Fabula, la recherche en littérature (accueil)

Editoriaux 2008

Vu de l'étranger

A l'heure où s'accumulent les inquiétudes quant à la diffusion de la littérature française (menaces sur certains Centres culturels français à l'étranger et révision globale des moyens, tant au niveaux des ministères que des universités) et, malgré un récent prix Nobel, les discours défaitistes sur le rôle international de la culture française, la Société d'Etude de la Littérature Française du 20e siècle organise, en présence d'une vingtaine de pays, de la Chine aux Etats-Unis, de la République Tchèque à la Scandinavie, du Liban à Israel, de la Russie au Japon, un colloque destiné à faire le point sur le rayonnement de la littérature française du XXe siècle à l'étranger.

Arts poétiques et arts d'aimer

La conjonction de ces deux expressions, "arts poétiques" et "arts d'aimer", semble réactiver chacune d'elles et ouvrir soudain  les chemins  d'une mémoire littéraire si  variée que certaines de ses zones s'ignorent mutuellement. Les textes rassemblés dans les pages colloques en ligne de notre site ont été prononcés à l'occasion d'une journée d'études organisée par des doctorants de Paris 8: ils proposent un arpentage, parmi d'autres, de ce qui peut se penser en littérature, à partir de cette conjonction. Rappelons à cette occasion la parution il y a quelques mois de L'Art d'aimer au siècle des Lumières de S. Loubère. … Et dans un tout autre registre, l'édition de L'Art des putains, de N. Fernandez de Moratin (1770), disponible dans 'l'enfer" de la Librairie Fabula.

Gracq dispersé, Gracq recueilli

A l'occasion de la vente des biens de Julien Gracq à Nantes ce 12 novembre, et de la remise de ses manuscrits à la BnF, quelques pages ajoutées aux Carnets du grand chemin critique. Notre Atelier accueille un texte de D. Labouret, "Scènes de chasse en forêt", qui suit l'élan cynégétique des fictions gracquiennes ; dans le n°155 de Poétique L. Fraisse et F. Wagner explorent l'esthétique de Gracq et ses rapports inattendus avec les courants romanesques contemporains ; et J. de Malestroit raconte quarante ans d'amitié avec l'écrivain. Gracq était au programme des agrégations de lettres en 2007-2008, et le reste pour le concours interne ; Fabula répertorie à ce sujet les ressources disponibles.

Roland Barthes, la vie du sens

Roland Barthes a révolutionné notre sentiment du sens, et sa pensée en cela chemine obstinément. Le Centre Roland Barthes publie Vivre le sens (textes de J. Kristeva, C. Ginzburg, M.-J. Mondzain, M. Deguy, A. Culioli, G. Didi-Huberman...), F. Noudelmann le met au piano dans Le Toucher des philosophes, la revue Europe consacre un dossier au "dernier Barthes" , Y. Citton et Ph. Watts soulignent et diffusent l'importance de ses derniers cours. Ce dernier Barthes est le préféré, et son amour du sens persiste et chemine parmi les pages de notre site (réponse discrète au Comment vivre ensemble?), dans un colloque en ligne et le volume qui l'a suivi, Barthes au lieu du roman, un article de K. Yacavone consacré à "Barthes et Proust" en conclusion d'un dossier sur L'Ecrivain préféré, ou encore une réflexion de M. Macé sur cette petite exclamation omniprésente chez le dernier Barthes, constat de vérité lumineux et énigmatique: "C'est ça, c'est exactement ça!" . En attendant la publication d'un inédit, Carnets de voyage en Chine (accompagnée de la remise en vente des textes du Colloque de Cerisy consacré à Roland Barthes en 1977, de L'écriture même : à propos de Roland Barthes de Susan Sontag et de Roland Barthes, vers le neutre de Bernard Comment).

Le goût de l'essai

Pendant les années 60 et 70, poursuivant son oeuvre de fiction, William Burroughs (co-locataire de Kerouac, héroïnomane, inventeur du cut-up, exilé à Tanger puis a Paris...) n'a cessé de publier en revues des communications, articles, notes de cours ou conférences, ce qu'il appelait des "routines" à propos de la littérature dont il était le contemporain. Un volume d'Essais publié chez Bourgois en regroupe un remarquable choix. De 1977 à 1985, entre ses 22 et ses 30 ans, un autre écrivain livrait au Monde les réflexions que suscitait en la lui vie culturelle du moment; Gallimard vient de rassembler ces Articles intrépides d'Hervé Guibert. Au meilleur de l'essai.

Être de son temps

Du nouveau dans le champ des récits de soi ? Si les écrits intimes (autobiographies, journaux, autofictions) ont suscité de nombreuses études, les Mémoires, oeuvres à vocation historique, paraissaient jusque là relever de l'archéologie du genre. Mais les Mémoires ne se limitent pas aux siècles classiques comme le montre le collectif dirigé par Rolf Wintermeyer et Corine Bouillot : "Moi public" et "moi privé" dans les Mémoires et les écrits autobiographiques du XVIIe siècle à nos jours. L'étude de Damien Zanone, Ecrire son temps : les Mémoires de 1815 à 1848, parue en 2006, relançait déjà l'enquête et permettait d'accéder à des oeuvres jusqu'ici peu étudiées (en dehors des Mémoires d'outre-tombe) - voir le compte rendu d'Adélaïde Cron publié dans Acta Fabula. L'étude récente de Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au XXe siècle : déclin et renouveau permet de compléter l'enquête et conduit à se demander de quelle manière un individu peut, aujourd'hui comme hier, inscrire son existence dans la sphère des intérêts collectifs.

Galaxie: un portail pour le recrutement des enseignants-chercheurs.

Le Ministère ne s'est guère employé à le faire savoir, mais la loi LRU donnant désormais aux Présidents d'université la possibilité de publier les postes "au fil de l'eau", il ne saurait plus être question de campagnes annuelles nationales. Un nouveau portail a donc été créé pour afficher les postes à pourvoir et curieusement hébergé sur le site de l'Académie de Versailles: Galaxie. Fabula vous en propose une visite guidée. Bienvenue à des candidats autonomes dans le monde des universités autonomes.

Bicentenaire Barbey

On croyait connaître l'intégralité des ouvrages de Barbey d'Aurevilly jusqu'à la découverte récente de deux cahiers intitulés Omnia, publiés à l'occasion du bicentenaire de sa naissance ; on y trouve une suite de réflexions, d'observations, et de notes de lecture. Outre la sortie de deux biographies (Un réfractaire. Jules Barbey d'Aurevilly et Jules Barbey d'Aurevilly. Le Sagittaire), plusieurs études reviennent sur l'auteur des Diaboliques (Une étude de sa réception au début du XXe siècle et une réflexion sur fascination et narration dans son oeuvre romanesque). Acta fabula propose une recension sur les Illusions de l'écriture ou la crise de la représentation dans son oeuvre romanesque. Un colloque "Barbey et la modernité" se tiendra à Paris 3 en décembre prochain. Rappelons enfin l'existence d'un site Web conacré à l'auteur, le blog du Musée Barbey d'Aurevilly, et la publication en cours, aux éd. des Belles Lettres, de ses Oeuvres critiques, sous la direction de P. Glaudes.

Proust fait sa rentrée

Proust fait plus que jamais l'actualité. Trois études récentes le prouvent en s'interrogeant sur sa postérité philosophique (Proust et la philosophie aujourd'hui et Marcel Proust et l'imaginaire) et littéraire (Proust dans la littérature contemporaine). M. Schmid (Proust dans la décadence) montre, quant à elle, combien la pensée et l'écriture du romancier sont profondément imprégnées de l'univers de la décadence. Profitons-en pour revenir sur les deux journées d'études comparatistes ("Comparatisme: l'exemple de Proust") disponibles dans l'Atelier (Proust et l'incertitude et Visages étrangers de Proust) et sur la dernière livraison de LHT consacrée à l'écrivain préféré. Mieux, il nous sera prochainement donné l'occasion de rencontrer les amis de Proust (Colloque "Proust et ses amis"), de réfléchir (lors de colloques et de séminaires) sur son originalité , ses rapports à la poésie et plus généralement aux "dialogues critiques" dont il est l'objet. Enfin, la publication du premier des 75 cahiers de brouillon de la Recherche (Cahier 54) nous promet un bel avenir proustien.

Mastérisation des concours

Une circulaire de la DGES datée du 17/10 vient de parvenir aux présidents des universités: nous sommes aimablement invités à renouveler d'ici le 31 décembre (autant dire le 19) notre offre de formation en Master pour faire une place à la préparation aux concours de recrutement. Fabula vous offre de la télécharger (fichier pdf) sans tarder. Le Ministère, et en amont l'Aeres qui sera appelée à évaluer ces nouvelles maquettes (avant même parfois d'avoir rendu son verdict sur celles élaborées à marches forcées et en vertu d'une autre circulaire de la même DGES l'an passé, voire au cours de ces dernières semaines…), admettront à la fois des Masters "Métiers de l'éducation" et des spécialités "Métiers de l'enseignement" au sein des Masters "recherche". Partout où c'est encore possible, il est capital pour l'avenir des disciplines littéraires d'oeuvrer à l'élaboration de la seconde formule en s'opposant à la première. À moins d'en appeler collectivement, et dès maintenant, à un moratoire, à l'exemple des motions votées dans les Conseils centraux et départements de plusieurs universités, mais aussi par le CNESER (voir nos pages "Débats"). Le samedi 8 novembre, SLU donne rendez-vous à tous ceux que la réforme concerne pour décider d'une action commune.

De Jérusalem à Berlin

En proposant non seulement une nouvelle traduction, mais encore une édition entièrement remaniée du texte original de Jérusalem délivrée (Gerusalemme liberata), Gérard Genot publie aux Belles Lettres un instrument de travail complet sur cette épopée qui fut aussi importante en son temps que l'Iliade. Paraît également ce mois-ci la traduction d'un autre grand classique européen: le Compendio della poesia tragicomica (1601) de Giambattista Guarini. Les éditeurs français semblant décidés à rattraper des décennies de retard en matière de traduction, les amateurs de romans-monde se réjouiront de la parution, après une bonne dizaine d'attente, du t. IV et dernier, de l'un des plus grands romans du XXe siècle: Novembre 1918 d'Alfred Döblin. On se félicitera encore de la parution de l'essai célèbre de W. Benjamin: Le concept de critique esthétique dans le romantisme allemand et des méconnues Notes sur Beckett de Th. W. Adorno. Tous ouvrages bientôt disponibles dans les rayons de la librairie Fabula.

Enfants naturels, célibataires endurcis, "tantes" et autres ratés queer

La récente traduction par Didier Eribon de The Misfit of the Family: Balzac and the Social Forms of Sexuality donne un nouveau souffle aux études queer et montre que la "French Theory" n'a peut-être pas encore dit son dernier mot : une relecture attentive de Foucault et de Bourdieu permet, en effet, à Michael Lucey de renouveler de manière passionnante l'interprétation des multiples ratages qui surviennent, chez Balzac, dans la transmission des fortunes familiales. Signalons de plus la très belle synthèse qu'Elsa Dorlin offre sur la pensée féministe des rapports entre les catégories de "sexe", de "genre" et de "sexualité" - Judith Butler s'y voit attribuer une place de premier choix.À lire aussi (en ligne): la dernière livraison de la revue Sens public, qui offre un état des lieux des "Recherches en études féminines et de genres". Que les médiévistes se rassurent : l'étude de la normativité sexuelle au Moyen Age n'est pas oubliée comme le montre la parution, sous la plume de T. Pugh, de Sexuality and Its Queer Discontents in Middle English Literature. Autant d'éléments à verser aux dossiers sur les Gender Remakes et les Queer Readings qu'Anne E. Berger et Samuel Minne ont constitués dans Harry Potter, Babar et Peter Pan Comme s'ouvre à la Bibliothèque nationale de France, l'exposition : Babar, Harry Potter et compagnie. Livres d'enfants d'hier et d'aujourd'hui, et que paraît le catalogue associé, Babar, Harry Potter et Compagnie. Livres d'enfants d'hier et d'aujourd'hui, on aura peut-être envie de parcourir le vert paradis des lectures enfantines, en assistant au colloque « Harry Potter : la crise dans le miroir », organisé à l'IUFM de Nice, les 12, 13 et 14 Novembre 2008, ou en lisant l'ouvrage d'I.Cani, Harry Potter ou l'anti-Peter Pan, un livre en vente dans la librairie Fabula, dont C. Doudet rend compte dans Acta Fabula : « Harry Potter contre Peter Pan ». Pour une mise en perspective plus synthétique de Babar, Pinocchio, Harry Potter et le Magicien d'Oz, on peut encore consulter Il était une fois…et pour toujours. A propos de la littérature enfantine, un ouvrage d'A. Lurie ou encore Des romans pour la jeunesse? Décryptage de M.-H. Routisseau. A ce jour, on ne nous signale toutefois aucune étude sérieuse sur le Père Noël…  

Eureka


Les figures fondatrices de la culture européenne sont bien souvent l’objet d’un discours incertain, qui hésite entre l’histoire et la fiction, la science et la spéculation. Archimède n’échappe pas à la règle : En rendant compte de l’ouvrage de Mary Jaeger, Archimedes and the Roman Imagination, Serafina Cuomo rappelle comment la culture romaine a construit ce que l’on pourrait appeler un « mythe d’Archimède », autour de la figure de ce scientifique, tué d’un coup d’épée par un soldat romain qui l’avait dérangé, alors qu’il dessinait des cercles sur le sable , si toutefois l’on en croit la légende ; mais c’est aussi l’histoire tourmentée du « palimpseste d’Archimède », ce manuscrit médiéval retrouvé en 1998, lors d’une vente aux enchères, après être passé dans les mains de collectionneurs privés qui constitue autant un chapitre de l’histoire du livre que l’ébauche d’un roman de détection : on s’instruira donc en se divertissant en lisant The Archimedes Codex de R. Netz ou, pour plus de détails techniques, en consultant le site consacré à ce fameux manuscrit : The Archimedes Palimpsest Project.

Nous autres, philologues...

Nous autres, philologues, apprenons avec intérêt que Marc de Launay publie des  Lettres choisies (Folio classique) de Nietzsche, une anthologie qui permet de découvrir combien la carrière du philosophe est faite de refus et de ruptures successives, tandis que Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy éditent une volume intitulé Nietzsche, Rhétorique et langage où on lira avec intérêt un "cours de rhétorique" et "un cours sur l'éloquence grecque", qui datent sans doute du temps où le philosophe était philologue. Mais a-t-il cessé de l'être et la différence est-elle si grande entre les deux domaines ? c'est une question que l'on pourra se poser en lisant, notamment, Nietzsche et Mallarmé de Laure Becdelièvre, en attendant la parution (chez Vrin) des actes du colloque "L'art de bien lire : Nietzsche et la philologie" organisé en 2006 par P. Wotling, auteur d'une Introduction à Nietzsche à paraître en octobre. Et aussi: Nietzsche, Correspondance (réédition des 3 volumes chez Gallimard).

Als ob: hypothèse, fiction et connaissance

Souvent citée mais rarement lue, La Philosophie du comme si (Philosophie des Als Ob) de Hans Vaihinger trouve enfin sa première traduction en français. Si le livre date du début du siècle dernier, il reste fondamental pour comprendre le rôle des fictions dans la connaissance ordinaire et dans la connaissance scientifique. C'est en effet une théorie générale de la connaissance en termes de fiction qu'élabore Vaihinger, en renouvelant profondément un héritage kantien assumé. Ouvrage disponible dans la librairie de Fabula.

Des classiques d'avant les classiques

Après Rotrou, dont les Œuvres complètes ont été récemment rééditées à la STFM et qui a eu les honneurs du dernier programme d'Agrégation (2008), c'est au tour de l'un de ses exacts contemporains et principaux rivaux de connaître enfin une réédition: paraît ces jours-ci chez Champion, et toujours sous la direction de G. Forestier, le second tome du Théâtre complet de Mairet. La toute dernière livraison de la revue Littératures classiques, coordonnée par B. Louvat-Molozay, est parallèlement consacrée à l'auteur de La Silvanire. Mais c'est de l'autre côté des Alpes que nous vient une édition critique du Théâtre complet de Scarron. De quoi regretter que le nouveau programme d'agrégation (2009) n'ait voulu retenir de Théophile de Viau que ses seules Œuvres poétiques… Un bonheur italien ne venant jamais seul, on saluera aussi la première traduction française, par L. Giavarini, d'un des plus importants traités sur "la poésie tragi-comique" et la pastorale moderne, âprement discuté par les théoriciens français du premier XVIIe s. : Il Compendio della poesia tragicomica de Giambattista Guarini (1601).

Ulysse n'en finit pas de revenir


Tandis que Edith Hall fait paraître The Return of Ulysses, où elle entend présenter une histoire culturelle de l'Odyssée, arrive, sur les tables de nos librairies, la traduction française de l'ouvrage qu'Alberto Manguel consacre à l'Iliade et à l'Odyssée. La première va de L'Antiquité aux Frères Coen en passant par Monteverdi, le second trace une route qui le mène de la figure énigmatique d'Homère à Joyce, en passant par Dante et par les lectures chrétiennes du texte homérique. Une occasion de naviguer, au moins sur la toile, pour découvrir le dossier thématique que le site de la Bibliothèque du Film consacre au fils de Laërte, de relire, si l'on préfère le texte à l'image, les pages de l'atelier fabula consacrées aux relations entre modernité et antiquité, ou d'apprendre à lire l'épisode de Circé, « Comme des cochons », avec Marc Escola et Sophie Rabau.

Orwell contemporain

Simon Leys affirmait naguère qu'il ne voyait pas "un seul écrivain dont l'oeuvre pourrait nous être d'un usage pratique plus urgent et plus immédiat". Un tir groupé de publications vient attester de l'impérieuse actualité d’Orwell, Si le Livre de Poche réédite Une fille de pasteur, c’est toutefois moins le romancier que le penseur politique et le témoin de son temps qui sont à l’honneur. Outre la réédition de la biographie classique de B. Crick, et de l’essai de J.-Cl. Michéa Orwell, Anarchiste Tory, lecture actualisante de l'oeuvre, on pourra lire un essai de B. Bégout sur la décence ordinaire, qu’Orwell plaçait au centre du socialisme qu’il appelait de ses vœux : c'est l’occasion de l’entendre enfin, en un temps d'indécence extraordinaire des dominants. Et en attendant la publication le 26 septembre d’À ma guise, chroniques (1943-1947), les anglicistes pourront lire le journal de l’auteur de 1984, jour après jour puisqu’il est publié sous forme de blog : Orwell est décidément notre contemporain.

Banlieues de la théorie littéraire

Outre des dossiers consacrés à Lévi-Strauss, Vernant et aux "frontières de l'essai" le dixième numéro de l'Agenda de la pensée contemporaine présente les prémices du projet "Banlieues de la théorie littéraire" mené par plusieurs enseignants des départements de littératures française et comparée de l'université de Paris 8. Le numéro onze de l'Agenda paraît ce mois-ci.

Une rentrée décadente

Flammarion nous invite à verser dans la décadence plutôt que dans la morosité, avec la parution dans la collection GF de plusieurs titres "Fins de siècle": Les Écrits sur l'art de Huysmans après ses Nouvelles ou À Rebours, les Aventures du Roi Pausole de P. Louÿs, Cœur double et Le Livre de Monelle de M. Schwob après ses Vies imaginaires, qui rejoignent ainsi au catalogue Monsieur de Phocas de J. Lorrain, les Contrerimes de P.-J. Toulet, À se tordre d'A. Allais, la Sapho de Daudet, ou encore la Salomé d'O. Wilde après son De Profundis.

"Mastérisation du Capes"

Le 11 septembre dernier, une réunion s'est tenue entre les deux ministères compétents (MEN, MESR), la CPU et la CDIUFM au sujet de la réforme des concours et de ses conséquences sur la licence et le master. Les parties ont arrêté une charte affirmant les grands principes directeurs de ce qui s'appelle dès aujourd'hui "la mastérisation du Capes". C'est toute "l'offre de formation" de la licence au mastère que les Universités désormais "autonomes" sont appelées à redéfinir… On peut trouver le texte intégral de cette Charte, ainsi que bien d'autres informations relatives aux réformes en cours, dans nos pages Débats.

Des livres et des idées

Le numéro 7 de la Revue internationale des livres et des idées est en kiosque. Au sommaire, des articles sur la réforme de l'école, la "re-transnationalisation de la critique littéraire", mais aussi, en vertu d'un partenariat entre la "Rili" et Fabula, un article de P.-A. Claudel récemment paru dans Acta fabula: "Les chiffonniers du passé", qui plaide pour une "approche archéologique des phénomènes littéraires". Dans l'autre sens, le sommaire de septembre de notre revue des parutions accueille un article d'Yves Citton & Philip Watts sur les "cours croisés" de G. Deleuze & de R. Barthes paru dans la précédente livraison de la "Rili". Au printemps dernier, deux autres articles avaient ainsi fait l'objet d'une double publication: "Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire" (sur F. Moretti) et "L'autorité de l'interprète" (sur S. Fish).

La fable comme principe


Le site Fabula, ami de la fable, est heureux de signaler deux ouvrages récents qui viennent interroger la notion de fable et en particulier le rapport entre l’invention, l’idée et le vrai. Pour Teresa Chevrolet, auteur de L’Idée de Fable. Théorie de la fiction littéraire à la Renaissance, « la fable est, à la Renaissance, la définition même de la poésie », et il convient de se demander si la poésie est « lieu de vérité » ou si elle est « au contraire, lieu de vraisemblable, espace d’artifice pur où se dirait l’habileté du poète à refigurer le réel ». Dans l’ouvrage collectif, L'Idée et ses fables. Le rôle du genre, édité par Geneviève Artigas-Menant et Alain Couprie, les fables ne sont pas seulement considérés comme « des apologues à la façon de La Fontaine » mais « dans un sens plus large et toujours vivant » comme « toutes les inventions littéraires » : quel est alors le rapport et l’interaction entre l’idée et la fable qui la disant est toujours susceptible et de la transformer et d’être transformée par elle ? Par un heureux hasard éditorial, les éditions Vrin publient ces jours-ci la première traduction française des Traités de la fable de Lessing (1759). Rappelons à cette occasion la parution l'an passé d'une synthèse sur les Théories de la fiction poétique à la Renaissance. L'idée de fable, par T. Chevrolet.


Campagne de qualification 2008-2009

Nous rappelons que les procédures de qualification aux fonctions de maître de conférences et/ou de professeur des universités se sont ouvertes le 9 septembre et seront closes le 14 octobre. Le détail des démarches a été publié au JO le 19 juillet 2008, et pour guider les candidats, les membres de la section 9 (Littérature et langue française) viennent de publier sur Fabula un rapport détaillé de la session 2008. Soulignons que, dans le cadre de la loi dite "LRU", la publication des postes à pourvoir n'est plus soumise à un calendrier annuel ni supposé faire l'objet d'une campagne nationale, chaque Président ayant désormais la possibilité de publier les postes "au fil de l'eau". Fabula proposera prochainement dans ses pages Débats des informations sur la mise en place des "comités de sélection" en lieu et place des anciennes "commissions de spécialistes".


Poste restante

Si vous êtes l'un des milliers de destinataires de la lettre d'information de Fabula, soyez sans crainte si votre boîte aux lettres reste sans nouvelle de votre site d'actualité en études littéraires : en raison d'une migration informatique qui tarde, la lettre d'information ainsi que toutes les listes de discussion sous la responsabilité de Fabula sont actuellement paralysées. Nous espérons pouvoir rétablir la communication prochainement ; nous vous remercions d'ici là de votre compréhension.

La Partie et le Tout: un colloque en trois temps

Dans le prolongement du séminaire Fictions classiques, les équipes "Littérature & histoires" (Paris 8), "Formes et idées de la Renaissance aux Lumières" (Paris 3) & l'équipe Fabula à l'ENS organisent du 10 au 12 sept. prochain un colloque international sous le titre "La partie et le tout. Les moments de la lecture romanesque (XVIIe-XVIIIe s.)": variations thématiques des épisodes, incohérences d'un personnage, contradictions du récit, hésitation sur la conduite de l'intrigue, arrêts et détours, fins décevantes…, les romans de l'âge classique s'écrivent et se lisent d'abord par « parties », le « tout » restant souvent en suspens, ouvert à diverses voies ou refusant toute conclusion. Cette manifestation se déroulant "par parties séparées" à l'instar de nombre des romans dont elle traite, le volet parisien se prolongera en octobre par une "suite" bruxelloise et en novembre par une "continuation" vénitienne. Sur un sujet proche, on peut également lire dans Acta fabula, sous le titre "Suite au prochain épisode" un article consacré au récent ouvrage d'Ugo Dionne, La Voie aux chapitres. Poétique de la disposition romanesque (Seuil, 2008). À signaler encore, concernant le statut de la fiction à l'âge classique, la parution de l'essai de J. Herman, N. Kremer et M. Kozul: Le roman véritable. Stratégies préfacielles au XVIIIe s. (SVEC).

Relire Char

Un an après le cortège d'études et de publications à l'occasion du centenaire de la naissance de Char, Acta fabula nous donne l'occasion de renouveler notre regard sur le poète et de s'interroger sur sa poésie. De nombreuses études reviennent avantageusement sur sa biographie, les enjeux philosophiques de sa poésie ou bien encore sur ses engagements. Enfin, deux recensions du livre de Laure Michel, René Char, le temps et l'histoire nous invitent à questionner les rapports du poème charien à son époque : celle d'O. Belin et celle de M. Caulin.

Qu'apprendrons-nous en septembre?

Ceux qui ont déjà lu les quelques 676 romans promis pour cette rentrée littéraire se tourneront résolument vers les essais: G. Agamben regarde la liturgie comme un spectacle, M. Augé redescend dans le métro et F. Cheng fait son Pélerinage au Louvre, D. Rabaté salue Marie N'Diaye et S. Iturralde poursuit les fantômes de Don Quichotte, P. Boucheron donne la main à Léonard et Machiavel, J.-C. Cornille plaide pour le plagiat et C. Rosset pour la satire philosophique, N. Grimaldi nous informe que Proust a horreur de l'amour, les éditions Allia font L'Éloge de rien, et M. de Unamuno nous dit, avec retard mais en français, Comment on écrit un roman. M. Lucey enseigne avec Balzac Les formes sociales de la sexualité, et N. Fernandez de Moratin se souvient de L'art des putains. Tous livres déjà ou très prochainement en vente, avec beaucoup d'autres, dans la Librairie Fabula.

Écritures autobiographiques

Tandis que le premier numéro spécial de la Revue de Littérature Comparée de 2008, intitulé Autobiographies, souligne la variété des écritures de soi, le dernier numéro de la revue Elseneur étudie l'autobiographique migrant d'un genre à l'autre, hors l'autobiographie. Les actes de la session 2007 de l'association CLELIA viennent par ailleurs de paraître dans le numéro 28 de la revue Lalies (en vente dans la librairie Fabula) qui propose notamment un dossier sur les écritures autobiographiques. L'un des articles, Génétique et autobiographie, par Philippe Lejeune, est aussi publié dans l'atelier de Fabula.

Cahiers de vacances (concours 2008-2009)

Fabula pense à ceux qui ne sont pas complètement en vacances et répertorie les ressources en ligne, parutions et événements autour des programmes des agrégations de lettres et de langues (Littérature française, littérature comparée, littératures anciennes, linguistique et stylistique, oeuvres au programme des agrégations de langue). Une page proposant de nombreux liens est aussi consacrée au nouveau programme de littérature et de philosophie des classes prépas scientifiques: "Les énigmes du moi". N'hésitez pas à nous aider à compléter ces pages

"Regarde de tous tes yeux, regarde!"

Sous cette injonction et à l'occasion du trentième anniversaire de la publication de La Vie Mode d'emploi, le Musée des Beaux-Arts de Nantes consacre une exposition à "L'art contemporain de G. Perec", qui réunit les œuvres d'une quarantaine d'artistes. Sous la forme d'un puzzle se déployant dans tout le patio, l'exposition est construite autour de La Boite en valise de Marcel Duchamp lequel avait été nommé membre de droit de l'OuLiPo en 1962, par Raymond Queneau, désignant ainsi celui dont la démarche est à l'origine de l'art contemporain. H. Rouillé consacre un article à cette manifestation sur le site paris-art.com. Et sur remue.net, on tente de montrer comment une "disparition" a lieu au sein du patio où se trouvent réunies les œuvres… Voir aussi, au sommaire d'été d'Acta fabula, le compte rendu d'un récent ouvrage collectif: "Quand l'art fait scandale".

Soutenez Fabula

Retrouvez sous l'onglet Librairie un choix de livres "mis en rayon" par l'équipe Fabula au sein d'une librairie en ligne développée en partenariat avec le site DessinOriginal.com. Disponibilité des ouvrages affichée en temps réel, frais de ports gratuits (au-delà de 29 €), rapidité d'acheminement: essayez ce nouveau service, et soutenez du même clic les activités de Fabula… qui reste au demeurant un site parfaitement gratuit!

Centenaire Beauvoir

Simone de Beauvoir aurait eu cent ans en janvier 2008. Après la réédition de plusieurs de ses essais, la publication d'ouvrages critiques et l'organisation de colloques en France et en Angleterre, l'année universitaire s'est terminée avec la parution des Cahiers de jeunesse de Beauvoir, d'un numéro spécial des Temps Modernes intitulé La transmission Beauvoir et d'un recueil d'articles de G. Fraisse: Le Privilège de Simone de Beauvoir. Signalons encore le commentaire du Deuxième sexe dans la collection foliothèque (en attente de rédacteur pour recension dans Acta fabula) et sur le site d'Arte Magazine, à l'occasion de la traduction de ses Entretiens avec S. de Beauvoir, les souvenirs d'A. Schwarzer. Rappelons enfin la parution plus ancienne de Beauvoir dans tous ses états par I. Galster, et sur La Vie des Idées un article à propos cet ouvrage: "Retour sur S. de Beauvoir", par R. Pawin.

De K. à Kafka

La collection de poche "Babel" des éditions Actes Sud propose l’intégralité des récits de Kafka dans une nouvelle traduction due à Catherine Billmann & Jacques Cellard. Le troisième tome - Récits posthumes et fragments - vient de paraître. On peut lire sur le site de Libération un article de Mathieu Lindon sur cette nouvelle traduction: Kafka, éternel et posthume. On trouvera aussi dans le numéro de juillet-août de notre revue des parutions Acta fabula deux notes de lecture respectivement consacrées au commentaire du Château donné par J.-P. Morel dans la collection «Foliothèque» et à l'ouvrage collectif Sillage de Kafka, qui confronte l’œuvre du Praguois à un monde moderne qui semble voué à lui ressembler toujours davantage (voir nos pages Débats). BibliObs.com, reprenant une information du quotidien Haaretz, signale la possible existence à Tel Aviv de textes inédits légués par Max Brod à sa secrétaire Esther Ofa.

L'espèce fabulatrice

« À quoi ça sert d'inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable? » Cette question, une détenue accusée de meurtre l'a posée à Nancy Huston. Et elle en a fait le point de départ d'un essai percutant, L'Espèce fabulatrice (Leméac/Actes Sud), où elle démontre de quel usage la fiction peut être dans la construction des identités. "C'est ainsi que nous, humains, voyons le monde : en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inventant. […] Sans l'imagination qui confère au réel un sens qu'il ne possède pas en lui-même, nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les dinosaures." (N.H.).

Hégémonie de l'ironie ?

Que la plus grande part (sinon la totalité) de la littérature récente puisse être placée sous le signe de l’ironie, on peut croire qu’il ne reste plus grand monde aujourd’hui pour en douter. Des travaux nombreux et récents ont décrit l’extension considérable de cette figure polymorphe, en ont analysé les occurrences, les nuances, les implications… Ce triomphe –dans la critique comme apparemment dans les œuvres– n’est pas ce qui peut rendre aujourd’hui l'ironie suspecte ? Tel est le sujet du colloque "L'hégémonie de l'ironie ? 1980-2008" organisé à l'université de Provence et dont les quartorze communications sont publiées intégralement en ligne dans notre espace "colloques".

Sources: nouvelle collection aux PUF

"Accéder à des trésors du patrimoine culturel mondial, tourner des pages jusqu’à présent inaccessibles, éprouver l’émotion de lecture d’un texte premier, donné dans sa présentation d’origine" en fac-simile: telles sont les ambitions de la nouvelle collection "Sources" proposée par les PUF. Un titre qui entend mettre en évidence les "sources de développements futurs", comme en témoignent les quatre premiers volumes : le premier livre d’Ambroise Paré pour les développements de la médecine moderne (La manière de traiter les plaies) ; les Fables de Perret pour leur similitude étonnante avec celles que publiera un siècle plus tard Jean de la Fontaine (Vingt-cinq fables des animaux) ; les souvenirs inédits d’un petit tambour de l’expédition d’Egypte qui jettent un jour nouveau sur cette épopée (Mon voyage en Égypte et en Syrie de J. Laporte) ; ainsi que l’union entre Strawinsky et Ramuz qui annonce la musique moderne (Noces et autres histoires russes).

Ecrire l'histoire : naissance d'une revue

Aux confluences des histoires de l'histoire, des historiographies, mais aussi de la littérature, vient de naître une revue : Ecrire l'histoire. Deux numéros déjà achevés sur le thème des émotions (printemps 2008 et automne 2008), deux autres programmés (2009 : le détail, 2010 : la morale en histoire), une formule à soi (dossier principal, un entretien, une traduction, des lectures, un dossier secondaire ou des varia, ainsi qu'une bibliographie de l'actualité historiographique dans chaque numéro) et une belle ambition : "faire se rencontrer des manières de représenter l'histoire d'ici ou d'ailleurs, d'aujourd'hui ou d'autrefois ; des manières aussi de se servir de l'histoire, des fonctions et des usages, à un moment où, plus que jamais peut-être, dans la société obsédée de patrimoine et de mémoire qui est la nôtre, ces fonctions et ces usages demandent à être réfléchis".

De l'esclavage

Parmi les parutions récentes: deux saisissants documents sur les débuts de l'esclavage: Le Journal d'un négrier au XVIIIe s. de William Snelgrave ou Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'esclaves qu'on y fait (1704-1734) au Seuil (publié en 1734 en Angleterre et aussitôt traduit en français, ce récit original d'un capitaine négrier anglais, fut retrouvé dans la bibliothèque de Tocqueville) ; et Oroonoko prince et esclave, un Roman colonial de l'incertitude ou plutôt une geste tragique chantée par phra Behn (1640-1689), célèbre dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution, et présentée par Jean-Frédéric Schaub (Gallimard).

Les formalistes russes sont de retour!

Parue à Leningrad en 1928, La Méthode formelle dans la science de la littérature. Introduction à une poétique sociologique est le chaînon qu manquait en français aux travaux dits du « Cercle de Bakhtine », dont Medvedev fut l'un des membres les plus actifs. La première traduction française vient de voir le jour aux PU du Mirail, en nous donnant à comprendre mieux la nature du formalisme, de son matérialisme, mais aussi en nous invitant à repenser la question des genres sous l'angle sociologique. Une récente livraison de la revue Slavica occitania est précisément consacrée à Bakhtine, Volochinov et Medvedev dans les contextes russe et européen.

Traduction, poésie et critique

Poésie, traduction et critique s'entrecroisent jusqu'à se confondre chez Y. Bonnefoy: c'est ce que montrent le récent ouvrage de G. Dotoli (Y. Bonnefoy dans la fabrique de la traduction) et le n° 150 de Littérature (Y. Bonnefoy. Traduction et critique poétique) qui s'ajoutent aux diverses publications récentes consacrées à la traduction. Signalons encore le n°25 de Théorie, littérature, Épistémologie (Traduction(s). Confrontations, négociations, création) et le prochain colloque de la Septet: "La traduction de la poésie : outil de critique littéraire". De nombreuses ressources sont aussi répertoriées sur la page Traduction de l'Atelier.

Tombeaux pour la littérature

Le discours sur la mort de la littérature serait-il en passe de devenir un véritable genre critique ? Richard Millet stigmatise le Désenchantement de la littérature, Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, Lionel Ruffel pense notre époque comme Dénouement, William Marx comme Adieu à la littérature, Antoine Compagnon fait le constat d'un « épuisement » de l'espace littéraire que, dans un essai sous-titré La Fin de la littérature, Dominique Maingueneau dénonce avec virulence… Les modernes n'ont pas cessé de jouer les Cassandre : aux différentes théories de la "naissance" de la littérature ou de sa modernité répondent nombre de prophéties de son désenchantement, de son désastre, de sa fin. La prochaine livraison de notre revue Fabula LHT propose d'en interroger les modèles et les présupposés (lire l'appel à contributions).

Il sera poète car il est méchant...

Telle était la formule de Sartre à propos de Genet, qui traçait la forme d'une destinée poétique: "il sera poète car il est méchant". Le colloque annuel du Groupe d'études sartriennes, après une journée consacrée à Sartre, l'histoire et les historiens, se penche sur ces comptes que le philosophe avait à rendre à la poésie et aux poètes.

Antimémoires, autofiction et autobiographie

Les écritures de soi de la seconde moitié du siècle continuent de soulever des questions de frontières, comme en témoignent la publication de la synthèse de Philippe Gasparini, Autofiction: une aventure du langage, aux Editions du Seuil et la tenue en juillet 2008 d'un colloque sur le même sujet à Cerisy. Le concept d'antimémoires, proposé par André Malraux 10 ans avant celui d'autofiction, aurait-il pu modifier l'histoire littéraire? C'est l'une des questions qui seront posées lors du colloque consacré au Miroir des limbes ("Le Miroir des limbes et la modernité littéraire") à la Maison de la recherche (28 rue Serpente, 75006) les 25 et 26 juin 2008. Le dernier numéro de La Revue de littérature comparée, enfin, tire un bilan des études sur l'autobiographie.

In cute

Michel Collot fait paraître ce mois-ci un essai sur la place du corps dans la poésie moderne, Le Corps-cosmos, mais aussi un recueil de poème, De Chair et d'air. Il s'entretient avec R. Bourkhis & Laurence Bougault dans la dernière livraison de notre revue des parutions Acta fabula. N. Cuny traque les aventures du corps dans les romans de D. H. Lawrence : le corps en devenir. C. Seth se penche sur le corps en lutte contre la maladie: Les Lumières en lutte contre la petite vérole. Le site Epistémocritique entame la publication d'une série d'articles consacrés aux "organes hors du corps": on peut d'ores et déjà lire une contribution d'Anne Simon sur les grandes expositions anatomiques qui ont récemment drainé les foules. Une exposition lyonnaise "Our body/À corps ouvert" suscite la polémique en offrant à voir 27 cadavres plastifiés.

"Speakable sentences"

Que dit-on ici, que dit-on là-bas? Dans le cadre du programme « Linguistics and the Arts of Language », soutenu par la fondation France-Berkeley, deux après-midi de débats sont proposées les 18 et 19 juin à l’ENS. Il s’agira, autour d’interventions très brèves, de mesurer la convergence ou l’écart des approches françaises et américaines dans l’analyse linguistique des textes littéraires. L'occasion par exemple de débattre de vive voix avec l'auteur de... Phrases sans paroles, Ann Banfield, auquel un récent volume collectif, Phantom sentences, rend également hommage.

Acta est fabula !

Pour sa huitième année d'existence, notre revue des parutions Acta fabula fait peau neuve: les sommaires mensuels sont désormais organisés en rubriques pour mieux distinguer la nature des articles.  Dans la section "essais critiques", on lira notamment ce mois-ci deux articles reproduits avec l'aimable autorisation de la Revue internationale des livres et des idées : le débat orchestré par Y. Citton, auteur d'un récent ouvrage sur la fonction des études littéraires (Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?), entre les livres de J. Bouveresse (La Connaissance de l'écrivain) et T. Todorov (La Littérature en péril), mais aussi l'article consacré par M. Escola à un essai particulièrement stimulant: Graphes, cartes et arbres de F. Moretti. Une autre section accueille des comptes rendus plus descriptifs donnés comme "notes de lecture". Les nouveaux sommaires feront aussi une place à des "entretiens": ce mois-ci avec M. Collot, pour la parution de son livre Le Corps cosmos. C'est aussi l'occasion, à la veille de l'été, de rappeler nos lecteurs à leurs devoirs de vacances : consultez la copieuse liste des ouvrages en attente de rédacteur, et choisissez un livre pour l'été!

Au rayon Fabula

Chaque semaine désormais, retrouvez sous l'onglet Librairie un choix de livres "mis en rayon" par l'équipe Fabula au sein d'une librairie en ligne développée en partenariat avec le site DessinOriginal.com. Disponibilité des ouvrages affichée en temps réel, frais de ports gratuits (au-delà de 29 €), rapidité d'acheminement: essayez ce nouveau service, et soutenez du même clic les activités de Fabula… qui reste autrement un site parfaitement gratuit !

Y'a-t-il un docteur dans le livre ?

  Deux comptes-rendus récents sur Acta Fabula donnent lecture d’ouvrages traitant de la relation entre littérature et médecine : Dans «Régimes d’interactions entre médecine et littérature», Laurent Turcot rend compte de Littérature et médecine, approches et perspectives (XVIe-XIXe siècles), «un ouvrage qui fait état du renouvellement des études dans les champs d’interactions entre littérature et médecine», tandis que dans «Scénographie clinique fin-de-siècle», Catherine Dousteyssier-Khoze revient sur  Les Romans de la Salpêtrière. Réception d’une scénographie clinique : Jean-Martin Charcot dans l’imaginaire fin-de-siècle dont l’auteur, B. Marquer, montre comment Charcot en débordant dans son travail clinique de la science vers l’esthétique a été en retour l’objet d’un imaginaire littéraire. De saines lectures pour ceux qui se remettraient mal d’avoir manqué la journée d’études du 8 avril 2008 consacrée au rapport entre « Médecine et narration » au 19ème siècle. Si toutefois les symptômes persistent, on pourra se reporter à Littérature et médecine ou les pouvoirs du récit un collectif publié sous la direction de Gérard Danou, médecin et docteur…ès lettres.

James & James

Henry & William: "L’un fait de la philosophie une sorte de roman d’aventures tandis que l’autre fait du roman la forme réfléchie par excellence. L’un fait de l’action le nouveau centre de gravité de la philosophie ; l’autre fait de la pensée le nouveau sujet du roman, comme si chacun volait à l’autre ce qui jusqu’alors lui revenait de droit." Dans Fictions du pragmatisme, D. Lapoujade propose de faire le "récit conceptuel" de ce vol ou cet échange. On peut lire sur le site laviedesidees.fr offre un premier article sur livre: "Pragmatisme des frères James", par Mathieu Madelrieux.
Henry & William: les éditions Libretto font paraître l'essai consacré par G. Stein à l'auteur de Ce que savait Maisie, précédé du Shakespeare de James. Traducteur du romancier, J. Pavans, qui vient de faire paraître le tome III des Nouvelles, nous livre aussi ses Heures jamesiennes. On peut désormais lire en Folio Bilingue Le Dernier des Valerii, et découvrir une nouvelle traduction de L'Élève (éd. Sillage).

Roubaud & cie

Revenir aux sonnets, avec J. Roubaud et quelques autres: c'est l'offre du dernier sommaire de la revue Formules. La Licorne propose de son côté un petit cours de Morale élémentaire, selon une forme inventée par R. Queneau et pratiquée notamment par le même J. Roubaud dont les éditions Argol publient encore un entretien avec J.-F. Puff. Rappelons les livres de V. Montémont, J. Roubaud. L'amour du nombre, dont F. Trocmé avait rendu compte en son temps pour Acta fabula: "Compter avec J. Roubaud", et E. Lavault, J. Roubaud. Contrainte et mémoire dans les romans d'Hortense, dont C. Reggiani avait aussi donné lecture pour Fabula: "En mémoire d'Hortense et de la poésie". Ajoutons qu'un hommage sera rendu à J. Roubaud, le 6 Juin, au CNL.

La vérité vraie

  Dans son ouvrage paru récemment, Théologie et poésie ou la parole de vérité Yves Delègue narre une querelle qui  « a opposé Jacques Wimpheling, le respecté "præceptor Germaniæ" à Jacques Locher, le jeune et bouillant "poeta coronatus » au début du 16ème siècle : « quelle est la nature de la vérité ? Dans quelle langue s'exprime-t-elle, celle, scolastique, des concepts, ou celle, poétique, du cœur ? ». Comme en écho, P. Hummel et F. Gabriel publient un ouvrage collectif sur les Vérité(s) philologique(s) où ils étudient les notions de vérité et de fausseté en matière de philologie, en mettant notamment en perspective la vérité en philologie et la vérité ou la fausseté du raisonnement philologique. Pendant ce temps, Jean-Luc Nancy essaie de définir La Vérité de la démocratie. Gardons espoir : d’ici peu nous connaîtrons la vérité.  

L'Antiquité au prisme des modernes.

L'atelier de Fabula accueille les textes du séminaire Modernités antiques (la littérature occidentale (1910-1950) et les mythes gréco-romains)  dont la dernière séance de l’année  aura lieu lundi 09 juin à l'Université Paris X de Nanterre.  Après le retours d'Homère chez Giono et Joyce ou encore, aux antipodes de ce dernier, chez Walcott et Cunqueiro, cette séance sera consacrée aux figures d'Antigone (chez Anouilh et Brecht), Socrate (chez Mann, Valéry et Montale) et Pan (dans l’œuvre de Forster).   

Parlez-moi d'amour

Tomber amoureux pour ne pas tomber malade: telle est la formule de Freud, dans laquelle on peut entendre le double écho de Racine et de Spinoza si l'on soutient avec Monique Schneider La Cause amoureuse. On poursuivra ce dialogue entre Anciens et Modernes au profit d'une libre union de la clarté et de la passion avec Joël Gaubert qui invite à un Cogito amoureux. Et s'il faut réviser la grammaire des comportements amoureux, autant commencer par le commencement : Les Belles lettres nous offrent des Leçons de flirt antique pour Séduire comme un dieu… Ou se (re)mettre à l'école de Barthes, avec la récente édition du séminaire sur le Discours amoureux. Les plus sérieux peuvent encore se plonger dans l'essai d'Alain Vaillant, L’'Amour-fiction. Discours amoureux et poétique du roman à l’époque moderne (PUV), dont M.-P. Andron avait rendu compte pour Acta fabula ("L'amour comme un roman").

Quoi de neuf ?

L'histoire littéraire n'accepte guère que l'invention soit déchirée entre des tendances contraires. Cette semaine, parmi les nouveautés de l'Atelier de Fabula, on peut suivre deux pistes différentes dans cette question et cette énigme, celles de la construction d'une histoire des inventions esthétiques : Adrian Tudurachi médite sur l'accident comme projet de l'histoire de la littérature, et Hélène Maurel-Indart s'interroge, autour de la notion de plagiat, sur ce que l'emprunt, la reprise ou l'imitation peuvent avoir de créateur.

Les vieilles amies

Tandis que nos amis de revues.org, désormais émanation du Centre pour l'édition électronique ouverte, approchent les cent revues publiées en ligne et se rapprochent du portail Persee, la  vénérable Revue des deux mondes, créée en 1829, vient d'ouvrir son site web et ses archives (2600 articles disponibles pour l'heure) et lance un Prix de l'essai. La jeune Europe (86 ans) propose elle un numéro Adorno Bloch Lyotard et appelle pour sa survie même aux abonnements des lecteurs. Quant à la RHLF, âgée de 108 ans,  son dernier numéro (malheureusement accessible via le portail payant Cairn : seuls les numéros datant de plus de cinq ans sont en accès libre) fait montre d'une santé de fer ....

C'est la magie du cinéma

  Et en effet n’est-il magique le cinéma dont Ollivier Pourriol montre dans Cinéphilo, les plus belles questions de la philosophie au cinéma , qu’il donne à penser, à moins qu’il n’illustre la pensée, présupposé un peu trop simpliste pour le site nonfiction.fr qui propose un compte-rendu de cet ouvrage, tandis qu’on découvrira  ce qui arrive quand on demande à un poète, en l'occurrence Yves Bonnefoy, d'écrire un scénario, dans l'article "Un poète au Louvre" sur le blog de la Répulique des livres. Un peu plus de magie ? On peut lire dans Acta Fabula, « Le facteur sonne-t-il toujours deux fois. Lettres au cinéma », un comte-rendu de Benoît Tane sur l’ouvrage publié sous la direction de Nicole Cloarec, Lettres au cinéma. De la missive au film-lettre, et, plus magique encore,  Stendhal, un désir de cinéma compte-rendu proposé par Rachida El Mala à propos de l’ouvrage Stendhal, Le désir de cinéma dont les auteurs entendent montrer que dans les Privilèges de Stendhal se lit  « une sorte de préfiguration des pouvoirs du dispositif cinématographique qui sera mis au point cinquante ans plus tard. »  Si l’on est pas encore rassasié de magie, on ira dans l’Atelier Fabula, pour visionner sur son écran « Le cinéma à l’âge de la déclinaison numérique », qui met en perspective la notion de variante et les nouvelles techniques cinématographiques, et pour relire le deuxième numéro de la revue LHT,  « Ce que la littérature fait au cinéma (et réciproquement) ». Et si pour embarquer dans une machine à remonter le temps: l'anthologie des premiers écrits sur Le cinéma. Naissance d'un art, dans la coll. "Champs" des éd. Flammarion.

Laisser conter

Le site à l'emblème du Chat Botté se doit de saluer régulièrement l'actualité critique relative aux Contes de Charles Perraut: une section des derniers Cahiers parisiens de l'Université de Chicago à Paris dresse un portrait de Perrault en auteur "moderne", un prochain colloque en Sorbonne mettra "littérature et linguistique en dialogue" pour interroger "la critique française des contes de Perrault" (31 mai). Rappelons aussi l'existence du site Web de l'Institut international Charles Perrault, qui offre notamment des ressources pédagogiques. Et les derniers ouvrages dont Acta fabula a "rendu conte":  Le Conte. Du Classicisme aux Lumières de J.-P. Sermain, Le conte en ses paroles, de A. de France & J.-F. Perrin, l'essai de M. Escola paru dans la collection Foliotthèque, ou encore les dernières livraisons de la revue Féeries (Univ. de Grenoble): Le conte, la scène, et Le conte oriental.

Croyance, crédit, autorité

Le jeu de ces trois termes sera au centre des débats d'un prochain colloque Autour de l'œuvre de J.-M. Rey: Modalités du croire au Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis (23 & 24 mai), pour nouer la question de la croyance à celle de la valeur fiduciaire. L'institut de Recherches sur la Renaissance et l'Âge classique de l'Université Montpellier 3 lance de son côté un appel à contributions: Croire à la lettre : Écrire la religion en Europe, 1600-1800. Le 5 juin prochain, le Groupe Phi organise à l'ENS une journée d'études sur le crédit accordé aux textes et l'autorité de l'archive. Parmi les parutions récentes, rappelons l'ouvrage de H. Belting, Croire aux images?.

Pierre Michon: origines, cheminements et filiations

Dans Chemins de Michon, qui paraît ce mois-ci en poche chez Verdier, Jean-Pierre Richard traverse des œuvres qui, des Vies minuscules à Maîtres et serviteurs, de Rimbaud le fils à Vie de Joseph Roulin, sont toujours hantées par leur propre origine. Dans Encres orphelines,  dont on peut lire le prologue dans l'atelier de Fabula, Laurent Demanze s'intéresse quant à lui au récit de filiation chez P. Michon, mais aussi chez P. Bergougnioux et G. Macé. Signalons encore  Pierre Michon : naissance et renaissance ainsi que la dernière séance (21 mai) du cycle  Le monde selon Michon proposé par la BPI.  

Madame Bovary, c'est qui ?

  Le Bovarysme. La psychologie dans l'oeuvre de Flaubert de Jules Gautier, qui fait du bovarysme établi par Flaubert un concept philosophique à part entière, a été réédité en 2007 aux éditions du Sandre, tandis que les éditions Rivages permettent de relire Le Bovarysme. Une moderne philosophie de l'illusion, de Georges Palante qui écrivait en 1903 que « le Bovarysme est le pouvoir qu’a l’homme de se concevoir autre qu’il n’est. » A ce retour d’Emma, font écho, coté web, l’article de Simon Daireau, Qu’est-ce que le bovarysme? sur Biffures.org, et côté création littéraire, le récent roman de Claro, Madman Bovary, où le narrateur, tentant de noyer dans la lecture le chagrin que lui cause une récente rupture, jette son dévolu sur le roman de Flaubert. On va finir par savoir de quelle couleur étaient les yeux d’Emma…

Benveniste aujourd'hui

Le 30 mai 2008, une journée d'étude - Émile Benveniste aujourd'hui: Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité? - organisée par L'IMEC à l'abbaye d'Ardenne dans le Calvados soulignera l'actualité vive de Benveniste pour la recherche et l'enseignement d'au moins trois points de vue : l'invention du discours par Benveniste, l'articulation d'une linguistique et d'une poétique que les archives suggèrent et l'écriture même de Benveniste comme mode éthique de la recherche. Le 06 juin à l'ENS de la rue d'Ulm, l’association ConSciLa proposera une réflexion sur la fécondité et l’adaptation des concepts benvenistiens, celui d’énonciation en particulier: Regards croisés sur l’énonciation. Actualité d’Emile Benveniste dans les sciences du langage.
 

Lire pour écrire, en paix

Même si nous avons tendance à l’oublier, les armes et ceux, quels qu’ils soient, qui en font usage, peuvent parfois empêcher les colloques de lettres d’avoir lieu. Les 22 et 23 mai devait se tenir à Beyrouth le colloque Lire pour écrire. Une nouvelle finalité pour l’enseignement de la littérature ?. organisé par le Département de lettres françaises de l’Université Saint Joseph, en partenariat avec l'équipe Fabula. La « situation » du Liban,  autrement dit l’usage de sacs de sable, pneus brûlés et autres armes à feu,  nous oblige à reporter cette rencontre à une date ultérieure, bien que nos collègues sur place continuent d’assurer leur enseignement, comme ils continuent de vivre. Les armes à feu, pourtant, et ceux, quels qu’ils soient, qui en font usage, n'ont jamais empêché quiconque de lire, écrire ou réfléchir. On pourra donc relire les récents numéros de la revue Acanthe, publiée par le département de lettres de l’Université Saint Joseph, ou encore continuer de s’interroger sur le rapport de la lecture aux possibles d’écriture, en lisant les pages de l’Atelier de  Fabula consacrées aux textes possibles. Les armes à feu, enfin, qui sont impuissantes également à briser l’amitié, ne nous empêcheront pas de nous retrouver, à Paris ou à Beyrouth, français, catalans, juifs, bretons , libanais, sunnites, grecs, chiites, gascons, arméniens, etc. pour lire, écrire et réfléchir, ensemble et en paix.

"The books, not the pants"

Gallimard a fait paraître cette semaine le volume des Œuvres de C. Lévi-Strauss dans la "Bibliothèque de la Pléiade", à la veille du centenaire de l'auteur de Tristes tropiques, dans une édition préparée par V. Debaene, F. Keck, M. Mauzé & M. Rueff. Le site BibiObs.com, qui propose un dossier consacré à l'anthropologue, a demandé à ces quatre jeunes chercheurs de dire l'actualité de la pensée de Lévi-Strauss pour la recherche en sciences humaines. On peut également voir sur ce même site l'enregistrement vidéo de l'émission réalisée par J. Garcin en 1984. P. Assouline propose de son côté un portrait de C. Lévi-Strauss en moraliste.

Ecce Homais

La philosophie, dont le propre pour Nietzsche comme pour Deleuze, serait de "nuire à la bêtise" aurait-elle trahi sa mission, et la bêtise serait-elle l'affaire des écrivains?. A. Roger fait paraître un Bréviaire de la bêtise, dont un article du site nonfiction.fr vient de rendre compte: "La bêtise, c'est la bêtise". Il y a quelques mois, B. Cannone faisait pour sa part l'hypothèse que La Bêtise s'améliore. Et P. Pachet ironisait naguère sur la Bêtise de l'intelligence. La bêtise se porte décidément bien (ecce Homais!). On peut toutefois lui préférer le nonsense, dont un article de N. Cremona propose une définition dans l'Atelier de théorie littéraire. Ou jouer franchement le jeu de l'humour philosophique avec la Petite Philosophie des histoires drôles de  L. de Brabandere, salué par un article de R. Maggiori dans Libération.

Milner requis par la langue française

Deux essais importants de Jean-Claude Milner reparaissent, revus et augmentés, dans la collection de poche des éditions Verdier: Le périple structural. Figures et paradigme reprend les principales figures de ce qu'on a appelé le structuralisme, évalue un mouvement qui a bouleversé les dispositifs d'opinion, et restitue les déplacements et les innovations qui organisèrent, dans l'espace de la langue française, les années soixante. Le second, Dire le vers, co-écrit avec François Regnault offre à chacun de régler sa voix et son souffle, car un vers n'est rien s'il n'est pas dit; or, bien dire un vers ne relève ni de l'humeur du moment ni de recettes artisanales, mais de la langue elle-même. Elégant et extrémiste, J.-C. Milner continue d'incarner ici, comme l'écrit Ph. Lançon, "presque à la marge, presque dans l'ombre, la splendeur de la théorie".
 

Un autre monde est possible

Deux coups de théâtre successifs lors de la récente épreuve de littérature française au concours ENS-LSH: que le jury ait pu préférer un poète vivant à des classiques bien morts, et J. Roubaud à Montesquieu, Corneille ou Stendhal au moment de choisir le sujet (une sentence sur la poésie comme art des possibles, à confronter au recueil Quelque chose noir…) ; et qu'une alerte à la bombe ait suscité l'interruption de l'épreuve dans les salles parisiennes puis l'annulation nationale de l'épreuve. Cela fait un assez beau sujet de réflexion pour P. Assouline, dans un billet intitulé "La poésie de J. Roubaud est explosive", et l'objet d'une de ces pétitions dont la France a le secret pour obtenir l'annulation de l'annulation… L'affaire fait grand bruit sur le Net: nonfiction.fr vient de dresser une première liste de réactions, dont celle de J. Roubaud sur le site Le Tiers Livre, et un article de J.-F. Piquet sur remue.net intitulé: "Qui a peur de J. Roubaud?". On peut préférer lire ou relire l'entretien avec le poète publié par le site Biffures sous le titre: "La poésie ne s'écrit pas" (mais les dissertations, oui).

Manchette au jour le jour

Le site BibliObs.com salue par un article intitulé "Je chie sur la France" la parution chez Gallimard du Journal inédit de J.-P. Manchette (en librairie le 2 mai), et en offre quelques extraits: "Comme je voudrais être un honnête écrivain, bricolant chaque année un roman, quatre policiers et trois dramatiques. Ou un scénariste comme Sautet. Ou un cinéaste comme Mocky. […] Il y en a qu'on nourrit à la sonde; moi je crée à la sonde. Travailleur intellectuel. Prolétaire intellectuel. Le degré grabataire de l'écriture. Je chie sur cette putasserie mal payée." Le site LibeLabo vient de son côté de mettre en ligne quatre vidéos de l'auteur du Petit bleu de la côte Ouest dont les archives et manuscrits viennent d'être confiées à la Bnf. Acta fabula avait rendu compte en son temps de l'un des rares essais consacré au maître du "néo-polar": J.-P. Manchette. Le récit d'un engagement manqué de F. Frommer (recension par C. de Bary: "Noir manchette"). La plupart des titres de Manchette sont désormais réunis dans un volume de la collection "Quarto". Rappelons encore la tenue en Sorbonne et à la Bilipo d'un récent colloque "Un auteur hors-série? J.-P. Manchette".

L'homme avant les femmes

Les éditions Gallimard publie un surprenant inédit de P. Drieu la Rochelle: Notes pour un roman sur la sexualité: une "confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu", "une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie œdipienne […], jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité". P. Assouline salue cette parution dans un article intitulé "Sexualité de l'homme couvert de femmes", en s'interrogeant sur la gloire posthume de l'écrivain: "il y a un tel décalage entre la passion que suscitent encore ses livres et sa personne dans la presse […] et l’indifférence du public, qu’on en vient à se demander s’il ne serait pas un écrivain pour critiques, comme Faulkner est un écrivain pour écrivains."

Ralentir, travaux: le nouvel Atelier de Fabula

L'Atelier de Fabula fait peau neuve, et présente une nouvelle page d'accueil. Il propose actuellement un ensemble organisé de plus de 600 pages, l'équipe de l'atelier accueillant et évaluant toutes sortes de textes (articles, pre-prints, citations, redéfinitions, ensemble de questionnements...) associés entre eux par hyper-liens. On peut entrer dans cet univers par plusieurs portes. Entrer par problèmes: la page d'accueil met en avant la construction d'ensembles mobiles, et propose des "éditoriaux" qui ouvrent des questions générales en renvoyant à la fois aux chantiers de l'Atelier, aux contenus présent sur Fabula et à l'internet littéraire. Entrer par notions: le "sommaire" se distribue en une série de mots-clés, à la manière d'un dictionnaire évolutif de théorie littéraire. Entrer par articles: l'index général présente l'ensemble des pages et manifeste la variété du paysage. Pour en observer les reliefs, et l'organiser à votre tour, poussez les portes de l'Atelier...

Tous libertins!

Du Grand Siècle au siècle des Lumières et d'un libertinage à l'autre: I. Moreau s'intéresse dans Guérir du sot au "clair-obscur" des libertins érudits de l'âge classique (S. Feller en donne le compte rendu dans Acta fabula), et P. Wald Lasowski envisage le roman libertin du XVIIIe siècle comme Le grand déréglement: "La littérature romanesque n'est-elle pas la zone franche de la littérature comme le sexe est la zone franche du corps?" — pendant que J. Mainil s'attarde en galante compagnie dans Don Quichotte en jupons. Des effets surprenants de la lecture (compte rendu par Y.-M. Tran-Gervat). Un pas (glissant) de plus, et c'est un libertin romantique: Musset ou la nostalgie libertine, de V. Ponzetto (compte rendu par C. Chamouton).

Connaissez-vous Clelia?

Les Sessions de linguistique et de littérature de l’Association CLELIA sont consacrées à l’étude des langues et littératures anciennes, de la linguistique générale, de l’histoire et de la théorie littéraires. Tous les ans, durant une semaine, à la fin du mois d'août, cette année au centre de La Baume, près d'Aix-en-Provence, trois séries de conférences et des exposés libres sont proposés aux participants. Conçues dans une perspective de formation permanente, les sessions s'adressent aux enseignants de l'enseignement supérieur ou du second degré et aux étudiants avancés. Les actes des conférences ainsi que certains exposés libres sont publiés tous les ans dans la revue Lalies (sommaires des derniers numéros: n°27, n°26, n°25). Sur le site de l'association: Histoire et portrait intellectuels de Clelia, un entretien avec Jean Lallot et Jean Perrot, fondateurs des sessions.

Les Littéraires

Après quelques année un peu atones, les PUF inaugurent sous le titre "Les littéraires" une nouvelle collection d'essais sur la littérature, dirigée par A. Viala. Des livres qui voudraient privilégier la curiosité, non l'érudition, et envisager la littérature "à la croisée de tous les champs culturels". Deux titres sont déjà parus: Histoire du pastiche, par P. Aron, et La France galante, par A. Viala. La collection annonce pour les mois à venir une belle diversité de sujets: du corps tragique racinien à San Antonio, du thème du carrosse à l’écriture de la morale chez La Rochefoucauld…

Écrire et penser l’Histoire

Chateaubriand historien? De l’essai politique aux Mémoires, son oeuvre est habitée par une pensée de l’Histoire. Au même moment, la méthode historique est renouvelée par les débuts de L'Historiographie romantique, dont la monumentale Histoire de France de MIchelet (qui n'avait pas été rééditée dans son intégralité depuis les Oeuvres complètes  de 1893-1898) sera l'un des chefs d'oeuvre. Pour faire le point sur les fondements, les modalités et les enjeux de l’écriture de l’Histoire: la page historiographie de l'atelier, où sont aussi repertoriées les récentes recensions dans Acta fabula d'ouvrages comme L'Historia. Commencements grecs de C. Darbo-Peschanski, Évidence de l'histoire de Fr. Hartog ou encore Erzählte Geschichte d'A. Rüth. Autres parutions: Europe n°945-946, Historiens de l'Antiquité, Les Vies de Voltaire, P. Veyne, Foucault, sa pensée, sa personne.

De main en main

Selon le mot de Rimbaud, "la main à plume vaut la main à charrue". Plusieurs livres récents (cinq comme les doigts de la main) viennent en apporter la preuve: Ambroise Paré. La main savante, de J.-M. Delacomptée; La Main négative, un récit où T. Samoyault dialogue avec l'œuvre de Louise Bourgeois dans une commune fascination pour le travail des mains tapissières; une anthologie du surréalisme sous l'Occupation intitulée La Main à plume; Un monde entre ses mains, ouvrage collectif consacré au marionnettiste Jacques Chesnais; et, tout au bout du bras perdu de B. Cendrars, la main coupée du poète, avec La Ferme de Navarin de G. Bienne dont C. Camelin a rendu compte pour Acta fabula.

La révolution dans le texte

La révolution a été l'image obscure de la littérature moderne, et lui a fourni ses énergies et ses ruses. Dans Je suis la révolution, Laurent Jenny explore ce lieu commun bien peu commun: la « révolution poétique » ne cesse de faire allusion à des valeurs incompatibles, dans un dialogue tendu où Maurras répond à Hugo, Paulhan à Blanchot et Barthes à Sartre, où Tel Quel réécrit la révolution surréaliste en style maoïste. Un collectif récent observe les schémas révolutionnaires selon lesquels la transformation de la littérature a été pensée au jour le jour, et son histoire bâtie après coup.  Poursuivant la légende de la liberté poétique, avec Ecrire, mai 68, écrivains et poètes revisitent quarante ans plus tard l'événement.

Actualité du témoignage

Dans le cadre du séminaire de l'équipe "Littérature et histoires" se tiendra le 15 avril prochain à l'université Paris 8 une journée d'étude intitulée Ce que le témoignage fait à la littérature ....et la littérature au témoignage. Cinq auteurs participeront à une table ronde: C. Coquio et A. Kalisky (L’Enfant et le génocide). A. Dayan-Rosenman ( Les Alphabets de la Shoah), P. Mesnard, (Témoignage en résistance), C. Mouchard (Qui si je criais... ?). Des recensions de la plupart de ces ouvrages sont répertoriées sur la page Témoignage de l'atelier de Fabula, qui propose aussi d'autres liens et ressources.

L'écrivain préféré. LHT, n° 4

Il existe, dans nos expériences littéraires, des situations où la littérature est ramenée à une seule figure, qui sert à la fois d’objet privilégié et de modèle intérieur. « L’écrivain préféré » est ce nom propre qui, pour un temps, un individu ou un groupe, vaut la littérature, permet de la penser entièrement mais aussi de la vivre, d’entretenir avec elle un lien sensible, continu, électif. La revue Fabula-LHT consacre à cette figure et à ses enjeux son quatrième numéro, proposé par Marielle Macé et Christophe Pradeau. Le Flaubert de Sartre, les préférences proustiennes, les prédilections de Gide, une génération rassemblée autour de Barrès, les influences violentes et les maturations lentes, les adorations de uns et les détestations des autres y sont tour à tour observés et portés au second degré. Des figures de grand format y propagent leurs ondes turbulentes... Et vous, où vont vos préférences ?

Le présent des écrivains

Pour répondre aux Cassandre annonçant l'épuisement de la littérature française contemporaine, dans le sillage de La Littérature française au présent de D. Viart et B. Vercier (2005, nouv. éd. 2008), Bordas lance la collection « Ecrivains au présent », qui  réunit des monographies sur des écrivains français contemporains. Celles-ci portent témoignage de la diversité et du foisonnement de cette littérature depuis les années 1980. Les quatre premiers titres (François Bon, Pascal Quignard, Jean Echenoz et Annie Ernaux) viennent de paraître. Du 3 au 5 avril 2008 un colloque sur les enjeux contemporains de la littérature se tiendra au Petit Palais à Paris.

Barthes pensif

"Jamais un philosophe ne fut mon guide", écrivait Roland Barthes. S'il ne fut jamais guidé par un philosophe c'est d'abord parce que Barthes a opposé à la philosophie une pratique particulière de la pensée, un rapport singulier aux concepts, à leur sérieux et à leur durée, à leur incarnation et à leur « couleur ». Mais c'est aussi qu'il a voulu emprunter à trop de doctrines « un peu de leur projet et un peu de leur langage » pour n'en élire qu'une seule. Un colloque organisé les 28 et 29 mars à l'ENS explorera ce pluriel: Barthes sceptique, anti-humaniste, phénoménologue, moraliste ; ou encore : Barthes et Marx, Derrida après Barthes, Barthes et Lacan, les quatre ou cinq Sartre de Barthes… Suivant l'exemple de J.-C. Milner, qui a observé « le pas » que Barthes avait fait vers la philosophie et à l'intérieur de celle-ci, il s'agit de rendre une pensée à la pluralité de ses vies possibles, et éclairer un moment complexe de la culture philosophique française. À lire également dans notre Atelier de théorie littéraire, un article de M. Macé consacré à l'expérience esthétique selon Barthes.
 

Une librairie Fabula? Premier rayon

Soucieux de pérenniser ses activités au service de toute la communauté des chercheurs en littérature, et pour continuer à en garantir la gratuité à une époque où les financements publics se raréfient, le site Fabula envisage d'offrir prochainement les services d'une librairie en ligne dédiée aux études littéraires et aux sciences humaines.   Un deuxième site devrait voir le jour, où il sera possible à tous nos visiteurs d'acquérir les ouvrages signalés dans nos pages "parutions" comme dans notre revue Acta fabula, dans les conditions qui sont celles des autres librairies en ligne.   Une offre commerciale à laquelle nos visiteurs seront invités à répondre par un geste que rien n'empêche d'être militant: "achetez ce livre et soutenez Fabula"!   Dès aujourd'hui, et pour une première phase d'essai qui devrait durer quelques semaines, une sélection d'une vingtaine de livres vous est proposée avec le concours d'une librairie partenaire (dessinoriginal.com) qui nous aidera ensuite à développer notre propre service. Sur les pages concernées, un cartouche vous donnera un accès à l'espace de vente. Vous trouverez également tous ces livres regroupés au sein d'une "librairie Fabula" qui préfigure le futur site.

Le roman fait signe(s)

Notre revue des parutions Acta fabula rend compte de trois ouvrages récents consacrés aux rapports entre herméneutique et fiction au XIXe siècle: les actes d'un colloque sur Le Roman du signe, Balzac et la comédie des signes de B. Lyon-Caen, et Une poétique de l'énigme. Le récit herméneutique balzacien de C. Massol. Ces trois articles se trouvent réunis dans l'entrée "Signe" de l'Atelier de théorie littéraire, où l'on trouvera également repertoriés les actes d'une journée d'études consacrée à la question du signe dans la poésie du XIXe siècle ainsi que ceux du séminaire "Signe, déchiffrement, et interprétation".

 Le début et la fin : un colloque à lire sur Fabula

Après les nombreuses études sur le commencement et sur la fin du roman, un double colloque organisé récemment à Toulouse a proposé un geste critique nouveau : mettre en relation ces lieux stratégiques du texte, pour analyser la structure d’ensemble de l’œuvre et pour observer comment celle-ci construit son sens par la confrontation des espaces d’ouverture et de clôture. Cette réflexion a abouti à un imposant collectif de 46 articles, publié sous la direction d’Andrea Del Lungo, qui est donné à lire dans l’espace colloques en ligne de notre site. Destiné à constituer une référence en la matière, cet ensemble étudie l’articulation des frontières de l’œuvre suivant un principe de lecture ouvert et une perspective interdisciplinaire qui croise des genres et des médias différents : roman, théâtre, bande dessinée, cinéma...

Ulysse revient

La prochaine séance du séminaire "Modernités antiques - La littérature occidentale (1910-1950) et les mythes gréco-romains" aura lieu le 14 mars à Villetaneuse. Les trois communications porteront sur les retours d'Ulysse chez Joyce ou, aux antipodes, chez Derek Walcott ou Alvaro Cunqueiro.  Les textes des premières séances du séminaire sont en ligne sur la page Modernités antiques - rubrique Modernité(s) - de  l'atelier de Fabula, où l'on apprend aussi qu' Homère est une figure de la révolution, comprise à la fois comme retour périodique à l'origine ou à la tradition perçue comme modèle et au sens de bouleversement de la tradition. Et dans Acta fabula cette semaine: Le retour d’Homère, compte rendu par Florian Louis de Philip Ford, De Troie à Ithaque. Réception des épopées homériques à la Renaissance.

La peinture dans le texte

À l'occasion de la récente publication des deux volumes de L’Art du XVIIIe siècle des frères Goncourt, dans une édition présentée et annotée par J.-L. Cabanès, et de la réédition de La Critique d'art à Paris (1890-1969) de C. Schvalberg, Fabula rappelle qu'une entrée de de son atelier est consacrée à la question des rapports entre  littérature et peinture : on y trouvera notamment de nombreux liens, une série d'article de R. Démoris autour des Salons de Diderot (au programme de l'agrégation) et un choix de recensions parues dans  la revue Acta fabula. Dernières parutions:  le n° 153 de Poétique propose un dossier sur "le texte et l'image" et le récent ouvrage de N. Kremer, Introduction à la théorie esthétique du XVIIIe siècle (Kimé) porte sur la transition de la doctrine classique à l'avènement de l'esthétique (de Chapelain à Batteux et Du Bos et Diderot). Et encore: Le Roman du peintre.    

"Pour une critique superficielle":  La voie aux chapitres

Du Roman d'Énéas à La Vie mode d'emploi, du vaste « cycle » médiéval ou dix-neuviémiste au bref chapitre moderne, du recueil au « livre » ou au « chant », du dispositif paratextuel aux procédés et aux thèmes qui en accompagnent la scansion, La voie aux chapitres, dernier titre de la collection "Poétique",  propose un cadastre du roman, un inventaire de ses espaces et de ses limites internes et externes.  Ugo Dionne y  défend une "critique superficielle" et, tout en réaffirmant les rapports de la poétique et de l'histoire, propose une "poétique élargie, qui intègre les considérations historiques, sociales et matérielles". (Compte rendu à paraître dans Acta fabula). Sur la "capitulation"  chez Hugo: G. Mathieu, Changer de chapitre dans Les Misérables.

 Fables de loups

Le journal belge Le Soir vient de révéler, dans les termes dramatiques du scoop, l'imposture commise par l'auteur Misha Defonseca (de son vrai nom Monique Dewael) dans son best seller (tout juste adapté au cinéma) Survivre avec les loups . Cette  « histoire de son épopée à travers les forêts d'Europe qu'elle aurait parcourues en 1941 avec une meute de loups n'est qu'une œuvre de fiction, pas un récit autobiographique comme elle le prétendait depuis dix ans. » Le journal livre même  le document quasi policier attestant de ses « aveux ». Les réactions officielles, dont celle de son éditeur Bernard Fixot, font montre d’une intéressante compassion. On rapprochera cela des Fragments du "cas Wilkomirski" qui défraya la chronique littéraire en 1995, autre récent et troublant avatar de l'Imposture littéraire. Et l'on relira avec profit la contribution de Luc Vigier à l’Atelier de Fabula sur "Figure et portée du témoin au XXe siècle".

"Contrarier un peu le lecteur" :  le premier Verlaine.

"Combinaison souvent décapante de lyrisme et d’ironie", le premier recueil de Verlaine (au programme de l'agrégation cette année) est l'objet d'une nouvelle et considérable édition critique établie par Steve Murphy. Près de 700 pages pour lire autrement Les Poëmes saturniens,  découvrir les fac-similés des manuscrits de la fondation Bodmer, se mettre au point sur la versification et la poétique de l'oeuvre, sur les rapports de  Verlaine au Parnasse ou sur la réception du recueil.  En attente de rédacteur pour compte rendu dans Acta fabula: Les premiers recueils de Verlaine. Rappelons aussi la publication sur Fabula des actes de la journée d'études "Verlaine, reprises, parodies, stratégies". Et sur le site du CSF de Nanterre: actes de la journée du 18 janvier 2008.  

La poésie dans le temps

« Que les oiseaux et les sources sont loin ! »... Comment les poèmes traversent-ils le temps? Et comment faire l'histoire du lyrisme? Y a-t-il une continuité entre ses formes anciennes, ritualisées, et l'expressivité moderne? A l'occasion de la venue de Jonathan Culler (professeur à l’université Cornell, figure majeure du courant structuraliste de la critique littéraire aux Etats-Unis) à l'ENS, ces questions seront dépliées à la fois par J. Culler, qui interviendra dans un cours consacré à la construction de l'histoire littéraire, et par une série de spécialistes lors d'une journée sur Le Lyrisme. Dans les pages de l'Atelier de Fabula, on pourra également lire "Le dernier livre de la bibliothèque", de Michel Murat, consacré à l'histoire du poème en prose.

Pour Sartre, après Flaubert, avec le son

Michel Contat vient de réunir les articles qu'il a consacrés à Sartre pendant 40 ans. Son Pour Sartre pose une série de questions décisives: comment s'articulent le rêve de gloire et la conviction d'être "n'importe qui" ? Pourquoi tant d'ouvrages abandonnés, d'un film sur le révolutionnaire Le Bon à une pièce sur la chasse aux sorcières et à un ouvrage sur l'Italie tant aimée ? Quelle mue se jouait dans les extraordinaires carnets que Sartre écrivit durant la "drôle de guerre" ? Au même moment, un numéro de Recherches et travaux (Grenoble) est consacré à L'Idiot de la famille, et un livre-disque, Sartre, la liberté dans tous ses états, propose une lecture de L'Être et le Néant, avec François George et Frédéric Worms, et de La Nausée avec Juliette Simont. Autant d'occasions de continuer à penser avec et pour celui qui mesurait la justesse d'une idée au déplaisir qu'elle lui causait.

Lire moins, voir plus?

Dans Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature, qui a reçu un vaste accueil critique en Angleterre et aux États-Unis et qui est enfin traduit, Franco Moretti explique que les chercheurs en littérature devraient arrêter de lire... ; l'analyse qu'il conduit est assez éloignée de celle de P. Bayard, puisqu'il propose, s'il ne faut plus lire les livres, de commencer à les compter, les cartographier, les intégrer à des graphiques. Les études littéraires ont été jusqu’ici livrées au hasard d'une lecture non-systématique; il s'agit donc de constituer des statistiques et de défendre l’idée d’une « lecture à distance » nourrie d’une expérience globale ou le canon disparaît dans un système bien plus vaste. On lira aussi, sur le site de la New Left Review, ses "Conjectures on world literature". Rappelons qu'un autre ouvrage de F. Moretti est également disponible en traduction française: Atlas du roman européen (1800-1900). Du côté des historiens, un récent manuel vient signaler le retour en grâce des analyses quantitatives: Méthodes quantitatives pour l'historien.

Les couleurs font la vision

Un regard permanent porté sur les chefs-d’œuvre de la peinture avait éveillé chez Goethe le besoin de comprendre les lois qui commandent aux phénomènes visuels. Quel est le lien entre le clair-obscur et la couleur ? Quels sont les rapports des couleurs entre elles ? Le jaune est-il gai, et le bleu triste ? Pourquoi notre œil produit-il du rouge si on lui montre du vert? Il en fit un Traité des couleurs. John Gage, dans Couleur et Culture, a réouvert le dossier et étudié l’histoire de la perception et de l’utilisation de la couleur dans l’art et la culture en Occident. Ce livre-somme est enfin traduit en français.

Comment écoutez-vous?

Comment entendre la musique ou la négliger? Quels sont ses liens avec les pratiques sociales et les discours qui la situent? Musicologue et historien de l'esthétique, auteur de " La rumeur des batailles ", (dans lequel, avec la critique musicale, les voix des écrivains contribuent à l'établissement des allers-retours permanents entre les oeuvres et la réception, entre histoire des arts et histoire sociale) Martin Kaltenecker propose au Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL, CNRS-EHESS) un séminaire consacré à l'histoire de l'écoute musicale. Dans les pages d'Acta, Julia Peslier consacre un compte rendu "audio-critique" au livre de Peter Szendy, Sur écoute. Esthétique de l’espionnage.

Alain Robbe-Grillet

L'auteur des Gommes et de La jalousie est mort d'une crise cardiaque dans la nuit du dimanche 17 février au lundi 18 février. Il avait 85 ans. "Elu à l'Académie française en 2004, au fauteuil de Maurice Rheims, Alain Robbe-Grillet aura, pour finir, faussé compagnie aux immortels sans sacrifier à aucun de leurs rites, habit vert, discours, éloge, dictionnaire, mais il leur laisse un nom illustre" (Michel Contat, Le Monde).

La vie des livres

Comment l’édition est-elle passée du cycle de la commercialisation, dont la caractéristique est que, toujours, la pensée dictait son tempo au livre – à son écriture, son impression, sa parution –, à celui de la marchandisation? Dans Le Livre et l'éditeur, Éric Vigne (directeur de la collection "Les Essais" chez Gallimard), après avoir mesuré les conséquences de ce bouleversement du monde de l’écrit sur la fiction, les ouvrages de sciences humaines et l’essai, tente de comprendre cette tendance à partir des pratiques de l’éditeur. Thomas Mercier en donne un compte rendu dans Acta fabula. Signalons à cette occasion la parution d'une livraison de la revue Communication & langages consacrée à l'énonciation éditoriale et la réédition de Naissance de l'éditeur de P. Durand & A. Glinoer.

Parution de l'Annuaire des Vingtiémistes de la Self XX

La troisième édition de l'Annuaire des Vingtiémistes publié par la Société d'Etudes de la Littérature Française du Vingtième Siècle vient de paraître. Outre les coordonnées mises à jour de près de 500 chercheurs du monde entier, l'Annuaire, qui est diffusé aux membres de la Société, contient un index de leurs champs de recherche et des auteurs qu'ils étudient.  Aujourd'hui, la SelfXX invite ses membres et les centres de recherche affiliés à renouveler leurs cotisations. Lire la lettre d'appel à cotisations sur le site de la SelfXX et télécharger les formulaires d'adhésion.

Rayon Impur

Revue trimestrielle publiée par les éditions Antipodos, Impur ouvre ses pages aux « littératures désinstallées » : récits d’exilés, d’expatriés, d’immigrés, paroles d’arpenteurs du monde, carnets de voyage, problématiques ethnoculturelles et/ou géopolitiques… Le premier numéro est disponible en librairie depuis janvier 2008, avec un dossier consacré au Japon. Au sommaire : un texte incisif de Pierre JOURDE sur le Japon ; un entretien avec Agnès GIARD sur l’imaginaire érotique au Japon, la crise de la masculinité, le traumatisme des années d’occupation américaine, l’émergence des femmes japonaises et les particularités du sexe nippon ; un essai de l’écrivain HIRANO Keiichiro sur MISHIMA Yukio ; un portrait de Th. PYNCHON par Guillaume ORIGNAC, etc.

Fabula reçoit le soutien du TGE Adonis

L'équipe Fabula est heureuse d'annoncer à ses visiteurs qu'elle vient de recevoir une subvention du Très Grand Equipement Adonis (CNRS) qui entend promouvoir un accès unifié aux données et documents numériques des sciences humaines et sociales en associant l’ensemble des acteurs, depuis la production et la préservation des données jusqu’à leur diffusion. Ce soutien vise à la création d'un outil d'indexation des contenus scientifiques de Fabula, indexation basée sur un affichage de nuages de mots-clés (foksonomie), et permettant notamment la personnalisation de l'affichage des contenus, de la lettre d'actualités et d'une veille scientifique par flux RSS. Actuellement en cours de développement en partenariat avec d'autres acteurs de la diffusion des savoirs en SHS, cet outil sera offert aux visiteurs de notre site à compter de 2009.

Façons d'être, façons de faire

Une réflexion ancrée dans la littérature peut nous aider à envisager le style sous ses aspects généraux (physique, psychologique, éthique...) et sous l'angle démultiplié de nos modes d'être et de nos façons de faire. Philippe Jousset présente à ce titre une Anthropologie du style, le site Polart propose un "chantier" de travail, initié par Gérard Dessons, consacré au concept général de manière, et la revue Acta publie le compte rendu d'un ouvrage consacré au style des philosophes. Cette actualité critique est l'occasion de relire un article important de Laurent Jenny, "Du style comme pratique", publié dans les pages de l'Atelier de Fabula.

Dialogues de sourds : la rhétorique affaiblie

On se persuade peu mutuellement. Au cours d'une vie, rares sont les moments où l'on se laisse convaincre et où l'on parvient à emporter l'adhésion de notre interlocuteur, déjà convaincu ailleurs. Pourquoi ces échecs ? Qu'est-ce qui ne va pas dans le raisonnement mis en discours ? Christian Salmon, avec Storytelling, avait donné sa version de la fabrique de cet univers de méconpréhensions et de cet affaiblissement du recours au discours rationnel. Marc Angenot, dans Dialogues de sourds, ouvre un immense dossier, montre que la rhétorique (dont on a pourtant salué au cours des dernières décennies toutes les résurgences) ne remplit pas les objectifs qu'elle se donne, et pose à distance de Paulhan la question de l'universalité de la raison raisonnante. 

Affabulations

On a récemment appris de P. Bayard comment améliorer les œuvres du passé, mais aussi comment on pouvait parler des livres que l'on n'a pas lus: G. Steiner nous invite aujourd'hui à parcourir les livres qu'il n'a pas écrits et auxquels donc nous n'échapperons pas. S. Audeguy était venu l'an passé combler quelques ellipses dans le texte des Confessions de Rousseau en inventant un frère à ce faux Fils Unique: avec quelques comparses, il nous donne aujourd'hui des Nouvelles de La Fontaine, tant il est vrai que les Fables et les Contes ont bien le même auteur, et que certaines fables eussent mérité d'être des contes (et réciproquement?). J.-P. Dubois, C. Millet et d'autres fins observateurs ajoutent quelques chapitres aux Mythologies de R. Barthes. R. Benhayoun nous apprend que l'œuvre cinématographique d'Alain Resnais est "un film à déduire", la genèse de chacun "renvoyant le récit qui lui sert de support à l’ordre du possible". Et H. Marienské réédite l'exploit de Proust en donnant différentes versions d'une même fable successivement attribuée à Montaigne, La Fontaine, Céline, Houellebecq et quelques autres, série de pastiches réunis sous le titre paradoxal de Le degré suprême de la tendresse. Comme disait à peu près Genette: un texte peut toujours en lire ou en cacher un autre, et il n'est peut-être pas de meilleure lecture que celle des textes manquants au catalogue des bibliothèques.

La littérature sous la presse

Plusieurs livres récents consacrés à la presse font l'objet de recensions dans Acta fabula: La littérature au quotidien de M.-E. Thérenty, dont A. Wrona propose une lecture ("Au laboratoire de la littérature…"), Les Discours du journal. Rhétorique et médias au XIXe siècle de C. Saminadayar-Perrin, dont rend compte A. Déruelle ("À rhéteur, rhéteur et demi…") et Les discours de la presse quotidienne de S. Moirand, qu'analyse C. Brancaglion ("Discours de la presse quotidienne"). Toutes ces recensions et quelques autres se trouvent désormais répertoriées à l'entrée Presse de l'atelier de Fabula.

Revue internationale des livres et des idées, acte III.

Sous le titre "Penser à gauche", la troisième livraison de la Revue internationale des livres et des idées est en kiosque, avec notamment des articles de S. Zizek sur P. Slotedijk, A. Negri sur G. Agamben, I. Garo sur C. Lefort, J. Revel sur Foucault… Signalons que certains des articles des premiers numéros sont en libre accès sur le site de la revue, et que les articles plus spécifiquement consacrés aux questions de théorie littéraire se trouvent désormais versés au sommaire de notre propre revue des parutions, Acta fabula. Ainsi des analyses d'Yves Citton sur Potocki et de Marc Escola sur Stanley Fish.

Faut-il brûler un inédit de Nabokov?

Fallait-il brûler les nombreux textes non publiés de Kafka, selon son voeu ? La question n'a pu se poser qu'une fois déjà tranchée, dans l'après-coup de cette publication même, qui révélait à la fois l'existence même de l'oeuvre (et de son auteur) et ce voeu de destruction. S'agissant en revanche d'un écrivain aussi fameux que Vladimir Nabokov, le débat est ouvert au sujet de son ultime roman, inachevé, The Original of Laura, dont son auteur avait également demandé à ce qu'il soit détruit après sa mort, et qui néanmoins repose toujours dans le coffre d'une banque suisse. Dans un article paru dans la revue américaine Slate et traduit sur le site Rue 89, Ron Rosenbaum expose le cas de conscience qui se pose au fils (et dernier héritier) de Nabokov, Dimitri ; on peut lire également le billet que consacre Pierre Assouline à cette délicate question (LIRE LA SUITE). Le 7 mars 2008 à l'université François Rabelais (Tours): journée d'étude consacrée à Nabokov.

Potocki retrouvé

En 2006, D. Triaire & F. Rosset faisaient paraître chez Peeters les Œuvres de Potocki, en donnant pour la première fois à lire les deux versions (1804 & 1810) du célèbre Manuscrit trouvé à Saragosse. Ces deux romans distincts  paraissent aujourd'hui en poche, dans la coll. GF-Flammarion. Pour comprendre les enjeux de cet exceptionnel cas de figure, on lira l'analyse d'Yves Citton dans un article initialement paru dans la première livraison de la Revue internationale des livres et des idées et repris dans Acta Fabula: "Éditer un roman qui n'existe pas…". SIgnalons à cette occasion un prochain colloque "Potocki de nouveau", et l'ouverture d'un site internet consacré à l'auteur du Manuscrit trouvé…  Rappelons enfin la parution l'an passé d'une biographie du romancier, ainsi que d'un volume collectif, Potocki et la création romanesque (dir. L. Fraisse) dont Acta fabula avait également rendu compte: "Le livre trouvé de Potocki", par S. Baudoin.

Poétiques de la philologie

  Dans le travail philologique, la seule instauration possible semble bien être une restauration. Restauration du texte interpolé ou lacunaire, du contexte oublié, de l’intention de l’auteur, que la dégradation du manuscrit a déformée ou trahie, du fragment, auquel il faut redonner le texte perdu qui l’accompagnait. Le philologue ne crée rien et ne peut avoir d’autres poétique que celle de l’auteur qu’il entend respecter, conserver et restaurer, en réparant les dégradations que le temps ou les accidents de la transmission textuelle ont pu faire subir à l’œuvre. Il ne serait poète qu’en tant qu’il refait le texte et non pas en tant  qu’il fait œuvre. Pourtant, d’Apollonios de Rhodes ou Lycophron à Lachmann en passant par J. Dorat, les noms ne manquent pas de philologues qui furent aussi poètes, comme ne manquent pas les voix qui ont identifié la création poétique et la philologie. Quelle poétique alors pour une pratique qui se présente pourtant comme une réfection et non comme un faire ? Telle est la question posée et développée par l’appel à contribution pour le numéro  5 de la revue LHT-Fabula. Le numéro sera précédé d’une journée d’études co-organisée par Fabula et le Clam-Paris 7, le 21 juin. Les propositions d’articles peuvent parvenir aux responsables du numéro jusqu’au 15 mars.

Machiner avec G. Deleuze

Le Groupe de Recherches Théoriques accueille lors de la prochaine séance (22/1) de son séminaire "Méthodes de dramatisation" P. Marrati pour une analyse du texte de Deleuze recueilli sous ce titre dans L'ïle déserte. Le département de philosophie de Paris 8 propose en mars prochain une série de rencontres autour de Différence et répétition. Dans Abstracts machines (Rodopi, 2007), G. Dowd s'essayait à une lecture deleuzienne de l'œuvre de Beckett: K. Kanelli en donne le compte rendu dans Acta fabula ("Une machine abstraite nommée Beckett"). La Biographie croisée Deleuze/Guattari de F. Dosse fait l'objet de plusieurs analyses sur le Web: sur le site nonfiction.fr,  "La morale d’état civil conduit-elle le savoir au musée de la pensée?", par F. Bourlez, et sur le site laviedesidees.fr: "Deleuze-Guattari: machine à écrire", par P. Sévérac. Enfin, sur le site de la revue Chimères fondée part Deleuze et Guattari : sommaire et extraits de la livraison de novembre 2007.

Hommages à Julien Gracq

Un mois à peine depuis sa disparition, on ne compte plus les hommages rendus à l'auteur du Rivage des Syrtes. L'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm accueillera le 5 février 2008 un Hommage à Julien Gracq. L'excellent site Julien Gracq des éditions Corti recueille les hommages parus dans la presse depuis le 22 décembre dernier. On pourra aussi se reporter au dossier proposé par  bibliobs, à moins que l'on ne préfère les textes moins circonstanciels publiés ici et sur remue.net, qui propose liens et dossiers.  Signalons  que Ruth Amossy a, entre autres, mis en ligne les deux ouvrages qu'elle avait consacrés à Gracq au début des années 80: Les jeux de l'allusion littéraire dans Un Beau Ténébreux et Parcours symboliques chez Julien Gracq. Enfin, Un Balcon en forêt et La Presqu’île étant cette année inscrits au programme de l'agrégation, plusieurs ouvrages récents sont consacrés à Gracq et en particulier à ces deux romans, dont quelques uns en attente de rédacteurs pour recensions dans Acta fabulaJulien Gracq, Paysages et mémoire par Alain-Michel Boyer, Lectures de J. Gracq, sous la direction de Frank Wagner, Julien Gracq. Les dernières fiction : Un Balcon en forêt, La Presqu'île, textes réunis par Patrick Marot et Un Balcon en forêt et les guetteurs de l'apocalypse par André Peyronie.

Traduire

La parution des Aveux  (nouvelle traduction des Confessions commentée dans "Saint-Augustin remastérisé" et "Saint-Augustin passe aux aveux.") est l'occasion de souligner l'actualité de la recherche sur la traduction. Le vendredi 18 janvier 2008 se tiendra  une journée sur la traduction du théâtre antique aux XIXe et XXe siècles organisée, entre autres, par Claire Lechevalier qui signe L'Invention d'une origine. Traduire Eschyle en France.  Autre journée d'étude, le  15 février: Eveil à la démesure du monde.  Plusieurs appels à contribution témoignent encore de la vitalité de la question: Traduction et interculturalité, Traduction, proverbes et traductologie, Editer, traduire et adapter les textes médiévaux, Traduire, trahir, travestir. Réceptions de la littérature antique du Moyen Âge au XXIe siècle, ou encore Traduire en langue française en 1830 (qui  s'inscrit dans le projet d'une  Histoire des Traductions en Langue Française à paraître). Le compte rendu du n°20 de la revue Palimpsestes, De la traduction comme commentaire au commentaire de traduction, paraîtra prochainement dans Acta fabula, où l'on peut déjà lire plusieurs recensions d'ouvrages sur la traduction. Signalons notamment La traduction et le signe, compte rendu par Mathieu Dosse d' Ethique et politique du traduire , qui prend la suite de Poétique du traduire de Henri Meschonnic. Le récent ouvrage d' Umberto Eco, Dire presque la même chose. Expériences de traduction, a par ailleurs servi de "programme de traduction"  à Alain Lipietz : Traduire Prufrock selon Eco. Autres publications récentes : n°1  de la revue SEPTET et Enseigner les oeuvres littéraires en traduction, contributions réunies par Yves Chevrel.          

Questions de style/styles en question

Une semaine après l'ouverture, à Rennes, du premier colloque de l’Association Internationale de Stylistique,  Bernard Vouilloux donnera le 31 janvier 2008 à Toulouse une conférence intitulée "Sur le style". Le 12 février commencera le second semestre du séminaire Tendances stylistiques de la prose française organisé à Paris 4 et on pourra répondre avant le 31 mai à l'appel à contribution sur le style simonien. Du côté des publications, rappelons la parution de Sur la stylistique  (qui rassemble de nombreux  articles de Charles Bally), du collectif Le Style des Philosophes (dont on pourra lire un compte rendu dans Acta fabula) ou encore de Stylistics and Social Cognition et d'un nouveau manuel d' Introduction à la stylistique. Toujours en attente de rédacteur pour compte rendu , Styles genres auteurs traite des oeuvres au programme de l' agrégation. On pourra enfin consulter (et pourquoi pas proposer de compléter) l'entrée style de l'atelier ou confronter cette notion au concept de manière.

Pourquoi des textes?

À l'automne dernier, les éditions Les Prairies ordinaires faisaient paraître sous le titre Quand lire c'est faire la traduction française longtemps attendue d'un des principaux essais du théoricien américain Stanley Fish, originalement intitulé Is There a Text in this Class? Une série de petites fables théoriques qui n'ont rien perdu de leur force de provocation, et continue de susciter le débat. En témoignent deux articles récents; le premier paru initialement dans la Revue internationale des livres et des idées est reproduit dans Acta fabula avec l'autorisation de cette revue: "L'autorité de l'interprète. On lira le second sur le site nonfiction.fr: "Donner son sens à un texte", par J.-C. Valtat. Le livre de S. Fish fera aussi l'objet d'une discussion lors de la prochaine séance du séminaire du groupe Phi (Rennes 2) sur l'autorité, le 15 février prochain.

Colloque Verlaine en ligne sur Fabula (agrégation 2008)

 Le jeudi 6 décembre 2007 à Strasbourg, eut lieu un colloque consacré aux trois premiers recueils de Paul Verlaine, cette année au programme de l'Agrégation de Lettres : Poèmes saturniens, Fêtes galantes et Romances sans paroles. C'est autour des questions de reprises et de parodies, mais aussi de la lecture - des oeuvres des autres et des siennes   - que s'ordonnent les articles présentés en ligne sur Fabula. Les agrégatifs trouveront dans les actes de cette journée des études d'ensemble et des analyses de poèmes précis, ainsi qu'un précieux bilan métrique. Avec les contributions d'Arnaud Bernadet, Olivier Bivort, Bertrand Degott, Yann Frémy, Jean-Michel Gouvard, Pascal Maillard et Steve Murphy. Les informations relatives au programme du concours sont répertoriées dans notre page consacrée à l'agrégation. 

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