Fabula, la recherche en littérature (debats)

Pierre Restany

Divers

Information publiée le samedi 31 mai 2003 par Audrey Lasserre (source : Le Monde)


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LE MONDE | 30.05.03 | 13h47

Critique d'art généreux et désintéressé, "inventeur" du Nouveau Réalisme

Le critique d'art Pierre Restany est mort jeudi 29 mai à Paris d'un arrêt cardiaque. Il avait 72 ans.

C'était une grande figure de la critique d'art en France, un personnage connu bien au-delà des frontières de l'Hexagone pour son "invention" du Nouveau Réalisme et de plusieurs grands artistes du groupe, en particulier d'Yves Klein, auquel il a consacré son dernier essai, Le Feu au cur du vide (La Différence, 2000). Il avait de la verve, du verbe, pratiquait une forme reconnue de critique militante, au côté des artistes, engagée dans la défense d'un courant, d'une tendance, d'un groupe d'artistes, à renfort de manifestes et d'interventions.

Il avait la barbe broussailleuse, la tripotait de ses mains d'une remarquable finesse, quand, tête rejetée en arrière, yeux fermés, front plissé, il prenait la parole d'une voix un peu nasillarde, un peu décalée, à quelque table ronde, colloque ou débat ici ou à l'autre bout du monde, où il finissait toujours en vedette. Par ses positions - toujours éthiques avant d'être esthétiques -, ses écrits, sa présence dans les grands débats sur le devenir de l'art, par son activisme, et fort de son expérience de vieux routier de l'art et de ses mécanismes, il s'est battu à Paris, dans les années 1960 pour faire valoir ses vues contre l'esprit français, sa prétention à se prendre pour le centre international de l'art vivant, contre le pompiérisme muséographique, contre le conservatisme des conservateurs, contre l'école de Paris... et s'est fait beaucoup d'ennemis. Il n'empêche qu'il est resté un des meilleurs ambassadeurs de la création en France.

Il était généreux, désintéressé, fidèle en amitié, proche des artistes et savait trouver les raisons de les défendre. Esprit libre, indépendant des pouvoirs, longtemps éloigné du pouvoir politique en France, il a fort critiqué la politique culturelle de l'Etat. Sur le tard, il avait fait quelques concessions et notamment accepté de participer au projet du Palais de Tokyo, par intérêt pour la nouveauté, par amitié pour ses deux directeurs : Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans.

Le regain d'intérêt des artistes pour l'objet et pour les comportements sociologiques l'avait ramené, ces dernières années, sur le devant d'une scène française qu'il ne fréquentait plus beaucoup. Il y était à nouveau écouté après avoir été quelque peu largué quand la critique froide, structuraliste s'est imposée, ne laissant plus de place ni à la fantaisie ni aux réactions charnelles.

Il était toujours très actif, voyageait, multipliait les projets. Bien que vieillissant et assagi, il occupait toujours le terrain en vedette, faisant son numéro en connaisseur de l'art du happening (en 1963, il est le premier en Europe à écrire sur ce nouveau mode d'expression new-yorkais). Il aura décidément passé Une vie dans l'art, titre de son livre d'entretiens avec Jean-François Bory.

FUIR PARIS POUR MILAN

Né le 24 juin 1930 à Amélie-les-Bains, dans les Pyrénées, Pierre Restany grandit à Casablanca, dans un milieu aisé, cultivé. A 18 ans il est à Paris, en khâgne au lycée Henri-IV, écrit pour lui, prend le large en Italie. Fuir Paris pour l'Italie deviendra une habitude. Milan sera sa deuxième ville : avec la revue Domusà laquelle il collaborait dès les années 1960. Dans ses premiers écrits, notamment pour la revue Cimaise, à laquelle il collabore dès 1952, le jeune critique d'art prend la défense du peintre Jean Fautrier, et s'intéresse à l'abstraction lyrique ("Lyrisme et abstraction" 1958).

Le grand tournant de sa vie de critique sera consécutif à sa rencontre avec Yves Klein, en 1955. Restany voue une admiration sans borne à l'auteur des monochromes, "phénomènes de pure contemplation" et devient son préfacier attitré. C'est chez lui que le critique fonde le groupe des Nouveaux Réalistes en 1960 (Arman, Hains, Tinguely, Cesar, etc.) autour de cette définition souple et fédératrice "Nouveau Réalisme = nouvelles approches perceptives du réel". Pierre Restany devient alors l'ambassadeur dans le monde de leurs faits et gestes d'appropriation du réel avec enthousiasme. Pour lui, grâce à Yves Klein notamment, "l'art a définitivement basculé dans la morale, et l'esthétique dans l'éthique".

Entre 1960 et 1963 il est à l'origine d'une bonne vingtaine d'expositions collectives et peaufine sa réflexion sur le mouvement, quitte à se frotter aux principaux intéressés (Raymond Hains, surtout, qui ramènera plus tard le rôle de Restany à "un petit drapeau planté sur un groupe". Quitte à prendre le risque de voir son image devenir historique. Mais il en mesure le risque et entreprend d'élargir son écurie en restant attentif au travail des jeunes artistes.

Parmi ceux qui l'enthousiasment, il y aura Jean-Pierre Raynaud, qu'il a toujours défendu et dont il dirigeait ces dernières années les campagnes de drapeaux. Il y aura plusieurs figures originales autour du Mec Art (lire mecanical art) et des peintres pratiquant le report sur toiles d'images photographiques ou imprimées. Notamment Alain Jacquet et le Catalan Joan Rabascall.

Dans les années 1970, Pierre Restany poursuit sa réflexion sur les structures sociologiques de l'art contemporain. Et sur les objets. Le design comme autre vie de l'objet et l'urbanisme deviennent des pôles majeurs d'intérêt pour lui. Puis il s'intéresse au devenir des objets industriels. Sa collaboration à la revue Domus a favorisé son approche de ces nouveaux champs de la création.

On ne compte plus ses écrits, articles pour Domus, pour Planète, ses essais sur le Nouveau Réalisme, ses monographies, notamment sur Yves Klein. Il était là lorsqu'il y avait de la nouveauté dans l'air ; il va manquer.

Geneviève Breerette

 


Url de référence :
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3382--322111-,00.html



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