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P. Morand, L'allure de Chanel

Parution livre (édition)

Parution : 24 avril 2009.

Information publiée le dimanche 3 mai 2009 par Marc Escola



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L'allure de Chanel
Paul Morand


Paru le : 24/04/2009
Editeur : Gallimard (Editions)
Collection : Folio
ISBN : 978-2-07-039655-9
EAN : 9782070396559
Nb. de pages : 248 pages

Prix éditeur : 6,00€


Paul Morand faisait partie des proches de Chanel.
Son dernier livre, écrit à partir des conversations qu'il eut avec la modiste, restitue, dans la langue étincelante de ce grand conteur, l'insaisissable Coco Chanel. Nous suivons, racontées à la première personne, son enfance chez des tantes qui lui donneront le goût de l'épure et le sens de l'argent, ses rencontres avec les providentiels M. B. et Boy Capel ; puis la création de sa maison, ses luttes contre les excentricités vestimentaires des dames du monde, ses succès, ses amitiés.
Revivent, sous la plume exquise et vive de Paul Morand, Radiguet, Satie, Picasso, Churchill. Salué par la presse dès sa parution comme un livre de fête, un joyau raffiné et étincelant, L'allure de Chanel demeure la plus flamboyante des ?uvres consacrées à Chanel.

*  *  *

Dans Le Monde des Livres du 26/4/9, on pouvait lire un article sur cette réédition:

Chanel-Morand, affaires de style LE MONDE | 25.04.09 |

Chanel n'en finit pas d'inspirer écrivains et cinéastes. Après Coco avant Chanel, le film d'Anne Fontaine, sorti récemment avec Audrey Tautou dans le rôle-titre (voir Le Monde du 22 avril), un second film est prévu à l'automne. Réalisé par Jan Kounen, il retracera la liaison entre Chanel (interprétée par Anna Mouglalis) et Stravinsky... De son côté, l'édition n'est pas en reste, avec notamment deux rééditions de choix : L'Irrégulière ou mon itinéraire Chanel, d'Edmonde Charles-Roux, chez Grasset (590 p., 20,90 €, disponible au Livre de poche, 662 p., 6,95 €), qui reste la biographie de référence ; et L'Allure de Chanel, de Paul Morand, publié pour la première fois en poche, sans les dessins de Karl Lagerfeld qui illustraient l'édition originale (Hermann, 1976). Pour autant, on ne boudera pas son plaisir devant cette alliance de deux grands stylistes qui, chacun à leur manière, ont su sentir leur époque et la marquer d'une empreinte durable.


Vivacité, élégance, travail constant, refus de l'ennui, du conformisme... Tout concourait à réunir Paul Morand (1888-1976) et Coco Chanel (1883-1971) qui eurent la même ascension fulgurante, lors des années 1920, époque de leur rencontre, avant de connaître la disgrâce et l'exil après la deuxième guerre mondiale. L'un pour faits de collaboration politique - Morand est demeuré ambassadeur sous Vichy -, l'autre amoureuse - Chanel a été la maîtresse d'un officier allemand, Hans Gunther von Dinklage. Arrêtée à la Libération, elle sera relâchée, vraisemblablement grâce à l'intervention de Winston Churchill. Après ces déboires, Coco Chanel part en Suisse, au Palace de Saint-Moritz, où elle retrouve Morand, auquel elle va confier ses souvenirs. "Désoeuvrée pour la première fois de sa vie, rongeant son mors, relate-t-il en préface (...), hésitant à reprendre la rue Cambon (siège historique de la boutique Chanel), elle se sentait rattrapée par le passé, saisie par le temps retrouvé, Guermantes de la couture, Verdurin d'un âge soudain inconnu d'elle, l'époque de de Gaulle, et l'atrabile lui sortait par des yeux restés étincelants." Voulait-elle faire de Morand son biographe ? Sans doute. Pour autant, ce n'est qu'au soir de sa vie que le romancier, à la faveur d'un déménagement, retrouve ses notes. "Rien n'était de moi ; tout d'une revenante, mais qui, outre-tombe, gardait un galop effréné, son allure normale. Allure, dans tous les sens du mot : rythme physique et moral." Au long de ces pages, Chanel recompose allégrement sa vie. Comme elle l'avoue : "La réalité est triste et on lui préférera toujours ce beau parasite qu'est l'imagination."

Car si elle fustige les légendes qui l'entourent, c'est pour mieux les mettre à sa main. Sur son enfance et sa jeunesse, elle oublie de mentionner son passage à l'orphelinat d'Aubazine où elle fut placée à la mort de sa mère, préférant évoquer deux vieilles tantes. De même elle élude sa courte période de chanteuse dans un beuglant de Moulins, où elle acquit son surnom de Coco...

SOUVENIRS "ARRANGÉS"

Après avoir omis les épisodes gênants ou biaisé avec eux (voir la brève mention sur Etienne Balsan), elle se dévoile enfin avec Boy Capel, son grand amour et "la chance de sa vie". A travers le portrait émouvant qu'elle fait de cet homme d'affaires anglais qui lui mit le pied à l'étrier (et inspira à Morand son Lewis et Irène), Chanel revient sur ses débuts, ses inventions : usage du tweed, du jersey, tenue sport, fluidité, simplicité, sobriété, choix de noir... Au passage, elle fustige ce qu'elle aura contribué à tuer : le style XIXe siècle, incarné par Paul Poiret, qui "costumait" les femmes.

Puis, abandonnant le récit linéaire pour le portrait (la "patte" de Morand est sensible dans cet exercice), Chanel évoque, non sans quelques coups de griffe (peut-elle s'en empêcher ?), amis, amants et artistes qui l'accompagnèrent sans jamais combler le vide laissé par la mort de Boy Capel. Parmi eux, Misia Sert, Diaghilev (très fin portrait), Stravinsky, Picasso, ou la très proustienne Madame de Chevigné.

Entre ces souvenirs "arrangés" et ses portraits esquissés d'une plume alerte, la créatrice livre des vues très pertinentes sur la mode, la "poésie coutière", la contrefaçon, qu'elle défend au grand dam de ses confrères ; mais aussi des jugements passablement irritants sur les femmes ou sur les "invertis". Misogyne, homophobe, réactionnaire (comme Morand du reste), ingrate, cruelle, portée par un orgueil et un esprit de revanche incommensurables, ainsi se révèle Chanel. Mais aussi terriblement entière et fascinante de lucidité sur elle, plus que sur le monde qui sort des décombres de la guerre. A ce titre, les ultimes pages, à la tonalité presque testamentaire sont émouvantes en ce qu'elles disent de ses hésitations et de son hésitation à reconquérir Paris. Une ville comme l'écrit Morand qui "a eu tort de croire éteinte" cette femme éternellement volcanique.

L'Allure de Chanel, de Paul Morand  Gallimard, "Folio", 246 p., 6 euros.


Christine RousseauLes mots de Coco Chanel
"Ce qui perd les femmes, c'est d'avoir appris ; ce qui perd les plus jolies, c'est d'avoir appris, non seulement qu'elles le sont, mais d'avoir appris à l'être."

"Pleurer sur soi, c'est bercer avec complaisance l'enfant qui continue à vivre à l'intérieur de chacun de nous, et qui n'intéresse personne."

"Ce n'est pas pour gagner de l'argent qu'il faudrait de l'enthousiasme, c'est pour le dépenser."

"Je n'aime que ce que j'invente et je n'invente que si j'oublie."

"J'irai au paradis habiller de vrais anges, ayant fait sur Terre, avec les autres anges, mon enfer."


Article paru dans l'édition du 26.04.09




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