


Pascin et le tourment
Auteur : Lévy-Kuentz, Stéphan
collection : Les Essais
date de parution : 3 mai 2007
Essai.
13 × 20 cm. 122 p. 15 €.
Collection : Les Essais.
ISBN : 2-7291-1690-3
« Je ne serai jamais qu'un outsider, je n'ai pas de direction précise, pas même la volonté de devenir un grand artiste. » Julius Mordecaï Pincas, dit Jules Pascin (1885-1930) fut, aux côtés de Modigliani, Foujita, Soutine ou Kisling, l'un des maîtres de l'École de Paris. Héritier de Toulouse-Lautrec, il est le peintre de la satire sociale, des bordels et de la rue. Défendue par Salmon, Morand, Mac Orlan, Carco, son oeuvre foisonnante et polymorphe est entièrement vouée à la volupté. Peu enclin aux théories artistiques en vogue à l'époque, ce dessinateur de génie choisit de traverser la vie en dilettante. Parti de sa Bulgarie natale en quête d'une identité cosmopolite, son déracinement le mène de Vienne à New York, de La Havane à Lisbonne, de Londres à Tunis. Détruit par son propre succès, il se donnera la mort le 2 juin 1930. Mystique et libertin, dandy et voyou, noctambule et mélancolique, homme d'une seule femme mais les désirant toutes, Pascin restera – de Montmartre à Montparnasse – l'une des grandes figures de la bohème des années folles. Par ce tombeau, l'auteur livre ici une version violente et habitée de sa destinée tragique : celle d'un prince de la nuit aussi attachant que tourmenté.
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Dans le Monde des livres du 11/12/9, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:
"Une bibliothèque rose vif
LE MONDE DES LIVRES | 10.12.09 | 11h01
Libertinage
et librairie sont de vieux amants, presque aussi vieux que la librairie
elle-même. Régulièrement, ils renouvellent leur alliance, en inventant
ou en ressuscitant héroïnes et héros. Cette année, c'est Julius Pincas,
dit Pascin (1885-1930), qui est en scène.
Né en Bulgarie, passé par Vienne, Berlin et Munich, où il collabore au journal satirique Simplicissimus,
il arrive à Paris en 1905, fort d'une remarquable dextérité de
dessinateur. Il l'applique au nu, à des scènes de bordel, à des
fantaisies érotiques. Réfugié à New York pendant la guerre, il revient
à Paris en 1920 : c'est sa période la plus faste, Montparnasse, les
fêtes, les amitiés célèbres - Hemingway, Salmon, Mac Orlan. Sa légende
se nourrit des complications de sa vie privée, de sa prodigalité, de
ses excès. Mais si ce pittoresque moderne et nocturne, entre
Apollinaire et Morand, rehaussé d'un suicide, peut fournir des sujets
pour romans ou films historiques, il ne suffit pas à placer l'oeuvre au
premier plan de son époque.
Dans sa monographie, Stéphan Lévy-Kuentz défend avec obstination son grand homme, mais il ne peut empêcher le lecteur de se dire que l'industrie de la lascivité reste une industrie, lassante comme toutes les productions en série, que la peinture de Pascin manque d'invention et se réfugie dans des effets de flouté commodes et qu'à Paris, dans les années 1920, naissent des oeuvres autrement risquées et intenses. La maquette banale du livre, les approximations historiques, le ton uniformément admiratif n'aident guère, il est vrai. Mais comme la publication en un fort gracieux fac-similé de l'Abécédaire des filles et de l'enfant chéri, ouvrage attribué à Mac Orlan et illustré de vignettes scabreuses par Pascin, suscite la même impression d'ennui, la responsabilité en incombe à l'artiste. Quoi qu'en disent ses admirateurs, il ne fut pas le Toulouse-Lautrec de l'entre-deux-guerres. Restent quelques curiosités un peu moins attendues, particulièrement ses Amazones ithyphalliques. Elles devraient figurer dans la galerie des héroïnes de l'amour qu'a rassemblées Elisa Lécosse, suivant un texte de Laure Adler. Celui-ci se caractérise par son essentialisme un peu hâtif - "les femmes", "les hommes" - et l'écrasement de l'histoire dans un non-temps où Louise Bourgeois et Catherine Millet côtoient les femmes du paléolithique et celles de l'Egypte ancienne. La suite du volume est plus précise et plus claire : c'est un inventaire des types légendaires et historiques de la femme amoureuse, classé par catégories - les ensorceleuses, les fatales - et par thèmes - la transgression, le pouvoir, l'émancipation. Mythes et biographies sont rappelés chaque fois que nécessaire. Les figures majeures telles Vénus, Junon ou Ophélie voisinent avec de moins connues, la nymphe Salmacis ou Omphale, les Grecques avec les bibliques, les créatures rêvées avec celles qui vécurent jadis ou récemment. La sélection des images s'efforce, elle aussi, d'échapper au prévisible et au convenu, si bien que l'on traverse l'ouvrage avec plaisir.
Photos à usage privé
Mais, dans ce genre, il serait difficile de soutenir la comparaison avec Parce qu'il aime ce qu'il n'a pas, histoire abrégée et bousculée de la sexualité composée par Pascal Pistacio à partir de ses chroniques télévisées. Les articles sont souvent fort instructifs. Nous ne savions pas exactement que les Japonaises, jadis, se donnaient du plaisir grâce à l'extrémité sculptée d'une de leurs chaussures, ni ce que fut la vie assez agitée de la Belle Otero, courtisane de très haute volée, ni quelles règles brutales régissaient la prostitution dans cette Athènes antique que l'on se plaît si souvent à citer en exemple.
A ce savoir éclectique répond le choix des oeuvres, d'une belle originalité, avec un goût prononcé pour les photos à usage privé et pour les gravures médicales anciennes déconcertantes par leur vision de l'anatomie. Des oeuvres méconnues d'artistes célèbres - Rops ou Picasso - s'allient à d'autres signées de grands peintres encore trop peu montrés en France - von Stück ou Beckmann. La part actuelle est aussi réussie grâce à Combas, Desgranchamps, Pencréac'h ou Marcheschi. Corpet a exécuté pour les pages de garde des dessins que le découpage de la couverture - rose naturellement - met très adroitement en valeur tout en en masquant d'abord les sujets. Les bibliophiles et les amateurs de curiosa apprécieront.
PASCIN de Stéphan Lévy-Kuentz, préface de Pascal Quignard. La Différence, 336 p., 90 €.
PASCIN LIBERTIN. Cahier illustré de Stéphan Lévy-Kuentz (48 p.) et ABÉCÉDAIRE DES FILLES ET DE L'ENFANT CHÉRI (64 p.), Biro Ed., 30 €.
LES FEMMES QUI AIMENT SONT DANGEREUSES de Laure Adler et Elisa Lécosse. Flammarion, 160 p., 29,90 €.
PARCE QU'IL AIME CE QU'IL N'A PAS, HISTOIRE(S) DE LA SEXUALITÉ de Pascal Pistacio. Lienart, 144 p., 35 €.
Philippe Dagen Article paru dans l'édition du 11.12.09"
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma