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P. Mormiche, Devenir prince. L'école du pouvoir en France au XVIIe - XVIIIe siècle

Parution livre

Parution : 10 septembre 2009.

Information publiée le jeudi 5 novembre 2009 par Laure Depretto



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Pascale Mormiche, Devenir prince. L'école du pouvoir en France au XVIIe-XVIIIe siècle

CNRS éditions, Hors-série, 2009, 512 pages

EAN: 9782271068316

35 euros

Présentation de l'éditeur:

Quel enfant fut Louis XIV ? Quel élève fut Louis XV ? Que signifie « éduquer un prince » ? La royauté s'enseigne-t-elle ? Quelles vertus, quels savoirs transmettre dans un monde qui voit évoluer la conception du pouvoir ? C'est cet aspect méconnu de la monarchie française que nous dévoile Pascale Mormiche avec l'éducation d'une quarantaine de princes, ces jeunes garçons qui, du XVIIe au XVIIIe siècle, étaient destinés à devenir de futurs rois ou des chefs de famille tels que les Conti, les Condé et les Orléans. De leur quatrième année chez les « femmes » à leur passage chez les « hommes » à sept ans jusqu'à l'âge du mariage, cette somme nous fait revivre leur apprentissage au quotidien.

Cet ouvrage comporte trois volets : l'étude du personnel, précepteurs ou gouverneurs qui ont la lourde tâche de façonner ce prince idéal, puis l'analyse des principes éducatifs et des moyens mis en oeuvre, avant de décrire la « fabrication » pratique d'un prince, tant sur le plan des vertus, des savoirs
que dans sa manière d'être.

Une somme magistrale sur la formation des souverains, une plongée dans les coulisses de la monarchie. Où l'on découvre que, loin d'avoir été négligée, l'éducation des princes fut l'objet d'une méticulosité remarquable et constituait une véritable affaire d'État.

L'auteur :

Docteur et agrégée d'histoire, Pascale Mormiche poursuit ses recherches sur l'éducation princière, l'histoire de l'enfance et de l'éducation, ainsi que sur les sciences à la cour aux xviie et xviiie siècles. Elle collabore notamment avec le Centre de Recherche du château de Versailles.

***

Une recension de cet ouvrage figure sur le site nonfiction.fr: "L'éducation des Princes sous l'Ancien Régime", par L. Daireaux.

Voir aussi le compte rendu de Thomas Wieder sur le site du Monde (article paru dans l'édition du 06.11.09):


Louis était comme tous les petits garçons de son âge : à 4 ans, il aimait jouer à la guerre et se prendre pour un grand stratège. Cela tombait bien car, en tant que fils aîné de Louis XIV et héritier de la couronne, tout le monde se réjouissait de son goût précoce pour la chose militaire. Soucieux du "divertissement de M. le Dauphin", Colbert lui offrit ainsi une série de figurines et de pièces d'artillerie miniatures fabriquées par les meilleurs artisans d'Augsbourg et de Nuremberg. Vauban, pour sa part, lui fit livrer, alors que le prince n'avait que 8 ans, une "machine militaire" du dernier cri : en 1669, un armurier consacra pas moins de 247 jours à l'entretien de cette armée en argent et en plomb, forte de 10 bataillons d'infanterie et de 20 escadrons de cavalerie...

Mort en 1711, le Grand Dauphin n'eut pas l'occasion de prouver qu'il était capable d'exercer le "métier de roi" auquel son glorieux père, qui lui survécut jusqu'en 1715, le destinait. Quel gâchis !, se dit-on en lisant la dense étude que Pascale Mormiche consacre à l'éducation des princes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Enfant, le petit Louis avait pourtant bénéficié d'une formation exemplaire. Bossuet, son précepteur, avait été chargé d'en faire un parfait catholique. Quant à ses autres maîtres, ils n'avaient pas ménagé leurs efforts pour faire de lui un latiniste et un historien patenté : à 7 ans, il traduisait déjà Les Métamorphoses d'Ovide, et il n'avait que 11 ans lorsqu'il entreprit, en 1972, le récit de la guerre de Hollande qui venait de commencer. Soixante-huit feuillets au total, où il raconta comment "Louis quatorzième roi de France (il ne pouvait tout de même pas écrire "papa"...) résolut de faire la guerre aux Provinces-Unies des Pays-Bas, qui n'avaient pas tenu les traités et avaient irrité le roi par beaucoup d'autres sujets".

Tous les rois voulurent, comme Louis XIV, que leurs fils deviennent de "parfait(s) honnête(s) homme(s)". Tous, cependant, ne s'y prirent pas de la même façon. C'est ce que rappelle fort savamment l'historienne, qui s'est plongée pour cela dans les quelque 70 traités rédigés pendant les deux derniers siècles de l'Ancien Régime par les hommes chargés de définir l'éducation idéale des petits princes.

Mais son étude ne se limite pas à l'analyse des textes théoriques. Car, en matière d'éducation, chacun sait que l'élève ne répond pas forcément aux attentes du maître. A la cour de France comme ailleurs, les enfants n'en ont toujours fait qu'à leur tête. Le petit Louis XIII, par exemple : Héroard, son médecin, a ainsi relevé 28 colères en 1604 (l'année de ses 3 ans), 30 en 1605 et 37 en 1606.

Que faire face à un gamin irascible ? Au petit Louis XV, qui n'hésitait pas à frapper ceux qui lui tenaient tête, Fleury, son précepteur, fit traduire en latin la phrase suivante : "Quoique le Roi ait souvent promis qu'il modérerait sa colère, elle le domine pourtant si fort qu'elle le porte à frapper même ceux qu'il aime." Un thème latin en guise de punition ? L'école de la République, finalement, n'a pas tout inventé...




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