Fabula, la recherche en littérature (actu)

Tangence, no 89 (hiver 2009) - L'invention de la normalité au siècle des Lumières

Parution revue sur Internet

Information publiée le mercredi 26 août 2009 par Gabriel Marcoux-Chabot (source : Érudit)


Publiée par le Département de lettres de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et le Département de français de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), la revue Tangence peut se prévaloir d'une riche tradition intellectuelle qui remonte à plus de vingt ans. D'abord connue sous le nom d'Urgences de 1981 à 1991, puis sous le nom actuel depuis 1992 (n° 35), la revue a fait paraître à partir de 1987 plus de quarante dossiers issus de travaux de recherche provenant des horizons les plus divers.

Comme son nom l'indique, Tangence prend pour objet les relations qu'entretient la littérature avec les autres arts, la philosophie et les sciences, de manière à fédérer les savoirs au sein d'une réflexion commune. Libre de toute forme d'affiliation à une école, la revue a pour ambition de servir de lieu de convergence entre des domaines d'investigation trop souvent dissociés en favorisant la polyvalence des thèmes et des problématiques qu'elle interroge.

No 89 (hiver 2009) - L'invention de la normalité au siècle des Lumières

Sous la direction de Frédéric Charbonneau

Frédéric Charbonneau

Liminaire. L'usage, la norme, la transgression

Hélène Cazes

Alphonse Leroy, Recherches sur les habillemens des femmes et des enfans, 1772 : un discours de la réforme des habitudes ?

La tentative d'Alphonse Leroy dans ses Recherches sur les habillemens des femmes et des enfans, publiées en 1772, tient de l'équilibrisme : pour ce médecin féru de littérature et de philosophie, il s'agit de réconcilier norme et raison. L'entreprise est plus périlleuse encore lorsque cette norme, encore innommée, est en formation, et que le nouveau discours de la sensibilité met à mal l'idée classique de raison. En effet, le continuateur et critique de l'Émile a pour ambition de fonder une réforme du vêtement par la critique du préjugé et par la connaissance de l'anatomie. Philosophiquement, l'habit ne saurait être légitimé par l'état de nature, dont l'idéale nudité illustre l'union de l'homme et de son milieu. Culturellement, la diversité des usages et leur signification symbolique trahissent leur éloignement de la pureté originelle. Néanmoins, c'est bien la nudité que Leroy remet en cause : à la différence des philosophes et des romantiques, qui rejettent le vêtement comme une entrave à la communion naturelle, il recommande un vêtement adapté et « naturel », qu'il oppose aux habitudes et aux modes tout comme à l'intransigeance rousseauiste. L'anatomie, en dernière instance, justifie la réforme du vêtement, à défaut de la fonder en droit. Du coup, c'est bien de norme qu'il est question : d'un usage reconnu et répandu, que ni la nature ni la raison ne peuvent justifier mais qui reçoit valeur de la pratique.

Bernard Andrès

Les Canadiens et la norme au temps de Lahontan et de Saint-Vallier

Que nous révèlent les écrits du baron de Lahontan et de Mgr de Saint-Vallier sur les Canadiens, au tournant du xviiie siècle ? En décrivant le comportement et les traits de mentalité des « créoles » de Nouvelle-France, l'aventurier comme le prélat témoignent d'un rapport nouveau à la norme métropolitaine et, parfois, de l'élaboration d'une nouvelle norme locale. L'examen des écrits contrastés du militaire et de l'évêque permet de cerner la figure du Canadien sous le régime français, afin de mieux saisir son évolution jusqu'au régime anglais qui tentera, lui, d'imposer aux conquis de nouvelles formes de régularités. Qu'il s'agisse de son rapport à la norme française (avant 1760) ou, par la suite, à la norme britannique, le Canada se révèle un excellent terrain d'observation dans la mesure où il se construit dans l'ambivalence, avec une population volontiers réfractaire aux deux normes.

Geneviève Langlois

Athéisme et invention d'une nouvelle norme chez Jean Meslier : pour une définition politique de la superstition

On ne doit pas se souvenir de Jean Meslier (1664-1729) pour sa seule virulence et ses seules idées matérialistes. Certes, il fut le premier prêtre athée français à transmettre à la postérité une oeuvre tout entière consacrée à la nécessité de promouvoir l'incroyance, mais il est impératif que lui soit maintenant restituée cette volonté qui fut la sienne d'instaurer pour les générations à venir une norme en matière d'athéisme. Or, cette norme est fondée, chez Meslier, sur une réorganisation préalable de l'État, laquelle a pu être envisagée à la faveur de tout un travail d'infléchissement sémantique portant sur le mot « superstition ».

Michel Delon

Le visage d'Adonis sur le corps d'Hercule

L'opposition du masculin et du féminin est une des plus fortes de notre imaginaire social. Il est d'autant plus intéressant de suivre une image qui trouve sa source dans l'emphase épique, mais se répand dans le registre burlesque de l'âge classique. Un jeune homme aurait « le visage d'Adonis sur le corps d'Hercule ». L'expression revient sous la plume de Voltaire et cristallise les contradictions d'une société qui voudrait faire du corps masculin le sujet et non l'objet du désir, l'incarnation de la force et non de la beauté. La crise de l'Ancien Régime est aussi celle d'une forme de libertinage où Faublas, travesti en fille, prend la place de Valmont. Le masculin peut aussi être clivé entre des postulations contraires. Les figures de la fiction classique ne sont pas sans expérimenter ce qui s'affiche aujourd'hui comme la « métrosexualité ».


Url de référence :
http://www.erudit.org/revue/tce/2009/v/n89/index.html



Derniers ouvrages parus :

Théodore Augustin Mann, Mémoires sur les grandes gelées et leurs effets

L. Hébert & L. Guillemette (dir.), Performances et objets culturels. Nouvelles perspectives

R. Corona, Mots de l'enfermement - Clôtures et silences : lexique et rhétorique de la douleur du néant

J. Hillion, Shakespeare et son double - Les Sonnets de Shakespeare à la lumière de la théorie mimétique de René Girard

Alison Boulanger et Jessica Wilker, (éd.), La posture de l'herméneute. Essais sur l'interprétation dans la littérature

Nadia R. Altschul : Geographies of Philological Knowledge. Postcoloniality and the Transatlantic National Epic

A. Matei, Jean Echenoz et la distance intérieure

P. Citti, Taine, philosophe du récit

F. Parisot (dir.), Alejo Carpentier à l'aube du XXIème siècle

Chr. Chaulet Achour (dir.), À l'aube des Mille et Une Nuits. Lectures comparatistes

M. Méricam-Bourdet, Voltaire et l’écriture de l’histoire: un enjeu politique

J.-P. Cléro, E. Faye (dir.), Descartes, des principes aux phénomènes

D. Bellos, Le Poisson et le bananier. L'histoire fabuleuse de la traduction

J. Rancière, La Leçon d'Althusser

E. Zola, Mes haines (GF-Flammarion)

E. Zola, Correspondance (GF-Flammarion)

J. Caradonna, The Enlightenment in Practice: Academic Prize Contests and Intellectual Culture in France, 1670–1794

R. Le Menthéour, La Manufacture de maladies. La dissidence hygiénique de J.-J. Rousseau

C. Hammann, Déplaire au public : le cas Rousseau

A. Biancofiore, Pasolini - Devenir d'une création

N. Sabri, La Kahéna - Un mythe à l'image du Maghreb

N. Aubert, Christian Dotremont. La Conquête du monde par l'image

R. Faure et  C. Cusset, Silves grecques 2012-2013 : Apollonios de Rhodes, Argonautiques III ; Xénophon, le Banquet et Apologie de Socrate

B. Joly, Descartes et la chimie

A. Dominguez Leiva, S Hubier, F. Toudoire-Surlarpierre, Le comparatisme, un univers en 3D?

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