Défendre l'enseignement public

Faisant une nouvelle fois preuve de lucidité et d'indépendance, un quotidien national présentait en octobre dernier la
réforme du lycée comme un ensemble de "
propositions concrètes et pragmatiques". L'optimisme n'est à l'évidence plus de mise :
faut-il à ce point aimer le nouveau lycée ?,
faut-il appliquer la réforme ? s'interroge-t-on ici et là. La prise de conscience est d'abord venue des
lycéens eux-mêmes (toute comparaison avec l'engagement contre la LRU par les étudiants les premiers...), puis les historiens, les économistes et les sociologues sont
montés au créneau (voir notamment le dossier sur le
nouveau programme de SES de seconde). Au tour des "littéraires" de prendre conscience de l'objectif réel des nouveaux programmes: avaliser la
destruction progressive de l'Éducation
publique, gratuite et laïque. La prétendue réforme prétend "renflouer" la filière L ? Mais "avec 3 heures 30 de français par semaine en moins sur trois ans pour un élève suivant le cursus littéraire (126 h supprimées au total), les mots du ministère résonnent comme un habile camouflage d'une diminution radicale de la place du français dans l'enseignement", souligne une "lettre ouverte (
pétition) aux professeurs de français et à tous ceux que l'enseignement de notre langue et de la littérature concerne". Dans un récent
communiqué, les sociétés savantes s'inquiètent pour les séries technologiques et dénoncent notamment la disparition d'enseignements disciplinaires précis et un déséquilibre accru entre filières.
L'université brûle-t-elle?

Le
passage en force du gouvernement français sur la mastérisation a entraîné une multiplication de
motions prises par les conseils centraux des Universités (lire
tous les communiqués). Après la mobilisation inédite de 2009, un nouveau
front du refus se dessine ainsi en France, tandis que les autres pays européens sont successivement gagnés par des mobilisations universitaires contre le
processus de Bologne. Au-delà de l'Europe,
de nombreuses universités protestent contre la privatisation et la marchandisation du savoir (voir aussi le blog
Universities in Crisis).
À noter, dans l'
agenda militant,
le débat européen
L'Université brûle-t-elle ? qui se tiendra en Sorbonne le 11 février, mais aussi un
appel pour une participation au contre sommet du 11 mars 2010 à Vienne et encore: un nouvel appel pour une
mobilisation européenne contre la stratégie de Lisbonne. La résistance aux logiques de dérégulation, de mise en concurrence et de rentabilité financière viendra-t-elle au printemps 2010 du monde étudiant et universitaire?
Raisons d'agir

"Nous ne sommes peut-être plus dans la rue, mais les sujets chauds n'ont pas disparu"
déclarait récemment un enseignant-chercheur d'une célèbre université parisienne. De la Maternelle à l'Université, il est toutefois temps de se rassembler pour lutter, au-delà des intérêts corporatistes, contre la déforme ("
désastreuse et inapplicable") de la formation des enseignants, mise en place par un gouvernement dont l'ambition de plus en plus claire est de faire
main basse sur l'enseignement public.
Mastérisation (voir
ici,
là ou encore
là et
là), mais aussi
suppressions de postes,
réforme du lycée,
scandale du Crédit Impôt Recherche, loi sur la
mobilité des fonctionnaires,
primes individualisées (dont
PES),
contrat doctoral... sans oublier la Lolf, la Lru et la
Rgpp:
l'horizon s'assombrit et les raisons de relancer la
mobilisation ne manquent pas, comme le soulignent encore les
motions de la CNU du 25 janvier 2010.
Les nouveaux concours

On les attendait depuis si longtemps… Les Rois Mages ont déposé au
JO (6/1/10) les programmes des épreuves des nouveaux concours de recrutement des enseignants du Secondaire, Capes et Agrégation. Pour les Capes de Lettres modernes & Lettres classiques,
voyez plutôt ici. Deux épreuves écrites d'admissibilité et deux épreuves orales d'admission seulement, sans oublier l'entretien qui vérifiera que les futurs enseignants sont à même "d'agir en fonctionnaire de l'État", mais plus de langue vivante (à quoi bon?). Tous nos voeux de succès. Lire aussi le
communiqué de presse du SNCS et le
tableau comparatif des "nouveaux" Capes élaboré par SLU.
Multiversitudes

Confusion, perfusion, ou diffusion, les universités sont traversées par une nouvelle donne politique et programmatique, mais aussi par de grands soulèvements inédits : en 2009, étudiants et professeurs se sont retrouvés dans des luttes où ils ont cessé, ensemble, leurs activités courantes. La revue
Multitudes (
n°39 - hiver 2009) revient sur les mobilisations universitaires d'ici et d'
ailleurs et cherche à analyser les raisons d'une telle onde de choc, également caractérisée par des
initiatives alternatives audacieuses cherchant à inventer de nouveaux possibles et de nouveaux rapports au savoir et au monde.
Main basse sur l'enseignement public

Le mouvement de protestation contre la marchandisation de la connaissance est désormais international (voir notre dossier
Education is not for sale). En France, la
RGPP est au fondement des prétendues réformes de la culture, de l'enseignement et de la recherche, comme de l'ensemble des services publics. L'enseignement public est particulièrement menacé par la "réforme" dite
mastérisation (voir aussi
"quand Ubu rencontre Kafka", un communiqué de SLU sur la récente circulaire de cadrage des masters que les Ministères appellent de leurs voeux); une "réforme", tout à la fois chaotique et cohérente, dont l'objectif avoué est de
supprimer des postes et de créer les conditions d'un remise en cause du statut de fonctionnaire pour la majorité des enseignants. À terme, on peut craindre la privatisation de l'Éducation Nationale, selon le
souhait d'une ancienne directrice de cabinet de l'Élysée. Dans la perspective de cette "
main basse sur l'école publique", la
réforme du lycée prend aussi toute sa signification. Enseignants, chercheurs, biatos, lycéens, étudiants et parents d'élèves doivent se rassembler:
"Ensemble, tout redevient possible..."
D'une réforme à l'autre

Culture, enseignement, recherche: les "réformes" imposées au nom de la
RGPP se succèdent et se ressemblent. Jeudi 10, L. Chatel présentera la
réforme des lycées au Conseil supérieur de l'enseignement: manifestation à Paris, journée de d'actions et de grève dans toute la France à l'appel de la quasi-totalité des organisations syndicales du Secondaire comme du Supérieur, qui donnent aussi
rendez-vous le mardi 15 pour une nouvelle journée nationale de mobilisation contre la
mastérisation. Des universitaires ont lancé un
appel contre la réforme des lycées, qui rend notamment optionnelle l'histoire et la géographie pour les élèves de Terminale scientifique. Pour le CVUH,
c'est la place de l'ensemble des sciences humaines dans l'apprentissage d'une citoyenneté critique qui se trouve sacrifiée. À l'initiative du site
Mediapart, une pétition est lancée pour inviter les intellectuels et chercheurs à
refuser le «grand débat sur l'identité nationale». Un autre
appel émanant d'un groupe d'enseignants-chercheurs en sciences humaines vient réclamer la suppression du "Ministère de l'identité nationale".