Fabula, la recherche en littérature (appels)

Romance

Appel à contribution

Information publiée le mardi 23 décembre 2008 par Alexandre Gefen

Date limite : 15 octobre 2009

Centre d'études du Roman et du Romanesque (CERR / CERCLL)

Université de Picardie Jules Verne

Appel à communication

pour le n°5 de la collection « Romanesques »

Romance

Réfléchir sur le romance revient inévitablement à se tourner vers l'étymologie et la généalogie du roman, le romance ayant à la fois affaire aux origines et au devenir (voire, selon les plus radicaux, à la postérité) du genre romanesque.

Mais faut-il prononcer « romance » à la française ou à l'anglaise ? Autrement dit, de quoi est-il question ici au juste ? D'une composition poétique se déployant en mesures octosyllabiques à l'accent ibérique et flamboyant, ou bien de ce qui outre-Manche désigne la matière frétillante et aventureuse des romans hellénistiques, perpétuée au Moyen Âge par le merveilleux des péripéties chevaleresques ? Du reste, souhaiterait-on circonscrire le mot « romance » à son acception hexagonale que la tâche ne serait guère plus facile… Ainsi pris au féminin, et non au masculin comme nous avons commencé par le faire, « romance » désigne une composition chantée, destinée à l'accompagnement musical et difficilement dissociable de son exécution…

Afin d'exploiter le large éventail sémantique qui, émanant de ce terme, disloque sans cesse l'arbre généalogique du roman, nous proposons d'articuler le numéro 5 de la collection « Romanesques » (co-rédaction Paris III – UPJV, co-édition Encrage Université / CERR) consacré à la notion de romance autour des axes de réflexion suivants :

1) La romance : « raison musicale » du roman

Décliné au féminin, le terme « romance » tend au roman l'image de sa propre « enfance » rythmique et musicale. On songe notamment à la proximité entre épos, roman, oralité et modulation sonore dans l'Antiquité et au Moyen Âge, mais aussi à une époque plus récente : n'oublions pas que la langue littéraire russe tient ses premières lettres de noblesse d'un célèbre roman en vers de Pouchkine. Cette contamination musicale nous renvoie plus largement aux origines lyriques du romanesque. Quel rapport, dès lors, entre le roman et les suites embrasées que les chantres du Moyen Âge espagnol et occitan (ou bien, plus près de nous, Lorca et Heine) appelaient « romancero » ?

2) Romance – novel

D'après une illusion d'optique persistante, l'opposition romance / novel serait l'exclusivité de la tradition littéraire britannique, qui l'inaugure par la préface de William Congreve à Incognita ; or Love and Duty Reconcil'd (1691). Entreraient dans la catégorie du romance les « romans romanesques » de l'Antiquité (L'âne d'or, Daphnis et Chloé, Les Ethiopiques), les romans médiévaux en vers, les romans pastoraux ou héroïques du XVIème et du XVIIème siècle, aussi bien que la paralittérature de Barbara Cartland et la collection Harlequin. La typologie du novel couvrirait en revanche un domaine plus « présentable » allant du roman picaresque au roman analytique, en passant par le roman réaliste du XVIIIème et du XIXème siècle. La distinction romance-novel se trouve ainsi à l'origine d'une hiérarchisation dont on discutera naturellement le bien-fondé.

Détail troublant : la critique littéraire française s'accorde pour traduire l'anglais « romance » par l'adjectif substantivé « romanesque », en faisant de ce dernier une variante voire le concurrent direct du roman. D'où la présentation du roman comme un genre essentiellement clivé, toujours construit et refondé contre le romance qui l'occupe. Il convient de s'interroger sur cette représentation théorique du roman comme genre de la contradiction.

3) Complexité générique de la notion

Histoire d'en rajouter un peu plus à ce désordre (trans)générique, le mot « romance » - dans sa version anglaise, mais pas uniquement - désigne aussi une variété de pièce de théâtre déployant un réseau de péripéties compliquées, résolues par un happy end frôlant l'idylle. C'est le cas de toute une production lénifiante et bucolique caractéristique de la Renaissance et du Baroque européens, mais aussi des dernières pièces de… Shakespeare (Périclès, Cymbeline, Le conte d'hiver, La Tempête). L'objectif avoué de ce numéro de « Romanesques » est de mettre en résonance les différents sens du terme « romance » et la diversité générique qu'ils recouvrent, afin de dessiner, au moins en pointillé, une généalogie du roman.

4) Romance : dépotoir ou avenir du roman ?

Nous voilà parvenus à la question cruciale, toujours en souffrance : la notion de romance renvoie-t-elle à un âge d'innocence (peut-être révolu à jamais) du roman, un « paradis perdu », ou bien ce prétendu âge d'or fait-il plutôt signe vers l'avenir, voire la relève du genre romanesque ? Dans le premier cas le ou la romance serait le péché originel dont le « grand » roman doit inlassablement s'affranchir, sous peine de sombrer dans les facilités du « romanesque ». Dans l'autre, il représenterait en revanche le réceptacle des formes par lesquelles le roman renaît sans cesse de ses cendres.

Sonder les enjeux des acceptions antinomiques de la notion de romance, inclure dans la réflexion les sens les plus divers que recouvre ce mot dans la typologie et l'histoire des genres, telle est la voie choisie ici pour éclairer la logique disjonctive qui semble présider depuis toujours aux destinées du roman.

"Une proposition de communication peut encore être envoyée jusqu'au 15 octobre 2009 à Carlo U. Arcuri (carlarc@hotmail.fr) et à Christophe Reffait (christophe.reffait@free.fr). Les articles eux-mêmes (30000 signes, espaces et notes compris) devront être envoyés à la même adresse avant fin mars 2010. Ils seront anonymés et soumis au comité de lecture de la collection « Romanesques », pour une publication à la rentrée 2010."


Responsable : Christophe Reffait et Carlo Arcuri



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