Des idées fixes pour 2012

L'équipe Fabula souhaite à ses amis et lecteurs de très belles fêtes de fin d'année, en formant le voeu que 2012 ne voie pas l'augmentation de la TVA sur les livres, ni la mise sous tutelle des universités désormais toutes "passées aux RCE" (Responsabilités et Compétences Élargies), donc (?) "autonomes" (de gré ou de force). Que 2012 soit aussi une année sans equipex, labex, idex ni idefi, pour que les enseignants-chercheurs retrouvent le temps d'enseigner, de réfléchir, de lire et d'écrire. Enfin… dès qu'ils en auront fini avec la préparation du prochain "contrat quinquennal" de leur établissement, la "refonte des maquettes" au bénéfice d'un douteux "LMD 3", avec la rédaction des bilans et programmes pour "renouvellement des équipes d'accueil" dans la perspective de la prochaine vague d'évaluation par l'Aeres, qui obéira, on nous le promet, à de nouvelles méthodes.
Paris-Sorbonne à Abu Dhabi: Nasser bin Ghaith "grâcié" par le Cheikh

Professeur d'économie à l'Université Paris-Sorbonne à Abu Dhabi et partisan de réformes démocratiques, Nasser bin Ghaith était emprisonné avec quatre autres militants depuis avril dernier dans des conditions dénoncées par différentes ONG. Jugé à l'automne, il avait écoppé de deux ans de prison au terme d'un procès également scandaleux. Devant le silence des autorités françaises, et de l'Université Paris-Sorbonne (à Paris), une pétition "Pour l'honneur de la Sorbonne" lancée par des enseignants-chercheurs recueillait en quelques jours plus de trois cents signatures. Le 28/11 dernier, on apprenait par un communiqué de Reporters sans frontières que les cinq prisonniers, qui ne pouvaient faire appel du verdict, avaient obtenu la "grâce" du président des Émirats arabes unis, Cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane.
La mastérisation ébranlée
Le 28 novembre 2011, le Conseil d’État a rendu sa décision concernant la requête introduite conjointement par « Sauvons l’université ! », Sud-Éducation et la Fcpe contre l’arrêté du 12 mai 2010 « portant définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation pour l’exercice de leur métier ». Le Conseil d’État a recueilli les arguments des requêteurs et a déclaré l’arrêté irrégulier et illégal: lire le communiqué de Slu, les autres communiqués syndicaux et associatifs ainsi que notre dossier. Les décisions successives du Conseil d’État fragilisent une réforme qui, en détruisant la formation des enseignants, participe d’une destruction organisée du service public d’éducation nationale. La vigilance reste toutefois plus que jamais de mise, avec notamment le retour du rapport Grosperrin prônant la suppression des concours de recrutement.
Pour l'honneur de la Sorbonne
En avril dernier, Nasser bin Ghaith, un enseignant de l'Université de Paris-Sorbonne à Abu Dhabi, était emprisonné avec cinq autres militants des droits de l'homme, pour "insultes" à l'égard des autorités émiriennes. Depuis lors, différentes ONG dont Human Rights Watch n'ont cessé d'interpeler l'opinion publique internationale sur leur sort. L'Université de la Sorbonne (Paris 4) a observé sur cette affaire le plus coupable silence, dénoncé par un récent article du Monde. De l'avis des rares observateurs admis aux audiences, leur procès ouvert en octobre est entaché de multiples violations des droits fondamentaux. Les cinq hommes viennent d'entamer une grève de la faim. Une nouvelle pétition est ouverte, à l'inititative d'enseignants-chercheurs français, sous le titre "Pour l'honneur de la Sorbonne": "Dans quelque domaine et sur quelque territoire que ce soit, l’Université n’est pas seulement une prestataire de services d’enseignement ou de recherche, mais un sujet moral. A ce titre, il est de son devoir de ne pas rester muette devant une injustice qui se commet à ses portes."
Chacun est désormais appelé à prendre position.
Facs fauchées
Quatre années après le vote de la loi LRU, les premières universités passées à l'"autonomie budgétaire" éprouvent des difficultés à présenter des comptes en équilibre pour 2012. Le résultat est sans surprise: la LRU, comme la RGPP, n'avaient pas d'autre finalité que d'orchestrer le désengagement de l'État en transférant son déficit. Après les universités de Pau et de Bretagne-Sud, Nantes, Bordeaux 3 et Limoges tirent à leur tour la sonnette d’alarme. Les années sombres sont devant nous. Voir notre dossier sur le budget 2012: facs autonomes, facs fauchées.
Quatre ans plus tard
Vous êtes un enseignant-chercheur surtout soucieux de vos étudiants et de vos recherches: vous avez depuis longtemps renoncé à suivre les aléas, péripéties et basses manoeuvres des innombrables "réformes" engagées à marche forcée depuis un certain mois de juin 2007. Pour vous aider à faire le point sur quatre ans de "nouvelle politique", et pour que vous en sachiez autant que ceux de vos collègues qui ont enchaîné les réunions, commissions, comités et autres conseils, Fabula relaye ces jours-ci trois solides articles de synthèse, également publiés par SLU. Le détail de la nouvelle géographie universitaire vous laisse déboussolé, et vous ne savez pas distinguer un Idex d'un Pres? Lisez l'énergique synthèse de J.-F. Méla: "Pres et Idex, farces et attrapes". Vous croyez que les Primes d'excellence (PES) ne font de mal qu'à ceux qui ont échoué à l'obtenir? Prenez connaissance de la lumineuse note préparée par SLU: "Pes: prime et châtiment". La formation des futurs enseignants (de vos enfants) vous préoccupe encore un peu, mais vous ne comprenez plus rien au détail du Capes "mastérisé"? Vous pouvez réviser avec le décapant "rapport Jolion sur la masterisation". Si vous ne devez lire que trois articles au cours de la cinquième année, lisez donc ces trois-là!
Où est la Sorbonne?
Révélée par le site rue89.com le 21 avril dernier, en plein "printemps arabe", l'arrestation pour raisons politiques de Nasser bin Ghaith, un professeur d'économie à l'Université de Paris Sorbonne à Abu Dhabi (PSUAD), et maintenant son procès après six mois d'emprisonnement commencent à faire du bruit… partout ailleurs que rue Victor Cousin. Fabula a réuni les informations disponibles sur cette affaire, et relaye le second "appel au monde universitaire français" lancé par Human Rights Watch.