

Paris IV Sorbonne
CELLF 17-18
Etude des textes de l'Outre-mer français
Groupe de recherche sur les Ecrits de la Nouvelle-France
Séminaire du mardi 21 février
à 14h
CELLF 17-18, esc. C, Salle Jean Fabre
"Les Ecrits de la Nouvelle-France, entre littérature de l'errance et littérature installée".
Etendue et spécificité du domaine ; perspective d'études et de travaux ; éléments de bibliographie.
On l'oublie trop souvent : le XVIIe siècle, qui vit l'éclosion du classicisme, le XVIIIe siècle qui connut le développement des Lumières, puis la Révolution, furent aussi pour la France les premiers siècles de son expansion outre-mer, et plus particulièrement de son installation en Amérique du Nord.
Tandis que la plupart des établissements de ces époques demeurent des comptoirs commerciaux ou des îles à sucre, la Nouvelle-France prend seule figure de colonie permanente, auto-suffisante grâce à son agriculture et cadre d'un peuplement régulier. A partir du début du règne de Louis XIV, elle est organisée sur le modèle des provinces françaises, avec à sa tête un gouverneur et un intendant, bientôt accompagnés d'un Conseil souverain. Un vicaire apostolique, puis un évêque y dirige le culte catholique et les écoles. Elle couvre, au XVIIIe siècle, pratiquement toute l'Amérique du Nord, à l'exception des 13 colonies anglaises, reserrées entre les Alleghanys et l'Océan, et des Rocheuses, non encore explorées : même si les vallées du Mississipi et de ses affluents sont en fait des routes de commerce, de traite ou de passage entre deux principaux bassins de développement et de peuplement principaux : la Louisiane et la vallée laurentienne. Et même si - élément capital pour la suite de l'histoire - cet ensemble, par rapport aux établissements étrangers, demeure sous-équipé et sous peuplé.
On comprend que cet immense territoire, sans commune mesure avec celui de la métropole, fascinant par son peuplement original (les Indiens), théâtre d'explorations permanentes et d'une activité fébrile et multiforme, ait très tôt suscité d'abondants écrits. Ceux-ci sont d'un contenu généralement captivant, servis le plus souvent par de bonnes plumes, qui bénéficient du soin
apporté à ces époques, au maniement du français, alors dans une phase particulièrement intense d'élaboration et de rayonnement : ce qui les élève souvent au dessus d'un statut de simples documents.
Une production d'écrits de qualité, aux thèmes souvent originaux par rapport à ceux de la métropole, se développe. Ainsi se précise, au fil du temps, un regard spécifique sur un nouveau pays et sur un nouveau peuple, en voie d' organisation. Des projets utopisants de Champlain ou de Lescarbot pour le Canada, en 1609 et 1618, à ceux de Robert Challes pour la Louisiane, en 1683, aux comparaisons établies par le botaniste danois Robert Kalm entre la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France, à la veille de la conquête, tableaux, scènes ou simples observations déroulent comme une fresque en évolution sur le peuplement de cet immense pays : de la description du premier mur et du premier jardin établis par Champlain sur l'île Sainte Hélène, à Montréal, en 1609, aux bals donnés à Québec ou à Louisbourg à la fin du Régime français, en passant par la description de la haute et de la basse ville de Québec, des premières scènes de marché à Montréal en 1684, de la fabrication des bateaux à la Pointe aux Chênes ou des chasses mémorables en compagnie des Indiens ; des tableaux de la vie quotidienne en Acadie, en 1701, à ceux concernant l'habitant québécois, vers 1740.
Ainsi se constitue peu à peu, également, une littérature autochtone, faite de poèmes de circonstances, de saynètes, d'annales et de journaux à caractère historique (comme les Annales de l'Hôtel Dieu de Montréal, par Soeur Marie-Morin), de synthèses historiques comme celles de Pierre Boucher, de mémoires - traités ou de mémoires - recueils de souvenirs, de correspondances privées ou de correspondances officielles.
Certains types d'écrits traditionnels connaissent de profondes mutations. Si les récits de voyages abondent, ils ne sont plus, généralement, le fait de visiteurs éphémères que pousse une humeur voyageuse, avant tout soucieux de frapper l'imagination de leurs contemporains, et qui mêlent volontiers légendes et discours sérieux. La plupart des auteurs sont ou bien des explorateurs nés en Nouvelle-France, comme Jolliet, premier découvreur du Mississipi, ou La Verendrye, premier découvreur des Rocheuses ; des Gouverneurs natifs du Pays comme Vaudreuil, ou des administrateurs installés durablement dans le Pays, comme La Hontan, cadre de la Marine, puis commandant d'un fort et Lieutenant général du Roi à Plaisance, Canadien de 1684 à 1695 ; Cavellier de la Salle, né à Rouen mais tôt venu au Canada (à 17 ans), où il mourut en 1687 ; Charlevoix, novice chez les Jésuites de Québec, et qui ne cessera de naviguer entre le Saint-Laurent et Versailles. Même si les préoccupations métropolitaines ne disparaissent pas complètement, la volonté du narrateur est au moins aussi tendu vers l'amélioration de la Nouvelle-France que vers les progrès de l'ancienne. Le contenu de telles relations change, donnant la priorité à la rigueur des observations. La forme même du "Voyage" n'est souvent qu'un prétexte, comme dans le cas du Journal de Voyage fait en Nouvelle-France, sur ordre du Roy de Charlevoix, qui, parti pour reconnaître de nouvelles contrées à l'ouest du Mississipi, se rabattra, faute de personnel et de matériel, sur les vallées du Mississipi et de ses affluents connus, et se contentera d'observations et de synthèses, parfois brillantes, sur des tribus indiennes familières. Cela est encore plus clair dans le cas du genre épistolaire, qui loin de reproduire des échanges réels, n'est souvent qu'un moyen, commode et agréable, de présenter une longue narration, surtout lorsque manquent les repères temporels réguliers qui justifieraient le journal : ainsi en est-il des Voyages de La Hontan, ou des Mémoires de Charlevoix.
La première question qui se pose, à l'égard de ces textes, est celle de l'établissement d'un corpus. Elle est elle-même corollaire d'une autre question : celle de leur littéralité. Beaucoup d'entre eux sont des textes intéressants, éligibles pour une recherche historique ou sociologique, à titre de documents. La valeur littéraire en est parfois discutable. Elle varie beaucoup selon leur visée intrinsèque ou selon le regard que l'on prétend adopter. Comme l'a très bien montré Maurice Lemire, certains textes visaient manifestement la lecture, et plus spécialement celle du public lettré : ainsi en est-il pour certaines relations des Jésuites (Pères Lejeune, Lalemant, Charlevoix, Hennepin) des Récollets (Gabriel Sagard, Chrétien Leclerq), les Mémoires de R. Challes, les Voyages de La Hontan. D'autres s'avèrent dignes du statut d'oeuvres littéraires après coup, en soutenant agréablement une lecture de ce type.
Un travail d'archives est souvent nécessaire pour les textes restés à l'état de notes manuscrites.
Le plus souvent, c'est un travail d'établissement du texte original qui s'impose, car celui-ci n'a été publié que partiellement ou a reçu toutes sortes de modifications de fond ou d'ordre scripturaire, du fait des éditeurs essentiellement.
Certains textes appellent un travail d'authentification, car ils sont redevables à plusieurs auteurs, ou ont été publiés sous un nom autre que celui de l'auteur véritable, à une époque où le droit d'auteur était moins exigeant qu'aujourd'hui.
La plupart du temps, un réel travail d'édition critique s'impose : travail de relevé de variantes, d'analyse sémantique et linguistique, pour replacer le texte dans son époque ; travail de fond, notamment celui d'une confrontation entre la représentation, qui fonde le texte littéraire et la réalité des faits représentés.
Vaste est le champ de cette recherche première et fondatrice, avant que ne commence un véritable travail de critique littéraire.
Celui-ci, comme pour n'importe quelle oeuvre, est susceptible de traitements inspirés des différentes sciences humaines et sociales : traitement sociologique ; anthropologique, historique, psychologique, linguistique, stylistique, etc.
Les écrits de la Nouvelle-France pourront appeler, cependant, des regards particuliers :
1/ sur l'importance de l'intertextualité interne au domaine, beaucoup de textes, non content de se nourrir les uns les autres, se répondent ou s'interpellent ;
2/ sur l'importance, plus générale, d'un regard comparatif, parfois interne à la même oeuvre (par exemple, entre le Robert Challes, l'auteur mondain des Illustres françaises, et l'auteur du Journal ou des Mémoires), le plus souvent externe entre productions contemporaines de la métropole et productions d'outre-mer.
3/ l' isolement des thèmes propres à l'outre mer;
4/ l'évolution spécifique des genres ;
5/ les évolutions spécifiques à la langue ; place des dialectes, des langues autochtones etc.
Autant d'études que compte aborder ce groupe de recherche, en plus du premier type d'étude, ouvertes à débats, et qui donneront lieu à des séminaires méthodologiques, qui devraient intéresser ou priorités les chercheurs en études littéraires qui sont comporter à ce type de textes, au niveau d'un mémoire de master, d'une thèse de doctorat, etc.
Thèmes des séminaires prévus en 2006 :
1° Séminaire d'ouverture, le 21 février : "les écrits de la Nouvelle-France : tour d'horizon des Centres d'intérêts potentiels "
utiles ;
2° (sous forme de Journée d'étude) sur "Les écrits de la Nouvelle-France" : documents ou oeuvres littéraires ? " ;
3° Séminaire du mois de Juin : "Regards sur la naissance d'un nouveau peuple, au Canada et en Louisiane" ;
4° Séminaire du mois d'octobre : "Traitement nouveau de genres traditionnels et genres nouveaux, au service de l'inspiration
canadienne".
5°Séminaire de décembre : " L'Utopie dans les écrits de la Nouvelle-France".
"Delacroix ou la mémoire en défaut": sur un ouvrage d'H. Damisch, par C. Champy (nonfiction.fr)
"De l'horizontal au vertical : échanges écrits avec Jochen Gerner", entretien par Pilau Daures
Site Réforme Humanisme Renaissance: rhr16.fr
"Twitter: un salon littéraire virtuel?" (BibliObs)
"Le goût de l'archive est polyglotte". Entretien avec Sanjay Subrahmanyam (laviedesidees.fr)
POP-EN-STOCK Bazar d´études sur la culture populaire contemporaine
Fantômas et l'Européenne du crime
Écrire la sculpture (XIXe-XXe siècles): enregistrements en ligne
Site "Théâtre de femmes de l'Ancien Régime"
Ouverture du site poesieromande.ch
"Rentrée 2012 : première numérique pour un gros éditeur français", par H. Artus (Rue89)
Le Verger n°1 (site Cornucopia): Rabelais (Gargantua et Le Quart Livre)
Lettre de la Magdeleine de R. Klapka à propos de la collection Le livre, la vie
"Quand Bourdieu photographiait l'Algérie" (francetv.fr)
Flaubert: sa bibliothèque numérisée
2012: année Rousseau. Un dossier d'articles sur le blog Mezetulle (C. Kintzler)
Joyce, Woolf, Bergson... dans le domaine public
Revista Sala Preta, n°11, 2011
"Google n’annule pas Borges, il l’exacerbe". Entretien avec F. Bon (letierslivre.net)