Fabula, la recherche en littérature (actu)

Protée, vol. 36 no 3 (hiver 2008-2009) - Le titre des oeuvres: accessoire, complément ou supplément

Parution revue

Information publiée le dimanche 7 décembre 2008 par Gabriel Marcoux-Chabot (source : Site web de la maison d'édition)


Protée est une revue universitaire dans le champ diversifié de la sémiotique, définie comme science des signes, du langage et des discours. On y aborde des problèmes d'ordre théorique et pratique liés à l'explication, à la modélisation et à l'interprétation d'objets ou de phénomènes langagiers, textuels, symboliques et culturels, où se pose, de façon diverse, la question de la signification.

Vol. 36, no 3 (hiver 2008-2009) - Le titre des oeuvres: accessoire, complément ou supplément
Sous la direction de Nycole Paquin

Nycole Paquin
Présentation

Claude Dauphin
Poétique et sémiotique du titre musical
Les indications de mouvements, allegro, adagio, presto, qui désignent les parties des sonates de Mozart, des concertos de Beethoven ou des symphonies de Brahms ont ceci de remarquable qu'elles pourraient aussi bien relever de l'abstraction la plus radicale que de la concrétisation la plus absolue. Ces intitulés expriment un état d'esprit, une disposition émotive, autant qu'ils énoncent la constitution de la musique. Je qualifie d'autonyme l'association du contenu et de la forme qui spécifie ces oeuvres et les procédés de leur intitulation. Mais la problématique des titres musicaux ne se résume pas à ce seul paradoxe car il existe bien, en contrepartie, une tradition du titre référentiel qui, à lui seul, semble se charger de toute la métaphore de l'oeuvre. De Couperin à Debussy, de Rameau à Messiaen, nous baignons dans une poétique de la caractérisation, de l'impression, du récit et de l'image : Le Rossignol en amour, Les Langueurs tendres, Les Moissonneuses, L'Entretien des Muses, Les Fées sont d'exquises danseuses, Couleurs de la Cité céleste. Au-delà de cette catégorisation, il apparaît que le titre musical formel est relié à une esthétique résolument italo-allemande alors que la sensibilité française, plus visuelle qu'auditive, plus pittoresque qu'architecturale, privilégie l'intitulé référentiel. Ainsi, le titre ne se limiterait peut-être pas à la désignation de l'oeuvre musicale… Il dévoile la culture d'appartenance du compositeur et annonce une conception de l'art.

Jean-Jacques Boutaud
L'art de concocter des titres en cuisine
Les titres marquent l'histoire culinaire, mais ils agissent très longtemps en trompe-l'oeil. Ils annoncent cuisine et recettes, mais s'évadent aussi vite dans l'encyclopédisme du goût et de la table, tant saveur et savoir font bon ménage. Inlassablement, à travers ouvrages et revues, ils « attaquent » la nourriture sous tous les angles, au point d'offrir, dans leur ensemble, un vaste espace figuratif du goût, articulé à de nombreux niveaux. Derrière le titre, se dessine très longtemps le discours de la compétence et de l'expertise. Mais avec les ressources d'Internet et la prolifération des blogues, la fonction poétique des titres se conjugue à une nouvelle éthique de la cuisine.

Didier Prioul
Actualité du titre d'exposition
Cet article s'intéresse à l'exposition temporaire, en art ancien et moderne, et se situe dans une compréhension qui associe le passé au présent de l'intitulation. Illustré par des exemples précis, il distingue dans une première partie huit prototypes historiques d'intitulation : nom propre, catégorie, matériau, genre, mise en série, opérateur spatial, absolu esthétique, personnalité. Ce n'est pas un article historique et le titre s'adresse aux modes contemporains de l'intitulation. Le sens donné à l'exposition temporaire, dans sa forme actuelle, est donc central dans l'analyse. Quelle terminologie employer pour la qualifier ? La troisième et dernière partie propose de situer le titre d'exposition dans un processus d'interaction qui associe le cognitif au sensible. L'article conclut ainsi sur l'ethos aristotélicien, qui force parfois à lire le titre comme une quasi-mise en scène de l'exposition.

Max Roy
Du titre littéraire et de ses effets de lecture
Cet article porte sur le titre des oeuvres littéraires dans la perspective du lecteur. Après un bref état de la question, il aborde la problématique du titre et de ses effets de lecture. Avec divers exemples, dont certaines réactions de lecteurs, il montre comment les titres enclenchent une activité d'interprétation qui recourt à l'imaginaire. Une section importante est consacrée à l'étude de l'appareil titulaire dans le célèbre roman de Machado de Assis, Dom Casmurro.

Nicolas Couégnas
La trilogie nordique de Mohammed Dib : de l'oeuvre aux titres, un parfum sémantique et tensif.
Il y a, dans les essais de Mohammed Dib, des injonctions et des préconisations explicites pour construire une « grille de lecture ». Des oeuvres algériennes jettent une lumière singulière sur les textes de Dib, et plus particulièrement sur les romans de la trilogie nordique. Les titres de la trilogie sont donc interrogés non pas pour eux-mêmes, comme des entités autonomes préparant la lecture, mais à partir des oeuvres et de la sémiotique dibienne implicite à sa grille de lecture. Des oeuvres aux titres, ce parcours interprétatif permet d'appréhender avec précision le subtil « parfum sémantique et tensif » des titres dibiens, qui assure leur cohérence au sein de la trilogie et leur capacité à entrer en résonance avec les romans.

Nycole Paquin
Les titres-les sculptures-les lieux : une relation d'inter-différance
Le titre, l'oeuvre sculpturale ou installative et le lieu d'exposition sont ici considérés comme composants d'une dynamique d'inter-différance tripartite. L'étude s'intéresse aux habitudes de titrage en arts actuels et se fonde sur un vaste corpus d'oeuvres recueilli entre 2002 et 2008 d'où ont été extraites neuf classes de référence et quatre grandes catégories d'appariement entre les trois composants : stabilisation provisoire, détournement hors champ, ambiguïté soutenue et inversion d'un composant à un autre alors que le troisième fracture l'état de tension. Il en ressort des paradigmes majeurs quant aux habitudes de titrage, dont une préférence pour les quiproquos et la métaphore, l'expression récurrente d'inquiétudes et d'incertitudes d'ordre socioculturel, mais aussi un goût partagé pour le jeu (salvateur ?) qui s'entrecroisent au sein d'un ensemble dont les conjonctures sont différées au-delà de (ou sous) quelque spécificité objectale, obligeant le récepteur à lui-même se référer, se différer « ailleurs » pour faire sens avec ce qu'il lit et ce qu'il voit. En cela, il doit lui-même « titrer » la situation.

HORS DOSSIER

Vincent Lavoie
Le fardeau des mots, le choc des photos. L'écriture photojournalistique ou la préséance de l'image sur le texte.
L'essai photographique, une forme de narration visuelle reposant sur la succession de plusieurs images étroitement liées par un contexte graphique et textuel, constitue la principale nouveauté introduite par le photojournalisme dans les années 1930. Émancipée de sa stricte fonction illustrative, la photographie devient alors pleinement constitutive du récit historique. Dans la littérature spécialisée de l'époque, cette autonomie est décrite comme un affranchissement de l'image vis-à-vis du texte en même temps qu'une reconnaissance du statut professionnel du photojournaliste. Cet article propose d'examiner les modalités au moyen desquelles l'image photographique se constitue en écriture journalistique, cela en posant l'hypothèse que le photojournalisme, indissociable de la montée en puissance du paradigme de la communication dans les années 1940 principalement, reconfigure les rapports d'autorité que le texte entretient avec l'image.

Marie Renoue
De la « matière » du visible et des arts
Enjeu de discussions à la fois interdisciplinaires et de traditions diverses, la notion de matière est forcément complexe. Aussi notre texte propose-t-il de considérer la matière au sens commun du terme, celle que l'on décrit lorsque l'on parle du visible et de l'art contemporain en particulier. La question que nous poserons est la suivante : quelle sémiotique peut rendre compte de notre relation perceptive et sensible à la matière visible d'objets d'art ? Pour répondre à cette question, trois oeuvres seront abordées : les Vitraux de Pierre Soulages (1994), les Sculptures et dessins de crin de Pierrette Bloch et les Light Pieces de James Turrell.


Url de référence :
http://www.uqac.ca/protee/pages/numero/36-3.htm



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