Fabula, la recherche en littérature (debats)

Paris 1: "alerte à la grève" (07/11/10)

Points de vue et débats

Information publiée le lundi 8 novembre 2010 par Bérenger Boulay


Lu sur le site paris.indymedia.org:

Paris 1 (Tolbiac et Sorbonne) : Alerte à la grève ! https://paris.indymedia.org/spip.php?article4045

"Depuis Mardi, la grève a été levée à Tolbiac (Paris 1, centre PMF), suite un coup de pression largement concerté de la part de plusieurs centaines d'anti-grévistes, dont des profs, présents à ce moment là (et notoirement connus pour leurs interventions hostiles aux AG et à la grève) pour saboter les débats et l'assemblée.

Mais, encore une fois, nous ne lâchons rien. Les étudiants et plusieurs membres du personnel (IATOSS) restent mobilisés et déterminés à ne pas en rester là.

Un petit bilan volontaire s'impose.

Le fait que des anti-grévistes, poussés par la direction de l'administration, certains profs réactionnaires et des membres de groupuscules de droite et d'extrême-droite (clairement identifiés et publiquement dénoncés lors de précédentes assemblées) tel que "Liberté Chérie", l'Uni (on croyait qu'ils n'existaient plus mais ils sont revenus à la charge avec leurs affiches de merde) et le Met ("mouvement des étudiants"), "Stop la grève", mais aussi au moins un membre du GUD (repéré notamment lors d'une précédente AG) aient le champs libre sur la faculté, ne nous choque pas énormément : nous en avons l'habitude. Même si nous relevons qu'encore une fois, tout pousse -dans l'attitude de la direction- à voir le fait de huer toute tentative de s'exprimer dans une AG à laquelle on enlève toute possibilité de débat comme "démocratique", de même que la grève et les piquets comme une "violence" et une "coercition" là où le fait que des camarades, et notamment des femmes, aient été insulté-e-s, frappé-e-s ou bousculé-e-s publiquement, en pleine AG, devraient presque être vues comme de la "légitime défense" à en croire le discours réactionnaire ambiant.

Ce qui est en revanche un peu moins coutumier, c'est l'attitude de la direction universitaire, dont les têtes (Jean Da Silva, vice-président du conseil d'administration ; Michelle Proquin, directrice du centre PMF -Tolbiac- ; et enfin Jean-Claud Colliard, président de l'université Paris1) semblent rivaliser de zèle dans leur administration de la répression.

En effet, c'est, l'année dernière, déjà la très appliquée madame Proquin qui envoyait plusieurs étudiants en garde à vue à partir d'une plainte bidon (finalement retirée) pour "séquestration" (occupation revendiquée d'un bureau pendant moins d'une heure sans contrainte physique) et "menace de mort" (un tag anonyme dans un couloir) et le même Da Silva qui venait jouer l'intéressant dans les assemblées générales étudiantes contre la répression en pérorant que "la liberté politique des étudiants été respectée à Tolbiac puisqu'on y faisait des AG", lors même que des camarades étaient encore sous le coup d'une enquête judiciaire, et que nous n'avons jamais demandé la permission pour mener nos assemblée générales : nous les avons occupé par la force, parce que nous n'avions pas d'autre choix. Ce qui nous avait déjà confirmé dans l'idée que nous n'aurions que ce que nous saurions prendre.

Et c'est à son tour le très humaniste et providentiel monsieur Colliard qui s'est cette fois illustré dans le genre par l'usage de sa plume. Lors même qu'il avait récemment qualifié le mouvement d'anti-répression du printemps 2010 " d'agitation ridicule ", et menacé à demi-mot les délégué-e-s de l'AG, l'année dernière de "donner d'autres noms à la police" concernant les plaintes bidons (sus-mentionnées), voici que suite à Mardi dernier (levée du blocage), Monsieur Colliard reconnait désormais la souveraineté des assemblées générales en saluant "le vote qui met fin à la grève", puis s'empresse ensuite (on est pas à une contradiction près), dans une même lettre ouverte aux étudiants de Paris 1 sous forme d'un très sérieux "Communiqué" ("reçus sur vos adresses Malix mes chers enfants") et publié sur le site de l'association étudiante "Oekoumène paris 1".

En voici la substance :

« Communiqué de la Présidence de l'Université mardi 2 novembre 2010

Le pays connaît un important mouvement social à l'occasion de la réforme du régime des retraites. Ce mouvement a naturellement concerné l'Université Paris 1.

L'Université a scrupuleusement respecté le droit de chacun de participer ou de ne pas participer à ce mouvement et, naturellement, l'exercice du droit de grève. Mais ce dernier ne peut s'étendre à des pratiques de blocage qui aboutissent en fait à imposer un comportement par la force.

L'Université se félicite donc qu'une assemblée réunie ce jour au centre Pierre Mendès France ait décidé de mettre fin aux blocages connus par le centre.

Tant que cette pratique s'inscrivait dans un mouvement national, l'Université a choisi de faire confiance au sens de la responsabilité des personnels et des étudiants.

Un nouveau blocage du centre Pierre Mendès France n'aurait plus aucun sens et ne peut aller qu'à l'encontre des intérêts de la communauté universitaire. L'Université Paris 1 demande donc solennellement à ses étudiants de s'opposer à toute nouvelle tentative en ce sens.

Jean-Claude Colliard »

Fort respectueux du droit de grève, hormis lorsqu'il est mis en application (piquets, cessation des cours, assemblées, débats), sa Majesté préfère néanmoins prescrire la période où ce droit "a un sens", et celui où "il n'en a aucun". Relevez le comique de la chose, la peur pousse toujours à chercher des soutiens : c'est donc en appelant les étudiants à "s'opposer à toute nouvelle tentative" que le taulier termine sa courte diatribe. Il aurait sans doutes aimé dire "par tout les moyens".

Car en effet, c'est à partir du lendemain même que le fier président a pu se réjouir de voir des étudiants (oui mais pas seulement, quelques droitistes toutes horizons ayant répondus présents à l'appel) venir s'en prendre physiquement aux grévistes pour casser les piquets de grève qui s'y tenaient (alors décidés par l'AG de la Sorbonne), avec des vigiles toujours aussi vitaminés à la testostérone et enthousiastes pour faire "tampon".

Qu'à celà ne tienne : d'autres assemblées ont suivit. Naturellement, d'autres suivront. Naturellement.

Une autre assemblée générale s'est donc tenue en préparation de la suite du mouvement Jeudi 4 Novembre à Tolbiac, suivie d'une manifestation au départ de Jussieu avec les autres, qui a tourné en manif sauvage très suivie (87 personnes arrêtées puis relâchées - voir les articles sur le sujet) en déviation du parcours déposé par l'UNEF jusqu'à Sénat (comme c'est original...), qui a fait sa kermesse avec slogans bidons et chansons abrutissantes dans son coin (chacun son truc).

Vendredi 05 Novembre, le comité de mobilisation devait se tenir à 15H. L'administration a alors refusé de laisser les étudiants se servir d'un amphithéâtre -une fois n'est pas coutume- (des camarades nous ont raconté qu'on a tenté d'user la détermination des grévistes en leur faisant croire qu'on leur laissait un amphi, puis en les interrompant), et en bref, c'est la décision logique de tenir un comité de mobilisation "sauvage" directement dans le hall qui s'impose alors. Visiblement désagréablement surpris par la réactivité des camarades, la direction envoie alors les vigiles dans tout les cours et Amphis pour évacuer la fac et la faire fermer administrativement : rien que ça !

Des témoignages concordants d'étudiant-e-s racontent que c'est d'abord une annonce "d'alerte à la bombe" qui a privilégié (En effet, les unes de journaux avec la tête de Ben Laden et "Al Qaida Maghreb Islamique" sont à la mode, c'est plus vendeur, ça fout la trouille et ça évite de penser à la question sociale). Dans d'autres amphithéâtres, on a ouï dire qu'il s'agissait ensuite d'une "alerte incendie" -sic les mêmes vigiles- (mais encore ? la bombe avait elle explosé ?), puis enfin d'une alerte à "casseurs qui viennent tout casser dans la fac"(avec des bombes aussi ?).

Bref, des individus sans doutes de type "Anarcho-autonomes" peut être "Talibans de l'anti-france", et "racistes anti-blancs", à n'en pas douter.

Il est environ 16H45, Tolbiac est fermée administrativement jusqu'à Lundi prochain 7H00.

Un graffiti orne alors la façade de l'entrée du centre PMF "ceux qui parlent de casseurs sont des casseurs de grève".

Pas dupes, plusieurs étudiant-e-s ont alors appelé à un rassemblement devant la fac juste après, vers 17H00, en opposition au ridicule stratagème. On notera au passage que le "droit d'étudier" n'a vraisemblablement pas vraiment primé dans le choix (empressé ? paniqué ?) de la décision de fermeture administrative, mais plus franchement cette fois : la volonté de museler la contestation. L'appel à "s'opposer à toute nouvelle tentative" n'ayant apparemment pas suffit.

Autour de 17H00, Une cinquantaine étudiant-e-s et personnels IATOS déterminé-e-s ont alors escaladés les grilles et envahis la fausse en signe de protestation, sous l'oeil éberlué du binôme Proquin-DaSilva. Les autres sont arrivés et se sont ensuite rassemblés devant la faculté jusqu'à 19H30 - 20H00 environ.

La prochaine assemblée générale à Tolbiac est prévue Mercredi 10 Novembre 2010.

En attendant... Nous ne relâcherons pas la pression. Nous n'avons pas peur. Nous ne plierons pas.

Tout continue : Vive la grève !

Soutien à tout les secteurs encore en grève, et ceux à venir. A bientôt.

Un de Tolbiac.

Rectificatif : en fait après la fermeture administrative une cinquantaine d'étudiants et de IATOS sont restés dans la fosse en refusant d'obéir à l'ordre d'évacuation, c'est après que certains déterminés de l'autre côté des grilles les ont rejoins en escaladant. "




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