Appel à Luc Chatel sur la réforme de la formation des enseignants

Le journal
Libération publie dans son édition du 1° juillet la version courte du texte d'un
appel à Luc Chatel sur la réforme de la formation des enseignants, demandant notamment la suspension immédiate de la publication des décrets réformant le recrutement des enseignants et dénonçant la suppression des 14 000 postes de stagiaires de l'enseignement public. La version intégrale (en attachement au format pdf) est disponible
ici et
là. Cet appel est déjà signé par 64 organisations syndicales, collectifs, associations professionnelles, sociétés savantes… et pourra servir de base au vote de motions d'instances universitaires (conseils d'UFR, de département, d'école, d'université, CA, etc.). De nouvelles signatures peuvent être envoyées à l'adresse
appel.luc.chatel@gmail.com. Si, comme c'est prévisible, la liste des signataires s'élargit, la Coordination Nationale Formation des Enseignants (CNFDE) la mettra à jour sur son
site.
Le Principe d'Université

Plinio W. Prado vient de publier
Le Principe d'Université, un texte bref et offensif
en accès libre sur le site des éditions Lignes qui s'en prend à l'ensemble du "processus de Bologne" à l'Université tel que mis en oeuvre dans les réformes: LMD, LRU, réforme des concours, nouveau statut des enseignants-chercheurs... Pour P. W. Prado le fond de ces réformes tient dans l'extension de l'usage comptable du temps à l'Université : "Ce temps consacré au questionnement et à l'écoute, de soi et de l'autre, voilà ce que tend à interdire précisément le surcroît de mobilisation générale et accélérée que le pouvoir politique, administratif et économique entend imposer aujourd'hui à tout un chacun, sur fond de compétition mondiale". Un
entretien avec l'auteur est en écoute sur la webradio A Bout de Souffle ; on peut lire aussi sur Fabula:
Le principe d'université comme droit inconditionnel (texte de l'intervention de P. Prado lors de la journée interuniversitaire "Université critique pour tous" à Paris 8 en décembre 2007).
Tous unis contre la "mastérisation" !

Alors que
des parents d'élèves ont mis au coeur de leur marche pour l'école la question de la formation des enseignants, un sévère
communiqué de la fédération FCPE rejoint les analyses de la communauté enseignante - donnant ainsi raison à la mobilisation en cours dans les universités et les IUFM - et dénonce le dernier coup de force du ministère.
Même la CPU (présidents d'universités) s'indigne du mépris du ministre Darcos, qui ignore les consultations en cours (commision Marois-Filâtre), pourtant déjà bien insuffisantes, tandis que
les directeurs des quatre ENS ont écrit aux ministres (25/05/09), et qu'une pétition vient d'être lancée en direction de l'opinion publique
pour le maintien d'une véritable formation professionnelle des enseignants. Lire aussi le dernier
communiqué de presse de la CDIUFM et des
communiqués plus anciens de SLU, de la CDIUFM et de la CNFDE.
Academic Pride 2009

Le jeudi 4 juin 2009 aura lieu la deuxième édition de "
La marche de tous les savoirs (Academic Pride)" organisée par Sauvons la recherche avec les principales associations et syndicats de l'enseignement supérieur et de la recherche. Toutes les personnes attachées à la transmission et au développement des savoirs sont invitées à marcher le 4 juin dans plusieurs villes de France. A Paris, le départ aura lieu à 14h00 devant la Maison des Sciences de l'Homme.
Bilans & perspectives

Après quatre mois de mobilisation dans les universités françaises, beaucoup d'établissements (mais pas tous, voir nos
nouvelles des universités) mettent fin au blocage ou à la grève afin de permettre aux étudiants de valider leur année et à la communauté universitaire de se remobiliser, en particulier sur la question de la mastérisation (voir l'édito
supra et voir le calendrier des
prochaines manifestations). Si cela ne signifie pas la fin d'un
mouvement que le gouvernement et les médias enterrent bien trop vite (... mais n'ont-ils pas dit pendant 15 semaines que le mouvement s'essouflait ?), plusieurs revues dressent en cette fin de printemps le
bilan d'une contestation sans précédent et qui ne pourra rester sans suite. Signalons entre autres l'article de L. Wajeman ("L'université française existe-t-elle ?") qui paraîtra au moins de juin dans le n°48 de
Vacarme ou le dossier proposé dans la dernière livraison de la
Revue internationale des livres & des idées (
n°11, mai-juin 2009). Le
n°33 de la Revue du Mauss rassemble pour sa part des contributions venues d'horizons variés et qui souhaitent oeuvrer à la réinvention d'une démocratie universitaire.
L'université bouge encore

Après le mépris, la
manipulation, le mensonge ou encore la diffamation, nos ministres adoptent de nouvelles stratégies pour discréditer un mouvement qui mobilise étudiants et personnels des universités depuis maintenant près de quatre mois. X. Darcos, dont on réclame continûment la démission
ici,
là et encore
là, a ainsi tenté lundi 11 mai d'
intimider les étudiants les plus engagés. Plus efficacement, les fossoyeurs de l'enseignement et de la recherche cherchent à grand
renfort médiatique à détourner l'attention sur la question des blocages et des examens (sur ces points voir nos
nouvelles des universités) et sur celle d'une
prétendue mainmise de l'extrême gauche sur le mouvement (étudiants et personnels universitaires ne seraient que de grands enfants qui ne savent pas ce qu'ils font). Modérés ou radicaux, que nous soyons pour ou contre les blocages, pour ou contre les neutralisations ou les validations automatiques du semestre, pour ou contre la reconduction de la grève, une chose est sûre : nous n'avons presque rien obtenu et ne devons pas nous démobiliser. Aussi le printemps et l'été 2009 seront marqués par l'expression de nos colères (voir le calendrier des
prochaines manifestations).
Le prêtre et l'instituteur

Réformes du statut des enseignants-chercheurs, des concours de recrutement des enseignants du secondaire, démantèlement des grands organismes de recherches, baisse de la dotation des universités, nouveau contrat-doctoral… Comme si la coupe n'était pas déjà pleine, un nouveau front vient de s'ouvrir avec la
publication au JO du 20 avril de l'accord signé, en toute discrétion, le 18 décembre dernier entre la République Française et le Saint Siège sur l'enseignement supérieur. Il a pour objet « la reconnaissance mutuelle des périodes d'études, des grades et des diplômes de l'enseignement supérieur délivrés sous l'autorité compétente de l'une des Parties […] » (art. 1).
L'indignation des Présidents d'Université n'aura donc servi à rien… Il ne s'agit nullement d'une reconnaissance d'équivalences entre diplômes étrangers et diplômes français, mais du droit accordé à un Etat étranger de délivrer des diplômes reconnus par la République française sur son territoire national… On relira à cette occasion des
extraits du Discours du Latran de N. Sarkozy: "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur"… Dont acte. On conclura de cet abandon du monopole de la collation des grades (au choix ou tout à la fois) à un
rétablissement subreptice de la loi Falloux, à un nouveau volet du
plan de privatisation de l'enseignement, et à un recul sans précédent du principe de laïcité de l'État.
Une pétition est d'ores et déjà lancée. On peut consulter aussi
le site du Comité 1905, qui vient de porter plainte devant le Conseil d'État.
Un article de C. Fourest paru dans Le Monde résume les enjeux de cette nouvelle mobilisation. Et un
article du Parisien daté du 16 avril nous apprenait que, parmi les heureux "locataires du Vatican" à Paris figure… B. Kouchner, le signataire de l'accord susdit. Les universités catholiques seront au demeurant
les seules à ouvrir des masters "métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation" à l'automne prochaine.
Le député M. Vauzelle vient de prendre par ailleurs l'initiative d'une autre pétition pour
l'inscription d'une Charte des services publics dans le texte même de notre Constitution.