traduction des essais d'Adorno sur Beckett. Les études sur Beckett font preuve par ailleurs d'une belle vitalité:  Y Mével a proposé une analyse de L'imaginaire mélancolique de Samuel Beckett; I. Ost a "cartographié les parcours d'écriture" de Deleuze et Beckett, dans un ouvrage dont Acta fabula a rendu compte, D. Dowd s'est interrogé sur "les machines abstraites" de Murphy et du Dépeupleur, et la revue Coulisses a levé le rideau sur Samuel Beckett et le théâtre de l'étranger.

Paris IV, nouveau Vincennes ?

Est-ce l'énergie des débats actuels ravivant l'esprit d'autres printemps  ? Sortent de l'oubli des sujets endormis, parmi lesquels l'interrogation sur les rapports entre littérature et psychanalyse. A Paris IV, deux séminaires témoignent de ce renouveau. Lundi 7 avril Paul-Laurent Assoun et Camille Dumoulié interviendront pour la 2e séance du séminaire « L'inconscient créateur », et le 16 mai se réunira la séance préparatoire d'un nouveau séminaire organisé par Laurence Aubry, « Stylistique et psychanalyse ». L'occasion pour Fabula d'inaugurer une nouvelle page de son atelier, "Littérature et psychanalyse", ouverte à tous ceux qui voudront participer à la réflexion sur le sujet.

Le plus moderne des classiques

En cette année du centenaire de la NRF et au moment où paraît le dernier volet des oeuvres complètes de Gide dans la bibliothèque de la Pléiade, "Les cahiers de la NRF" proposent une édition revue et augmentée de sa riche correspondance avec Paul Valéry (1890-1942), dans laquelle on pourra retrouver leurs appréciations souvent divergentes. Les Presses universitaires de Lyon ont, quant à elle, édité sa correspondance avec Léon Blum. A noter enfin une étude génétique, menée par Martine Sagaert & Peter Schnyder, qui nous font entrer dans le laboratoire de l'écrivain et nous invite tout autant à découvrir des scènes inédites d'Hamlet qu'à nous interroger sur l'écriture diariste ou la pratique de la traduction ; Bénédicte Vauthier en propose, dans la dernière livraison d'Acta fabula, une recension critique. Tous ces livres sont bien entendu disponibles dans la librairie fabula.

Racine dans tous les sens

“The es­sence of a university is that it is unique­ly accountable to the past and to the future—not simply, or even primarily, to the present”, déclarait la présidente de Harvard dans un discours souvent cite dans nos Universités en lutte. Le regard porté sur Jean Racine en ce mois de mai par l'Université française en est un exemple, parmi d'autres : alors que dans les Conversations Raciniennes de Strasbourg , on a récemment examiné, sous le titre « Racine jusqu'à aujourd'hui », la manière dont le futur s'est emparé de l'oeuvre de Racine, rendant compte au passé de son futur, c'est un Racine rendant lui-même des comptes au passé que l'on examinera les 20 et 21 mars dans le séminaire coorganisé par le groupe Hermes et l'Université de Chicago à Paris : « Quand Racine commente les Grecs ».

Tous les parfums de l'Arabie

Le catalogue des collections "GF" & "Champs" des éditions Flammarion s'enrichit de nouveaux titres inédits en français qui font la part belle à la culture et à la littérature arabes, en invitant au dialogue des civilisations. On pourra ainsi se plonger dans une anthologie de récits qui retrace huit siècles de l'histoire tumultueuse d'Al-Andalus, l'Espagne musulmane: chroniques et de poèmes traduits de l'arabe, de traités de géographie, de lettres et même de recettes de cuisine. Sous le titre Les Suspendues, on découvrira dans une édition bilingue l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature arabe : composés il y a plus d'un millénaire, ces poèmes nous transportent dans le monde insolite des bédouins de la péninsule Arabique. S'il faut un mode d'emploi, on ouvrira A la découverte de la littérature arabe du VIe siècle à nos jours, de Heidi Toelle & Katia Zakharia, qui se pratique comme un manuel. Pour réviser ses classiques, on lira encore Les Mille et une nuits. Entre Orient et Occident de Jean-Paul Sermain (éd. Desjonquères). Et pour plus ample information théorique, on verra Les Arabes et l'art du récit, Une étrange familiarité, d'Abdelfattah Kilito (éd. Sindbad). Tous titres déjà ou bientôt disponibles dans la librairie Fabula.

Mémoire du siècle

Aujourd'hui parait en librairie Le Lièvre de Patagonie, de Claude Lanzmann. Grand livre d'un "très grand vivant", ces mémoires méditent sur tout le siècle. "Les lièvres, j'y ai pensé chaque jour tout au long de la rédaction de ce livre, ceux du camp d'extermination de Birkenau, qui se glissaient sous les barbelés infranchissables pour l'homme, ceux qui proliféraient dans les grandes forêts de Serbie tandis que je conduisais dans la nuit, prenant garde à ne pas les tuer. Enfin, l'animal mythique qui surgit dans le faisceau de mes phares après le village patagon d'El Calafate, me poignardant littéralement le coeur de l'évidence que j'étais en Patagonie, qu'à cet instant la Patagonie et moi étions vrais ensemble. C'est cela l'incarnation. J'avais près de 70 ans, mais tout mon être bondissait d'une joie sauvage, comme à 20 ans."

Acta fabula ouvre le débat

Pour sa livraison du mois de février, Acta fabula crée une nouvelle rubrique - appelée à revenir régulièrement -  "Dossiers critiques" pour confronter et mettre en perspective des questions littéraires qui font l'actualité. Ce mois-ci, quatre recensions ("Le précurseur dépossédé", "Précurseur ou plagiaire par anticipation?", "Aux grands hommes la patrie reconnaissante. La valeur littéraire selon Pierre Bayard" et "L'histoire n'existe pas") du dernier ouvrage de Pierre Bayard, Le Plagiat par anticipation ouvrent le débat. Vous pouvez également vous reporter à la page consacrée à cette notion dans l'atelier de Fabula. Le web littéraire n'est pas en reste : "L'@mateur d'idées" publie "Tous plagiaires!", F. Ferney "Le chevalier Bayard a encore frappé", nonfiction "L'histoire qui vient", lorsque le Nouvel Obs propose une rencontre avec P. Bayard "Et si Kafka avait plagié Beckett?". Et vous, referez-vous l'histoire ?

Genettologie

À tous les étourdis qui ne veulent voir dans les travaux de Gérard Genette que quelques néologismes peu engageants et autres tableaux à double entrée à la mine austère, on suggérera, à l'heure où l'on annonce un Codicille au savoureux Bardadrac, d'aller sans plus tarder faire un tour dans la librairie de Fabula. Ils y retrouveront naturellement la Bible des narratologues, Discours du récit, comprenant dans un format poche l'Ancien et le Nouveau Testament, mais pourront aussi bien découvrir une mosaïque de considérations sur la littérature et la peinture dans Figures IV ou l'inoubliable chapitre "Morts de rire", qui unit la théorie et la pratique, dans Figures V. Leur moindre surprise ne sera peut-être pas d'apprendre que celui qu'ils tiennent tout uniment pour un théoricien du récit a offert une longue généalogie de l'idée moderne de poésie avec Mimologiques. Peut-être leur suggérera-t-on alors d'opter pour Fiction et diction, où de telles distinctions sont allègrement oubliées au profit d'une étude sur la notion de littérature en général, à moins qu'on ne les invite à franchir d'autres frontières, en l'espèce celles qui séparent le monde factuel et le monde fictionnel, grâce à Métalepse, qui les entraînera de l'Enéide à Jacques le fataliste  en passant par Dallas. Et si cela n'est pas assez, on leur recommandera encore de lire la préface aux Figures du discours de Fontanier. (Image © O. Roller)

Cent ans de littérature dans la NRF

Après un faux-départ en 1908, le "vrai" premier numéro de La Nouvelle Revue française paraît en février 1909 sous la direction d'André Gide. Initiée au début du mois de février 2009 par un colloque organisé à la BnF, la célébration du centenaire de cette aventure collective vouée à la littérature de création et à son dévoilement critique se poursuit aux Éditions Gallimard qui recueillent cent recensions d'ouvrages (L'oeil de la NRF. Cent livres pour un siècle) parues dans leur revue fondatrice, qui se célèbre elle-même dans sa livraison de février (n° 588 : Le siècle de la NRF ) et dont les deux premiers numéros sont réédités en fac-similés. La fondation Martin Bodmer (Cologny) héberge par ailleurs jusqu'au mois d'avril une exposition dont le catalogue est déjà disponible (En toutes lettres... Cent ans de littérature à la Nouvelle Revue Française). Sur son blog Le poing et la plume W. Irigoyen publie enfin un  entretien avec M. Braudeau, actuel rédacteur en chef de la revue. Et aussi: A. Cerisier, Une Histoire de La NRF.

Les "Classiques Garnier" font peau neuve

Fondés en 1896, les "Classiques Garnier" se font une jeunesse. Outre la réimpression de l'ensemble du fonds, depuis son premier titre, la maison d'édition étend son champ de parution à tout ce qui concerne la littérature et les sciences humaines et publie des études et des essais érudits sur la littérature, la linguistique, l'histoire, l'art, la musique, ou les sciences économiques. Acta fabula propose à ses rédacteurs les six premiers titres de la collection "Etudes de littérature des XXe et XXIe siècle", dirigée par Didier Alexandre. De la lyrique médiévale dans l'oeuvre de Jacques Roubaud (Jean-François Puff) au wagnérisme de Suarès (Frédéric Gagneux), en passant par les fictions de la Grande Guerre (Pierre Schoentjes), les récits lazaréens de Jean Cayrol (Marie-Laure Basuyaux) ou encore la naissance de Louis Poirier à l'écriture sous le nom de Julien Gracq (Dominique Perrin) ou celle de Jean Follain (Élodie Bouygues), l'occasion nous est donnée de revisiter le XXe siècle. 

Célébration de l'épigramme

L'épigramme antique est mise à l'honneur par plusieurs publications récentes. E. Wolff consacre un ouvrage au grand représentant du genre à Rome (Martial ou l'apogée de l'épigramme, recension dans Acta Fabula), dont l'oeuvre est étudiée du point de vue de l'onomastique par D. Vallat (Onomastique, culture et société dans les Epigrammes de Martial), tandis que D. Fabbrini focalise son attention sur cinq ekphrasis de ce même auteur (Il migliore dei mondi possibili: Gli epigrammi ecfrastici di Marziale per amici e protettori). C'est aux épigrammes décrivant des oeuvres d'art que s'intéresse également E. Prioux (Petits musées en vers. Epigramme et discours sur les collections antiques, en attente de recension pour Acta Fabula). F. Maltomini présente dans son livre des épigrammes grecques d'époque byzantine (Tradizione antologica dell'epigramma greco: le sillogi minori di età bizantina e umanistica). P. Laurens, enfin, nous invite à découvrir la postérité de l'épigramme latine (La dernière muse latine - Douze lectures poétiques, de Claudien à la génération baroque).

Victor Hugo, Hernani, Ruy Blas

Fabula accueille les Actes de la Journée d'agrégation consacrée à Hernani et Ruy Blas, organisée, le 9 janvier 2009, par les universités Lyon 2, Lyon 3 et Montpellier 3, avec le soutien de l'UMR LIRE (CNRS-Lyon 2), de l'équipe RIRRA 21 et de l'IUF, et placée sous la direction d'O. Bara et M.-E. Thérenty. Cette journée propose d'abord de ressaisir les deux pièces dans leur contexte institutionnel (J.-C. Yon), avant de les situer dans leur filiation avec le théâtre espagnol du Siècle d'Or (S. Mombert). Deux communications envisagent les relations nouées par les deux drames avec leur paratexte théorique (F. Naugrette, J. Wulf). La dramaturgie hugolienne est ensuite étudiée à partir de la catégorie du « romanesque  » (A. Novak-Lechevalier). Enfin, le romantisme hugolien est redéfini dans ses composantes mélancolique et nostalgique (S. Ledda) avant que ne soit interrogée la « morale de l'histoire » (C. Millet). Signalons par ailleurs les Actes d'une autre journée d'études sur Hernani et Ruy Blas publiés par le groupe Hugo de Paris 7, qui dédie une page au programme de l'agrégation 2009.

Circé & Cie - Session 2009 de l'association CLELIA

Les Sessions de linguistique et de littérature de l'Association CLELIA accueillent tous les ans à la fin du mois d'août, cette année au centre de La Baume, près d'Aix-en-Provence, étudiants et enseignants du secondaire ou du supérieur, linguistes et littéraires, de lettres modernes et classiques. M. Escola et S. Rabau proposeront une lecture de l'épisode homérique de Circé dans le cadre d'une théorie des textes possibles, en le confrontant à une série de commentaires et de récritures, de Plutarque à Joyce, en passant par La Fontaine, Racine, Madame Dacier (lire dans l'Atelier l'article programmatique "Comme des cochons"). Parallèlement, les membres de l'Atelier Homère de l'ENS-Ulm proposeront des interventions sur le thème « Lire et comprendre Homère : scholies anciennes et commentaires modernes de l'épisode de Circé ». S. Brocquet fera une présentation du sanskrit, la troisième langue classique indo-européenne avec le latin et le grec. Les conférences de P. Haag permettront enfin d'aborder l'oeuvre du grammairien indien Panini, qui constitue la plus ancienne réflexion conservée sur le langage. Les actes des conférences seront publiés, comme tous les ans, dans la revue Lalies.

Autour du Dictionnaire philosophique de Voltaire

Fabula accueille dans sa section "colloques" les actes d'une journée d'études organisée le 14 novembre 2008 à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense par l'équipe « Littératures et savoirs, XVIIIe siècle ». Cette équipe se proposant notamment d'étudier les formes et les genres où l'interaction de la littérature et des savoirs constitue un enjeu majeur, l'inscription au programme du concours des agrégations de lettres 2009 du Dictionnaire philosophique de Voltaire offrait l'occasion d'une enquête approfondie autour d'un cas à la fois exemplaire et singulier. Signalons par ailleurs la recension d'une récente réédition de l'étude de Chr. Mervaud sur le Dictionnaire dans le numéro de février 2009 de notre revue Acta fabula. Pierre Campion propose enfin sur son site une étude intitulée "De la guerre dans les Lettres. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire".

Des femmes dans l'histoire littéraire

Les études sur les femmes se font de plus en plus entendre dans une société qui prône pourtant encore, à bien des égards et dans bien des domaines, l'hégémonie masculine. Nombreux sont celles et ceux qui, actuellement, s'intéressent aux textes écrits par des femmes, par des autrices et par des écrivaines (voyez la liste des mots féminins ). Certaines maisons d'édition n'hésitent plus à promouvoir ces recherches en créant même des collections spéciales « écritures de femmes ». Ainsi les PU de Saint-Étienne, précurseur  dans ce domaine, et à l'initiative de la professeure Éliane Viennot, qui a accordé un entretien à Fabula, accueillent la collection « La cité des dames » (en référence à Christine de Pisan). Mais il en existe bien d'autres qui oeuvrent à la promotion des "autrices". Les éditions Indigo & Côté-femmes ont créé, sous l'impulsion de leur éditrice Milagro Palma, la collection « Des femmes dans l'histoire ». On consultera aussi le nouvel appel à contribution de Fabula-LHT : "Les femmes ont-elles une histoire littéraire?". Et enfin: L'écriture au féminin : histoire, apports, enjeux (XIXe et XXe siècles).

La scène des philosophes

Dans un récent essai intitulé Le théâtre de l'expérience. Contributions à la théorie de la scène, Esa Kirkkopelto interroge le principe d'une "compréhension scènique" en prenant le contre-pied des grandes thèses philosophiques sur la présentation théâtrale: comment la scène engage-t-elle notre expérience ? Le Centre de Recherches sur l'Histoire du Théâtre (Paris 4) consacre une journée d'étude, le 3 fév. prochain, aux Philosophies de la scène, et une soirée de débats au livre d'E. Kikkolpelto. P. Brook nous livre pour sa part les minutes d'un dialogue de trente ans avec les thèmes et les choix du metteur en scène polonais J. Grotowski. J. Rancière revient de son côté sur l'idée d'une politique de l'art plutôt que d'un art politique, pour faire de chacun de nous un Spectateur émancipé: où en sommes-nous avec la tradition de l'art critique comme avec le désir de mettre l'art dans la vie ?


Du côté de chez Proust

Proust continue d'occuper le devant de la scène éditoriale. Du côté de l'oeuvre, l'importante parution du fac-similé et de la transcription diplomatique du Cahier 54 marque le début d'une entreprise génétique de longue haleine, dont rend compte M. Vernet dans Acta, tandis que les Carnets de l'Herne proposent au grand public un Proust plus léger, hantant Le Salon de Mme de... Du côté de la critique, la réédition de l'essai de Ramon Fernandez dans la collection "Les cahiers rouges" s'accompagne de la publication de deux ouvrages qui interrogent les modalités complexes des phénomènes cognitifs aussi bien que la puissance de création fictionnelle du roman mondain. Et pour tous ceux qui aiment à joindre l'écoute à la lecture, ce sont pas moins de trois colloques qui, en mars, seront consacrés à l'auteur de la Recherche, à son originalité (Tours, les 5 et 6), aux divers aspects, notamment intertextuels, de son oeuvre, (Madrid, du 23 au 25), et aux dialogues critiques qu'il a engendrés (Paris X et Paris XIII, du 25 au 27).

Le coût de la panne

Pendant 4 jours, le site Fabula a été indisponible, victime de son succès : avec 350 000 "visiteurs uniques" (différents) chaque mois, les disques durs sont soumis à rude épreuve, et ont une nouvelle fois lâché. Une journée de travail a permis à A. Gefen de relancer le serveur, mais nous ne pouvons rester à la merci de nouvelles pannes de ce genre : devant l'urgence, et par crainte d'une panne définitive, l'équipe fabula a décidé de modifier son hébergement, de moderniser les installations informatiques, même si cela représente un risque important pour les finances de l'association. Nous nous permettons de rappeler à nos lecteurs l'appel lancé en octobre 2007 aux centres de recherche, et de remercier les centres partenaires qui permettent, par leur soutien financier, à fabula.org d'exister. A titre individuel, il est possible de soutenir Fabula, en passant par la Libraire Fabula.

La décennie fabuleuse

Créé en 1999 à l'initiative de René Audet et Alexandre Gefen, le site Fabula souffle aujourd'hui sa dixième bougie, et s'autorise, entre deux voyages dans la littérature du futur, un coup d'oeil en arrière. La première annonce (complétée et mise à jour depuis) date en effet du 22 janvier 1999. Dès janvier 1999, Fabula annonçait également la mise en place d'une liste de diffusion, et dès le mois de mai permettait à ses visiteurs de proposer eux-mêmes des annonces de nouvelles. De décembre 1999 à février 2000, Fabula lançait son premier colloque en ligne, "Frontières de la fiction". En mars 2000, le site continuait à jouer les pionniers en ouvrant ses pages au cours de théorie littéraire de la Sorbonne. Peu après, c'est un débat en ligne consacré à l'actualité de Roland Barthes qui prenait place. Au printemps, enfin, le premier numéro de notre revue des parutions Acta voyait le jour. L'atelier de théorie littéraire était pour sa part lancé en avril 2002. En 2003, Fabula organisait son premier colloque non virtuel sur le thème de la case blanche en théorie littéraire. En 2004 (où l'on faisait déjà le bilan) Fabula se voyait accueillie par l'ENS. En 2005 paraissait le premier numéro de notre revue LHT. En 2006, Fabula se développait encore en proposant une nouvelle maquette, mais sa précarité financière l'amenait en 2007 à lancer un appel aux centres de recherche, et à proposer en 2008 les services d'une librairie en ligne. En 2009, enfin, Fabula organisera un séminaire en résidence consacré à la lecture contrauctoriale, dont l'appel à contribution court toujours. Bien résolue à ce que les difficultés financières, toujours croissantes, n'aient jamais raison de la passion, toujours intacte et sans cesse renouvelée, des bénévoles qui animent ce site pour l'ensemble de la communauté universitaire, l'équipe Fabula vous donne rendez-vous dans dix ans.

Rendez-vous esthétiques

Les disciplines (littérature, histoire, esthétique) se rencontrent en ce début d'année pour réfléchir sur les pratiques de la critique d'art. La relation de l'écrivain et du spécialiste et la place de la critique d'art d'écrivain au XXe siècle fera l'objet d'un colloque à la Maison de la Recherche de l'Université Paris IV, tandis qu'une journée d'études de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes envisagera, pour le XIXe siècle, le dialogue de l'histoire des arts et des études littéraires. Et c'est à la question voisine de l'autorité esthétique que le groupe Phi de l'Université Rennes II consacrera sa prochaine séance.

Albineana: 20 ans des Cahiers d'Aubigné

L'Association des Amis d'Agrippa d'Aubigné fête les 20 ans des Cahiers d'Aubigné, Albineana. Vingt ans que chercheurs et spécialistes consacrent à l'auteur des Tragiques une attention toute particulière, consignée dans les pages de la Revue. Plusieurs de ses oeuvres ont été rééditées ces dernières années (J.-R. Fanlo, M.-M. Fragonard et G. Schrenck, Ecrits politiques, Champion, 2007 ; J. Goeury,  Agrippa d'Aubigné Hécatombe à Diane, PUSE, 2007) et de nouvelles études solidement documentées ont paru en 2008: B. Ertlé-Perrier, Agrippa d'Aubigné épistolier : des lettres à l'oeuvre, chez Champion, et S. Junod, Agrippa d'Aubigné ou les misères du prophète, chez Droz. 

Un narratologue américain à Paris

David Herman, à qui l'on a l'habitude de prêter, entre autres contributions décisives, la paternité de la formule "narratologie post-classique", sera à l'EHESS en février pour une intervention dans le cadre du séminaire "Narratologies contemporaines II", puis une conférence sur le thème de la narratologie cognitive. Rappelons que cette figure majeure de la recherche actuelle en théorie du récit vient de publier Basic Elements of Narrative, et fut il y a quelques temps le maître d'oeuvre du Cambridge Companion to Narrative (2007). Pour être au fait des avancées les plus récentes de cette recherche, on peut encore retrouver en ligne d'une part un entretien datant d'octobre 2008 qui fait le point sur de nombreux projets en cours, d'autre part un article de la dernière livraison de Poetics Today.

P. Bayard refait l'Histoire

De la philologie redéfinie comme science de la littérature du futur à l'histoire repensée comme étude des sources d'inspiration à venir, il n'y a qu'un pas que nous franchirons grâce au dernier essai de Pierre Bayard. "La prise en compte de l'influence de l'avenir pourrait ainsi conduire à une transformation sensible de notre enseignement de la littérature" : telle est l'une des conclusions que l'on peut découvrir dans Le Plagiat par anticipation, en librairie le 15 janvier. L'ouvrage donne sa pleine mesure à une notion naguère envisagée par Pierre Bayard dans un article qui avait déjà retenu l'attention et fourni la matière d'une réflexion que l'on peut retrouver dans l'atelier de Fabula. Retrouvez dans notre librairie tous les nouveaux essais de la rentrée 2009: faites votre choix, et soutenez Fabula!

LHT 5 : Poétiques de la philologie

Et si la philologie, loin d'être seulement cette science des textes et de la langue qui restitue le passé lointain des textes, était aussi le lieu où s'invente et se produit la littérature, où s'invente même son futur ; si elle n'était pas seulement cette discipline qui sert les oeuvres, mais bien un art du langage dont se servent les écrivains ?. Telle est la question discutée, d'Homère à Pessoa, ou de Pindare à Joyce, en passant par Virgile, Dacier, Lamartine, Tolkien et quelques autres, par les auteurs des articles réunis par Sophie Rabau, avec le soutien du groupe Hermès dirigé par Françoise Lavocat, pour le 5ème numéro de la Revue LHT « poétiques de la philologie » qui se présente, pour l'occasion, sous les atours d'une nouvelle maquette.

Le théâtre et son public

Le festival d'Avignon se joue dans les librairies: des historiens, Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, ont proposé l'an dernier, une Histoire du festival d'Avignon, avant que des sociologues (J.-L. Fabiani, E. Ethis et D. Malinas) ne fassent état de leurs recherches menées sur le terrain, d'abord à travers des portraits de festivaliers parus dans Libération, puis dans un livre collectif, Avignon ou le public participant. Une sociologie du spectateur réinventé (L'Entretemps). J.-F Fabiani fait paraître ces jours-ci une analyse des débats des Centres d'entrainement aux méthodes d'éducation active (Ceméa), sous sous le titre L'Education populaire et le théâtre. Le public d'Avignon en action (PUG). Signalons encore, la récente livraison de Théâtre/Public orchestrée par H. Meschonnic: Théâtre Oracle, et la parution de la somme de C. Charle, Théâtres en capitales. Naissance de la société du spectable à Paris, Berlin, Londres et Vienne (Albin Michel), à laquelle un article du site laviedesidees.fr rend hommage. Rappelons aussi le volume Du specteur au lecteur. Imprimer la scène aux XVIIe & XVIIIe s.


Relire les classiques de la linguistique

En ce début d'année, les linguistes, et tous ceux qui s'intéressent aux problèmes du langage, pourront relire leurs classiques. Les éditions Agone proposent une nouvelle traduction de l'ouvrage à maints égards fondateur de Karl Bülher, Théorie du langage, préfacée par Jacques Bouveresse. Paru en 1934, cet ouvrage est au fondement de la pragmatique, de la sémiotique et de la théorie de la communication. Discutant l'héritage de la linguistique allemande, de la phénoménologie husserlienne, de la linguistique générale saussurienne, dialoguant avec les travaux du cercle de Vienne ou la pensée de Wittgenstein, l'ouvrage influencera Jakobson et quelques autres. Après Les Noms indistincts, Dire le vers, et Le Périple structural, Les éditions Verdier rééditent L'Amour de la langue, ouvrage de 1978, où Jean-Claude Milner, à la faveur d'une analyse lacanienne, détecte l'amoureux fervent sous le savant austère. Les éditions Payot, de leur côté, publieront sous peu une nouvelle édition augmentée de Le Langage et la Pensée de Noam Chomsky, incluant désormais, outre les trois célèbres conférences de 1967, une conférence de 2004 sur le thème de la biolinguistique.

Penser la théorie

Les conférences 2006-2007 du Groupe de Recherches Théoriques de l'université Paris-Sorbonne, auquel Fabula s'est associé, après avoir été hébergées dans nos pages "Colloques" (au format audio), sont aujourd'hui publiées dans un volume d'actes. On y retrouvera, sous la plume de D. Guénoun, J. Butler, M. Deguy, S. Kay, B. Stiegler, T. Dommange et M. Vitali Rosati, le résultat d'une première année de réflexion sur la notion de théorie, telle qu'on l'utilise en particulier dans les sciences humaines. Les sept essais déclinent ainsi la question de l'utilité ou de la légitimité des constructions théoriques dans la marche de la pensée vivante. On pourra également retrouver sur Fabula l'annonce des deux séminaires 2007-2008, "Méthodes de dramatisation" et "La technique à l'oeuvre".



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