

27 avril 2010
Tout ce qu'Iris Murdoch devait à Raymond Queneau Devra-t-on relire l'oeuvre d'Iris Murdoch (1919-1999) à la lumière de ses relations avec Raymond Queneau (1903-1976) ? Ses lecteurs savaient que le père de Zazie ne lui était pas indifférent, ne fût-ce que par l'épître dédicatoire de Under the net (Dans le filet, 1954). Mais de là à envisager une passion amoureuse qui la mît sous influence, il y un grand pas que n'hésitent plus à franchir les spécialistes de la grande dame des lettres irlandaise. Une importante correspondance inédite de 164 lettres, échelonnée de 1946 à 1975, vient en effet d'être rendue publique par le Kingston University's Centre for Iris Murdoch Studies qui l'a acquise pour £ 50 000. Elle révèle une véritable influence de Queneau sur le travail de Murdoch qui lui vouait une admiration sans bornes mêlée d'amour fou (une lettre enflammée datée de 1956 est longue de 14 pages…).
“Tout ce que j'écrirais vous devra tant…. Plus j'avance en littérature, plus je réalise que tout ce vous écrivez est crucial pour moi… Je ferais tout pour vous, je serais tout ce que vous voulez que je sois, je vous rejoindrais où vous voudrez quand vous voudrez…”
Mais elle y parle également de sa dépression, de sa vie sociale, de ses mariages ratés, du christianisme, de son désir forcené d'être écrivain, de sa fascination pour Exercices de style…Des années après ses débuts encore, son manque d'assurance et de confiance en elle était apaisé par la présence de celui qu'elle tenait pour son mentor. Anne Rowe, qui veille sur les archives Murdoch, estime qu'ayant senti dès le départ chez Queneau le désir de jouer “l'homme fort”, Murdoch n'eut de cesse de le séduire en mettant tout en oeuvre pour parvenir à ses fins. Mais selon son biographe Peter Conradi, ils ne se sont rencontrés que quelques fois en tête-à-tête sans rien consommer d'autres que des consommations. Il est vrai qu'il est également son exécuteur testamentaire et que dans sa biographie, on n'entend guère de voix critiques parmi les témoins convoqués hormis celle d'un de ses anciens amants, Elias Canetti (la vie amoureuse extraconjuguale d'Iris Murdoch fut, de son propre aveu, riche et variée sans négliger aucun moyen de transport). Pour les gardiens du temple, l'incontestable ascendant de Queneau pousse désormais à relire l'oeuvre en s'interrogeant sur sa filiation littéraire européenne et non pas strictement britannique comme c'était le cas jusqu'à présent. Et, on s'en doute, sur de nouvelles clés autobiographiques de ses fictions (l'un de ses personnages est en fait un double d'elle-même traduisant Pierrot, mon ami en anglais…) et, qui sait, sur de nouvelles perspectives pour les biographes de Queneau…
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