Fabula, la recherche en littérature (agenda)

Séminaire "Littérature, théâtre, cinéma au croisement des arts ": Anne-Violaine Houcke sur "Le palimpseste des voix chez Pasolini : vocations antiques"

Evénement

Information publiée le jeudi 18 mars 2010 par Mireille Brangé

Mercredi 24 mars 2010, Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005. Salle Weil

Séminaire "Littérature, théâtre, cinéma au croisemnt des arts"

 Mercredi 24 mars 2010, ENS, Salle Weil, 17h-19h 

Le palimpseste des voix chez Pasolini : vocations antiques

 

 

A la fin des années 1960, Pier Paolo Pasolini réalise une « trilogie antique » : avec Oedipe-roi (1967), Médée (1969), et le Carnet de notes pour une Orestie africaine (1968-1970), il retrouve la voie de l'antiquité grecque (à vingt ans, il écrivait déjà une pièce intitulée Oedipe à l'aube, avait traduit la poétesse Sappho etc.), et renoue avec ses voix tragiques : Eschyle, Sophocle, Euripide.

C'est à partir de la  notion de « voix » qu'il s'agira ici d'interroger les modalités du travail intertextuel et intermédial entre les textes antiques et leur « actualisation » cinématographique. La citation, par exemple, n'a-t-elle pas chez Pasolini une capacité – soutenue par l' étymologie  – de mise en mouvement : une mobilisation des voix du passé au service d'une motivation des images ? Mais de quelles voix parle-t-on ? Celles des acteurs ne sont-elles que des médiations – leurs corps ne sont-ils que les porte-parole de voix désormais éteintes ? Pourquoi la Callas est-elle Médée ? (et pourquoi la cantatrice est-elle utilisée à contretemps : muette ?) Pourquoi la prophétie de Cassandre est-elle interprétée en free jazz, en anglais, par une chanteuse noire-américaine, Yvonne Murray ? Quel travail s'instaure dans le Carnet de notes pour une Orestie africaine entre les images muettes des Africains – le « choeur » – que l'on voit parler ou chanter, et la bande sonore qui vient s'inscrire dans la texture de ces images : voix-off de Pasolini (voix elle-même polyphonique, selon qu'il commente en son nom propre, ou récite Eschyle, dans sa propre traduction) et basse continue des chants révolutionnaires russes ? Reprenant à Genette la notion de palimpseste, nous souhaitons la faire sortir de son inscription dans le cadre du texte littéraire, pour mettre en évidence le travail intempestif, anachronique de la voix – des voix –  dans la texture visuelle et sonore de ces films. « Il y a entre l'archaïque et le moderne un rendez-vous secret », écrit Giorgio Agamben  dans Qu'est-ce que le contemporain ?: peut-être est-ce dans la voix que l'on pourra lire l'indice de ce rendez-vous ?

La réflexion qui s'engage alors est « esthétique » : c'est celle de la «(re)-présentation du passé (que Pasolini avait clairement posé à propos de Médée-La Callas dans un texte intitulé « Le Sentiment de l'histoire »). C'est peut-être grâce au jeu palimpsestique des voix que les temps se rencontrent, que se révèle la contemporanéité du passé.

C'est aussi une question politique : prêter sa voix à l'autre, ou assumer la voix d'un autre, c'est ouvrir, exposer son corps à l'altérité. C'est faire, aussi, de l'espace filmique un tribunal, où la citation peut être citation à comparaître, et l'évocation une convocation.


Responsable : Mireille Brangé et Piero Caracciolo

Adresse : 45 rue d'Ulm, 75005 Paris



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