


Sebastian Veg, Fictions du pouvoir chinois - Littérature, modernisme et démocratie au début du XXe siècle, Paris : EHESS, coll. "En temps et lieux", 04/02/2009
ISBN : 978-2-7132-2165-1
25,00€
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Quels sont les rapports entre fiction et pouvoir ? En confrontant des
oeuvres chinoises (Lu Xun, Lao She) et européennes (Segalen, Kafka,
Brecht) Sebastien Veg étudie les liens entre modernité littéraire et
revendication démocratique.
L'évolution historique de la Chine du début du XXe siècle a retenu
l'attention de certains écrivains de premier plan, chinois comme
européens. Les confronter permet de mieux comprendre les singularités
du modernisme chinois, mais aussi de s'interroger sur les apories
communes à ces écrivains soucieux d'inscrire la fiction dans un espace
démocratique incertain.
Ainsi, les cinq textes étudiés se rejoignent par leurs réflexions
critiques sur la démocratisation des sociétés et le rôle de l'écrivain,
sur le statut de la fiction en tant que pratique sociale et discours
sur le pouvoir légitime.
Sebastien Veg plaide pour que les fictions trouvent la place qui leur
revient dans l'histoire du politique. Il montre comment elles peuvent
être un objet d'études pour les sciences sociales, tout en réaffirmant
la particularité de ce type de texte. Exemple de croyance et de
pratique démocratique, la fiction a un rôle à jouer dans l'espace
public.
Si la révolution de 1911 a mis fin à l'empire en Chine, c'est seulement le mouvement pour la Nouvelle Culture (4 mai 1919) qui formule véritablement le projet d'une rupture moderne, capable de démocratiser les esprits et d'émanciper les individus.
Pour les écrivains qui y participent, la littérature de fiction doit être le vecteur privilégié de cette transformation de sujets en citoyens. Mais la littérature est-elle capable de faire éclore une telle culture démocratique ? A travers deux oeuvres fondatrices du canon chinois moderne, La véridique histoire d'a-Q de Lu Xun et La Maison de thé de Lao She, l'analyse porte sur la dimension démocratique de ces " fictions du pouvoir " : sur leur façon de configurer l'histoire, de produire ou de contester des normes politiques, sur leur rejet des schémas idéologiques de l'" engagement " .
En confrontant les textes chinois à des oeuvres de Kafka, Segalen et Brecht, Sebastian Veg montre comment, en dépassant les différences culturelles, s'invente une nouvelle façon de penser et d'écrire la fiction. Cette modernité n'est nullement l'apanage de l'Occident, pas plus qu'elle n'apparaît comme importée ou étrangère en Chine. Si le modernisme chinois a ses singularités, c'est surtout à une réflexion critique sur les incertitudes du monde démocratique qu'invite ainsi la littérature dans son ensemble.
Sebastian Veg, agrégé de Lettres, est chercheur au
Centre d'études français sur la Chine contemporaine (Hong Kong) et
membre associé du Centre de recherches sur les arts et le langage
(EHESS-CNRS). Ses recherches actuelles portent sur les relations entre
littérature, espace public et démocratie dans la Chine du 4 mai 1919,
et sur le rapport au pouvoir de la littérature et du cinéma chinois
après 1989.
Le travail à l'origine de ce livre a reçu le prix de thèse de l'Association d'études chinoises.
Sommaire:
LA LITTERATURE ET LA CHINE : EMPIRE, NATION ET COLONIALISME
Naissance d'une littérature " nationale " chez Kafka et Lu Xun
Récit de voyage et colonialisme : Segalen contre Loti
Entre voyage socialiste et folklore chinois : le théâtre politique de Brecht et Lao She
LE PROBLEME DE L'HISTOIRE : REVOLUTION INTROUVABLE ET RAPPORTS DE POUVOIR INCHANGES
Le non-événement de 1911 (Segalen, Lu Xun)
La Chine de Kafka : de l'empereur à la direction
Répétition ou progrès ? Le théâtre face à l'histoire (Brecht et Lao She)
FICTION ET NORMES
Fiction et morale : critique de la généalogie normative de la fiction
Des tribunaux viciés
Du tribunal à la loi inconnaissable : Kafka et le pastiche du conte hassidique
LA FICTION, UNE AUTRE VOIX ? FICTION ET DISPOSITIFS DE POUVOIR
De l'émancipation individuelle à l'action collective (Brecht)
Le cri d'a-Q, le narrateur, et la voix du monde rural
Lao She et les voix recouvertes par l'histoire
L'introuvable altérité: le divers pour remplacer le divin (Segalen)
LA FICTION, ACTE PRAGMATIQUE DEMOCRATIQUE
Politique du modernisme
Kafka : politique de l'aporie
L'empire de la fiction (René Leys)
L'espace public de lecture
Mise en abyme de l'espace public (Lao She)
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma