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Sade, Cinquante lettres du marquis à sa femme

Parution livre (édition)

Information publiée le vendredi 11 décembre 2009 par Marc Escola



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Cinquante lettres du Marquis de Sade à sa femme
Donatien Alphonse François de Sade

Cécile Guilbert (Annotateur), Pierre Leroy (Annotateur)

Paru le : 04/11/2009
Editeur : Flammarion
ISBN : 978-2-08-122891-7
EAN : 9782081228917
Nb. de pages : 255 pages

Prix éditeur : 50,00€

En 1776, Sade vit ses dernières heures de liberté.
Il a trente-cinq ans. S'il a déjà connu de courts séjours en prison, " l'affaire de Marseille ", nouvelle historie de débauche qui éclate en 1772, lui vaut la peine qu'il ne soupçonnait pas : une condamnation à mort, par contumace car le marquis s'enfuit en Italie. En 1775, l'" affaire des petites filles " lui adjoint treize ans supplémentaires de prison. Arrêté à Paris le 13 février 1777, il est conduit au château de Vincennes mais garde la vie sauve grâce à une lettre de cachet ; il en sort en 1790.
Il ne sait pas alors qu'il connaîtra encore treize années de captivité, cette fois en asile de fous. Le jeune noble insouciant et friand de plaisirs se mue en un proscrit promis à une vie d'enfermement. C'est pourtant durant cette existence de reclus qu'il deviendra l'écrivain et l'épistolier que l'on sait. Cet " enragé de liberté ", comme l'écrit Jean Paulhan, livrera dès lors, dans les lettres qu'il adresse à sa femme Renée-Pélagie, ultime et fidèle confidente, quelques-unes de ses plus belles pages.
Au fil de ses courriers, Sade la supplie et l'insulte tout à la fois : il maudit sa mère la présidente, source de tous ses maux, lui réclame ses commissions d'un ton capricieux - bougies ou livres, cire d'Espagne ou " étuis " -, lui confie avec passion son désarroi et sa rage indéfectible. Il reste inflexible malgré tout : " Le malheur ne m'avilira jamais. " Toujours aiguë, souvent tranchante, trempée parfois d'un humour féroce, sa plume révèle dans sa vérité nue l'homme furieux, fiévreux, et souffrant de ces entraves insupportables.
A cela, pour seul remède, l'écriture, toujours, réclamant dans un souffle aux accents de prière " des livres des livres des livres au nom de dieu".

*  *  *

Dans le Monde des livres:

Sade l'intraitable LE MONDE DES LIVRES | 10.12.09 | 11h48  •  Mis à jour le 10.12.09 | 11h48
e 13 février 1777, Donatien Alphonse François de Sade franchit les portes du fort de Vincennes. Arrêté puis détenu par lettre de cachet, à la demande de sa famille (et spécifiquement de sa belle-mère, la présidente de Montreuil), le marquis vient d'être rattrapé par plusieurs scandales. Il y a eu les débauches de Paris, puis l'affaire dite "de Marseille", qui lui valut une condamnation à mort par contumace (entre-temps, il s'est enfui en Italie), et enfin celle des "petites filles" - treize ans supplémentaires. Sade a 36 ans. A partir de cette date, il passera le plus clair de son temps en prison, d'abord à Vincennes, ensuite à la Bastille jusqu'en 1789, puis plus tard et jusqu'à sa mort à l'hospice de Charenton, où l'on internait aussi bien les "insensés" que les "blasphémateurs" et les "révoltés".

Or, par une ironie du sort, c'est pendant ces années que le pouvoir de subversion de Sade s'est véritablement révélé, puis démultiplié à l'infini. Là où les autorités pensaient l'empêcher de nuire, le marquis rassembla ses forces pour étendre une oeuvre littéraire qu'aucun mur, si haut soit-il, n'allait pouvoir empêcher de rayonner. Demeuré libre, il serait peut-être resté ce jeune aristocrate éperdu de plaisirs, auteur dilettante de quelques pièces de théâtre qu'il faisait jouer dans son château. Enfermé, rendu fou par la privation de ses chères promenades et de tous les plaisirs devenus inaccessibles, il devint l'écrivain qu'il était. Captif, mais furieusement libre de pensée et d'écriture. Dans la clôture de ses appartements, il se livrait avec passion à l'élaboration d'une oeuvre éblouissante, où chaque mot cherchait à renverser la platitude du monde et tout ce qu'il y a de convenu. Il écrivit, durant ces années de réclusion, pas moins d'une quinzaine de pièces de théâtre, quatre romans, des dizaines de contes et nouvelles et des centaines de lettres. L'activité épistolaire, en particulier, connut une intensité sans pareil durant ces années où les lettres lui permettaient de rester en contact avec le monde extérieur.

Ce sont cinquante de ces lettres, dont certaines inédites, que le bibliographe et collectionneur Pierre Leroy présente aujourd'hui, dans une belle édition accompagnée d'un texte de Cécile Guilbert. Des lettres adressées par Sade à sa femme, Renée-Pélagie, entre le 6 mars 1777 et le 25 novembre 1799. Ecrites, pour l'essentiel, depuis le donjon de Vincennes et la prison de la Bastille, ces missives forment une sorte de torrent violent, où se mêlent l'inventivité, l'humour et la férocité, la puissance d'évocation et la ténacité d'un homme que rien, absolument rien, ne put forcer à se renier, ni l'incertitude quant au terme de sa peine, ni l'injustice dont il était victime, ni la rage pure de perdre sa vie en prison. "Le malheur ne m'avilira jamais, écrit-il dans sa "Grande lettre" le 20 février 1780. Je n'ai point dans les fers pris le coeur d'un esclave et ne l'y prendrai, je l'espère, jamais, dussent-ils ces fers malheureux, oui, dussent-ils me conduire au tombeau - vous me verrez toujours le même, j'ai le malheur d'avoir reçu du ciel une âme ferme qui n'a jamais su plier et qui ne pliera jamais."

Recours et souffre-douleur

Renée-Pélagie, sa femme, est le personnage muet de cette correspondance extraordinaire où s'élabore une partie de la philosophie personnelle de Sade. Cette femme épousée sans amour (Sade avait été littéralement vendu par son père à la famille de sa future femme, pour éponger les dettes dont il s'était couvert) devient, pour le prisonnier, un recours essentiel en même temps qu'un souffre-douleur. Tour à tour cajolant, blessant, suppliant ou impérieux, quand ce n'est pas froidement méprisant, le marquis ordonne à sa femme de lui procurer tous les biens dont il a besoin, à commencer par les objets sexuels qu'elle lui faisait fabriquer sur mesure, s'attirant le mépris et les quolibets. Il lui confie sa douleur et sa colère, sa haine pour sa belle-mère. Il l'exhorte à chercher des moyens pour le faire élargir et, dans sa "Grande lettre", raconte par le menu les faits qui l'ont conduit en prison : "Entre mari et femme, on peut bien quand le cas l'exige s'exprimer un peu plus librement qu'avec des inconnus ou de simples amis."

En fait, il use avec elle d'une liberté de ton extraordinaire. Et pas seulement dans l'ordre de la sincérité, mais dans celui de la flamboyance verbale, de ce style sans entraves qui lui permet toutes les fantaisies, même les plus cruelles. Au bout de dix ans, Renée-Pélagie s'éloigna de son mari, fatiguée, disait-elle, "d'entendre tout ce que l'on dit, de penser, de réfléchir, de répondre, de combiner".

50 LETTRES DU MARQUIS DE SADE À SA FEMME. Edition établie et annotée par Jean-Christophe Abramovici et Patrick Graille, préface de Pierre Leroy, texte de Cécile Guilbert. Flammarion, 256 p., 50 €.


Raphaëlle Rérolle




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