Mai 08: Academic Pride et autres manifestations.

Le Pacte Recherche, la loi LRU et le démantèlement des organismes de recherche s’inscrivent dans une politique de remise en cause des services publics. Associations et syndicats de la recherche et de l'enseignement supérieur appellent à faire du
jeudi 15 mai une journée de mobilisation massive et unitaire, notamment en participant à la grève et aux manifestations avec l’ensemble des fonctionnaires. À Paris, rendez-vous est donné à 13h30 à Jussieu pour rejoindre en cortège la manifestation Fonction Publique dont le départ aura lieu à 14h30 Place d’Italie. Sauvons La Recherche appelle par ailleurs tous les personnels et les usagers de l’enseignement supérieur et de la recherche à participer à une grande marche des savoirs, ou
Academic Pride, le 27 mai 2008 dans toutes les villes de France. À Paris, le départ aura lieu à 14h30 devant la Maison des Sciences de l’Homme (54 bd Raspail), "parce que les sciences humaines et sociales, qui apportent un regard critique et distancié sur notre monde sont parmi les sciences les plus menacées" (SLR). Le cortège se dirigera vers le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’où il repartira à reculons, pour dire combien les politiques actuellement menées sont régressives. La marche se terminera à Jussieu. On aura juste le temps de courir à l'ENS pour un
débat sur "l'évaluation en sciences humaines & sociales", à 17h, en salle Dussane.
Le localisme en question

"La très grande importance du différentiel de chances entre les candidats locaux et extérieurs, sa récurrence et sa persistance suggèrent qu’il s’agit là d’un enjeu sur lequel la communauté universitaire et le ministère doivent s’interroger", concluent Olivier Godechot et Alexandra Louvet au terme d'une
longue et importante étude publiée par La Vie des idées sur ce que l'on a souvent donné comme l'un des fléaux du système français de recrutement - étude où l'on notera que la littérature est l'une des disciplines où la part de recrutés locaux est la plus faible (24,71%)...
Un article du Monde rend compte de cette enquête et le site Rue 89 propose une
interview video d'Olivier Godechot.
Le président, la princesse et les fonctionnaires
"Le Président veut-il la peau de la Princesse de Clèves?" demande Pierre Assouline dans un billet consacré à de nouvelles déclarations sur le roman de Mme de La Fayette. Pour Grégoire Leménager (Bibliobs), ce petit roman du XVIIe s. est bien
"dans le collimateur de l'Elysée", le Président voulant, selon Christine Lapostolle, passer
La Princesse de Clèves au Kärcher (Libération). De ce troisième ou quatrième épisode de "l'affaire de Clèves", on pourra aussi retenir quelques accommodements désinvoltes avec la vérité. On doutait déjà, sur
Betapolitique et
culturecritique, de la véracité de l’anecdote de la pauvre guichetière mise à la question avec ce roman. L'actuel Résident de l'Élysée est certes coutumier de ce type d'approximation, comme l'a notamment souligné l'émission "
Arrêt sur images". Dans sa dernière attaque, le Résident vient au secours des "innombrables"[?] fonctionnaires qui l'appellent à la rescousse parce qu'il sont obligés, pour "assumer" leur "promotion professionnelle", de passer des concours ou de "faire réciter par coeur [??] la
Princesse de Clèves". Derrière l'acharnement contre l'amante du duc de Nemours affleure encore une fois une stratégie de
fragilisation de la Fonction Publique: la précarisation (pardon, la "promotion professionnelle") est notamment liée à la remise en cause des concours (éditorial ci-dessous).
Recrutement des enseignants français : faut-il renoncer aux concours ?
Une précarisation d’une partie des emplois dans l’enseignement est-elle programmée? Les concours de recrutement des enseignants du secondaire sont en tout cas au coeur des projets de réforme actuels (voir notamment le
rapport Pochard et l'
entretien du 13 mars avec M. Sherringham). Leur disparition modifierait profondément la définition du métier d'enseignant, les partages disciplinaires, l'organisation des cursus universitaires. C'est donc l'ensemble de l'enseignement secondaire et supérieur qui se trouve concerné à des degrés divers. Faut-il renoncer aux concours? demande un groupe de réflexion qui organise une
journée d'étude le 13 juin 2008. On pourra aussi lire sur ce point l'
analyse de SLU: Généraliser les masters pédagogiques préfigurerait le remplacement du CAPES (concours national, anonyme, sur programme disciplinaire, permettant d’acquérir statut de fonctionnaire) par une simple certification sans recrutement automatique.
La FSU est au contraire très favorable aux "mastères métiers de l'enseignement".
L'échelle de Vincennes

Mieux que le classement de Shangaï:
l'échelle de Vincennes. Une équipe de chercheurs de Seine Saint-Denis vient de proposer de nouveaux paramètres pour l'évaluation et le classement des établissements d'enseignement supérieur. Son échelle dite « de Vincennes » (en l’honneur de l’université arrivée en tête en 2008) fait ainsi une place à des critères tels que: la modicité des droits d’inscription, le nombre d’étudiants accueillis au mètre carré, le nombre d’anciens étudiants ou de professeurs à avoir gagné un grand Prix dans une discipline artistique, le nombre d’anciens étudiants ou de professeurs ayant publié un ou plusieurs ouvrages grand public à succès, le nombre de disciplines nouvelles créées dans cet étalissement, etc. En appliquant ces critères, c’est l’Université Paris VIII « Vincennes à Saint-Denis » qui prend la tête du classement, suivie par l’Université de Californie à Los Angeles et de l’Université du Québec à Montréal.
Vers une convergence des actions menées par les chercheurs et les enseignants français?

Tandis que
les actions se poursuivent dans de nombreux établissements de l'enseignement secondaire,
Sauvons l'université souligne le
lien entre défense de la recherche et défense de l'enseignement: "On ne peut se mobiliser pour une définition démocratique et pluridisciplinaire de la recherche sans défendre son lien avec l’enseignement et avec l’ensemble des processus de transmission ; ni défendre un enseignement ("supérieur" ou "secondaire") de qualité sans se mobiliser pour la défense d’une recherche qui ne soit pas soumise à une définition strictement utilitaire" (SLU). Pour
Annliese Nef, "jamais il n’est apparu aussi clairement qu’aujourd’hui que les réformes profondes mises en place dans l’Education nationale et l’Enseignement Supérieur sont pensées conjointement et visent les mêmes objectifs".
La haine de la théorie

Lindsay Waters, responsable éditorial aux Presses de l’Université d’Harvard, s'inquiète dans
L'Éclipse du savoir (Allia, mars 2008) de l’avenir du livre, en particulier dans le domaine des sciences humaines. Il dépiste les causes de cette crise qu’il traite comme le symptôme majeur d’une éclipse du savoir ou d'une haine de la théorie. Cette dérive ne concernerait pas que l’université américaine: les projets actuels de réforme de l’enseignement supérieur en France engagent selon L. Waters l’université dans la voie dont il entend démontrer l’impasse. Un
récent article de Libération réfléchit sur l'une des maximes de l'ouvrage: «la théorie est ce qui surgit lorsque notre manière de construire le monde se heurte au monde».