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O. Mandelstam, Le Timbre égyptien

Parution livre (édition)

Parution : 17 mars 2009.

Information publiée le jeudi 19 mars 2009 par Jean-Louis Jeannelle



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Ossip Mandelstam, Le Timbre égyptien

Traduction du russe par Georges Limbour et D. S. Mirsky, préface de Ralph Dutli • Postface de Clarence Brown

Format : 117 x 170

128 pages • 11 euros

ISBN : 978 2 35873 000 6

Le Bruit du temps - Diffusion / Distribution : Les Belles-Lettres - 2009

Présentation de l'éditeur: 

Immense poète, Mandelstam est aussi un des prosateurs les plus éblouissants que l'on puisse lire. Lorsqu'il rédige en 1927-1928 Le Timbre égyptien, sa seule oeuvre de fiction, Mandelstam n'écrit plus de poèmes, il est dans une période de silence. Et il a réfléchi, dans un essai de 1922, à « La fin du roman ». Comme le note Ralph Dutli dans sa préface : « Le Timbre égyptien est donc pour lui une sorte de démonstration de ce que devrait être une prose contemporaine, reflet du monde dans lequel il est désormais plongé. » Le livre pourrait être décrit comme une Nouvelle pétersbourgeoise. C'est le récit d'une journée dans la vie de Parnok, double ironique de Mandelstam, un de ces « petits hommes » d'une faiblesse héroïque, si fréquents dans la tradition russe depuis Gogol et Dostoïevski. Parnok déambule dans les rues de Saint-Pétersbourg à la recherche de sa « queue-de-morue » qui a mystérieusement abouti entre les mains d'un personnage officiel, le capitaine Krzyzanowski, qui est comme son double doté de tous les attributs du pouvoir. Nous sommes au cours de « l'été Kerenski », en 1917, entre deux révolutions. Et déjà la ville tant aimée, Pétersbourg, a pris des allures de cauchemar. Le temps est sorti de ses gonds. L'État est « muet comme une carpe ». Héroïquement, Parnok tente de sauver du lynchage un autre « petit homme », sans succès. Le récit se perd ensuite dans des divagations qui reflètent l'état d'esprit de Parnok. Mais l'âpreté de ce monde dont la musique semble bannie, où le froid et la peur envahissent tout, ne rend que plus fulgurants les éclats de lumière. Parnok, « prince zélé de la malchance », « pépin de citron jeté dans une crevasse du granit pétersbourgeois », conserve jusqu'au bout le goût du Sud et de la musique. La parole a toujours le pouvoir de refleurir.

La traduction publiée ici avait paru en France en 1930, deux ans seulement après la publication en langue originale en URSS, dans la revue Commerce. Deux écrivains y ont collaboré : le jeune Georges Limbour, ami des surréalistes mais aussi de Dhôtel et d'Arland, et dont les contes publiés la même année témoignent de ses affinités avec l'univers du poète russe ; et D. S. Mirsky, un émigré russe, proche de Marina Tsvetaïeva et du cercle des écrivains qu'avait fréquenté Mandelstam.

Sur la traduction: 

La traduction que nous avons choisi de rendre à nouveau accessible est en elle-même remarquable. D'abord parce qu'il est émouvant de penser qu'elle paraît en France en 1930, deux ans seulement après la publication en langue originale en URSS, dans la plus belle revue littéraire de l'époque, Commerce, ces cahiers trimestriels publiés par les soins de Paul Valéry, Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud. Commerce avait déjà publié le poème 1er janvier 1924 de Mandelstam traduit par Hélène Iswolski dans son numéro VI, de l'hiver 1925.


Ensuite, du fait de la personnalité des traducteurs. Par une sorte de miracle et un cheminement que nous n'avons pas pu retracer exactement, c'est à un jeune écrivain d'à peine trente ans, Georges Limbour, qu'est confié le soin de mettre en français la transcription mot à mot, sans doute très fidèle, du texte de Mandelstam qui lui est fourni par D. S. Mirsky. Il suffit de lire les premières phrases de son Cheval de Venise — « Comment pourrait-il rejoindre les fragments de son esprit dispersé, autant que le soleil déchiré sur les murs et les dalles, dans les ruelles de Venise ? […] Il s'en va sans péril, parmi une population de piétons, sur la voie tortueuse et sans trottoirs, n'évoquant aux carrefours que les accidents de ses rêves » — pour comprendre, par-delà toutes les différences évidentes, que nul n'était sans doute plus apte à traduire les divagations de Parnok dans la Venise du Nord.



Les décades de Pontigny en 1927. De gauche à droite : Bernard Groethuysen, Nicolas Berdiaev, Alexandre Koyré et D.S. Mirsky Quant à l'auteur du mot à mot, le prince D. S. Mirsky, lui non plus n'est pas un traducteur de hasard. Il appartient à la génération des écrivains russes de la révolution, qu'il a tous connus personnellement. Parmi eux, Mandelstam. On peut donc penser que c'est lui qui signale le texte de Mandelstam à la revue Commerce, par le biais des décades de Pontigny, à moins que ce ne soit par l'intermédiaire de Pierre Souvtchinsky qui est alors le secrétaire d'une revue russe dont Mirsky est le directeur, la revue Versty, qui publie Essénine, Tsvetaïeva, Pasternak.

Par leurs destins aussi, si opposés durant leur vie, les deux poètes finiront par se rejoindre. Mirsky, né parmi les privilégiés, avait choisi l'exil à Londres, avant de décider finalement, vers 1930, d'adhérer au communisme pour revenir en URSS ; alors que Mandelstam, resté en URSS, se sera toujours courageusement opposé, dès 1917 et au péril de sa vie, à toutes les manifestations de la terreur. Pourtant, Mirsky mourra lui aussi dans un camp stalinien, en juin 1939.


Responsable : Le Bruit du temps

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